Votre postérieur vous remerciera

Article écrit par Cyril Granier (Docteur en sciences du sport, PhD)

Nombre de magasins de vélo ou de spécialistes dans leurs studios d’études posturales sont confrontés à des demandes de clients ayant des désagréments au niveau du bassin lors de leur pratique cycliste.

Il n’est pas rare de constater, que la majorité des cyclistes continuent de rouler malgré ces douleurs, en se disant que cela fait partie de l’activité. Erreur, nul ne devrait pratiquer son activité favorite avec de telles gênes.
D’autres, ne supportant plus ces problèmes sont prêt à stopper leur pratique, partent en quête de « là » selle qui leur conviendra le mieux.

Nul reproche aux vendeurs dans les magasins de vélo mais il est vrai que la tendance est au conseil du choix des matériaux et très peu sont éveillés au choix d’une selle adaptée à la morphologie de la personne.

Woman on bike at the lake water background in the park

Dire simplement que les cyclistes sont touchés par des problèmes d’appuis du bassin sur la selle est un peu réducteur car différents types de troubles sont possibles. On note des douleurs au niveau du coccyx, des frottements ou irritations, des points de compressions sur les ischions, des compressions sur le périnée, des engourdissements de la verge, des inflammations de la prostate…. Ce florilège de problèmes est légion dans le cyclisme et on oublie parfois un peu vite le rôle central d’une selle, sur la position et le pédalage.

 

L’objectif d’une selle, est de permettre dans un premier temps la stabilité du bassin sur le vélo. En effet lorsque nous pédalons, l’équilibre corporel est assuré par 5 points d’appuis que sont les mains sur le cintre, les pieds sur les pédales et le bassin sur la selle. Enlevez un de ces appuis et l’équilibre devient forcément précaire. 

Le deuxième intérêt est la transmission des forces des membres supérieurs vers les membres inférieurs. Il est donc primordial de trouver l’appui idéal sur la selle afin d’éviter toute déperdition d’énergie qui impacterait l’efficacité de pédalage et la capacité de propulsion. 

Une bonne selle vous permettra à la fois de trouver un confort optimal et une meilleure répartition des forces qui n’est possible que sur une surface d’appui en adéquation avec la morphologie de notre bassin. Je précise, c’est grâce à l’appui des tubérosités ischiatiques ainsi que des insertions des semi membraneux, semi-tendineux et des biceps fémoraux (muscles des ischio-jambiers), que les compressions sur la zone périnéale sont évitées. Mais si, vous savez de quoi je parle, cette sensation d’engourdissement de la verge ou du bassin ou les difficultés et douleurs à la miction sont autant d’éléments liés à une selle mal adapté.

Vous l’aurez compris, éviter la compression des tissus mous est fondamental car qui parle de cette zone, renvoi aux risques de compression de l’artère et du nerf pudendal. Le premier élément, cause des problèmes d’hypoperfusion sanguine du pénis et le second entraîne une inflammation nerveuse, le tout pouvant à terme causer des problèmes sur la fonction érectile ou de névralgie pudendale.

 

Une fois ce portrait merveilleux brossé, comment trouver une selle adaptée à sa morphologie et sa pratique.

 

Un premier pas vers la solution.

 

Comme le proposent des marques telles que Specialized avec le Body Fit Geometry, Shimano avec le Bikefitting, Prologo, Italia, le premier principe consiste à mesurer la distance inter-ischiatique afin de déterminer la largeur qui sépare les ischions et faire un premier pas dans la direction d’une selle adaptée à la morphologie de votre bassin. 


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Comment ces marques procèdent-elles ? Elles proposent aux clients de sur une caisse de bois ou un banc qui possède sur l’assise une mousse, un gel ou des capteurs électroniques permettant la mesure de la distance entre les tubérosités ischiatiques. Avant la mesure il est souvent demandé de se tenir le buste droit à 90° par rapport aux cuisses et de relever les talons.

On obtient en moyenne chez les hommes, une largeur de 110 à 140 mm et cela peut aller jusqu’à 150 mm voire au-delà pour les femmes. Certains ajoutent à cette valeur un indice de 1,5 à 2 cm pour être certains que les ischions seront bien en appui sur la selle.

Ces mêmes compagnies font généralement appel à un logiciel en ligne qui va vous faire une sélection de selle plus ou moins adaptées. C’est un point de départ auquel vient parfois s’ajouter des mesures de souplesse au niveau du bassin car il est certain que la position du buste sur un vélo n’est pas aussi relevée pour tout le monde et que la notion de mobilité du bassin va elle-même influencer le choix de selle.

