Mondiaux de semi-marathon 2014 : quelques explications sur la sélection

La publication de la liste des athlètes sélectionnés pour les prochains championnats du monde de semi-marathon ayant entraîné plusieurs commentaires et interrogations, Philippe Rémond explique les choix de la Fédération Française d’Athlétisme.

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Il n’est jamais facile – voire impossible – de contenter tout le monde. Une sélection, quelle qu’elle soit, ne fait rarement que des heureux. Mais en établissant des critères assez larges, la Fédération Française d’Athlétisme (FFA) ne s’est pas facilitée la tâche pour ce cru 2014 des championnats du monde de semi-marathon. En jeu : dix places maximum, cinq pour les hommes et autant pour les femmes. Etaient officiellement « sélectionnables » les champions et vice-champions de France de la spécialité, et les détenteurs des meilleurs chronos sur 2013 et 2014. Sans plus de précisions…

Résultats : à la publication de la liste des heureux élus, certaines dents ont grincé. Neuf athlètes – quatre femmes et cinq hommes (voir la sélection complète) – partiront finalement à Copenhague (Danemark) pour représenter la France le 29 mars 2014.

Chez les femmes, la présence de Christelle Daunay (voir son interview), 1h09mn49s à Newcastle en septembre dernier, ne faisait aucun doute. Mais pour le reste ? « Hormis Christelle, les filles n’ont pas le niveau, tranche Philippe Rémond, ambassadeur du marathon auprès de la FFA. Je le leur ai dit. S’il y a une équipe féminine, c’est parce que Christelle est là ».
Mais pourquoi alors ne pas se contenter d’emmener la recordwoman de France au Danemark ? « Parce que c’était difficile, étant donné les critères établis, de dire à Aline Camboulives, championne de France, qu’elle ne serait pas retenue. Ensuite, on n’allait pas ne prendre que deux filles ». Autant en effet se donner l’opportunité de figurer au classement par équipe qui se joue sur les trois meilleures performances par nation. « On a donc sélectionné trois filles, et une remplaçante », complète Philippe Rémond.
Les instances fédérales ont donc décidé de ne pas opter pour un groupe complet de cinq, dans  lequel aurait pu postuler Séverine Hamel, Carmen Oliveras étant forfait en raison d’une tendinite. « Oui, Séverine aurait pu prétendre à intégrer l’équipe. Elle a réalisé 1h15mn47sBoulogne-Billancourt, en novembre 2013, ndlr). C’est bien. Mais ce n’est pas le niveau international », souffle le double champion de France de marathon (1994 et 2001).

Et de poursuivre pour résumer le fond de sa pensée générale, quitte – il le sait – à en froisser certains : « Les sélections récompenses, c’est terminé. Porter le maillot de l’équipe de France, ça fait plaisir, mais ce n’est pas que ça ».

Avec de tels arguments, la transition est toute trouvée pour l’interroger sur le groupe masculin, dans lequel figure notamment Driss El Himer, dixième des derniers champions de France en 1h07mn59s. Pas vraiment un chrono de classe mondiale, et une présence qui peut donc être perçue comme paradoxale face au discours tenu. « C’est mon choix, je l’assume et je savais qu’il serait discuté. Mais non, ce n’est pas une sélection récompense pour services rendus », lance Philippe Remond. « Driss est quelqu’un qui sait se préparer, il est en fin de carrière, ça peut être un baroud d’honneur. Je sais qu’il va tout donner. C’est quelqu’un d’orgueilleux, il n’aurait jamais accepté la sélection s’il ne se sentait pas dans le coup. Je suis resté exprès pour le semi-marathon de Paris, parce que je savais que Djamel  (Bachiri, ndlr) courais. Honnêtement, il y a 30 secondes d’écart entre son temps (1h05mn19s) et celui de Driss au semi de Marrakech au mois de janvier (1h05mn49s). Non pas que Djamal ne soit pas un guerrier, mais Driss a l’expérience des grands championnats ».

Conscient que le niveau tricolore, en particulier chez les filles, est globalement faible, Philippe Remond mise surtout sur des athlètes plus jeunes, à l’image de Laurane Picoche (qui aurait pu prétendre à la sélection pour ces Mondiaux mais prépare son premier marathon à Paris) et Clémence Calvin (qui pourrait débuter sur semi-marathon à l’automne). Et ce, dans l’optique de construire un groupe marathon aussi compétitif que possible pour les prochains Jeux Olympiques à Rio, en 2016.

Pour 2015 et les championnats du monde de Pékin (22-30 août), il souhaite une remise à plat des critères de sélection. « On va faire un brainstorming pour voir ce qui est le mieux. Il faut que ce soit plus clair ». Pour éviter de se retrouver dans une situation similaire à celle de Copenhague… et à celle qui se présentera très prochainement pour les championnats d’Europe de Zurich en août. Mais Philippe Rémond le martèle : il veut « du haut niveau ». Comprenez par là : des athlètes capables de se mêler à la bagarre au niveau international. Et force est de constater qu’il y a du travail, car pour l’instant, la France n’a pas beaucoup de cartes à jouer… 

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