Cassandre Beaugrand : « J’ai appris à perdre »

Première Française de l'histoire à remporter une WTS cet été à Hambourg (à seulement 21 ans), Cassandre Beaugrand a confirmé cette année son énorme potentiel. Habituée à beaucoup gagner chez les jeunes, la triathlète a appris à gérer les attentes autour d'elle pour progresser. Interview.

Cassandre Beaugrand lors des Championnats de France de cross 2017 (crédit photo Romain Donneux).
Cassandre Beaugrand lors des Championnats de France de cross 2017 (crédit photo Romain Donneux).

- Bonjour Cassandre, comment allez-vous après une longue saison de triathlon et votre coupure annuelle?

« J’ai coupé après les Championnats d’Europe des clubs. Je pense que j’aurais pu encore pousser un petit peu en faisant les autres Super League (elle a couru la première étape à Jersey, voir article). J’étais assez frustrée de ne pas les avoir faites car c’est un format que j’adore. Mais j’avais aussi besoin de cette coupure surtout que je m’étais un peu blessé lors de ma dernière compétition en me cognant la tête en plongeant dans une eau sans fond. J’ai donc coupé deux semaines sans faire de sport puis une autre semaine juste à l’envie. Ca me permet de mieux repartir.

 

« J’ai passé un cap mentalement »

 

- Quel bilan tirez-vous de votre saison avec une victoire en WTS et une troisième place aux Championnats d’Europe ?

C’a été une saison surprenante. En début de saison, j’ai eu une période assez difficile où j’ai eu plein de désillusions. J’avais l’impression que le travail réalisé en amont ne payait pas. J’avais hâte que ça se concrétise et c’est arrivé à la WTS de Hambourg.

 

- Vous êtes la première Française à inscrire votre nom à une WTS, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

J’ai tellement été concentrée pendant toute la course que je n’ai jamais réalisé que j’étais en tête. Je n’ai pas vraiment savouré sur le coup. C’est l’un des trucs les plus fous que je ne pensais jamais gagner. J’ai réalisé, après coup, que j’étais la première Française à avoir réussi ça et que ce n’était pas si mal !

 

- Cette victoire a-t-elle changé quelque chose dans votre approche de la compétition ?

Je pense que j’ai passé un cap mentalement. Avant, si ça ne se passait pas comme je le voulais, je lâchais facilement. J’étais mauvaise perdante. J’ai travaillé là-dessus et ç’a m’a vachement aidée. Je suis beaucoup plus concentrée en course. J’avais tellement envie de bien faire, d’être devant, que si j’étais derrière, ça m’énervait. Là, j’ai appris à perdre. J’avais l’impression de décevoir quand je ne réussissais pas. J’avais ce poids en plus. Là, j’ai réussi à faire abstraction de ça. Je fais moins attention aux regards des autres. J’ai travaillé avec un coach mental mais j’ai surtout effectué un travail sur moi-même en me disant que je ne lâcherai plus l’affaire, quoi qu’il arrive. Il peut se passer tellement de choses sur un triathlon.

 

« J’ai eu du mal à décrocher de l’athlétisme »

 

- Parlons un peu d’athlétisme. Jusqu’en 2017, vous avez dominé les athlètes de votre âge en remportant cinq titres consécutifs de championne de France de cross (cadettes 2013 et 2014, juniors 2015 et 2016, espoirs 2017) et en réalisant trois records de France (record de France cadettes du 1 500 m en 4’17 »04, record de France juniors et espoirs du 10 km avec 33’12). Mais depuis, on vous a très peu vue sur une compétition.

Honnêtement, j’ai eu du mal à décrocher de l’athlétisme. J’adore ça. Mais j’ai été très déçue après les derniers France de cross (elle a abandonné sur le cross long après 500 m  de course). Je sais que je prends du plaisir en athlétisme mais là j’ai eu un dégoût. Je n’étais pas en forme, j’étais dans une spirale négative.  Mais je reviendrai quand j’aurai envie de faire quelque chose.

 

- Est-ce que l’athlétisme reste compatible avec une carrière de triathlète de haut niveau ?

J’adore les compétitions sur piste mais avec le triathlon c’est compliqué. Je me suis rendu compte que j’aimais bien être sur le circuit de triathlon à 100 % et ne pas enchainer athlétisme et tritahlon l’été. Je me suis dit qu’il ne fallait pas se perdre non plus. Si tu vises vraiment des objectifs élevés, ça ne sert à rien de s’égarer même si ça reste des disciplines complémentaires. Je pense que c’est plus compatible l’hiver avec les cross ou un 10 km sur route. Les Europe de cross étaient par exemple un événement qui me tenait à coeur. Je ne voulais jamais les louper mais c’est au moment de notre coupure. Ce n’était plus jouable (elle a été sélectionnée aux Europe de cross de 2013 à 2015).

 

« J’ai encore plein de choses à travailler »

 

- A la vue de vos résultats, avez-vous un jour pensé à vous consacrer pleinement à l’athlétisme ?

Mes coups de coeur se sont la natation et la course à pied. Je n’ai jamais eu l’idée d’arrêter le triathlon pour faire de l’athlétisme. J’aurais eu peur de m’ennuyer en ne faisant que courir. Je trouve mon compte en faisant les trois sports. Je trouve ça moins usant mentalement. On n’est pas dans une grosse routine. Après je sais que plus tard, j’aimerais avoir l’objectif de revenir en athlétisme et voir ce que ça donne.

 

- Votre victoire en WTS vous ouvre de nouvelles portes. Pensez-vous déjà aux JO de Tokyo et au Test Event (qualificatif pour les JO) qui aura lieu en 2019 ?

Je vais essayer de ne pas trop penser à la qualification aux JO. Je sais que j’ai du mal avec les gros objectifs, les gros enjeux, car j’ai tendance à me mettre la pression. Je vais partir sur le principe que chaque course sera une simple course. Je veux surtout essayer d’être la plus régulière possible. La WTS que j’ai gagnée ça ne reste qu’une course. Je sais que j’ai encore plein de choses à travailler. Je suis lucide sur mon niveau. Il y a encore beaucoup de choses à voir avant d’espérer quoi que ce soit. Si jamais j’obtiens une qualification je sais que j’aurais surtout une carte à jour sur le relais. Et en individuel, j’essaierai de faire le mieux possible.

 

- Quels sont vos axes de progression pour les prochains mois ?

Mon point faible reste la technique vélo. J’ai fait une chute l’année dernière et j’ai eu du mal à oser reprendre des risques. Mais j’ai déjà progressé sur la fin de saison. Lors de la première étape de la Super League j’ai vachement travaillé sur le vélo. Je me suis rendue compte que j’étais capable de faire certaines choses en vélo. Là ça va mieux, j’ai repassé le cap mental. »

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