Les résultats du 80 km du marathon du Mont-Blanc (Chamonix, 74), le 27 juin 2014

L'Espagnol Luis Alberto Hernando et la Suédoise Tina-Emelie Forsberg se sont imposés sur la deuxième édition du 80 km du marathon du Mont Blanc. Ils remportent les titres de champions du monde de skyrunning 2014.

80 km du Mont-Blanc 2014
Luis-Alberto HERNANDO

Il est arrivé, il a sauté en l’air, salué le public, reçu sa médaille de champion du monde de skyrunning 2014. Durant quelques minutes, il a pu faire illusion, et communier avec les spectateurs mais après s’être assis sur un banc sur le côté de la ligne d’arrivée avec sa femme et sa petite fille, il s’est allongé sur le sol et n’a plus bougé. Luis-Alberto Hernando, le bras sur le visage, est resté de longues minutes presque immobile avant que Ludo, l’animateur, intervienne et demande aux secours de venir voir. L’Espagnol est allé au bout de lui-même pour dominer l’ensemble de ses poursuivants et c’est porté par les secouristes qu’il a dû être évacué de la scène afin d’être pris en main par le service médical.

Rien d’inquiétant mais le symbole d’une lutte qui a duré 10h25mn52s sur près de 89 km et 7 000 m de dénivelé positif. (Il faudra atteindre quelques jours afin de pouvoir établir les réelles données en fonction des différents GPS des athlètes mais il est certain que ce ne furent pas 80 km et 6 000 m de dénivelé positif. Aucun instrument porté par les coureurs ne semble le confirmer.)

Il est 4h du matin en ce vendredi 27 juin 2014 lorsque les 1 118 coureurs s’élancent depuis le triangle de l’amitié au coeur de Chamonix. Il fait bon, le ciel est dégagé, une grande et belle journée s’annonce. Dans la nuit, les frontales forment une longue file indienne qui s’échappe derrière l’église puis dans la forêt.

Le soleil se lève, dévoilant les sommets un part un. Le ciel se fait de plus en plus bleu tandis que les abandons se comptent déjà. Parmi eux l’Espagnole Nuria Picas et la Français Xavier Thevenard, vainqueur de l’UTMB en 2013 mais aussi 4e de la Maxi Race 2013 à Annecy et membre de l’Equipe Asics qui samedi 21 juin a battu en relais le record du Tour du Mont Blanc dans une lutte contre le soleil. « Je suis resté au début avec le groupe de dix hommes qui s’est formé mais rapidement j’ai senti que les jambes ne répondaient pas du tout et que j’étais fatigué. Je ne me voyais pas partir pour autant de kilomètres et n’éprouver aucun plaisir. J’aurais pu finir, mais dans quel état ? Il faut que je me repose pour être présent et que je sois en pleine forme dans quelques semaines au départ de la TDS. (Xavier Thevenard tentera de devenir le premier coureur à gagner les trois épreuves après la CCC en 2010 et l’UTMB 2013). Sur la Maxi Race, je n’étais déjà pas à 100% de mes possibilités, j’étais déjà entamé. Il faut que je revoie mon programme d’entraînement, nous allons regarder cela dès la semaine prochaine ».

Luis-Alberto a fait une course incroyable !

Pendant ce temps, l’Espagnol Luis-Alberto Hernando au summum de sa forme et avec la ferme intention de franchir la ligne d’arrivée en tête a pris les devants. Il impose un rythme infernal et au col des Montets au 23e km, il compte déjà 7 mn d’avance. Il est à l’attaque, chacune de ses foulées est alerte, son regard est fixe. Derrière, les coureurs se présentent petit à petit avec un duo composé de l’Américain Mike Wolfe et du Français François d’Haene qui semble quant à lui plus à l’aise, plus en retrait. « En fait, je savais que la course serait longue et difficile et je n’avais pas envie de courir seul. Je souhaitais donc passer le plus de temps possible en en gardant un peu sous le pied. Ce furent de très bons moments avec Mike (jusqu’à Vallorcine au 47e km). Est-ce que la course aurait pu se passer autrement si j’avais suivi Luis-Alberto ? Impossible à dire mais je pense que pour moi c’était la meilleure stratégie. Il a fait une course incroyable et je tiens à la féliciter. Je me suis battu, parfois je suis revenu à trois minutes mais très vite je reperdais du temps. Je me suis bien amusé mais aujourd’hui je n’avais pas les jambes pour aller le chercher. J’espère que l’on se retrouvera sur l’UTMB« .

