Emilie Lecomte : Rien ne sert de courir, il faut partir à point

Double vainqueur du Grand Raid de la Réunion et vainqueur du Tor des Géants, rien ne prédestinait pourtant Emilie Lecomte à devenir une des meilleures ultra traileuse françaises. Huit ans après son premier trail, elle est plus passionnée que jamais par la montagne et la course à pied.

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Pour la plupart des sportifs de haut niveau, le parcours est le même. Une passion durant l’enfance pour une discipline et un entrainement intensif permettent d’atteindre les sommets et de réaliser le but de toute une vie. Emilie Lecomte constitue une sorte d’anomalie dans ce schéma et rien ne la prédestinait au palmarès qu’elle possède aujourd’hui.

Rien, si ce n’est un mari féru de sport qui l’initie au VTT, en loisir puis en compétition, avant de l’entraîner à ses côtés sur les chemins des raids multisports. « Je suis un peu venue au sport par hasard et surtout sur le tard » explique celle qui a depuis remporté deux fois la Diagonale des Fous ainsi que le Tor des Géants. Emilie Lecomte a donc 28 ans lorsqu’elle épingle son premier dossard sur le Trail des 2 Lacs en 2007. Une première expérience synonyme de plaisir, et qui sera l’évènement déclencheur de son entrée dans le monde du trail. Les courses se succèdent et rapidement, elle prend conscience que le « long » l’attire et semble fait pour elle. « Dès le départ, j’ai aimé les efforts au long court et je me suis orientée vers les trails longs » détaille-t-elle, il fallait que « la course dure très longtemps » pour que cette sportive au long cours soit rassasiée. « Les efforts courts et intenses n’étaient pas innés donc je me retrouvais plus dans quelque chose de plus lent mais beaucoup plus long ».

En 2009, et après deux ans de pratique, le talent d’Emilie Lecomte éclate au grand jour lorsqu’elle signe sa première victoire sur le Grand Raid de la Réunion (148 km à l’époque), aussi appelé la Diagonale des Fous. Pas de miracle, pour en arriver là il a fallu « professionnaliser » ses entrainements mais celle qui a vécu pendant de nombreuses années en région parisienne avant de devenir guide de montagne, pouvait déjà compter sur une arme à sa disposition, son mental à toute épreuve. « J’ai été commerciale et je pense que la pression inhérente à ce type de métier m’a aidé pour le trail » explique-t-elle. « Quand tu te lance sur des ultras, il a forcément un moment, quel que soit ton niveau, où tu vas te demander ce que tu fais là, pourquoi tu t’es lancé dans cette aventure, et à ce moment-là, le mental prend le pas sur le physique. Si, dans ta vie quotidienne tu as l’opportunité de te forger ce mental, alors le jour de la course tu peux aller au-delà de ces considérations et réussir à extraire le positif dans la difficulté. Après tout, personne ne nous a forcés à enfiler ce dossard ! » lâche-t-elle dans un éclat de rire.

Efficacité, plaisir et variété, la recette du succès

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Emilie Lecomte sur l’Échappée Belle

Car l’ultra trail, pour Emilie Lecomte c’est avant tout de la joie et du plaisir, au-delà des exigences physiques qu’impose cette discipline. « On traverse des paysages magnifiques, sublimes et on ne le fait pas les yeux fermés ! Même si tu es devant et que tu te bas pour la victoire, il y aura toujours des moments dans une course où on aura le temps de se détacher un peu de tout ça et de réaliser la chance que l’on a d’être là. » Un amour de la nature et une envie de la faire découvrir au plus grand nombre qui ont d’ailleurs dictés sa reconversion professionnelle, délaissant Paris et ses plaines pour la Haute Savoie, afin de devenir accompagnatrice en montagne. Elle organise et anime ainsi des séjours sportifs et des stages de trail.  « J’avais envie de transmettre cette passion et cette amour de la montagne, aussi bien à des enfants pour les sensibiliser à la nécéssité de protection de la nature, qu’à des seniors pour leur permettre de garder une activité physique ».
Aujourd’hui, Emilie Lecomte jongle donc, comme de nombreux traileurs, entre son activité professionnelle et sa préparation pour les courses. Un équilibre nécessaire pour elle et qui lui permet d’apprécier d’autant plus les grandes échéances et le partage des courses avec les autres coureurs. « Avoir un métier et être sportive pro en même temps, je considère ça comme une chance. Ça me permet de faire la part des choses entre la compétition et le reste et de garder peut être un peu plus de fraîcheur mental et d’envie de courir. Il faut concilier les deux mais au moins, ça me pousse à être efficace dans mes entraînements comme je n’ai pas un temps illimité pour les réaliser !» 

