Pierre Le Corre : « J’ai passé un cap et j’ai hâte de pouvoir le montrer en compétition. »

À 4 mois des Jeux Olympiques de Tokyo (Japon), l'équipe de France messieurs de triathlon était rassemblée pour un stage d'environ une semaine à Montpellier (Hérault).
L'occasion pour Pierre Le Corre désormais entraîné par l'Australien Brett Sutton de se confier. Le champion d'Europe 2018 (en individuel et en relais mixte) est impatient d'enfin lancer sa saison olympique. Entretien.

Crédit photo : © Christophe GOURDY / FFTRI
Crédit photo : © Christophe GOURDY / FFTRI

Lepape-info : Pierre, comment s’est passé le stage à Montpellier ?

Pierre Le Corre : Cela s’est bien passé, on était tous les quatre du collectif olympique avec Léo Bergère, Dorian Coninx et Vincent Luis pour s’entraîner ensemble, souder un peu les liens en cette année olympique et faire du travail de groupe notamment en vélo plus quelques obligations avec la Fédération française de triathlon. On a eu un positionnement pour faire un prolongateur sur mesure en vue du relais pour les Jeux.

 

Lepape-info : Cela vous a fait du bien de vous retrouver quelques jours ensemble

P.L.C : Oui notamment pour moi qui m’entraîne avec une préparation assez difficile tout seul en raison du coronavirus,  mon groupe d’entraînement est en Suisse et c’est difficile de les rejoindre. Chez moi à Montpellier, je fus en très bonne compagnie pendant une semaine. L’an passé lors du premier confinement on avait passé 2 mois tous les quatre ensemble également mais cette fois-ci on a passé un vrai moment où l’on partageait les mêmes entraînements.

 

Lepape-info : Que retenez-vous de ce stage à 4 ?

P.L.C : Un moment de partage pour synchroniser nos ambitions, échanger sur la préparation, les enjeux à venir dans la bonne humeur. Il y’a vraiment une bonne ambiance dans le collectif sachant qu’il y’aura l’un d’entre nous qui n’ira pas aux Jeux Olympiques cet été. Ce n’est pas évident mais le bon état d’esprit général est préservé.     

 

PIERRE LE CORRE 2
Crédit photo : © Christophe GOURDY / FFTRI

 

Lepape-info : Ce stage fut aussi l’occasion pour la Fédération française de triathlon de renforcer son partenariat avec Z3R0D désormais équipementier officiel de la F.F.TRI

P.L.C : C’est une marque française, c’est important pour la Fédération française de triathlon de soutenir une entreprise nationale. En plus Z3R0D est l’un des leaders sur le marché du triathlon. On connait la qualité de nos trifonctions, c’est ce qui est le plus important au point de vue de notre matériel, on court avec et elles doivent êtres optimales. Depuis que je suis en équipe de France j’ai toujours utilisé les combinaisons Z3R0D, elles sont bien coupées, confortables et le textile est très déperlant ce qui permet d’avoir une grande qualité de glisse dans l’eau. C’est une bonne chose de ne pas changer d’équipementier à quelques mois des Jeux.

 

Lepape-info : Comment vous sentez-vous à l’approche de l’échéance olympique ?

P.L.C : J’ai hâte de courir, de montrer ma progression. J’ai changé de coach en octobre dernier en rejoignant l’Australien Brett Sutton, l’entraînement fut très très dur durant tout l’hiver et c’est encore le cas. Il m’a fait passé un cap mentalement et surtout physiquement. Je pensais m’entraîner très dur avant mais là j’ai franchi un palier. Je vois mes progrès à l’entraînement, je suis impatient de voir ce que cela va donner en compétition parce que c’est toujours différent mais si j’arrive à retranscrire cela je suis assez confiant au sujet de mon niveau. Ce qui est rare parce que normalement je suis assez réaliste et je n’aime pas trop m’avancer et trop rêver. Plus le début de saison approche et plus je comprends pourquoi les séances étaient aussi dures. Ce n’était pas d’un point de vue physiologique mais plutôt mental. Quand je vois ce que je peux faire aujourd’hui en comparaison de l’an passé, je me rends compte que j’ai passé un cap et j’ai hâte de pouvoir le montrer en compétition. Après mes concurrents ont aussi peut-être ou certainement progressé, moi je sais que c’est le cas et j’en suis très content.

 

Pierre Le Corre : « C’est tout le temps des tests, beaucoup de répétitions et de l’intensité. C’est un entraînement très usant mais Brett Sutton veut travailler l’aspect psychologique qui consiste à ne rien lâcher et aller jusqu’au bout. »               

 

Lepape-info : Comment se passe votre organisation avec le groupe réputé de Brett Sutton ?

P.L.C : Brett Sutton est situé à Saint-Moritz (Suisse) avec son groupe d’entraînement qui comprend notamment les Suissesses Daniela Ryf (multiple championne du monde d’Ironman et d’Ironman 70.3) et Nicola Spirig (championne olympique 2012, vice-championne du monde 2010 et sextuple championne d’Europe) qui sont quasiment les 2 meilleures féminines du monde dans chaque discipline du triathlon sans oublier quelques « rising stars » comme Max Studer (champion d’Europe espoirs 2018) qui va commencer à être très fort au niveau mondial sur le circuit courte distance. J’ai pu faire quelques stages avec eux notamment aux Îles Canaries avant le début de cette année et là je vais les rejoindre d’ici quelques jours à Saint-Moritz pour faire mon dernier bloc d’entraînement en altitude.     

