L’importance du sommeil pour le sportif

Dans un récent article, nous avions traité des techniques à mettre en place pour favoriser son sommeil. Primordial dans l’efficacité de la vie de tous les jours, on entend de plus en plus qu’il est l’atout numéro 1 de la récupération du sportif. Mais quel lien y a-t-il réellement entre sommeil et performance ? L’idée est ici de faire un petit tour d’horizon d’études scientifiques ayant traités du sommeil et de la performance chez le sportif.

Lit / Dormir / Sleeping / Reveil

Sportifs de haut-niveau et sommeil… Un sujet qui fâche !

Trois récentes études nous alertent sur la précarité du sommeil des sportifs élites. Une première étude a suivi 107 joueurs de hockey sur glace professionnels sur toute une année. Ce travail révéla deux résultats.

Le premier a montré une perturbation du sommeil chez 22% des sportifs. Ce chiffre est légèrement plus important à celui constaté dans des cohortes d’individus non-athlètes, mais cela pourrait très bien être dépendant de l’échantillon.

Plus embêtant… 46% des athlètes ont déclaré une perturbation de leur sommeil en pleine saison compétitive ! Il est à noter que ce type de recherche avait déjà été mené dans d’autres sports (football, athlétisme, kayak, danse) et les perturbations y étaient également très (trop) importantes !

Second résultat, alors que seulement 4% des hockeyeurs avaient usage à des médicaments pour favoriser leur sommeil, cette proportion s’envolait à 17% en période de compétition. Près de la moitié de ces sportifs de haut-niveau récupéraient donc mal au moment clé de la saison et près d’1/5ème d’entre eux avaient recours à des molécules médicamenteuses en période de compétition… Soit une récupération de piètre qualité, ajoutée à des éléments chimiques et aidants peu sains pour leur santé.

Lors de la seconde saison compétitive de suivi, ces scientifiques se sont attelés à tester l’efficacité d’une simple éducation au sommeil. Il était conseillé : 1) de réduire l’activité du système nerveux sympathique (système activateur) en soirée, principalement par la diminution de l’utilisation des tablettes et smartphones. 2) Or gros coup de pompe, de réduire les siestes à une durée maximale de 30’ (power naps), dans un objectif de récupération physique, en diminuant le risque de décaler les cycles de sommeil en soirée. 3) Eviter les boissons caféinées, les repas gras et copieux en soirée et de se surhydrater.

Pour certains problèmes de sommeil identifiés, des conseils plus spécifiques étaient donnés comme : « éviter les prises de poids importantes, utiliser un dispositif d’avancement mandibulaire pour les sportifs souffrant d’apnées nocturnes ; créer des routines pré-endormissement (lectures, lumières tamisées, etc.), réduire la sieste à 30’, rappeler l’importance de dormir suffisamment longtemps, ingérer de la mélatonine 1-2h avant de dormir (tomates, cerises, olives, orge, riz, noix, raisin ) pour les sportifs souffrant d’insomnies ; réaliser du stretching (étirements, mouvement de relaxation) avant de se coucher, effectuer des bains froids, ingérer de la mélatonine 1-2h avant de dormir pour les sportifs souffrant de syndrome de jambes lourdes.

De façon très intéressante 83% des sportifs déclaraient avoir amélioré significativement leur sommeil la seconde année sur la seule base de ces conseils.

Hors de son lit douillet, le sportif est perdu !

D’autres chercheurs ont récemment suivi une équipe de 19 footballeurs Australiens professionnels (mélange de football et de rugby) pendant deux périodes de 8 jours, l’une où les nuits se déroulaient à la maison, quand l’autre avait pour cadre l’hôtel d’un camp d’entraînement.

Le camp d’entraînement a montré une diminution de la qualité de sommeil malgré une augmentation du temps passé au lit, ne se traduisant pas par une augmentation du temps de sommeil. Ici, cette dégradation de la qualité et de la quantité de sommeil était principalement causée par le changement des conditions de sommeil que nous avons tous connus lors de nuits d’hôtel, la veille d’une course ou en stage d’entraînement.

