Clément Leduc : « L’athlétisme aux États-Unis, c’est mon équilibre. »

Clément Leduc spécialiste du 10 000 m et du cross a choisi de quitter la France en août 2019, direction les États-Unis et plus précisément la ville de Portland (Oregon).
L'athlète Français, âgé de 24 ans, licencié en économie et gestion et qui suit un Master à l'University of Portland nous raconte son quotidien, sa vie universitaire, ses entraînements, une expérience très enrichissante à tout point de vue. Entretien.

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Lepape-info : Clément, comment vous est venue l’idée de partir aux États-Unis ?  

Clément Leduc : Je suis parti en août 2019 mais j’en ai eu l’idée quelques années auparavant en rencontrant des athlètes comme Emmanuel Roudolff-Lévisse qui avaient décidé de se rendre aux États-Unis. J’ai vu que cela s’était bien passé et je me suis dit que c’était une bonne option pour moi si je voulais concilier sport et études.

 

Entre temps, il y a eu des agents qui m’ont dit qu’ils pouvaient obtenir une bourse pour moi mais je n’y croyais pas trop. J’ai observé pendant 2 ans le parcours concluant d’Emmanuel qui était à l’université de Portland (Oregon) et j’ai décidé d’aller dans la même université que lui. Il est resté 2 ans et demi et du coup j’étais avec lui le 1er semestre après mon arrivée et nous avions le même coach.

 

Clément Leduc : « Quand je suis arrivé à Portland, ma plus grosse sortie était de 20-22 km et ici vous faites environ 29 km tous les dimanches. Après 2-3 mois, j’ai pu m’adapter. En France, je faisais maximum 110 km par semaine en préparation 10.000 m, là il a fallu que je monte assez vite à 150 km. »

 

Lepape-info : Au moment de partir vous en étiez où de vos études et de votre carrière d’athlète ?

C.L : J’avais fait une licence d’économie et de gestion à l’université de Nantes (Loire-Atlantique), pendant ma 2ème année de licence j’avais été sélectionné pour les championnats d’Europe de cross en 2016 et j’avais décroché le titre de champion d’Europe par équipes avec la « génération 1997″, cela m’a donné encore plus envie de m’investir dans l’athlétisme. En 2019, j’ai eu une année assez difficile avec pour mes études un parcours « banque » assez rude avec 30 heures de cours par semaine et j’ai eu du mal à m’entraîner, je me suis même blessé lors du 1er semestre. Là je me suis dit : « Allez je vais aux États-Unis, je ne peux pas faire un Master dans les mêmes conditions et sacrifier des années d’athlétisme ». Le semestre suivant je me suis beaucoup concentré sur mon anglais pour pouvoir valider mon TOEFL. J’ai pu aussi me consacrer à l’athlétisme, je suis parti au Kenya, j’ai participé à une compétition aux Etats-Unis, j’en ai profité pour visiter des universités. Ensuite j’ai décroché ma qualification pour les championnats d’Europe espoirs sur 10 000 m, j’ai validé mon TOEFL, mes cours et tout était bon pour que je sois pris en université américaine. Ce fut une année très difficile mais déterminante.

 

Lepape-info : Une fois arrivé à Portland, comment s’est passé votre adaptation ? 

C.L : Les premières semaines furent compliquées parce que mon anglais n’était pas encore totalement « fluent » et entendre toute la journée de l’anglais ce n’était pas évident. À la fin de la journée, j’étais assez fatigué de traduire dans ma tête tout ce que j’entendais. En plus l’entraînement était plus important en terme de volume, moins qualitatif mais plus quantitatif. Quand je suis arrivé à Portland, ma plus grosse sortie était de 20-22 km et ici vous faites 29 km tous les dimanches. Après 2-3 mois, j’ai pu m’adapter. En France je faisais maximum 110 km par semaine en préparation 10 000 m, là il a fallu que je monte assez vite à 150 km.

 

Lepape-info : Au niveau de l’installation, du logement tout était bien ?  

C.L : Les entraîneurs préparent cela pour nous à l’avance. Soit on choisit des dortoirs étudiants et on a de l’argent sur notre carte étudiant pour manger. Soit nous sommes dans une maison et on a de l’argent sur notre compte pour acheter à manger. La première année j’étais en dortoir mais j’aimais pas trop ce que l’on mangeait, je préfère faire mes courses et acheter bio. Du coup j’ai demandé cette année à être dans une maison pour faire mes propres courses.

 

Lepape-info : Cette vie d’universitaire à Portland est un vrai dépaysement

C.L : Oui j’ai découvert une nouvelle méthode d’entraînement, une nouvelle culture, il y’a des étudiants de différentes nationalités venus d’Europe, Australie, Mexique etc… c’est vraiment bien. Mon université est prestigieuse au niveau national mais petite en taille (4000 étudiants dont 500 sportifs avec 70 athlètes demi-fond (40 garçons et 30 filles)). Les garçons s’entrainent avec un coach et les filles à part avec un autre coach. Tout est plus grand avec plus d’infrastructures car il y’a plus de moyens financiers. Au niveau des compétitions le niveau est plus relevé, c’est une expérience à vivre.