 

Lepape-info : Qu’avez-vous travaillé essentiellement avec Brett Sutton depuis 6 mois ?

P.L.C : Son travail est ciblé triathlon à savoir qu’à chaque fois que l’on travaille une discipline ce n’est pas pour être fort dans cette discipline mais pour être fort en triathlon. Le travail fut très éprouvant en course à pied avec beaucoup de kilomètres et énormément d’intensité. À vélo les séances furent très dures mais avec un peu moins de volume, idem en natation. L’entraînement est complètement différent de ce que l’on peut connaître en France. Je suis assez passionné par les méthodes de coaching et j’avoue que celle-ci je ne la connaissais pas.

 

Lepape-info : L’adaptation fut difficile ?

P.L.C : Mon expérience et le fait que je m’entraînais dur avant avec beaucoup d’heures m’ont aidé. Cela m’a permis de passer rapidement le cap avec Brett Sutton mais je ne conseillerais pas forcément à un jeune d’y aller il faut vraiment s’accrocher, c’est intense. Les séances durent souvent d’une heure à deux heures en fartlek comme des 60 x 30’’ / 30’’ ou des longs « build » de progressivité en course à pied, des séances de 2 heures à vélo en contre-la-montre avec des répétitions. Par exemple le matin je peux avoir une séance très très dure et une autre le soir idem. Je poux faire les 2 séances de ma vie et il m’en remet une autre le lendemain et deux autres le surlendemain etc… C’est tout le temps des tests, beaucoup de répétitions, de l’intensité. C’est un entraînement très usant mais Brett Sutton veut travailler l’aspect psychologique qui consiste à ne rien lâcher et aller jusqu’au bout.               

 

Pierre Le Corre : « Participer aux Jeux c’est fantastique mais on a envie d’encore plus. Quand on voit les médaillés olympiques revenir chez eux avec l’effervescence que leur médaille suscite, le bonheur que cela procure cela donne envie. J’aimerai aller aux Jeux Olympiques de Tokyo en tant que potentiel médaillable, c’est clairement mon objectif. » 

 

Lepape-info : Vous sentez que vous avez progressé ?  

P.L.C : Oui même si Brett Sutton ne veut pas que l’on utilise de capteurs de puissance, de ceintures cardio pour que l’on s’entraîne réellement aux sensations. Il veut que l’on donne le meilleur mais sans se mettre trop de pression. Il sait que les séances sont très difficiles, il ne veut pas que l’on ait de repère mais j’ai préféré garder mes habitudes en ayant tout de même un œil sur mes performances non pas en direct mais seulement après les séances. Lorsqu’il faut faire par exemple 60 répétitions de 150 mètres ou plus sur la piste à fond, les repères sont différents et j’ai besoin de savoir.

 

Lepape-info : Coté compétitions, quel est votre programme à venir avec en ligne de mire l’annonce de la sélection pour les Jeux  ?  

P.L.C : Je ferai ma rentrée le 9 mai à Osaka (Japon) avant l’étape World Triathlon Series de Yokohama (Japon) prévue le 15 mai. On sait qu’il faudra être très fort sur ces 2 courses mais il n’y a pas de critère objectif pour la sélection. La décision sera à l’appréciation du sélectionneur. J’y serai pour donner le meilleur de moi-même. Les 2 places restantes vont se jouer entre Dorian, Léo et moi (pour rappel, le double champion du monde Vincent Luis est déjà depuis octobre 2019 sur la liste des athlètes sélectionnables pour les Jeux Olympiques de Tokyo). Nous avons tous nos points forts et nos faiblesses, nous sommes dans un mouchoir de poche au niveau de nos performances.

 

Lepape-info : Cette situation avant l’annonce de la sélection vous stresse ? 

P.L.C : Je pense pas que cela nous stresse plus que cela. On a tous envie d’être forts, d’aller aux Jeux pour être performants au plus haut niveau. On est surtout plus concentré sur notre niveau, notre progression. On avisera après si on est sélectionné ou pas. J’ai participé aux Jeux de Rio en 2016 (25ème en individuel), mon rêve est d’aller à Tokyo et de ramener une médaille, la plus belle possible.

 

Lepape-info : Que retenez-vous de votre expérience olympique à Rio ?  

P.L.C : Avant les JO 2016, ma préparation n’avait pas été optimale. Quand je suis rentré de Rio je me suis rendu compte qu’il fallait aller aux Jeux que pour la médaille, c’était cela qui faisait la magie des Jeux Olympiques. Participer aux Jeux c’est fantastique mais on a envie d’encore plus. Quand on voit les médaillés olympiques revenir chez eux avec l’effervescence que leur médaille suscite, le bonheur que cela procure cela donne envie. J’aimerai aller aux Jeux Olympiques de Tokyo en tant que potentiel médaillable, c’est clairement mon objectif. C’est pour cette raison que j’ai décidé de rejoindre Brett Sutton, pour moi avec son expérience et son palmarès c’était le seul qui pouvait en un temps assez court me permettre de me rapprocher de cet objectif de médaille. Je sais qu’il aura l’honnêteté de me dire si j’en suis capable. Les entraîneurs qui ont cette connaissance et cette expérience sont rares.

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