Saint-Jacques de Compostelle : quel chemin choisir? (partie 1)

Marcher vers Saint-Jacques de Compostelle est sans doute une des plus belles expériences de randonnée qu’il est donné de faire. Pour moi, comme pour maintenant des milliers de marcheurs chaque année, mon premier voyage à pied sur ce chemin de pèlerinage fut une révélation. La variété du chemin, entre nature et culture, la spiritualité omniprésente, les rencontres donnent à ces périples une saveur particulière. Je n’ai donc eu de cesse que de retourner vers Santiago par la suite. Mais en empruntant d’autres voies, qui possèdent chacune leur charme particulier. Dites moi quel pèlerin vous êtes, je vous dirai où marcher…

Saint Jacques de Compostelle

Les chemins de Saint-Jacques, dont l’ensemble est classé au patrimoine mondial de l’Unesco, regroupent un vaste ensemble d’itinéraires. Ces voies jacquaires, aujourd’hui dûment balisées et souvent bien aménagées pour le randonneur, reprennent les principaux tracés suivis depuis le moyen-âge par les pèlerins qui affluaient de toute l’Europe vers le tombeau de l’apôtre Jacques. Les pèlerins médiévaux suivaient en effet de grands axes bien souvent connus depuis l’antiquité. L’histoire, qui transparaît presque à chaque pas sur les chemins de Saint-Jacques, n’est donc pas seulement religieuse ou spirituelle: c’est toute l’histoire de l’Europe que l’on foule ici.

Mais c’est une histoire, une spiritualité, des paysages aux différents visages que proposent les voies jacquaires. Aussi, chacune pourra sans doute satisfaire des aspirations différentes et propose aussi des parcours aux difficultés variées. Voici comment je caractériserai chacun des chemins que j’ai eu le plaisir de parcourir à pied (ou à vélo), ces dernières années :

  • Pour la découverte: le chemin du Puy!

Ce n’est pas parce que j’ai commencé par ce trajet pour aller vers Saint-Jacques lors de ma “première fois” que je le classe ici. Mais la Via Podiensis, qui démarre donc du Puy-en-Velay (on peut toutefois la rejoindre en partant de différents endroits en amont) est sans doute la plus belles des routes pour découvrir tout ce qui rend les chemins de Saint-Jacques savoureux: une belle diversité de paysages, des trésors d’architecture, des villages authentiques et des belles rencontres.

J’ai aimé marché dans cette “douce France”, rurale et préservée, où les villages coquets succèdent aux étendues naturelles, où les églises sont souvent romanes et où, en plus, on mange si bien! Le charme de ce sentier, qui reste la voie jacquaire française la plus empruntée et la plus célèbre (il a été balisé sous sa forme actuelle dès 1970), est vraiment unique. Des vastes étendues du Velay puis de l’Aubrac, on passe ensuite à une France qui fleure bon le sud ouest, puis on découvre les beaux contreforts pyrénnéens du pays basque avant d’arriver à la frontière espagnole, à Saint-Jean Pied de Port, après un périple de 730 kilomètres.

D’un point de vue de la difficulté technique, l’ensemble du sentier est plutôt facile à marcher. Les sols sont presque partout bons, les dénivelés, qui sont tout de même présents, restent raisonnables. Que du bonheur et de grands moments de contemplations et de rêveries.

Si vous disposez de peu de temps, je vous recommande bien sûr le début de l’itinéraire, jusqu’à Conques, et si vous voulez à la fois corser un peu le parcours (les pentes y sont plus affirmées) mais aussi embellir votre passage dans l’Aveyron et le Lot, opter pour la variante “Vallée du Célé” qui vous fait vraiment découvrir le charme de ce coin de France hors du temps, sur les bords du Célé puis du Lot.

Distance: 730 kms.

Difficulté de marche: modérée.

Le + : la beauté et la diversité des paysages, la plongée dans une “douce France” préservée.

