Théo Lapouge : « On veut disrupter le vêtement de sport, on veut changer la donne. »

Théo Lapouge ancien athlète de haut-niveau a récemment crée sa marque de vêtements de running appelée Sensus.
Le principe proposer une ligne de produits fabriqués en France avec une empreinte environnementale la plus faible possible avec des tissus fabriqués à partir de bouteilles plastique, de déchets textiles ou encore de pulpe de bois. Entretien.

Théo Lapouge fondateur de la marque Sensus - Crédit photo : Brool Video

Lepape-info : Théo, comment avez-vous eu l’idée de créer votre marque Sensus ?  

Théo Lapouge : Le lancement date de mi-2022 mais avant j’étais athlète de haut-niveau en équipe de France d’athlétisme en cross-country entre mes 18 et 20 ans. À l’époque je cours beaucoup, j’ai l’occasion de tester de nombreux équipements, j’en use jusqu’au bout que ce soient des vêtements, des chaussures. En parallèle de mes études quand je suis en période de stage, je saisis l’opportunité de travailler au siège d’Adidas en Allemagne.

Je suis dans le secteur de la création de chaussures de running mais aussi pour les pointes en vue des Jeux Olympiques de Tokyo et de Paris. Je cours, je travaille pour la création de produits, je suis testeur pour eux c’est le rêve. J’ai toujours voulu être entrepreneur, j’ai préféré avoir cette expérience avant de me lancer, chose que j’avais envie de faire depuis très longtemps. En 2021, je fais un benchmark de marques par pays européens par rapport à ce que l’on fait et je constate qu’en France il n’y a aucune marque Française ou « made in France ». Les plus gros vendeurs en France sont les marques internationales que tout le monde connait mais pas de Française. Cela m’interpelle, étant très axé éco-responsabilité, je me dis que ce serait bien de créer une marque mixant l’éco-responsabilité avec le local. Fin 2021, je termine mon Master 2 et je commence à faire du sourcing de matière, de potentels fabriquants et je me forme à la couture. Les chaussures je connais, je vois comment se fait la fabrication mais les vêtements c’est trop technique pour moi, je ne comprends pas.

Théo Lapouge : « Ma mission est de faire des vêtements techniques, voire plus techniques que ce qui existe mais avec des matières hyper écoresponsables et je veux les faire fabriquer en France. C’est un sacré défi pour faire le tissu en France parce que du polyester, du polyamide tu en trouves par contre de la pulpe de bois c’est plus difficile d’en avoir en France sans parler de l’huile de ricin. »

Lepape-info : Vous commencez votre période couture avant de vous lancer pleinement dans l’aventure

T.L : Je suis de Bordeaux, j’appelle un atelier de couture du coin, je pars acheter 3 m de tissu en polyester, je débarque là-bas, j’amène l’un de mes t-shirts de sport et je leur montre en leur disant voilà je cherche à faire cela. Je prends entre 20 et 30 heures de cours sur octobre-novembre 2021 mais on est assez rapidement limités car les personnes de l’atelier sont très au fait pour fabriquer des jeans, sur de la retouche, pour des robes de mariées mais beaucoup moins pour des t-shirts hyper techniques pour la course à pied. Le 23 décembre 2021, j’achète tout mon matériel de couture et pour faire des vêtements : machine à coudre, surjeteuse, recouvreuse, presse à chaud. Le 1er janvier 2022, je me lance dans la couture tout seul pour progresser et développer vraiment les produits. Je m’enferme pendant 2 mois, je couds le matin, l’après-midi, je fais des essais sur moi, le soir je cours avec ce que j’ai fabriqué et je note, j’évalue, le lendemain je reprends mes notes c’est reparti et ainsi de suite tous les jours sur des modèles de t-shirts, débardeurs et cuissards. On lance en précommande les produits que j’ai développé en mars 2022 avec un lancement officiel en mai 2022.

Lepape-info : Vous avez commencé avec quelle sorte de tissu ?  

T.L : On a démarré avec un tissu recyclé de bouteilles plastiques parce que c’est très pratique pour faire plein de choses. Plus d’un an plus tard nous avons fait des V2, V3 des premiers vêtements que l’on avait sorti. On a élargi avec des déchets textiles, on sort en ce mois de novembre un t-shirt manches longues en pulpe de bois thermorégulant et je travaille sur de l’huile de ricin pour avril 2024. Nous avons une volonté de disrupter les matières utilisées pour la lutte anti-pollution, l’écoresponsabilité. Ma mission est de faire des vêtements techniques, voire plus techniques que ce qui existe mais avec des matières hyper écoresponsables et je veux les faire fabriquer en France. C’est un sacré défi pour faire le tissu en France parce que du polyester, du polyamide tu en trouves par contre de la pulpe de bois c’est plus difficile d’en avoir en France sans parler de l’huile de ricin. Le tissu en pulpe de bois est moins respirant et aéré mais plus confortable, c’est la matière la plus confortable essayé à ce jour.

Crédit photo : Brool Video

Lepape-info : Comment se fabrique concrètement le tissu en pulpe de bois ou d’huile de ricin ?  