Efficacité, un mot qui revient souvent dans la bouche d’Emilie Lecomte, vestige sans doute de cette période commerciale, rythmée par les exigences de résultats, transposées aujourd’hui à la course. Lorsqu’elle court, c’est pour le plaisir avant tout et elle tient donc à mettre en garde les amateurs. « Quand on se lance sur une course il faut savoir rester raisonnable. Pour moi, le plaisir doit prédominer à l’arrivée et il faut prendre le temps de progresser par paliers. Sinon, on perd l’essence de ce sport et on rentre uniquement dans une dimension de difficulté physique qui ne représente pas le trail à mes yeux ». Courses toujours plus longues et plus dures, taux d’abandons très élevé sur certains ultras, le débat fait rage quant à l’orientation que prend le trail depuis quelques années déjà et les détracteurs de ce « toujours plus » sont nombreux. Pour Emilie Lecomte, « il faut aborder la question différemment. Il n’a pas de courses trop dures, il y a surtout des coureurs mal préparés » explique-t-elle. « Il faut avoir l’humilité de se dire qu’une course n’est pas à notre portée et rester sur des épreuves à sa mesure. Il sera toujours temps de réaliser ses rêves un peu plus tard, sans griller des étapes. »

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Emilie Lecomte à l’Eiger Ultra Trail

L’autre mot qui pourrait définir Emilie Lecomte c’est celui de variété. Pour elle, pas question de refaire chaque année les mêmes courses, il faut sans cesse chercher de nouveaux terrains de jeu et la course à pied constitue le meilleur moyen de le faire. « Pour moi, le plaisir et la découverte prennent le pas sur le dossard. Ça peut paraître étonnant dans la bouche d’une compétitrice mais je cours avant tout pour moi, ce qui est un peu égoïste c’est vrai mais tout sport individuel ne l’est-il pas un peu… ? Bien sûr, le fait d’avoir de la concurrence au départ apporte une autre dimension plus compétitive mais je ne choisis pas mes épreuves en fonction du plateau élite pour pouvoir dire, j’ai battu X ou Y. Je choisis des courses qui me font rêver».

Mais attention, ne vous y trompez pas, lorsqu’Emilie Lecomte prend le départ d’une course, la victoire est toujours dans un coin de sa tête comme en témoigne sa frustration de terminer deuxième du Grand Raid 2015. « J’ai encore les boules aujourd’hui (ndlr : entretien réalisé le 9 novembre 2015) et ça ne passera pas » lâche-t-elle avec un petit sourire. « Echouer à 1mn18s après 28h de course, c’est terrible. Dans la dernière descente, Nuria Picas est juste devant moi, je vois sa frontale et je me dis que si j’avais fait un ravito plus rapide, si j’avais fait ci ou ça… » La variété des courses mais si la victoire est au bout, la satisfaction n’en est que plus grande !

Efficacité, variété et enfin liberté. « Le trail c’est la liberté ! » s’exclame Emilie Lecomte. « La liberté d’être dans la nature, de courir où bon nous semble et de se débrouiller seul. » Et quand on vient des raids multisports, la débrouillardise on connait ! « Si demain on me propose une épreuve sans assistance et avec très peu de balisage je dirais sans doute banco. La course à pied c’est la possibilité d’enfiler ses chaussures, de prendre une gourde et c’est parti ! »

Le chemin d’Emilie Lecomte pourrait donc bien prendre la route des Etats Unis afin de croiser celui d’Anton Krupicka qui « court en slip avec sa barbe comme seul protection contre le froid, le vrai esprit du traileur ! » plaisante-t-elle. « De toute façon, je ne m’interdis rien et j’ai tellement de choses à découvrir que je vais courir pendant un bon moment encore ! »

Malgré un départ tardif, Emilie Lecomte n’a donc pas fini d’arpenter les sentiers de montagnes à la recherche de ce plaisir qu’elle a trouvé dans la course à pied. Rien ne sert de courir, il faut partir à point…

Le palmarès d’Emilie Lecomte

2015

1ère de l’Echappée Belle (144 km)
1ère du Tchimbé Raid (90 km)
1ère du Trail du Roc de la Lune (30 km)
1ère de l’Ultra montée du Salève
2ème de la Diagonale des Fous (164km)
7ème de l’Eiger Ultra Trail (101 km)

2014
1ère du Tor des Geants, 9ème scratch (330 km)
1ère du Grand Raid 73, 15ème scratch (73 km)
1ère Trail du Roc de la lune, 8ème scratch (60 km)
2ème de La Ronda del cims, 27ème scratch (170 km)
2ème du Dolomiti extrem trail, (53 km)

2013
2ème de La Ronda Del Cims (170 km)
5ème de la Transvulcania (76 km)

2012
1ère du Grand Raid de la Réunion (164 km)
1ère du Trail de l’Ardéchois
Record du GR 20 en Corse (41h22mn10s)

2011
1ère de l’Andora Ultra trail (112 km)
1ère Grand Raid 73
3ème du Trail de l’Ardéchois

2010
1ère du Trail des Aiguilles rouges, 20e scratch (53 km)
2ème du Grand Raid 73 (73 km)
1ère de la 6666 occitane, 15e au scratch (118 km)

2009
1ère du Grand Raid de la Réunion, (32ème au scratch)
3ème du Tour de la Grande Casse
3ème l’Annecîme (80 km)
1ère des Drayes du Vercors (58 km)
1ère mixte au Raid du Mercantour

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