Troubles digestifs à l’effort : « J’ai des nausées régulièrement en course »

Les nausées reviennent le plus souvent dans les symptômes décrits des troubles digestifs à l'effort. Les vomissements soulagent en partie mais il n'est pas rare de voir le coureur abandonner sa course par manque d'énergie et persistance des symptômes. Explications.

Eco-trail de Paris 2014 - saint cloud ravitaillement
  • Endotoxines et flore intestinale

La détresse gastro-intestinale durant une course (route ou trail) devient parfois un motif d’abandon, alors que le coureur indique la plupart du temps avoir les jambes.

Mais pour bien cerner la problématique des troubles digestifs, il faut tenir compte du fait que les manifestations se déroulent la plupart du temps dans un contexte d’hyperthermie (grosses chaleurs ou canicule qui amplifie le phénomène) avec une forte déshydratation associée, sans oublier les erreurs nutritionnelles effectuées avant et durant la course (et même après).

Les études ont souligné les conditions climatiques avec de fortes chaleurs et un défaut d’hydratation comme étant une des causes déclenchantes. Parmi les autres explications avancées, figure celle d’une flore intestinale perturbée par des bactéries créant une endotoxémie aux effets inflammatoires métaboliques (*). Plus la sévérité des nausées est élevée, plus le degré d’endotoxémie serait corrélé.

  • 8 Conseils nutritionnels pour mieux vivre sa course

1 – La stratégie à adopter doit viser votre flore intestinale pour lever les inflammations et les désordres métaboliques (liés au système digestif). Faites un bilan nutritionnel pour corriger les erreurs nutritionnelles réalisées en course mais aussi au quotidien. On relève souvent des déséquilibres alimentaires (absence de légumes et fruits frais, source d’antioxydants et protecteurs) et des intolérances non dépistées dans le quotidien des coureurs souffrant de troubles digestifs à l’effort (protéines laitières, gluten, lactose…).

2 – Puis réparez et assainissez votre flore intestinale. Veillez à cicatriser votre muqueuse intestinale (cure de glutamine, vitamine D, alimentation anti-inflammatoire) avant d’enchaîner avec une cure de probiotiques/prébiotiques.

3 – Entraînez votre estomac à vivre des conditions de courses proches du réel (week-end choc, courses mineures). Testez les petits-déjeuners, dressez une liste d’aliments sûrs ou très digestes (ayant peu de fibres, salés, sucrés, chauds, froids, sandwiches, compotes) ou qui vous conviennent le mieux.

4 – Sélectionnez des « aliments insolites » et testez-les sur le terrain, c’est-à-dire en condition de course (exemple : patate douce salée, tapenade, eau et noix de coco ou dés de gingembre confits, un gâteau sport fait maison, purée d’amandes ou de noix de cajou, miel…).

5 – Ne faites pas d’excès de glucides avant une course, même si vous pensez bien faire, en prévision des efforts qui vont suivre. Mangez normalement, et à distance d’au moins 3 h avant l’épreuve.

6 – À l’entraînement, évaluez sérieusement votre consommation de liquides (quelle boisson, composition dilution, combien, fréquence…) par temps chaud et froid. Vérifiez par ailleurs si les bidons ne sont pas plus adaptés à la gestion de votre hydratation.

7 – Surveillez le cumul de vos ravitaillements officiels et personnels. Faites attention aux gels mal supportés car sur-dosés en sucres (et sous-dosés en sodium). Privilégiez les boissons de l’effort hypotoniques et l’eau en alternance pour vous hydrater.

8 – Prenez un départ tranquille, surtout s’il fait très chaud et mangez de préférence lorsque la fréquence cardiaque est au plus bas (sur plat ou en montée) et buvez régulièrement dès le départ.

Corinne Peirano (Expert Lepape-info Diététicienne-nutritionniste, http://corinne-peirano.wix.com/dieteticienne-paris)

(*) Nausea is associated with endotoxemia during a 161-km ultramarathon. Stuempfle KJ, Valentino T, Hew-Butler T, Hecht FM, Hoffman MD5. J Sports Sci, 2016, Sep. Vol 34 (issue 17). Epub 2015 Dec 28.

4 réaction à cet article

  1. Bonjour,
    je souffre plutôt d’envie d’aller à la selle, même lors d’une sortie à jeun. Comment peut-on régler ce problème ?

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    • Bonsoir Matthias,

      Vous indiquez « souffrir d’avoir envie… ». J’en déduis que vous êtes incommodé.
      Effectivement la course à pied stimule le transit par une accentuation du péristaltisme (ondes intestinales amplifiées). Pour faire simple, je dirais que courir secoue les intestins et que si le côlon contient des selles… la biologie reprendra ses droits ;-).
      Ce mécanisme s’accroit par ailleurs avec la poussée d’adrénaline qui s’effectue chez certains coureurs avant chaque course. avant d’envisager des sachets d’argiles (voir avec votre pharmacien ou votre médecin traitant), vous pouvez tenter quelques réglages en ce qui concerne votre alimentation.

