Toi et moi à l’entraînement : pour le meilleur…

En général, on entend que la performance repose sur la physiologie de l'athlète ou sur ses attributs psychologiques. C'est vrai lors d'épreuves en solitaire quand le contexte est stable. Mais lors d'affrontements directs, qu'en est-il ? Ces facteurs restent soumis à d'autres enjeux : des enjeux tactiques. Et oui, on se surprend parfois grâce à l'adversaire de devant ! Pourtant, à l'entraînement, on ne sait que trop peu tirer profit d'autrui, qu'il soit adversaire ou partenaire…

Source - Fotolia
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DANS LES FAITS.

Quand une performance est en train d’être réalisée, on peut faire 2 observations remarquables liées à la présence d’autrui : d’abord des réajustements technico-tactiques plus fréquents pendant l’effort (ex : repositionnement dans le groupe, finesse technique…) mais aussi des niveaux de sollicitation physiologique inédits (ex : tolérer des hauts niveaux de lactate) !

De tels effets s’expliquent par :

  • de l’Affectif (regain de motivation) : avoir un athlète en ligne de mire décuple les efforts (généralement) ;
  • du Perceptif (déplacement de l’attention vers l’extérieur) : penser à l’adversaire plutôt qu’aux jambes qui brulent permet de « sortir » de son effort ;
  • du Cognitif : avoir un adversaire tout près agit comme un rappel de rester dans la tâche et de garder le contrôle de la situation.

 

EN THÉORIE.

La littérature est « conditionnelle » sur les bénéfices : on ne pourrait  les percevoir qu’à conditions de :

  • Avoir un adversaire de niveau proche au notre. S’il n’est pas « challenging », il ne galvanisera pas l’expression de notre potentiel.
  • Avoir un adversaire présent, visible, concret ! Et oui, se battre contre du concret est plus efficace que de se battre contre un adversaire imaginé.
  • Avoir un adversaire situé à une distance optimale. Ceci afin que l’anticipation de l’effort à fournir éveille un enjeu palpable : si l’adversaire est trop loin, on n’interprétera pas la situation comme une « opportunité » et le jeu n’en vaudra pas la chandelle.
  • Avoir un adversaire qui adopte une attitude cohérente. Car un adversaire qui emploie une stratégie que l’on sait infructueuse n’éveillera pas notre intérêt (ex. un départ trop trop rapide).

 

EN PRATIQUE

1- À l’entraînement : puisqu’autrui est une aide non-négligeable, il « doit » servir de ressource ! En particulier lors des séances HIT qui demandent souvent un dépassement de soi : courir à plusieurs maximisera la sollicitation physiologique en même temps qu’elle encouragera une projection mentale en compétition.

Néanmoins, au moins 1 séance dure par semaine devra continuer à être effectuée en solitaire (HIT ou allures de course). C’est important, car l’enjeu est double : une écoute de soi plus précise (expérience de la vitesse, signaux musculaires/digestifs) et une résistance mentale mise à l’épreuve. Vous le savez, ces 2 variables psychologiques sont fondamentales en endurance.

Pour les séances souples, elles peuvent être réalisées en groupe si elles permettent de voir passer la séance plus vite. Un partenaire d’entraînement permettra alors de réduire l’impression d’effort et de limiter le sentiment de fatigue générale. Dans le même esprit que les séances intenses, gardez quelques séances souples en solitaire pour ajuster votre technique, souffle et stratégie mentale.

2- En compétition : l’influence d’autrui est variable selon les traits de personnalité. Exemple : les bénéfices sont atténués chez des athlètes qui sont motivés par l’épreuve plutôt que par la compétition. Ils sont aussi atténués au sein des courses de très longue durée (ironman, ultra-trail…) où c’est surtout le challenge personnel qui occupe le devant de la scène.

 

Un point reste à noter : il s’agit d’un facteur limitant de la présence d’autrui. En raison d’un changement dans la difficulté perçue de l’effort, les séances collectives sont plus difficiles à quantifier en termes de charge d’entraînement. Car la perception qui les accompagne pourrait ne pas refléter fidèlement leur degré d’exigence réelle. Afin de réaliser un suivi fiable de l’athlète, un ajustement dans le monitoring s’impose donc. Celui-ci pourrait croiser :

  • Des paramètres objectifs (réponses cardiaques à l’exercice: atteinte de FCmax, FC de récupération, FC moyenne) ;
  • Des paramètres subjectifs mesurés à distance de l’entraînement (capacité d’activation, niveau de fatigue, humeur) ;
  • Des paramètres subjectifs mesurés seulement sur les séances en solitaires (RPE).
training compétition

Pour aller plus loin : Hettinga et al. Frontiers Physiol. 2017

Cyril Schmit

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