 

Lepape-info : La méthode américaine est différente avec plus de volume   

C.L : Au lieu de 3 séances en France, nous avons droit ici à 2 séances d’entraînement le mardi et le vendredi et une sortie longue le dimanche. Les séances sont plus volumineuses en général avec des séries de 10 x 1000 assez banal ici alors qu’en France ce sont de grosses séances. On a aussi de gros tempos assez longs de 10 à 16 km avec un petit fractionné après. Ajoutez à cela 2 séances de musculation par semaine. Le footing entre les séances est d’environ 1h10. Vu que je suis étudiant en Master je n’ai que 9 heures de cours par semaine (3 x 3 heures le soir) avec pas mal de préparation en amont du cours mais j’ai le temps de tout gérer.

 

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Lepape-info : Vous vous entraînez tous les jours ? 

C.L : Lundi je fais 2 entraînements plus la musculation, mardi la séance et un footing, mercredi un footing et une musculation, jeudi un footing et je double 40′, vendredi la séance et je double 40′, samedi juste un footing et dimanche la sortie longue entre 25 et 27 km pour moi je fais moins long que les autres en général.

 

Lepape-info : Vous sentez que vous avez progressé ? 

C.L :  Oui j’ai pas mal progressé notamment sur le foncier. J’accumule plus facilement les kilomètres, je suis plus à l’aise sur des allures plus rapides. Quand je suis arrivé ici mon record sur 10 000 m était de 29’27 et maintenant je suis à 29’12 sans être pleinement satisfait. Je pense qu’avec une bonne course je peux courir plus vite. La saison sur piste a commencé le 2 avril avec un 10 000 m. Toutes les semaines on a une compétition et le but était de se qualifier pour les championnats régionaux, il faut terminer dans les 48 premiers. Les autres années avec le chrono de 29’12 cela passait, 29’28 environ suffisait. Le dernier week-end de sélection beaucoup de gens ont couru et au final j’ai terminé 49ème et donc 1er non pris !! Preuve que le niveau s’est densifié et puis la technologie des chaussures aide aussi à baisser les chronos. Les Dragonfly plutôt agressives sur la piste aident à aller plus vite et à récupérer avec moins de chocs au niveau des mollets. Mais je pense que les Next% sont encore plus performantes, vous pouvez mettre plus de fréquence, je le vois lors de séances avec répétition de séries (24×400).

 

Lepape-info : Comment vos études sont-elles prises en charge ? Avec un système de bourse ? 

C.L : Lorsque vous signez avec une université, les entraîneurs te disent s’ils te prennent à 100% ou à 50 % en fonction de l’argent qu’ils ont à disposition pour chaque athlète. Moi ils m’ont pris à 100%, ils payent les études, les livres qui coûtent assez cher et la nourriture. Ils nous donnent un montant semestriel pour payer la nourriture, l’électricité et le gaz.

 

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Lepape-info : Vous comptez rester jusqu’à quand à Portland ?  

C.L : Je vais rester un an de plus car l’an passé je suis revenu et resté 10 mois en France (mars 2020 à janvier 2021) à cause du coronavirus et du coup j’ai le droit à un an de plus de bourse. Je vais pouvoir finir mon Master et faire mon stage ici. Mon retour en France m’a fait bizarre, j’avais l’impression d’être revenu pour de bon en France avec mes amis, ma famille. Je n’avais plus l’impression d’être un étudiant américain et je me suis rendu compte que l’entraînement à Portland était plus adapté car ici je ne pense qu’à cela, je sens que je progresse, j’enchaîne les kilomètres et je m’entraîne mieux qu’en France pendant les 10 mois où en plus la période était compliquée avec le confinement / déconfinement.

 

Clément Leduc : « Par exemple pour « faire du jus » comme l’on dit avant les compétitions nous on va se reposer un peu, on va faire une semaine light, les Américains eux ils vont faire une semaine avec un bon volume. »

 

Lepape-info : Que diriez-vous aux étudiant(e)s qui hésitent à franchir le pas pour les convaincre d’aller comme vous aux États-Unis ?  

C.L : Avant qu’ils ou elles prennent leur décision, je leur conseille d’améliorer, perfectionner leur anglais le plus tôt possible cela les aidera à trouver de meilleures universités. Il faut aussi qu’ils ou elles optimisent leur compétences, capacités sur le plan sportif et scolaire pour ensuite chercher la bonne université, celle qui leur conviendra le mieux en fonction des places disponibles et qui a de bons retours sur les entraîneurs. Ils et elles pourront mieux s’entraîner, avoir des cours de bonne qualité et plus simples, c’est plus facile d’avoir de bonnes notes aux États-Unis. Ils et elles vont progresser au niveau de l’anglais tout en vivant une super expérience, ils vont voyager à travers le pays pour les compétitions, ils vont rencontrer des gens d’autres pays et ce sera bénéfique à tout point de vue. Il n’y a que du positif après cela peut être difficile d’être loin de sa famille, de ses amis pendant cette période mais cela ne dure que un ou deux ans.

