Ultra Trail : comprendre les abandons pour mieux éviter leurs écueils

Tout ultra traileur est confronté un jour ou l'autre à l'abandon. Pour éviter au maximum cette fin de course précoce, Pascal Balducci, entraîneur de trail, décortique les principales causes d'abandon.

UTMB 2013

Sur un ultra trail, le taux d’abandons varie de 25 à 50% selon les conditions de courses et la distance. A Chamonix, sur le format 100 miles, on recense en moyenne un tiers d’abandons. En 2015, sur 2500 coureurs, 800 n’ont pas atteint la ligne d’arrivée ! Ces chiffres paraissent très importants en comparaison à d’autres courses comme le marathon par exemple (3% d’abandons en moyenne sur le marathon de Paris).

Pour en comprendre la raison, intéressons-nous aux raisons connues des abandons. Ils ont été recensés par le club Cœur et Sport en association avec les Traileurs du Mont Blanc. En 2009, les motifs principaux d’abandons sont musculaire (16.2%), tendinite (15.5%), nausées et vomissements (15.1%), articulaire (10.2%) et barrière horaire (6.4%). A ces motifs principaux et redondants, il faut ajouter une multitude d’autres raisons invoquées par les traileurs comme l’épuisement, la défaillance mentale, les ampoules, la déshydratation, les diarrhées, les entorses …

En regroupant les thèmes principaux, on obtient des pourcentages très instructifs.

Abandons UTMB

Faire face

Reprenons ces thèmes un par un.

  • Barrière horaire

De nombreux coureurs n’ont que cette obsession en tête : passer les barrières horaires. N’oublions pas qu’accomplir 160 km avec 10 000 mètres de dénivelé positif et négatif est un effort extraordinaire et apparemment surhumain. Pour les coureurs dont le potentiel physique est limité, le moindre incident de course peut être fatal. Rappelons-nous qu’au-delà de 30 heures d’effort, le sommeil par petites phases est conseillé et qu’il augmente le temps de course. A cela, ajoutons tous les anonymes dont le nom a été tiré au sort dans une année « sans », avec des pépins physiques retardant la préparation ; car si l’élite peut se préparer sereinement en sachant qu’elle fera la course telle année, ce n’est pas le cas de la masse qui est suspendue à la chance.
Enfin, les barrières horaires deviennent plus difficiles à franchir si les conditions météos sont mauvaises, et c’est souvent le cas. Et chaque année, plus d’une cinquantaine de coureurs sont arrêtés en des points divers, certains épuisés, mais d’autres en bonne condition physique.
Pour ces coureurs, seuls un entraînement et une gestion de course plus aboutis peuvent solutionner le problème. Ils doivent aussi impérativement maîtriser leur alimentation et leur matériel.

  • Articulaire

Ce sont les articulations des membres inférieurs qui sont concernées ici : cheville, genou, hanche. Beaucoup trop d’athlètes arrivent blessés, même très faiblement, au départ de la course. Et oui, c’est tellement compliqué d’obtenir un dossard, et il y a de tels enjeux autour de cette épreuve qu’il est difficile de renoncer pour une petite gêne articulaire. Pourtant, dans ce cas, les chances d’aller au bout sont très faibles, la répétition des chocs (au moins 200 000 sur 160 km) étant traumatisante pour le système squelettique. Pour d’autres, ce sont les charges d’entraînement pré-compétitive qui ont été trop importantes et qui ont fragilisé l’organisme tout entier (sur le plan anatomique et physiologique). Du coup, après quelques dizaines de kilomètres, ça casse : douleurs aux genoux, au bassin, aux chevilles, voire entorse. Dans la douleur et la détresse, l’aventure prend fin.

Les solutions : chaque année, faire un bilan ostéopathique et être suivi régulièrement par un kiné. Au besoin, voir le podologue si les appuis dynamiques sont potentiellement source de blessures. Dans cette continuité, veillez à avoir la bonne paire de chaussures correspondant à votre morphologie et à votre type de foulée. Pensez à croiser l’entraînement afin de soulager le travail articulaire et respecter une ou deux pauses annuelles pour récupérer et régénérer. Enfin, un travail de renforcement musculaire est indispensable si vous voulez évitez au maximum les blessures.

  • Troubles gastriques

Dans de nombreuses courses, c’est le facteur numéro 1 d’abandons, notamment sur les épreuves plus courtes de 100km, comme sur la première partie de courses plus longues comme le Tor des géants (330 km). En effet, Grégoire Millet a montré que sur les 100 premiers kms du Tor, 28 % des abandons sont d’origine digestive ! Et ils surviennent donc pendant la première nuit. La stratégie nutritionnelle en course est donc fondamentale, tout comme l’alimentation des dernières semaines. Précisons que si de grands principes existent, tous les processus doivent s’individualiser, et il ne faut jamais rien tester en course. Dans ce domaine, beaucoup d’abandons sont dus à l’ingestion de glucides à index glycémique trop élevés imposant un travail pancréatique trop important. La vidange gastrique est bloquée, c’est le début du calvaire car l’athlète ne peut plus rien ingérer (ni liquide ni solide). Le 2ème écueil à éviter est le froid, le vent et la pluie qui fragilisent les intestins. Il faut donc se couvrir en conséquence, notamment pour le passage des cols de nuit. A Madère, Fabien Antolinos en a fait la cruelle expérience. En prévention, le smecta peut être utile, tout comme l’Imodium en cas de diarrhées. Mais l’idéal reste l’adaptation de l’alimentation (renforcement de la barrière intestinale) avant et pendant la course.

