Les risques du déficit énergétique relatif dans le sport (RED-S)

Les activités sportives cachent aussi leur part sombre. Si la pratique sportive est clairement associée à la bonne santé, pour certains sportifs, à contrario, elle rime avec risques alimentaires. La recherche du poids optimal, la chasse au « fameux » rapport poids/puissance ou la quête « esthétique » conduisent certains pratiquants à ne pas manger suffisamment de calories nécessaires aux besoins énergétiques de leurs entraînements. Ce déficit énergétique relatif (RED-S) peut avoir des conséquences graves sur la santé et la performance.

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Qu’est-ce que le RED-S? 

 

En 2015, le Comité international olympique (CIO) a présenté une nouvelle appellation, le « déficit énergétique relatif dans le sport » (RED-S, Relative Energy Deficiency in Sport) pour décrire le résultat désastreux d’un manque d’apport de calories par rapport aux dépenses énergétiques et aux exigences nutritionnelles imposées par le volume d’exercices pratiqués. 

C’est ce qu’on appelle la disponibilité d’énergie réduite. Cela conduit non seulement à un apport de « carburant » insuffisant pour des entrainements et des performances sportives de pointe, mais également à une énergie médiocre pour le maintien d’une santé optimale à long terme. 

Ce terme général a supplanté la notion plus sexuée de la « triade de l’athlète féminine » qui reconnaissait déjà l’interdépendance entre la faible disponibilité énergétique (anorexie), le dysfonctionnement menstruel (aménorrhée) et la faible densité minérale osseuse de la sportive (ostéoporose). Aujourd’hui, avec les pratiques sportives en plein essor, personne n’est à l‘abri des effets délétères de la sous-alimentation, sportifs masculins ou féminins. Les  problèmes du RED-S peuvent affecter les athlètes de tous âges.

 

 

Il faut de l’énergie disponible

 

Rester en vie tout en étant couché au lit sans rien faire, confiné ou pas, nécessite un certain apport calorique alimentaire qui correspond sensiblement aux besoins énergétiques du métabolisme de repos. La pratique sportive exige des calories supplémentaires. L’organisme les dispache entre les différents postes énergétiques.

La cause première du RED-S est un déficit énergétique. Autrement dit, l’énergie (d’origine alimentaire) qui reste, une fois le coût énergétique des activités sportives pris en compte, est insuffisante pour couvrir les dépenses nécessaires au maintien de la santé et des fonctions de base de l’organisme. 

L’énergie résiduelle, connue sous le nom de « disponibilité énergétique » (EA) est exprimée en kcal / kg de masse maigre (FFM). IE est l’apport énergétique alimentaire total. EEE est la dépense énergétique d’exercice normalisée en kilogrammes de masse maigre (FFM),

EA = (EI-EEE) / kg de FFM

 

Dans cet état de faible disponibilité énergétique (LEA), le corps du sportif intransigeant ne s’arrête pas et ne boycotte pas l’entrainement. Mais, il dévalisera les réserves énergétiques et dérobera la nourriture ingérée pour survivre et soutenir les fonctions vitales essentielles, au détriment des fonctions corporelles non essentielles. 

Ainsi, pendant un premier temps le sportif conservera un poids stable car les mécanismes de compensation (diminution du métabolisme,…, Voir tableau 1) le libèrent de certaines dépenses caloriques…. au détriment de sa santé à long terme. Mais au fil du temps, revirement de situation, les modifications hormonales provoqueront perte de la masse musculaire et augmentation du pourcentage de la masse grasse. Face à la perturbation corporelle, le sportif inquiet optera pour un nouveau régime alimentaire encore plus restrictif et/ou des charges d’entrainement plus lourdes. Le cercle vicieux est lancé !

 

EA = 45 kcal/kg FFM /j Santé optimale : Cette disponibilité énergétique est considérée comme adéquate (Loucks, 2004).

EA < 30 kcal/kg FFM /j Altérations sérieuses des fonctions physiologiques du corps

 

Manifestations possibles du déficit relatif en énergie sur la santé (McConville) :

  • Ralentissement du métabolisme
  • Fatigue
  • Dysfonctionnement menstruel (femmes)
  • Réduction de la testostérone (hommes)
  • Densité osseuse compromise
  • Immunité diminuée
  • Diminution de la production de protéines
  • Système cardiovasculaire compromis

 

Tableau 1

 

Conséquences négatives du déficit relatif en énergie sur la performance* 

(Figure traduite et adaptée de Mountjoy et al., 2014)


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Avec qui en parler

 

▪ Ne pas ignorer les blessures (fractures de fatigue,…). Echanger avec son entraineur afin d’adapter le programme d’entrainement à des objectifs sportifs réalistes et réalisables.

▪ Consulter un médecin du sport pour un bilan médical sportif.

▪ Trouver de l’aide auprès d’une diététicienne nutritionniste spécialisée en sport, surtout s’il y a une composante de troubles de l’alimentation associés. L’accompagnement d’une souffrance autour de l’alimentation et l’optimisation de la nutrition sportive sont le cœur de son métier.

▪ En regard de la gravité du RED-s, demander l’accompagnement d’un psychologue du sport peut être indispensable.

 

Autres lectures : 

https://bjsm.bmj.com/content/52/11/687.long?int_source=trendmd&int_medium=cpc&int_campaign=usage-042019

Dominique POULAIN, Diététicienne nutritionniste du Sport: http://www.nutritionniste-dieteticien.fr

 

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