Derrière, le spectacle est de plus en plus grandiose sur ce parcours reconnu par beaucoup comme l’un des plus beaux de la région. Une belle lutte est en cours entre le Français Clément Petit-Jean et l’Australien Ben Duffus. Ce dernier est allé chercher la troisième place sur le podium dans les six derniers kilomètres au prix d’un effort incroyable. A 21 ans, il participait à sa première épreuve de skyruning en Europe afin de se tester ! Il a vu qu’il était en mesure de se classer parmi les meilleurs. « Je suis parti tout doucement car je voulais me tester, m’écouter. Et au fil des heures, je me suis senti de plus en plus fort alors j’ai tout donné sur la fin pour ne rien regretter. » Quant à Clément Petit-Jean, aucune déception pour avoir perdu une place dans les derniers kilomètres. A 30 ans, cet ingénier d’exploitation dans le nucléaire, qui travaille en trois huit et s’est mis au trail en 2012, ne cesse de progresser et est pris en main depuis peu par Eric Lacroix. « Le travail paye. Je crois que j’ai encore franchi un cap aujourd’hui, avec Eric on fait un super boulot. Durant 30 mn, j’ai manqué d’eau et lorsque Ben est revenu sur moi il m’a littéralement déposé. Je n’ai jamais pu revenir. J’ai essayé de faire une course à mon rythme sans me laisser entraîner, j’ai fait le maximum je ne pouvais pas faire mieux et je suis très heureux. »

Que la meilleure gagne !

80 km du Mont-Blanc 2014
Tina-Emelie FORSBERG

Sur la place de Chamonix l’ambiance retombe un peu tandis que les arrivées s’égrainent petit à petit. Les premières femmes sont attendues dans une heure avec une certaine Emelie Forsberg en tête depuis le début de la course. La compagne de Kilian Jornet (présent sur la course pour encourager les concurrents) n’a jamais laissé sa grande amie la Néo-Zélandaise Anna Frost revenir sur elle. Elle fut parfois à trois ou quatre minutes mais la Suédoise a magnifiquement géré son effort pour s’octroyer le titre de championne du monde de skyrunning 2014 en 12h38mn49s. Un titre officieux mais qui n’en demeure pas moins significatif. « Je suis heureuse car j’ai été handicapé par une blessure à la main et je n’ai décidé de courir le 80 km qu’il y a quinze jours. Ce fut une merveilleuse course et je suis heureuse que ma grande amie Anna soit à la deuxième place. Nous ne sommes pas en compétition, on s’amuse, on prend le départ et que la meilleure gagne, » commente Emelie en attendant Anna. La voici au bout de la ligne droite sous les acclamations du public, une médaille autour du coup et la voici dans les bras de son amie. « C’était une course très dure. Je reviens de blessures et je suis heureuse de pouvoir prendre le départ des courses sans douleur et encore plus heureuse lorsqu’Emelie est là. Je ne pouvais rien faire contre elle aujourd’hui. »

A la troisième place, que la Française Maud Gobert occupa durant un moment, on retrouve une Polonaise. Sixième de l’UTMB en 2012, Magdalena Laczak a terminé comme une bombe aussi lucide, épanouie et heureuse qu’Emelie et Anna. Les trois jeunes femmes ont ainsi même pris le temps de s’asseoir ensemble pour commenter la course et décrire leurs sensations. « Les femmes sont plus fortes que les hommes au niveau du ressenti, c’est pour cela qu’elles s’amusent autant en course, sont aussi épanouies et moins marquées, » commente Eric Lacroix.

Quatrième, Maud Gobert n’a pas manqué de bondir dans les bras de Ludo, l’animateur de choc, afin de partager en beauté son retour à la compétition après des mois de blessures. Malgré une tendinite au moyen fessier, elle a pu s’exprimer et regoûter au plaisir de la compétition. « Je suis restée avec Nuria Picas qui est un vrai métronome. Après son abandon, elle m’a encouragée et je tiens à la remercier. Ce parcours était magnifique, c’est l’un des parcours les plus beaux que j’ai jamais fait. Il est très dur, certainement plus que celui de la CCC mais vraiment quel plaisir. J’ai adopté la rando course car sur ce genre de tracé, il est plus efficace de marcher en rythme que de courir. De plus, il fallait rester très concentrée sur ses appuis et parfois la signalisation n’était pas au top. Je me suis perdue une fois et je crois que c’est arrivé deux fois à la Polonaise. Cela ne m’a pas empêchée de prendre énormément de plaisir. »

Un plaisir que n’a pas pu goûter Caroline Chaverot qui a peut-être couru la course de trop cette année. Epuisée, elle a « galéré toute la journée. Je ne me suis pas assez reposée, j’ai voulu aller au bout et je peux vous assurer que ce n’était pas gagné. Maintenant, je dois revoir tout cela que ce soit au niveau des courses, de mes entraînements et de mes périodes de repos. »

Joie, bonheur, grande fatigue ou détresse. Ce 80 km du Mont-Blanc fut riche en émotions dans un décor de rêve. Dans le peloton, mêmes profils, mêmes sensations alors que la lutte continuait jusqu’au bout de la nuit.