Cherchez donc à favoriser vos conditions de sommeil avec des éléments simples à mettre en place. Par exemple éviter les entraînements intenses en soirée, d’autant plus les premiers jours. Eviter les repas lourds. Favorisez autant que possible une pièce fraîche et sombre, malgré sa configuration différente. Buvez une tasse de lait chaud au miel ou encore relaxez-vous avec un bon livre ! Plus de conseils ici.

De la casse pour les mauvais dormeurs ?

Deux études ont montré des résultats intéressants, renforçant l’idée qu’il est indispensable d’encourager les sportifs à bien dormir. La première a suivi pendant 21 mois une cohorte d’adolescents sportifs de haut niveau.

Étaient simplement mesurés : les heures de sommeil par nuit et le nombre de blessures recensé pendant l’année. Les athlètes dormant moins de 8 heures par nuits avaient 1,7 fois plus de risques de se blesser que ceux dormant au moins 8 heures par nuit. Bien entendu, la durée du sommeil est individuelle avec par exemple des gros et des petits dormeurs. Cependant, cette étude appuie le fait que la restriction de sommeil aura une incidence sur les processus de récupération et pourra augmenter les facteurs à risques de survenue de blessure.

Le sommeil = récup physio/psycho/articulaire/musculaire… Si le processus est perturbée, l’entraînement est vécu comme une surcharge, avec les risques que cela implique.

Sommeil Sportif

Le rhume du manque de sommeil !

La seconde étude était réalisée sur les mêmes bases que la précédente. Avec cette fois-ci, un simple recensement du nombre de rhume dans une population d’athlètes de haut niveau en fonction du nombre d’heures de sommeil. Et cela ne loupait pas. Les athlètes dormant 5 heures par nuit avaient 4,5 fois plus de « chances » d’attraper un rhume que ceux dormant plus de 7h par nuit ! Sommeil, récupération, il semble que nous retombions toujours sur les mêmes conclusions.

Sommeil et rhume

Augmentation de la charge d’entraînement et sommeil.

Une étude dont nous vous parlons très souvent, nous informe également sur le lien existant entre sommeil et stress d’entraînement. Pour rappel dans cette recherche, des triathlètes s’entraînaient de façon plus importante qu’habituellement afin de trouver quel niveau de fatigue serait le plus intéressant en perspective du rebond de performance désiré pour la compétition objectif.

Un groupe connaissait une baisse de performance à l’issue du stage, lorsque l’autre maintenait son niveau de performance. Pendant ce stage était également mesuré le sommeil des sportifs. Lors de la surcharge d’entraînement, les sportifs surmenés (baisse de performance) avaient une tendance à se coucher plus tard, mais passés autant de temps au lit. Il n’y aurait donc pas de quoi s’alarmer. Et pourtant ! Ceux-ci montraient une diminution de leur quantité et de leur qualité de sommeil de façon significative.

A l’inverse les athlètes ayant réalisé une forte charge d’entraînement sans signe de surmenage (donc sans baisse de performance), ne montraient aucune altération de leur sommeil. Il est par ailleurs à noter qu’ici encore, les athlètes surmenés montraient une plus forte proportion à tomber malade (70% déclarés des états infectieux, contre seulement 20% pour les surcharge sans surmenage). D’une part, il sera donc primordial de gérer au mieux ses charges d’entraînement pour éviter une mauvaise adaptation à celui-ci. Et d’autre part, il pourra être utile de favoriser une bonne hygiène de sommeil (ne pas se coucher tard, effectuer des siestes, dormir dans une pièce sombre, etc.) en période de surcharge (d’entraînement comme de vie : examens, grosses périodes de travail, etc.).

Se coucher tôt et préparer son terrier !

Une étude menée l’an passé est venue renforcer le message qu’une bonne hygiène de sommeil pouvait favoriser une meilleure qualité de sommeil. Les participants étaient divisés en trois groupes où différents marqueurs du sommeil étaient mesurés durant 3 jours consécutifs. Une première situation contrôle où chacun était libre de gérer son sommeil. Ce qui se traduisait ici par une durée moyenne de sommeil d’environ 7h30. Pour les deux autres groupes la donne était tout autre puisque le sommeil était divisé par deux ! Soit ici environ 4h de sommeil.