 

  • Pour les rencontres: le Camino Frances

Le Camino Frances, c’est la suite logique du chemin du Puy, et même de pratiquement toutes les voies françaises. Mais c’est surtout le chemin de Saint-Jacques largement le plus connu à travers le monde. Le “Camino”, c’est lui. En conséquence, sur les 800 kilomètres de sentiers et de routes (on compte quelques kilomètres en bord de route) de cet itinéraire tracé entre Roncevaux et Santiago de Compostella, l’affluence est bien plus forte qu’ailleurs. J’ai ainsi rencontré sur ce parcours des pèlerins venus du monde entier. Pour beaucoup, notamment les anglophones, ils ignoraient d’ailleurs totalement la possibilité de démarrer avant l’Espagne, et de marcher vers Saint-Jacques en France.

Saint Jacques de CompostellePourquoi un tel succès? Sans doute parce que c’est le chemin qui s’est le premier développé lors du renouveau du Saint-Jacques à partir des années 80, sans doute parce qu’il possède bien des arguments historiques. Son parcours passe par les belles villes de Pampelune, Burgos, Leon, Astorga et plonge le pèlerin au coeur d’une Espagne rurale dont on sent aussi qu’elle a connu un regain d’activité récent, du au Camino.

Ce n’est peut-être pas le chemin le plus excitant en terme de paysages; tous les marcheurs garderont un souvenir particulier de quelques étapes très plates sur une Meseta agricole pas bien réjouissante: cela fait partie du voyage et crée, paradoxalement, des souvenirs inoubliables. Les arrivées en ville sont alors ressenties comme une récompense, et surtout la partie finale, en Galice, vraiment plus jolie, est vécue comme une cerise sur le gâteau.

Mais la particularité de ce Camino Frances, c’est bien sûr sa fréquentation internationale, qui vous garantie le plein de contacts, de rencontres et de discussions variées. J’en ai vraiment de beaux souvenirs. Entendons nous bien: si vous êtes du genre mysanthrope et rêvez de marcher seul sur de longues portions sauvages, ce chemin n’est peut-être pas idéal! Cependant, il ne faut pas non plus exagérer: c’est encore assez loin d’être l’autoroute. Je l’ai parcouru un mois de mai, et mis à part quelques débuts d’étape très peuplés, où je doublais environ 200 marcheurs, j’évoluais quand même en assez petit comité par la suite et sur certaines portions du parcours, l’affluence était vraiment réduite. Entre juin et août, il semble que ce soit plus fréquenté.

Mais le Camino Frances reste un incontournable lorsque l’on veut découvrir la particularité des chemins de Saint-Jacques et il offre vraiment de belles rencontres.

Distance: 800 kilomètres (900 si l’on pousse jusqu’à Fistera, la mer après Saint-Jacques)

Difficulté de marche: facile, sols très réguliers et dénivelé assez faible sauf en Galice.

Le + : Un parcours qui alterne entre campagne et belles villes, une belle diversité de paysages et une fréquentation internationale permettant de partager son expérience avec des pèlerins aux profils très variés!

 

  • Pour la rêverie: la Via de la Plata

La Via de la Plata, c’est le chemin le plus typiquement espagnol. De Séville, en Andalousie, à Saint-Jacques, le parcours reprend principalement le tracé d’une voie romaine, un axe de communication commerciale et via plata culturelle très fort et qui a marqué l’histoire de la péninsule.

Sur les 1100 kilomètres du parcours, on croise d’ailleurs de nombreux vestiges romains,notamment dans les villes de  et l’arc de marque symboliquement la mi-parcours.

La Via de la Plata, qui circule donc sur un axe sud-nord à l’ouest de l’Espagne, presque en parallèle de la frontière portugaise, se caractérise par des paysages souvent vallonnés, on franchit même de petites sierras de moyennes montagnes, et une plongée dans la ruralité espagnole et sa variété. On admire le vol des cigognes, on chemine souvent très tranquillement par de vastes étendues. Le passage sur la Meseta, plate et rectiligne, est là aussi un défi pour l’esprit tant l’on a l’impression de faire du sur-place sur cette vaste plaine. Mais dans l’ensemble, les paysages sont très agréables, bordés de chênes lièges et fleuris.

Les passages en ville sont également présents, et “rafraîchissants”: on goûte aux ambiances nocturnes, après des journées souvent passées dans la solitudes des grands espaces. On peut aussi y admirer un patrimoine architectural riche. J’y suis passé lors de la semaine sainte, et garde un souvenir très fort des procession, notamment lors de mon passage à Zamora.