 

Lepape-info : Lors du 1er semestre en commun avec Emmanuel Roudolff-Lévisse vous avez pu échanger ?  

C.L : Oui on s’est entraîné ensemble, on a plus ou moins le même ressenti par rapport aux méthodes d’entraînement et notamment en France. Par exemple pour « faire du jus » comme l’on dit avant les compétitions nous on va se reposer un peu, on va faire une semaine light, les Américains eux ils vont faire une semaine avec un bon volume. Emmanuel et moi allons avoir la même approche par rapport à la musculation avec la méthode Française, on a le même ressenti par rapport à ce que nous avons appris en France avant de venir aux États-Unis. Nous on calcule un peu plus alors que les Américains auront tendance à aller un peu plus dans le dur. Au niveau de la culture, du mode de vie, l’alimentation aussi nous avons la même approche.

 

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Lepape-info : Vu d’Europe, les performances des athlètes universitaires Américains sont très impressionnantes surtout si tôt dans la saison, qu’en pensez-vous vous qui vivez là-bas ?  

C.L : Je me dis que d’un côté ce n’est pas choquant étant donné le nombre d’athlètes qui existe, ils s’entraînent tous énormément et du coup ceux qui sortent du lot sont très très bons. C’est normal que le niveau soit super relevé mais c’est vrai que la densité est incroyable, ils travaillent tous à fond en récupérant beaucoup. Par contre il y’a des chronos comme cet hiver avec 3’50 – 3’51 sur le mile qui m’impressionnent !  Pareil un 1ère année sur 10 000 m vient de réaliser 27’46… Même pour nous ici certaines performances nous impressionnent. Sinon comment expliquer cette densité ? Certains essayent de passer pro sur le foot US ou le basket et n’y arrivent pas et du coup ils se consacrent à l’athlétisme pour avoir une bourse et continuer à étudier gratuitement. En France la vision n’est pas la même, faire de l’athlétisme par exemple est plutôt vu comme un frein aux études, c’est plus dur de tout concilier alors qu’aux États-Unis c’est un moyen d’avoir une bourse.         

 

Clément Leduc : « Ce serait un rêve d’être sur marathon aux Jeux olympiques de Paris et je vais essayer de mettre toutes mes chances de mon côté pour le réaliser. C’est la raison pour laquelle je vais courir les prochaines années. »

 

Lepape-info : Cette expérience américaine vous a beaucoup fait mûrir ? 

C.L : Elle m’a beaucoup appris sur la culture aux États-Unis, elle m’a permis d’avoir des échanges très  intéressants avec les étudiants d’autres nationalités. J’ai testé de nouvelles méthodes d’entraînement, j’ai amélioré mon anglais un vrai plus pour moi, j’ai progressé sportivement parlant même si je reste encore un peu déçu de mes performances et j’ai beaucoup appris au niveau scolaire avec des cours de très bonne qualité.

 

Lepape-info : Comment vous sentez-vous aux États-Unis ? 

C.L : Mes proches en France me manquent mais je me sens super bien parce qu’au niveau de l’athlétisme  j’ai l’impression d’être continuellement en stage d’entraînement. M’entraîner, récupérer et faire des siestes j’adore cela. Je peux accumuler les kilomètres en récupérant bien, l’athlétisme aux États-Unis c’est mon équilibre, je sens que je progresse et cela me plaît énormément. Pendant mes moments de récupération j’étudie mes cours et j’apprécie.

 

Lepape-info : Vous avez eu l’occasion de voyager aux États-Unis? 

C.L : Je suis allé dans le Wisconsin et à Los Angeles pour des compétitions mais je n’ai pas vu grand chose. L’an prochain après les compétitions et avant de rentrer en France je vais visiter. J’ai l’intention de voir le Grand Canyon, le parc de Yellowstone et ensuite je reviendrai en France, objectif travailler et trouver le meilleur moyen de combiner vie professionnelle et sportive parce que je n’ai pas envie de laisser tomber l’athlétisme avec dans l’idée de monter sur semi et marathon. Je suis un coureur de longue distance, je n’ai pas beaucoup de vitesse, tous les kilomètres accumulés ici me serviront plus tard sur la route.

 

Lepape-info : Les Jeux olympiques de Paris 2024, vous y pensez ?

C.L : Je pense que je peux monter assez vite sur marathon, mon but est de faire les minima même si je sais que la densité Française sur marathon est importante et que cela sera compliqué d’être dans le TOP 3. En tout cas je pense que je peux faire un bon chrono sur marathon. Ce serait un rêve d’être sur marathon aux Jeux olympiques de Paris et je vais essayer de mettre toutes mes chances de mon côté pour le réaliser. C’est la raison pour laquelle je vais courir les prochaines années.

 

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