La morphologie d’un bassin est particulière et si on se penche sur ce point, on constate que les tubérosités ischiatiques sont le point le plus large du bassin et qu’à mesure que l’on avance sur ce levier osseux la distance séparant les deux « ailes » ischiatiques (Rameau inférieur de l’os pubien) se réduit pour former un « V » inversé. Donc plus on a une position « penchée » sur sa monture, moins la distance ischiatique est importante et de ce fait la largeur de selle évoluera.

Ceci est aussi en lien avec la position du cycliste sur son vélo. Certains vont pédaler en se positionnant sur l’arrière de la selle, d’autre à l’opposé vont avoir une position plus agressive et avoir la sensation de faire systématiquement du bec de selle. Dans le premier cas, une selle en forme de « T » c’est à dire large sur l’arrière et étroite sur l’avant sera conseillée. Dans le second cas, une selle dite en « V » avec un arrière large et un avant conservant un maximum la largeur sera optimal. 

 

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A ce stade, vous avez entre les mains une selle qui aura la bonne largeur et qui permettra l’appui des ischions et de réduire celui des tissus mous. De plus vous obtiendrez une selle de la forme adéquate en « T » ou « V » correspondant à votre type de pratique. 

 

 

 

Et la magie opéra ?

 

Ne croyez pas que cela suffise à résoudre les problèmes d’assise. C’est vrai, un gros premier pas est fait mais n’en restons pas là.

Rappelez-vous le début de mon texte, je parlais à ce moment-là des soucis d’engourdissements. Même si la largeur de la selle contribue à réduire ce problème, il convient fréquemment de mener la réflexion plus en amont, en s’attardant sur un autre élément. Même si les ischions portent bien sur la selle certaines personnes ont des engourdissements qui demeurent. Cela est lié à la position même de leur bassin et donc du réglage de leur position sur le vélo ainsi que de leur niveau de souplesse ou de mobilité autour du bassin. Il faudra dans ce cas précis opter pour une selle ouverte en son milieu. Comme pour la largeur de selle il existe selon les marques différentes largeurs d’ouvertures centrales sur les selles. Une fois la bonne ouverture trouvée, les compressions de l’artère et du nerf pudendal devraient disparaitre et de fait plus de douleurs ou de fourmillements. De plus, des inflammations prostatiques peuvent parfois apparaitre chez des cyclistes d’un certain âge et roulant avec une position assez relevée. Pour eux pas de doute il faut foncer vers la selle qui a la partie centrale la plus ajourée possible afin d’éviter tout frottement ou compression.

 

 

 

D’autres informations ?

 

Autre élément dont nous parlions également, les douleurs sur le coccyx, qui ne sont pas les plus fréquentes mais qui peuvent se produire. 

Cela vient souvent de la position sur la selle et plus exactement d’un bassin en rétroversion, augmentant le contact du coccyx sur la selle et provoquant des douleurs.  Il ne suffit alors pas d’avoir une monture ajourée en son centre mais plutôt aller vers une selle ouverte jusqu’à l’arrière, ce que propose notamment la marque SMP par exemple. 

 

Information supplémentaire en lien avec la souplesse, je parle ici du type de selles, c’est-à-dire de la forme que prend l’arrière de la selle. Elle peut être arrondie, semi-arrondie ou plate. Plus une selle est plate, plus le bassin doit avoir de mobilité pour trouver ses points d’appuis. Plus elle est arrondie plus la forme même de la selle va nous aider à basculer le bassin pour retrouver des points d’appuis confortables. Mais attention n’oubliez pas une chose, la souplesse au niveau de votre bassin est déterminante mais plutôt que d’aller directement vers la selle la plus arrondie pourquoi ne pas développer votre qualité de souplesse ? Vous aurez alors davantage de choix possible pour acquérir une selle mais surtout voter corps vous remerciera pour ce nouveau bien être.


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Pour conclure ?

 

Concrètement que faire lorsque l’on veut trouver la bonne selle ? Le plus simple reste de consulter un spécialiste qui saura analyser votre morphologie, évaluer votre niveau de souplesse et comprendre quel est votre style de position sur le vélo. Il vous guidera dans le choix de la selle la plus adaptée et pourra vous les faire tester afin de trouviez le produit ou vous vous sentez le mieux. Gardez toutefois en tête que pour chacune des marques, plusieurs niveaux de finition sont possibles. Cela va des matériaux des rails, à la coque de la selle, aux renforts de gels. Selon la pratique que vous avez, le niveau de confort que vous voulez, le budget que vous souhaitez allouer à cet achat ou le poids du matériel, tout est envisageable.

 

Cyril GRANIER

Docteur en sciences du sport (PhD)

Société CG PERFORMANCE

www.cgperformance.fr

Facebook : @CyrilGranierPerformance

Instagram : cyrilgranierperformance

 

 

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