Dressel vs Chalmers : à quoi se joue un titre de champion du monde du 100m nage libre ?

La finale du 100m nage libre messieurs a été une des courses les plus relevées des derniers championnats du monde de natation, à Gwangju (Corée du Sud). Cette course a notamment vu s’illustrer deux stars de la natation mondiale.

D’abord, l’australien Kylie Chalmers, le champion olympique en titre de l’épreuve, et puis, l’américain Caeleb Dressel, élu « meilleur nageur » des mondiaux et qui a emporté 4 titres individuels. C’est ce dernier qui l’a emporté en un temps de 46’’96, à tout juste 5 centièmes du record du monde. Kylie Chalmers, après un retour tonitruant, s’est approché du vainqueur avec un temps de 47’’08. A désormais moins de onze mois des Jeux Olympiques, la rédaction de Le-Pape-Info vous propose de revenir sur les facteurs clés de l’épreuve reine de la natation mondiale…

Credit : Zimbio Photo
Credit : Zimbio Photo

Le départ

 

Au signal de départ du starter, c’est Dressel qui devance Chalmers avec un temps de réaction de 10 centièmes inférieur à celui de l’Australien. Mais ce n’est pas tant le temps de réaction qui compte, mais surtout la force, puis la vitesse de déplacement que générera le nageur après son impulsion sur le plot de départ.

Nous n’avons pas pu mesurer cette vitesse d’entrée dans l’eau. Toutefois, la phase essentielle suivante est la coulée sous-marine (limitée à 15 mètres par le règlement de la FINA). En effet, les meilleurs nageurs mondiaux arrivent à nager plus vite sous l’eau (avec l’aide de la poussée au mur et de la diminution des résistances de vagues sous la surface de l’eau) qu’en surface.

C’est pourquoi, il est intéressant de maximiser son efficience sous l’eau, afin d’aller plus vite que ses adversaires.

 

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(Dressel est le nageur le plus rapide lors des 15 premiers mètres de la course, au centre, ligne 4)

 

Dans cet exercice, c’est Caeleb Dressel qui excelle, puisqu’il arrive à mettre moins de 5 secondes sur les 15 premiers mètres de la course, alors que Chalmers a été flashé aux 15 mètres en 5’’56 !!! La puissance de l’américain, associée à une technique d’ondulations remarquable lui permet de prendre plus d’une demi-seconde d’avance sur son principal rival en seulement 15 mètres. A noter que Caeleb Dressel tire à profit la distance maximale de coulée en sortant pratiquement au niveau de la ligne des 15 mètres, alors que Chalmers sort à environ 12 mètres (sa vitesse de nage étant meilleure que sa vitesse de fin de coulée).

 

Le premier 50m

Après la phase de coulée, les nageurs commencent donc leur phase « nagée ». Lors de la finale à Gwangju, nous avons pu remarquer que Dressel et Chalmers font jeu égal en termes de vitesse jusqu’à l’approche du virage. Dressel parcourt son premier 50 mètres avec 29 mouvements de bras, 30 pour Chalmers, avec tous deux une fréquence de nage avoisinant les 51 cycles par minute.

 

Le virage

Lors de l’approche au mur pour réaliser le virage, Chalmers reprend un peu de temps en gagnant 10 centièmes sur Dressel lors des 5 derniers mètres précédant le virage. Toutefois, l’américain va à nouveau combler – en partie – ce trou lors de la phase de poussée au mur, où il reprend 6 centièmes sur les 5 premiers mètres du deuxième 50 mètres. 

 

La coulée de retour

A la sortie de coulée, Dressel accentue encore son avance sur Chalmers grâce à sa fameuse coulée et c’est à ce moment de la course où il détient le plus d’avance sur l’australien, avec presque 1 mètre 50 d’écart entre les deux nageurs (voir photo ci-contre). Aux 65 mètres, l’américain devance l’australien de 65 centièmes. 

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Le deuxième 50m

Ensuite, l’australien va signer un retour fulgurant lors des 35 derniers mètres en remontant progressivement sur son adversaire. Chalmers réalise les meilleurs temps par section jusqu’à la fin de la course (65-75m, 75-95m, 95-100m) et c’est surtout dans les cinq derniers où il reprend à Dressel un quart de seconde sur cette phase d’arrivée. C’est vraiment l’australien qui signe un exploit, plutôt que Dressel une contre-performance, puisque ce dernier réalise un temps similaire à celui des autres concurrents. Lorsque l’on observe les paramètres de fréquence et de distance par cycle, on se rend compte qu’il existe peu de différences sur l’ensemble du image2deuxième 50m avec une fréquence gestuelle qui tourne toujours autour des 51/52 cycles par minute. L’australien enregistre une distance par cycle un peu meilleure.

 

Conclusion

 

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L’analyse de cette course nous montre encore une fois qu’il est possible de réaliser une performance semblable avec des organisations de courses bien différentes. Sur 100m NL, on rencontre souvent deux profils : des nageurs explosifs qui bénéficient de parties dites « non nagées » (départ, coulées, virages) plus rapides et des nageurs plus endurants qui bénéficient d’un retour plus rapide. L’ensemble de ces paramètres permet d’illustrer les marges de progression de chacun, et nous laisse penser que le record du monde du Brésilien Cesar Cielo vit ses dernières heures… Le tableau ci-dessous reprend les temps de passage pour chaque section de la course, pour les huit finalistes de l’épreuve.

 

 

 

 

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