Dans la première situation la restriction passait par des éveils nocturnes forcés. Alors que dans la seconde situation, les sujets se couchaient naturellement dans leurs conditions habituelles pour être réveillés 4h plus tard. Puis, était regardé la qualité du sommeil des trois groupes.

Les « contrôles » montraient une efficacité de leur sommeil de 92% (une valeur classiquement mesurée sans troubles du sommeil). A l’inverse la première situation de restriction (éveil forcé) montrait une qualité de seulement 58%, lorsque la seconde situation était pour sa part de 98% ! Qui n’a pas connu une nuit fragmentée par de nombreux bruits extérieurs avec cette impression de n’avoir pas du tout récupéré, lorsqu’à l’inverse un éveil précoce après un court sommeil dans de très bonnes conditions n’empêchait pas d’être réactif lors de la journée suivante. Deux messages importants pour le sportif : créez de bonnes conditions de sommeil (calme, obscurité, fraîcheur, literie de qualité) et ne vous couchez pas tard (les premiers cycles de sommeil étant les plus réparateurs).

Oui à la power nap !

Enfin, une étude également menée l’année passée est venue appuyer l’intérêt des siestes courtes (moins de 30’) pour les sportifs, notamment en période de restriction de sommeil et/ou d’aide à la récupération. La nuit de sommeil de onze sportifs était réduite de 2h. Puis, soit ceux ceux-ci étaient autorisés à réaliser une sieste de 30’ le matin et une autre l’après-midi ou à l’inverse à n’en réaliser aucune ! Puis, la nuit suivante tout le monde se couchait dès 20h avec possibilité de dormir autant que désiré.

Les sportifs réalisant des siestes ne montraient pas d’augmentation de la libération d’hormones du stress, à l’inverse des athlètes interdits de siestes. Par ailleurs, les perturbations immunitaires observées suite à la privation de sommeil revenaient à la normale après les siestes. Cette étude suggère que la réalisation de « power naps » aura un réel intérêt pour la récupération du système nerveux et des effets positifs sur l’immunité.

Les siestes peuvent donc être utilisées pour contrecarrer les effets négatifs du manque de sommeil et/ou d’une mauvaise qualité de celui-ci. Ces résultats peuvent être particulièrement intéressants pour les athlètes ayant besoin de récupérer et/ou possédant de mauvaises conditions de sommeil à l’approche de compétitions importantes (stress, changements de literie, etc.).

La preuve est donc faite de l’utilité du sommeil pour le sportif, à n’importe quel niveau de pratique. Le sportif professionnel aura de lourdes charges d’entraînement à supporter, lorsque le sportif amateur devra coupler ses entraînements avec sa vie quotidienne. Prenez donc soin de vous. Ne vous arrêtez pas de vivre, mais dans la mesure du possible ne vous couchez pas tard, ne galvaudez pas la qualité de votre literie et de votre pièce de sommeil, évitez autant que possible les séances intenses et l’utilisation d’écrans bleus en soirée (smartphones, tablettes, télévision, ordinateur), et n’ayez plus peur de faire la sieste ! Cela ne vous prendra que 20 à 30’ par jour pour vous permettre de raccrocher les wagons qui n’ont pu être pris la veille et favriser une plus grande efficacité l’après-midi au travail comme dans votre pratique sportive.

@AUBRYANAEL

4 réaction à cet article

  1. Bonjour,

    Pourriez vous me donner les liens vers les articles scientifiques servant de source.

    Par avance merci

    Répondre
  2. Très intéressant ! On a beau le savoir et le lire c’est toujours bien d’en remettre une couche ! les sources scientifiques en rajoute encore plus, les proba de tomber malade etc étant assez flagrantes ! Je comptais justement écrire un article là dessus dans les prochains jours :D

    Répondre

Réagissez