Les fractures de fatigue chez le coureur à pied

Quels symptômes ? Quelle origine ?

Fabrice Bedin, ostéopathe, propose un focus sur ces pathologies pouvant, un jour, vous stopper dans votre pratique sportive.

schema du pied

L’objectif ici est d’expliquer le mécanisme d’installation et de faire un état des lieux des différentes localisations possibles. Pour la partie concernant la reprise de la course à pied, consultez cet article : une reprise prudente et progressive.

Commençons donc par la définition. Une fracture de fatigue est un type de fracture très souvent incomplète d’un os causé par une répétition de mouvements ou de traumatismes sur une même zone. Dans le langage courant, on peut parler de fissure. Lorsque le seuil de sollicitations sur cet os dépasse sa capacité à accepter ses contraintes, il se fissure et c’est la fracture de fatigue. Il est à noter que ce genre de traumatismes intervient majoritairement sur un os sain.

Origine de la fracture

L’os, malgré nos impressions, est une structure qui possède une élasticité propre. Raison pour laquelle on ne se fracture pas automatiquement telle ou telle zone lors d’un choc. Et c’est donc cette faculté très spécifique qui lui permet de s’adapter aux activités sportives et de la vie quotidienne. Lorsqu’une zone osseuse est soumise à d’importants efforts de compression, l’os va se densifier, se renforçant en son sein.

Mais parler de l’os seul n’a aucun sens. Nous sommes toujours obligés de l’associer aux muscles qui s’y insèrent. L’ensemble forme un complexe visco-élastique beaucoup plus résistant et capable de s’adapter à toute forme de traumatisme. Mais quand le muscle fatigue par la répétition de nombreux entraînements par exemple, l’absorption des chocs par celui-ci diminue, reportant d’autant les contraintes sur le tissu osseux. Les tractions anormalement élevées et mal synchronisées des muscles fatigués sur leurs insertions osseuses seraient pour certains directement en cause dans la survenue de l’accident fracturaire. On peut donc considérer la fracture de fatigue comme une maladie d’adaptation de l’os à l’effort en l’absence de tout traumatisme brutal.

Tableau clinique traditionnel

–  Apparition d’une douleur mécanique (lors du mouvement +++, au repos la douleur diminue) progressivement invalidante pendant la course à pied. Si dans les semaines qui suivent, les traumatismes sont répétés (concrètement si vous continuez à courir dessus), la douleur persistera dans la vie courante et surtout au repos.

–  Oedème localisé (gonflement). A noter qu’il peut être discret voir inexistant.

–  Les tests en charge (en appui sur la jambe de l’os atteint) sont douloureux.

–  La palpation de l’os fracturé est douloureuse. En particulier, elle est exquise en regard du trait fracturaire. C’est une douleur très précise !

–  Il faut savoir que la radiographie est très souvent inexploitable dans les premiers jours,  voire les premières semaines d’installation de ce type de fracture. Néanmoins, cet examen reste celui demandé en première intention. La scintigraphie et l’IRM (plus précise mais plus onéreuse) sont les examens les plus appropriés pour objectiver la fracture de fatigue.

Localisation des fractures de fatigue

Chez le coureur à pied, elles intéressent beaucoup plus le membre inférieur. Au niveau statique et à charge de travail égale, ces fractures de contraintes toucheront toujours plus la femme que l’homme. Elles sont également à rapprocher de certains morphotypes, d’un chaussage inadapté, d’une progression trop rapide de la charge de travail, ou encore du maintien d’un important entraînement malgré une fatigue prononcée.

  • Métatarsiens

20% des fractures de fatigue, 50% des fractures de fatigue du pied avec par ordre de fréquence au niveau de la diaphyse du métatarse M2>M3>M4>M1 et M5.

  • Os naviculaire

Elle concerne le pied droit du coureur sur piste (et sauteur en hauteur de fosbury), de sexe masculin et pronateur, moins le coureur de fond. Le diagnostic est souvent très tardif.

  • Calcanéus (os du talon)

10 à 20% des fractures de fatigue. Elle est à distinguer de la tendinite d’Achille. On peut s’aider d’une talonnette amortissante.