T.L : Il y a 2 étapes, avant le tissu il y a tout d’abord la création du fil placé sur des cônes. Notre fournisseur de tissus place le cône sur un métier à tisser et crée un tissu qui peut avoir plusieurs densités, rigidités. On part sur un développement de tissus avec un fournisseur de tissu Français selon le vêtement voulu, ceux avec qui l’on travaille sont en région Rhône-Alpes.

Théo Lapouge :  » Pour moi le tissu est primordial, le sujet de mon mémoire de fin d’étude en juillet dernier était : Réduire l’impact carbone des vêtements de sport. Je fais beaucoup de recherches sur les matières qui peuvent marcher en terme d’impact et de capacités techniques qui peuvent se rapprocher du polyamide, la pulpe de bois par exemple va se rapprocher du coton élasthanne. »

Lepape-info : Quel est la suite du processus ?  

T.L : Je fais ensuite les premiers tests en couture avec mon matériel, mes patrons en papier de l’époque, je fais les découpes. Si le premier test est concluant on passe à la création de vrais prototypes avec nos partenaires de confection qui sont sur Peyrehorade, Pau et Limoges avec des personnes en majorité en situation de handicap. Ensuite notre travail est d’industrialiser tout cela. On part d’un prototype porté par moi avant de faire un prototype plus industrialisable et ensuite on arrive au modèle pour le vendre en plus grande quantité, le process dure plusieurs mois.

Lepape-info : On imagine que c’est compliqué de savoir à l’avance si la fabrication de tel ou tel tissu sera réalisable ou réussi ?  

T.L : Vous faites des paris, on commence à avoir l’habitude des tissus, la sélection des tissus est un gros point. Je pars toujours du tissu, si le tissu n’est pas bon cela ne sert à rien de faire un short qui n’est pas bon. Par contre si je vois un magnifique tissu et que l’on peut en faire un short et bien je fonce. Pas question de faire des vêtements moyens. Pour moi le tissu est primordial, le sujet de mon mémoire de fin d’étude en juillet dernier était : Réduire l’impact carbone des vêtements de sport. Je fais beaucoup de recherches sur les matières qui peuvent marcher en terme d’impact et de capacités techniques qui peuvent se rapprocher du polyamide, la pulpe de bois par exemple va se rapprocher du coton élasthanne. Ensuite j’appelle mon fournisseur pour savoir s’il peut avoir ce genre de tissu ou pas. On a une démarche très arithmétique au niveau de l’impact carbone avec tout le processus de fabrication d’un vêtement pour comparer avec les autres marques. Par exemple notre T-shirt AERA pour homme est à 1,63 kg de CO2 équivalent.

 

Lepape-info : Vous avez eu des retours de vos clients ?

T.L : Notre focus est sur la qualité des vêtements, le ressenti avant l’éco-responsabilité. Les retours sont très satisfaisants, il y a des préférences sur chacun des modèles, le t-shirt AERA avec le dos alvéolé était top pour l’été, personne sur plusieurs centaines de clients nous l’a renvoyé, le cuissard marche bien aussi tout comme un short léger sorti récemment. J’échange par mail avec nos clients pour avoir leur avis, comme ils ne me connaissent pas ils me diront la vérité, je recherche de l’honnêteté, de la transparence et un retour concret. On fabrique peu de pièces à chaque fois pour être flexible et modifier, ajuster les modèles si besoin sans en avoir trop en stock. On débute, on cherche encore et encore à s’améliorer. Il y a quelques semaines, on a atteint le millier de clients (hors entreprises comme Yoplait, Dacia, le Crédit Agricole avec qui l’on travaille aussi).

Lepape-info : Quels sont les objectifs dans les prochains mois ?

T.L : Etendre la gamme sur d’autres produits, on sort un t-shirt à manches longues et des chaussettes hautes pour cet hiver, on sortira des courtes pour l’été prochain, on pense aussi à un modèle de brassière. Il faut trouver le juste milieu entre étendre la gamme mais ne pas partir sur un modèle dont on n’est pas sur du succès. On souhaite amener d’autres matières, la bouteille plastique c’est intéressant mais déjà connu et nous on veut se différencier de cela.

Lepape-info : Quel est votre leitmotiv au jour le jour ?  

T.L : On veut disrupter le vêtement de sport, on veut changer la donne par tous les aspects que ce soit le lieu de fabrication, nous on le fait à 170 km de chez nous ce n’est pas commun. Pour ce qui est des matières quand on aura une gamme complète avec la pulpe de bois, l’huile de ricin cela sera un peu particulier on se bat avec nos testeurs pour faire de supers vêtements avec ces matières, ce n’est pas chose facile. Le prix de vente est très accessible par rapport à ce qui se fait en « made in France », le prix moyen d’un t-shirt sport « made in France » est de 67 euros, les nôtres se vendent entre 35 et 49 euros. On veut être une vraie alternative à ce qui est proposé aujourd’hui et pas uniquement pour ceux et celles qui ont un très haut pouvoir d’achat.

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