Doit-on tester les traileurs en montée ?

Les évaluations sont essentielles quelle que soit la discipline sportive afin de mettre en lumière les points forts et les points faibles de chacun, puis de déterminer les objectifs des différentes périodes de préparation. Décryptage.

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De nombreux articles sur Lepape-info se sont intéressés aux évaluations sur le terrain et en laboratoire. 

Le test d’effort est-il aussi important en trail que pour la route ?

VMA Ascensionnelle : Quels tests ?

Les tests d’efforts – le quotient respiratoire

 

Les évaluations sont essentielles quelle que soit la discipline sportive afin de mettre en lumière les points forts et les points faibles de chacun, puis de déterminer les objectifs des différentes périodes de préparation. Mais pour évaluer, il faut être en mesure d’analyser les paramètres de la performance.

Concernant le trail, et sur le terrain, nous avons déjà évoqué l’importance des évaluations en montée (VMA ascensionnelle) mais également en descente (vitesse, technique, engagement) et bien entendu à plat avec un test progressif de type VAMEVAL. Ces évaluations se déroulent dans 99% des cas sans matériel compliqué si ce n’est la montre GPS et le cardiofréquencemètre.

Toutefois, pour certains chanceux, il est possible d’être testés à l’extérieur avec un analyseur d’échanges gazeux, ce qui permet de multiplier les données (quotient respiratoire, coût énergétique, VO2max …).

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Le VO2max peut se tester sur le terrain comme en labo. Photos : G. Mojicevic et V. Govignon

Dans le cas fréquent du laboratoire, il est difficile de se repérer dans la jungle des tests. Depuis les premières évaluations du VO2max qui datent de 1923, les protocoles se sont multipliés avec la finalité d’approcher de manière toujours plus fiable la consommation maximale d’oxygène des sujets. Les protocoles diffèrent par leurs durées, par les pentes utilisées, par les incréments de vitesse et de pente, et par la durée des paliers (entre 1 et 3 minutes). Au final, l’athlète (et son entraîneur) repart le plus souvent avec un chiffre final (le VO2max) peu exploitable tant il dépend des conditions de passation.

 

De la pente uniquement pour le traileur

 

Voici quelques conseils utiles pour pouvoir profiter des résultats du test.

  1. On passe sur son ergocycle de spécialité, c’est-à-dire qu’un coureur passe sur un tapis et un cycliste sur un vélo. Dans le cas contraire, les données pourraient ne pas être maximales en raison de facteurs limitants périphériques. En effet, les muscles actifs et en vélo et en course sont quantitativement et qualitativement différents, ce qui fait varier les demandes en oxygène.
  2. Pour les mêmes raisons, un coureur exclusif de route ou de piste doit passer son test à plat, ou avec une pente très faible (< 3%). Par contre, le traileur peut très bien passer son test en pente.

 

Peu d’études se sont intéressées aux différences de VO2max obtenues entre des tests à plat et des tests en montées. En 2016, avec le Laboratoire Interuniversitaire de la Biologie de la Motricité de Lyon 1, nous avons investi cette problématique chez une population de coureurs « élites » (spécialistes trail avec VMA à plat > 18 km/h). Nous avons montré (figure 1) que les données physiologiques principales (VO2max, FC max, débit ventilatoire maximale et seuil ventilatoire 2) étaient significativement les mêmes, quelle que soit la pente considérée (plat, 12.5% et 25%).

 

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Figure 1 : données comparées sur un test à plat, un test à 12.5% et un test à 25% de pente (source *)

 

Au sein d’une population de coureurs spécialisés en course de montagne, les tests sont donc comparables. Mais qu’en est-il à l’échelle de l’individu ? Pour cela, il faut faire des corrélations qui sont montrées sur la figure 2. Là encore, VO2max, FC max et débit ventilatoire sont corrélés, ainsi que la fréquence de pas. Seul le coût énergétique de la foulée présente des différences significatives entre le plat et la montée. Cela veut dire qu’un athlète économe à plat ne l’est pas nécessairement en montée pour des raisons de manque de force par exemple, ou d’un rapport poids/puissance désavantageux.

Figure 2 : corrélations entre les données individuelles des 3 tests (source *)
Figure 2 : corrélations entre les données individuelles des 3 tests (source *)

 

Progressif en pente, pas simple

 

Pour l’examinateur (médecin ou chercheur), la difficulté va être de paramétrer les tests. Pour faire passer les athlètes spécialistes de trail dans leur centre de médecine du sport, les médecins et chercheurs de Toulouse ** se sont intéressés à cette même étude (*) pour pouvoir proposer des pentes intéressantes et déterminer un coût énergétique de montée. Le plus simple est de conserver la même durée de paliers (par exemple 2 minutes) mais de modifier l’incrément en termes de vitesses. En effet, il est aisé de comprendre que 1km/h de plus à plat ne correspond pas à la même élévation d’intensité que 1 km/h de plus à 10% de pente, et encore moins à 20%. Ainsi, dans l’étude, nous avons utilisé (après calculs) un incrément de 0.5 km/h à 12.5% et de 0.3 km/h à 25%. Ainsi, chaque sujet a pu atteindre son VO2max au bout d’un même nombre de paliers pour chaque pente.

Par conséquent, il est possible, et même conseillé pour les traileurs et coureurs de montagne, de passer un test en condition spécifique de pente. Rien n’empêche à l’échauffement de calculer un coût énergétique à plat, puis un coût à une pente intéressante (à partir de 10%) et de le comparer aux données statistiques.

 

Un temps limite sur le terrain

 

Par contre, sur le terrain et en pente, il est impossible de passer un tel test car on ne peut contrôler ni la vitesse ni la pente. Dans ce cas, il faut passer ce que l’on appelle un temps limite (idem au test de VMA Ascensionnelle ) sur un dénivelé fixe (entre 100 et 150m d+ selon la pente et l’expertise du coureur) ou un temps fixe (5 minutes). En plus du VO2max obtenu après 2-3 minutes d’effort maximal, on pourra évaluer et même calculer la cinétique de VO2, paramètre important de la performance aérobie, trop souvent ignoré et négligé.

C’est sur ce type de test que les membres de l’équipe de France de montagne vont être testés très prochainement au cours de leur stage de préparation aux championnats d’Europe. Ils permettront de déterminer la spécificité de ces coureurs élites.

 

 

* Balducci, P., Clémençon, M., Morel, B., Quiniou, G., Saboul, D., & Hautier, C. A. (2016). Comparison of level and graded treadmill tests to evaluate endurance mountain runners. Journal of sports science & medicine, 15(2), 239.

** Service d’Exploration de la Fonction Respiratoire et de Médecine du Sport, Pôle Voies Respiratoires, CHU LARREY, 24 Chemin de POUVOURVILLE, TSA 30030, 31059 TOULOUSE CEDEX 9

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