Les autres fractures du pied sont rares, sésamoides du gros orteil, cuboïde, cunéiformes, talus, première phalange du gros orteil, malléole latérale (cross sur terrain irrégulier) et médiale. Elles seront à rapprocher de votre foulée et de votre façon d’attaquer le pied au sol.

  • Tibia et péroné

Généralement transversale, exceptionnellement longitudinale, elle est à distinguer de la périostite tibiale interne.

  • Fémur

Concerne la métaphyse inférieure ou la diaphyse.

  • Fracture du bassin

6% des fractures de fatigue chez le coureur à pied, ayant une charge de travail hebdomadaire de plus de 100 km. Elle concerne essentiellement les branches ischio-pubiennes.

Par Fabrice Bedin, ostéopathe

9 réaction à cet article

  1. J’avais une douleur dans la cuisse, il a fallu all aller jusqu’au scanner pour être sûr que c’était bien une fracture de fatigue. Une belle fissure verticale dans le femur. Quelqu’un a déjà eu ça ?

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    • Bonjour,

      Les fractures de fatigue sont relativement fréquentes chez les coureurs à pied. De nombreuses études montrent qu’il s’agit probablement de la blessure la plus fréquente chez les coureurs qui font des sorties longues et répétées.

      La fracture de fatigue du tibia est sans doute la plus fréquente de toutes les fractures de fatigue mais tous les os des membres inférieurs et du bassin peuvent être atteints. Les fractures du fémur ne sont pas très fréquentes et peuvent atteindre aussi bien le col du fémur que la diaphyse fémorale.

      Comme vous le décrivez très bien, il n’est pas toujours facile de faire le bon diagnostic, pour plusieurs raisons. Il n’est pas toujours évident de faire la relation entre une douleur de hanche ou une douleur de la cuisse et une fracture de fatigue. Les examens qui peuvent aider au diagnostic ne sont pas toujours performants et même un excellent radiologue peut passer à coté d’une fracture de fatigue, notamment lorsqu’elle est verticale comme la vôtre.

      Les fractures de fatigue du fémur avec un trait vertical ont la réputation de très bien cicatriser et de ne pas laisser de séquelles. Vous pouvez donc rester sur la certitude que vous allez pouvoir recourir sans problèmes. La question essentielle que vous devez vous poser est la suivante : quand vais-je pouvoir reprendre ?

      Il est très important que vous respectiez les délais de cicatrisation pour l’os atteint. En cas de fracture du fémur, nous savons qu’il faut au moins six mois avant de pouvoir recourir.

      Mon conseil actuel est donc de savoir rester patient en respectant les indications de votre médecin traitant et du médecin du sport qui vous suivent concernant les activités physiques et sportives. La logique est aussi de ne rien faire dans les trois premiers mois après le début de la fracture à part un peu de natation si vous aimez nager.

      Prudence et patience sont les deux mamelles de la réussite du traitement des fractures de fatigue.

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      • Je suis sportif de course à pied et j ai eu sans chute in accident une fracture de fatigue après un jogging le muscle a froid douleur derrière la cuisse…hosto m ont juste diagnostiqué une élongation…..toujours en douleur chez mon médecin ..d autres tests pas de déchirure rien au dos ….kine…. Toujours en douleur après 3semaines …. J ai ma jambe qui a lâché et on a constaté une fracture ….régler par un triple visage soyez prudent pour ma part echoc cuisse radio du dos mais pas le col ….donc reste vigilant à cette partie ….voilà ici 6semaines quinserajoute à mes 3avant la détection à attendre une consolidation et commencer à poser partiellement le pied au sol courage à ceux qui ont vécus ça ou en cours

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  2. Oui, moi, depuis hier :-)
    Ce n’est pas une blague, fracture métaphyse inférieure…
    Je l’ai sentie venir, n’ai pas été prudent malgré une certaine fatigue musculaire…

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  3. Bonjour,

    j’ai une facture de fatigue au niveau de l’os du talon (vers l’intérieur du pied). J’ai très mal à l’appui du pied sur le sol. J’ai consulté un médecin du sport mais il ne m’a pas indiqué si je pouvais continuer à pratiquer certains sports (vélo, natation). par ailleurs pensez-vous que marcher à béquilles est une bonne idée et si oui combien de temps dois-je les garder ?
    Merci d’avance pour votre réponse.