Problème de manque d’eau

Durant la course deux postes de ravitaillement ont manqué d’eau et la direction de course a tenu aujourd’hui à s’excuser. « Nous avions mis 25% d’eau de plus que l’an dernier en tenant compte des conditions de course annoncées. Cela n’a pas suffit, c’est indigne d’une organisation comme la notre. Nous avons réapprovisionné par deux fois par camion mais certains coureurs ont du attendre entre 15 et 20 minutes pour avoir de l’eau. Nous tenons une nouvelle fois à nous excuser. »

 

Les résultats

Hommes   

  1. Luis-Alberto HERNANDO (Espagne), 10h25mn52s
  2. Francois DHAENE (France), 10h29mn33s
  3. Ben DUFFUS (Australie), 10h52mn33s
  4. Clément PETITJEAN (France), 10h57mn04s
  5. Philipp REITER (Allemagne), 1109mn36s
  6. Blake HOSE (Australie), 11h14mn26s
  7. Aurelien DUNAND-PALLAZ (France), 11h31:mn5s
  8. Mike WOLFE (Etats-Unis), 11h31mn20s
  9. Caine WARBURTON (Australie), 11h31mn32s
  10. Sverre SLETHAUG (Norvège), 11h43mn57s

Femmes  

  1. Tina-Emelie FORSBERG (Suède), 12h38mn49s
  2. Anna FROST (Nouvelle-Zélande), 12h46mn52s
  3. Magdalena LACZAK (Pologne), 12h58mn51s
  4. Maud GOBERT (France), 13h16mn11s
  5. Caroline CHAVEROT (France), 13h28mn52s
  6. Federica BOIFAVA (Italie), 13h34mn23s
  7. Uxue FRAILE-AZPEITIA (Espagne), 13h40mn01s
  8. Fernanda MACIEL (Brésil), 14h03mn54s
  9. Li DONG (Chine), 14h11mn20s
  10. Juliette BLANCHET (France), 14h20mn50s

Les résultats du 80 km du marathon du Mont-Blanc 2014

Statistiques

  • A 21h30

Partants : 1119  dont 115 femmes (10,28% des partants) 
Finishers à 21h30 : 161 (14,40% des partants) et 18 femmes (11,18% des finishers et 15,65% des femmes partantes) 
Nombre d’abandons : 507 (45,35% des partants)

  • A 23h30

Partants : 1119  dont 115 femmes (10,28% des partants)
Finishers à 21h30 : 251 (122,45% des partants) et 28 femmes (11,16% des finishers et 24,35% des femmes partantes)
Nombre d’abandons : 525 (46,96% des partants

  • A 4h du matin (fin de course)

Partants : 1119 dont 115 (10,28% des partants)
Finishers : 570 (50,94% partants) et 59 femmes (10,35% of finishers et 51,30%des femmes partantes)
Nombre d’abandons : 549 (49,06% des partants)

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8 réaction à cet article

  1. Bonjour,
    J’ai tenté de faire la 80km mais malheureusement j’ai terminé a vallorcine. Peux ton réellement organiser des épreuves aussi dures en supprimant un point d’eau vitale au col de la terrasse? On nous oblige a avoir du matériel obligatoire et l’organisation de son côté ne fournit pas le minimum pour faire une course en sécurité.

    Un coureur déçu par sa course et par l’organisation

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  2. Nous ne sommes pas tous des Kilian Jornet !
    Annoncer à l’arrivée 90 et 7000D alors que nous partons pour 80 et 6000D, cela me laisse déjà interrogateur !
    Mais en plus, il faut y ajouter les kilomètres annoncés des ravitaillements qui n’arrivent pas (50km au GPS à Vallorcine). Et quand on y arrive, certes pas dans les premiers, on n’y trouve plus d’eau, plus de soupe, plus de coca !
    Au Buet, à 9h00, soit 2heures avant la fermeture de la barrière horaire, j’ai du attendre 25/30 minutes pour pouvoir remplir ma poche d’eau avant la très exigeante montée vers la terrasse… Pourquoi, il n’y avait pas au Buet une citerne d’eau pour les poches, remplies de fait, à coup de bouteilles de 1,5l … elles même remplies par un bénévole harcelé, faisant des A/R pour à la source !
    Et même problème à Emosson, ou mon seul ravitaillement fût 0,5l, bien heureux déjà, car pour ceux qui étaient derrière, il n’y aurait plus rien.
    Comment gérer un effort de 24h00, lorsque déjà après 5h00, l’organisation ne vous permet pas d’assurer vos prises personnelles par manquement !
    Et pour finir, je rentre en stop de Vallorcine, car il n’y a rien de prévu pour nous descendre à Chamonix.
    Je viens depuis 2009 sur le Cross et Marathon, j’y ai toujours trouvé une organisation irréprochable. Encore, cette année, la gestion du parcours au regard de la météo sur le marathon fût la bonne décision.
    Ne négligez pas le 80 (ou le 90), le parcours est magnifique !