La Via de la Plata, par sa tranquillité et ses doux paysages, offre un cadre idéal pour une marche introspective. Les rencontres y sont plus rares, mais peut-être plus riches que sur d’autres voies plus fréquentée. Bref, c’est le pèlerinage comme il l’était sans doute quelques dizaine d’années auparavant, à travers une Espagne authentique et peu connue.

Distance: 1100 kilomètres.

Difficulté de marche: moyenne, mais il faut tout de même être habitué à marcher longtemps (certaines étapes sont longues car dépourvues d’hébergement et de commodités entre deux points) et sur des terrains vallonnés.

Le + : Une plongée dans l’Espagne “profonde” et des beaux paysages de moyenne montagne.

 

A venir: Les meilleurs chemins de Saint-Jacques pour…

  • Pour le sport: le Camino del Norte.
  • Pour l’accueil: la Via Lusitana.
  • Pour les cycliste: la Voie de Paris et de Tours.
  • Pour la méditation: la Via Arverna.

Galerie photos

9 réaction à cet article

  1. Le Camino Frances nous a permis de rencontrer des personnes qui nous ont laissés un souvenir inoubliable!! de belles personnes!! Nous avons aussi marcher sur d’autres chemin : celui de St Jacques en Alsace (Wissembourg-Belfort) puis Belfort-Cluny, Cluny-Puy-en-Velay…
    que de belles régions traversées!! par exemple, la Haute Saône qu’on a adorée! Un autre chemin nous tente : Le Chemin d’Assise (de vEZELAY à ASSISE) Quelqu’un pourrait-il nous donner des indications, des impressions, des conseils?? Merci d’avance

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    • J’ai prévu de marcher sur le chemin d’Assise en Italie cet automne. Ca a l’air très beau mais je ne l’ai pas encore parcouru. Vous pouvez regarder le site Internet du chemin en Italie, il contient quelques informations utiles.

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  2. Je veux faire le Camino del norte, mais seulement 200km car j’ai seulement 2 semaines de vacance, alors j’aimerais savoir si de Bayonne a Bilbao est le meilleur trajet de ce chemin ?

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    • Je vous conseille de partir d’Irun, les premiers kilomètres après Bayonne sont un peu décevants, bords de route et assez loin du front de mer. C’est un peu une transition.
      Après, c’est très beau!

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      • Bonsoir, je pense faire le Norte début juillet 2016.
        Si des personnes l’ont fait, je suis prenante pour des conseils.
        Merci d’avance.
        Au plaisir de vous lire.

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    • J ai fait le chemin en trois fois. La plus belle partie reste pour moi de bayonne à Bilbao. C est plus physique mais tout à fait abordable,.. Je le conseille vivement.

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  3. bonjour, j ai prevu de faire un bout du camino frances debut juin, qu en pensez vous en terme de méteo et fréquentation pour ceux qui l ont fait à cette époque? :)

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  4. Bonjour , je suis un peu perdu dans tout les endroits ou l’on peut faire le chemin de Compostelle (je ne ses lequel choisir ??? jai un trois semaine devant moi pour les vacance dici a septembre !!! je n’est pas une très grande forme physique !! mes pour la marche jai une très bonne tolérance a long terme sans problème (marche lente !! jai déjà marcher paris !!
    donc si quel qun peut me donner un conseil sa cerai vraiment aprecier

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  5. Bonjour avec 2 amie on aimerais faire saint jacques cette été pendant 1 semaine environ , mais on ne sait pas d’ou partir d’un point de vue pratique on pensée à Arles , quand pensée vous ? est ce que c’est une voie agréable et aussi belle que le Puy ? Est ce aussi facile pour ce loger en « pélerin » je m’explique on aimerais dormir sous tente au jour le jour ? Ma grande question vaut-il mieux s’embêter à aller au Puy on nous ne louperons rien en partant d’Arles ? Et la route est elle beaucoup plus dur d’un coter ou d’un autre ? Et sinon le chemin en partant de Fatima ?

    Désolée pour toutes ces questions.

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