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    • Oui j ai connu la période béquille je dirai tu dois sentir que ton muscle travail sans excès …et tu rajoute un peu chaque jour ….j ai payer chère mon immobilisation forcer de plus de 2mois …. La ici après 6 mois …bcp de boulot à faire …. Courage à toi

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  4. Voilà depuis ma fracture du col du femur …je partage mon évolution car il est difficile d avoir dès exemple ici cela fait 6mois …je boîte encore un peu du côté de l intervention …j ai repris la marche 3x semaines de 5a9 km….au 4em mois mon allure était de 12min au km. …. 5 éme ….10 au km et la après 6 mois 8au km….mais essais pour courir …c est trop tôt l impression que les muscles de ma jambe côté opéré et encore faible ….je continue chaque jour par de la marche et velo voilà gardons un esprit positif ……c est lent mais on avance …..

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    • Bonjour à vous, Il est effectivement rare d’obtenir des informations sur la convalescence d’une fracture de stress au col fémoral. J’aimerais savoir si votre fracture était déplacée ou pas et après combien de temps l’orthopédiste a décidé que vous aviez besoin d’une osthéosynthèse? Moi j’ai 44 ans et ma fracture de stress suite à de longues distances sur asphalte, date du 12 novembre dernier, diagnostiqué le 19 décembre donc en décharge avec béquilles depuis maintenant presque 5 mois et je vois peu d’évolution. Merci de vos informations.

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    • bonjour,

      j’ai eu le même problème marathon de la Rochelle en 2008 j’avais 43 ans, temps visé 3h20, au 30° kilos j’ai dépassé le ballon des 3h15, qui de plus était en avance, je volais littéralement ! au 35 kilos au minimes, le ballon 3h15 me rattrape, j’avais une douleur dans l’aine gauche qui s’intensifiait, j’accroche donc le ballon avec la douleur qui devenait de plus en plus insoutenable, la fin sur les pavés a été terrible.
      à 30m de l’arrivée douleur fulgurante et un gros crac. J’ai terminé le marathon en 3h16 soutenu par un gars (mon temps sinon aurait été de 3h13)
      hosto (le médecin me dit dit de rentrer chez moi sans faire de radio), je suis resté du dimanche au vendredi en attente de radio, là a radio : fracture du col du fémur.
      Opération en urgence heureusement pas de déplacement de la fracture… plaque avec vis, très difficile de marcher même avec béquille de décembre à avril, j’avais mal, j’ai lâché la béquille mi-avril, je ne pensais même pas recourir.
      Ostéosynthèse ne donne rien de plus, mon passé de militaire avait peut-être affaiblit mes capacités ? le rhumatologue me disait que c’est une fracture somme tout fréquente pour un sportif de haut niveau ?
      inscription à la salle de sport pour du tapis et de la musculation en 2009, j’avais une gêne à cause de la plaque, donc pas de course à pied sensation désagréable.
      En 2010 la plaque est retirée, je fais quelques footings mais je n’ai plus les mêmes sensations.

      je cours un peu plus régulièrement avec mon amie (7mn à 8mn au kilos 1 fois par semaine sur 4km :) depuis 2014

      En 2016 soit presque 8 ans après la fracture, je prépare un semi marathon (petite préparation) pour mettre le pied à l’étrier à une amie temps 1h51mn sans problème, je manque un peu de fond (jambes lourdes à la fin).

      Actuellement je prépare un autre semi avec 4 entrainements par semaine objectif 1h40 (mon meilleur temps semi 1h23).

      Je pense que chacun récupère à son allure, j’ai été horrifié par certains commentaire jambes plus courte suite à l’opération, pas de récupération au bout de 8 mois, d’autres qui faisaient du ski au bout de 2 mois.

      Actuellement à 52 ans j’ai un cloc au niveau de la malléole, des petits douleurs par moment au niveau de la hanche surtout en temps de pluie, ma jambe gauche est plus raide.

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