  • Tendinite

C’est la pathologie de répétition par excellence. Les plus fréquentes sont la tendinite achilléenne, celle du TFL (bord extérieur du genou), la tendinite rotulienne, la quadricipitale, et celles du bassin dans le cadre d’une pubalgie. Là aussi, les causes sont multiples et la solution est toujours dans la prévention par l’optimisation des charges de travail, l’entraînement croisé, l’alternance des sollicitations énergétiques, le suivi kiné, le bon choix du matériel… Une fois la tendinite installée, ça se complique, surtout en course où poursuivre son effort va aggraver la pathologie. Il est alors plus sage d’abandonner.

  • Musculaire

C’est un cas d’abandon très répandu, par blessure ou épuisement, puisqu’il concerne près de 130 coureurs. Il est souvent lié à un manque de préparation ou à une mauvaise gestion de course. Chiffre très important en 2015 : sur les 800 abandons, la grande majorité se fait avant Courmayeur, et 700 ont déjà arrêté à Champeix-Lac. Entre ce ravitaillement et l’arrivée, il n’y aura plus qu’une centaine d’abandons. Cela semble bien mettre en cause la mauvaise gestion de course, généralisée à l’ensemble des coureurs, experts comme non experts, hommes comme femmes. Emportés par la foule, qui nous traîne et nous entraîne, nombreux sont ceux qui se mettent hors course un peu stupidement alors qu’il suffit de quelques règles assez simples pour gérer son effort.

Enfin, s’il toujours difficile et dévastateur d’abandonner sur une épreuve phare, c’est parfois la décision la plus sage et il faut savoir quand abandonner. Il faut pouvoir se projeter au-delà de cette petite mort et se donner les chances de rebondir un peu plus tard et de réunir toutes conditions du succès.

2 réaction à cet article

  1. 1° l’ultra ce n’est pas l’UTMB
    2° l’UTMB est très loin d’être l’ultra le plus difficile
    3° les taux d’échecs s’explique par les raisons que vous donnez, stats à l’appui, mais la raison de fond c’est : l’orgueil. L’orgueil qui banalise ces courses très difficiles, l’orgueil qui pousse des gens mal préparés à croire qu’ils pourront, l’orgueil qui fait passer le plaisir après la souffrance.

    Souffrir sur un ultra, oui, c’est normal, je l’ai connu aussi, mais vouloir à tout prix s’aligner sur une course très longue, dans des conditions difficiles, juste pour dire « je l’ai fait », c’est de la connerie ! Le taux d’échec serait bien moindre si les medias, les organisateurs et ce jeu assez masculin de « celui qui pisse le plus loin » ne faisaient pas cette course au toujours plus.

    Croyez-moi, j’en connais des mecs qui ont fait l’UTMB, d’autres qui vont y aller, et qui me disent « oui, c’est chiant, ça coûte une blinde, c’est la foule, mais c’est cool de le finir ». Ben ouais, pourquoi ? pour faire le beau gosse après sur sa page FB.
    Pitoyable motivation …

    Et ce n’est pas QUE pour l’UTMB, mais cette course c’est vraiment une caricature …

    Allez, bonnes courses, et amusez-vous, c’est quand même l’essentiel bordel !!

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  2. Orgueil … peut être pour certains mais « relever un challenge/défi personnel un peu gros » me parait aussi pour partie, un des éléments qui augmentent le taux des abandons.
    Préparer un 3000 D+ dans la Beauce ou la Brie relève du challenge infernal par exemple :)
    La préparation : toute une histoire … et pourtant, motivé, programme à l’appui, on s’inscrit avec l’envie et l’espoir de bien faire la course et … la préparation …
    – 4 sorties par semaine : avant de partir au boulot à 6h30 ou en rentrant après un galère des transport à 21h30 ? Et à quel prix ou quelle utilité en fin de journée avec toute la fatigue accumulée ?
    – et bizarrement les gens bossent et doivent jongler aussi avec un tas de problème, autre que pépin physique et parfois motivation. Que dire des 55 cm de neige tombé cette nuit (pas dans le Beauce !) et la course du matin « légèrement perturbée » …
    A mon humble avis, pas pour « dégouter » les gens mais plutôt par pédagogie, lorsque l’on s’inscrit à un ultra ou à une course de 10 à xx h, course à point inclus, il faudrait avoir un minimum d’information sur le niveau attendu, sur le « régime/volume/temps d’entrainements » qui serait nécessaire pour courir et terminer ces courses de manière le plus optimal possible. Il faudra de toute manière bien un dernier :) Une idée aussi des courses qu’il faudrait peut avoir avoir tenter/terminer avant, avant de se lancer dans la « sa » grande aventure.
    Comme le souligne le collègue, la porte est ouverte à « presque » tout. La publicité faite autour est très attractive et « persuade presque » les potentiels candidats que « pffff, non mais allez-y n’ayez pas peur : ma grand-mère l’a fait l’année dernière pour fêter ses 148 ans sans entrainement ! ». Et dans un monde ou le réseau et le « paraitre » deviennent une norme, le « JE L’AI FAIT PUTAIN, SA MERE » sur la page fessebouc reste il est vrai un réel objectif (théorique quand même) pour une petite partie des coureurs ;)
    Mais c’est aussi ça la liberté :)

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