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  3. Bonjour à tous,

    un grand merci à tous (ORGANISATION, BENEVOLES, COUREURS et SPECTATEURS) pour cette course magnifique; même les petites imperfections ont mis un peu de pigments à cette épreuve…l’eau, il n’en manquait pas, ça coulait de la montagne et même meilleure que celles des bouteilles, il y avait juste à se baisser. Bref, je suis prêt à revenir pour améliorer ma perf bien sur, mais également, explorer ce paysage magnifique, cette faune et faire de la GLISSADE sur les fesses sur la neige hihi!!!, une première pendant un trail pour moi, UN GRAND MOMENT.
    Merci aux Marmottes et aux Chamois de nous prêter leur jardin pendant ces quelques heures et désolés encore pour les DETRITUS laisser sur le parcours par certains coureurs (petite note négative).

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  4. Bonjour,

    Superbe course, superbe paysage. Malheureusement une organisation défaillante. Pour ma part je finis dans la souffrance en 20H45. Pas d’eau au Buet, pas d’eau au barrage. Effectivement des rivières dans la montée du col de la terrase suffisante pour se réhydrater, mais rien , pas une goutte, entre le barrage et Vallorcine. Que dire de l’amateurisme dans l’annonce de la distance et des dénivelés. 10 kms en fin de course, pour moi, c’était 3 heures de plus. Une paille pour les cadors, une horreur pour mes jambes. Que dire du buffet à volonté à l’arrivée. Un fond de plat de carotte rappées et de taboulé en bout de table. Pas une chaise pour poser mes fesses fatiguées. Il est vrai qu l’on a pas besoin de s’assoir après 21 h d’effort en montagne. Une gentille bénévole bien dépassée et désolée de cet état de fait. Que dire……. L’organisation présente ses excuses, OK j’en prend note mais cela ne suffira pas pour me faire revenir et encore moins pour encourager d’autres fous de courses en montagne.

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  5. HONTEUX L’organisation du 80KM…… non je veux dire le 90km et 7000D
    quel amateurisme dans les mesures, et dans les ravitaillements ,indigne d’une telle distance , indigne de Chamonix qui je croyais étais au top pour ce type d’événement.
    Autres point :pourquoi les coureurs qui arrivent après minuit n’ont pas le droit à un bon petit repas réparateur après tant d’effort, le prix de l’inscription est le même pour tous non?
    Petit conseil aux organisateurs ,allez faire un tour du cote du GRP voir ce qu’est un ravitaillement digne de ce nom.
    bravo et merci aux bénévoles , zéro aux organisateurs:copie a revoir

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  6. Bonjour,
    Mon impression sur ce 80km est qu’il y avait 2 courses, une pour les élites et une pour les autres. Une course vitrine et une autre dans l’ombre. Il y a un manque de respect de l’organisation vis à vis des coureurs qui ont investi du temps et de l’argent pour participer à cette aventure. Les bénévoles (merci à eux) ont fait ce qu’ils pouvaient et avec le sourire. Mais au Passet lorsqu’ils réclament de l’eau pour une cinquantaine de concurrents et qu’un type arrive avec un pack de 6 bouteilles d’1.5 L on se moque du monde. Une erreur de 10Km et 1000 m de D+ ! Comment est-ce possible avec les outils actuels ? Chamonix et ses environs sont magnifiques, les courses sont au top , les coureurs au rendez-vous reste à l’organisation de s’en montrer digne.
    Je ne pense pas revenir il y a des courses beaucoup moins médiatiques, tout aussi dures et belles, mais où l’esprit Trail veut encore dire quelque chose.

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  7. Suite aux différentes remarques, les organisateurs ont réagi et apporté des explications : https://www.facebook.com/MarathonDuMontBlanc/posts/545662612206860

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  8. Superbe trail, des paysages à couper le souffle, malheureusement manque d’eau sur 2 points clé de l’ultra!!!
    Une honte! avec le nb de participants prêts à dépasser leur limite c’est inadmissible.
    Je ne pense pas refaire cet ultra et ne le conseillerai pas pour autant; organisation à revoir au prix de l’inscription.

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