Pas faim après l’effort…un vrai paradoxe ?

Certains sportifs ne ressentent pas de sensation de faim juste après des efforts intenses. Pourtant, l’organisme a dépensé des calories pour tenir les séries. Comment expliquer ce phénomène ? Faut-il « oublier » la récupération alimentaire ?

Source - Fotolia
Source - Fotolia

La faim n’est pas la même selon sa pratique sportive et son intensité

Certains entrainements ouvrent l’appétit en grand, alors que d’autres agissent carrément comme un coupe-faim! On constate souvent une bonne corrélation entre d’une part, l’intensité de l’effort et, d’autre part, le temps mis par le sportif avant de ressentir la faim.

Certes, une petite balade en famille, un léger footing d’une demi-heure ne solliciteront pas la faim du sportif confirmé et du coureur débutant de la même façon. Au terme d’épreuves sportives fort éprouvantes, ou suite à de gros entrainements fractionnés sur piste ou de belles séances en côte à pousser la machine proche du maximum,  l’appétit de certains athlètes se trouve enrayé. Comment expliquer ce paradoxe qui embrouille notre cerveau ?

 

Question d’hormones ?

Le corps, superbe mécanique, a besoin de trouver du carburant afin de fonctionner. La sensation de faim est le signal pour s’alimenter et compléter nos réserves énergétiques jusqu’au repas suivant. Plusieurs hormones ont la mission de contrôler le ressenti « faim ou pas faim » au quotidien:

  • Quand il faut insuffler la prise alimentaire, l’organisme fabrique des hormones ou des molécules orexigènes*: Ghréline, Neuropeptide Y (NPY),…
  • Quand le repas a été suffisant, arrivent les hormones anorexigènes : Glucagon (GLP-1), Peptide YY (PYY), Sérotonine … qui stoppent l’envie de manger

 

Lors d’une activité physique intense, un entrainement aigu de résistance, l’organisme s’emmêle les hormones. Les niveaux des hormones régulatrices de l’appétit se trouvent affectés. La diminution du taux de Ghréline et l’augmentation simultanée des taux de PYY, GLP-1,… font fléchir l’envie de manger du sportif.

De plus, l’exercice réduit le plaisir de manger et donc la motivation à manger. Bref, on n’a plus envie de manger !

Au moment où la dépense calorique est la plus forte, le sportif n’a plus faim !

 

Heureusement, ces sensations de satiété sont temporaires. Place ensuite à une bonne récupération alimentaire !

Des études longitudinales complémentaires sont encore nécessaires pour comprendre comment le sport stimule la production de ces hormones et engendre une anorexie dite «anorexie induite par l’exercice aigu».

 

Une récupération appropriée, avec ou sans appétit

La récupération nutritionnelle est une base nécessaire à la progression du sportif. Et, c’est d’autant plus important après les entraînements intensifs de type fractionné.  Ces séances ont brisé de la fibre musculaire, épuisé les réserves de glycogène hépatique et musculaire, accumulé des ions H, déséquilibré le niveau hydrominéral, déchiré des portions de tissu tendineux,…

Le tube digestif dont le débit sanguin s’est réduit pendant l’effort doit aussi reprendre ses esprits avant d’accepter des aliments solides.

Une collation bien choisie (eau, sucres, sel, voire une touche de protéines) est le point de départ d’une bonne récupération. Des boissons glucidiques pour commencer (jus de raisin ou de pomme BIO dilué,…) ; puis, avec la réapparition de la sensation de faim, les premiers aliments solides peuvent être consommés (bananes, fruits secs, riz au lait,…)   

 

En conclusion, après une grosse séance d’entrainement ou de compétition, votre récupération alimentaire doit être savoureuse!

 

Dominique POULAIN, Diététicienne nutritionniste du Sport. http://www.nutritionniste-dieteticien.fr

 

Pour en savoir plus :

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22383502

http://www.em-consulte.com/article/79122/figures/la-ghreline%C2%A0-seule-hormone-orexigene-connue

* : orexigène qualifie tout ce qui est susceptible de stimuler ou d’augmenter l’appétit.

 

Réagissez