      – Café, lait, jus de fruits, excès de fibres :
      Pour régler le problème, je vous invite, si telles sont vos habitudes, d’éviter le café avant toute séance ou course. La caféine est un alcaloïde accélérateur de la motricité intestinale.
      Ensuite au cours du repas ou de la collation qui précède l’entraînement ou une compétition, limitez les fibres et misez plutôt sur les aliments constipants.

      Par exemple, au petit-déjeuner, un muesli ou un porridge accompagné de fruits frais ne sera pas indiqué dans votre cas (les fibres de ces préparations sont a contrario indiquées en cas de constipation). Evitez également les produits laitiers source de lactose (lait ou fromage blancs…) qui peuvent « donner envie » d’aller au petit coin. Pas de jus de fruits non plus tels que jus d’orange ou de pomme ou encore de raisin qui contiennent du sorbitol ou du fructose.

      Alors que manger ?
      La veille de votre sortie à jeun, au dîner donc : prévoyez un menu anti-diarrhéique (constipant) sans excès de graisses : riz, carottes et jambon, compote de coing ou 2 abricots en dessert… et du thé avec une banane légèrement verte le lendemain avant votre sortie. Vous reprendrez votre petit-déjeuner habituel au retour de votre séance.

      Si ces quelques conseils ne suffisent pas, n’hésitez pas à consulter un diététicien pour un bilan nutritionnel et une analyse approfondie de votre alimentation quotidienne. Quelques réglages dans vos habitudes alimentaires pourront vous aider (peut-être que votre flore intestinale nécessite une cure de prébiotiques et probiotiques…).

      Bonne continuation,
      Corinne Peirano diététicienne-nutritionniste sport & santé

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  2. Bonjour, personnellement je suis embêté par le « hoquet » en course. Ca m’arrive systématiquement apres 3/4h d’effort et s’en est désagréable au point d’être obligé de marcher.. auriez vous des pistes? Merci d’avance

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    • Bonjour Julien,

      Il faut tout d’abord se mettre d’accord sur votre problème à l’effort parce que souvent, il y a confusion. En consultation et après discussion pour bien définir la clinique des troubles digestifs à l’effort, les coureurs signalent non pas le phénomène de hoquets mais plutôt des épisodes de reflux gastriques accompagnés d’éructations (rots sucessifs).

      Donc s’il s’agit du vrai hoquet, soit vous avalez de l’air en mangeant lors de vos ravitaillements, soit cet air provient de votre aspiration au tuyau de la poche à eau, ou bien… C’est votre nerf vagal vous joue des tours et il faudra calmer l’irritation de celui-ci pour que le hoquet cesse. Dans tous les cas, il y aura un travail à effectuer sur votre respiration pour limiter cette série de hoquets. Vous pouvez utiliser les astuces que l’on nous donnait enfant pour les faire passer : vous prenez cinq minutes (cela sous entend l’arrêt de la course momentanément) et vous faites de l’apnée durant quelques secondes en poussant sur votre ventre. A refaire autant de fois que nécessaire si le hoquet persiste.

      Maintenant, s’il s’agit de reflux avec des rots, réfléchissez sur la composition du repas (ou de la collation) pris juste avant la course. Prévoyez un menu très simple (exemple : celui indiqué dans la réponse à Matthias), digeste, sans fibres irritantes, comprenant peu de graisses, sans surcharge en féculents et à distance d’au moins 3 h du départ de la course pour le repas, 1h30 pour la collation.

      Concernant les ravitaillements : faites attention à ne pas manger en excès. Parfois il y a un cumul important avec les ravitos officiels et personnels (et souvent, on emporte plus que ce dont on a besoin, ce qui incite à manger davantage).

      Concernant votre hydratation, deux axes :
      1/ soit vous buvez trop et vous avalez de l’air en buvant ! Air qu’il vous faudra évacuer par la suite sous forme de rots (ce que vous faites en prenant du coca par réflexe, le gaz carbonique vous faisant roter, et cela soulage parfois)
      2/ soit vous ne buvez pas assez et dans ce cas, il y a une souffrance digestive accentuée par la déshydratation.

      Reste à savoir si ces manifestations de hoquets ou de reflux persistent après ou en dehors de l’effort (vous avez indiqué qu’ils apparaissaient en course mais bon, à surveiller si c’est le cas et faire le point dans ce cas avec votre médecin traitant qui vous prescrira le traitement approprié (généralement de l’Oméprazole : un inhibiteur de la pompe à protons pour réduire l’acidité gastrique).

      J’espère vous avoir donné quelques pistes…
      Bonne continuation et bonne course !
      Corinne Peirano, diététicienne-nutritionniste sport & santé

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