Alice Finot : « Ma sélection en équipe de France, j’ai envie d’en profiter au maximum ! »

Début ce jeudi des Championnats d'Europe en salle d'athlétisme à Toruń (Pologne). Coté Français, le demi-fond sera notamment à l'honneur.
Alice Finot (Bordeaux Athlé) qui vient de fêter ses 30 ans va honorer sa 1ère sélection en équipe de France A.
La championne de France en salle du 3 000 m a réussi à trouver le bon équilibre entre sa carrière d'athlète et sa vie professionnelle. Entretien.

ALICE FINOT

Lepape-info : Alice, que retenez-vous de votre titre de championne de France en salle du 3 000 m ? 

Alice Finot : J’en suis très fière, je partais avantagée par rapport à mes résultats de cette année. Mais lors d’un championnat ce n’est pas comme lors d’un meeting, je savais qu’il y’avait des filles qui avaient aussi de bonnes pointes de vitesse et qui savaient courir au niveau tactique. Je ne comptais pas tirer la course malgré mes chronos de la saison.

 

J’en retiens une très bonne leçon parce que cela a été très formateur en vue des Championnats d’Europe où cela devrait plutôt se courir de manière tactique, généralement cela ne part pas au train et il faut avoir un bon finish. Lors des Championnats de France, j’ai pu tester ma pointe de vitesse, ce titre n’était pas gagné d’avance et la course a été riche en enseignements en vue des grands rendez-vous à venir cette année.

 

Lepape-info : Ce titre en salle s’inscrit-il dans la continuité de votre sacre national à Albi en septembre dernier sur 3 000 m steeple ?    

A.F : Cela reste deux victoires sur des distances qui bien sûr se valent. Certaines ou certains athlètes préfèrent faire du 1 500 m l’hiver pour travailler leur vitesse en vue de l’été, moi j’ai fait le choix de me concentrer sur du 3 000 m. On sait que sur un 3 000 m plat on peut rajouter entre 25 et 30 secondes pour savoir ce que l’on ferait sur 3 000 m steeple donc pour moi c’est une bonne référence pour cet été. En gardant mon meilleur chrono de l’hiver en 8’53 (à Liévin) on peut s’imaginer que je pourrai courir entre 9’20 et 9’25 cet été sur 3 000 m steeple si je garde la même forme et que ma préparation se passe bien. Donc c’est plutôt encourageant en vue des Jeux Olympiques de Tokyo puisque le niveau de performance requis est à 9’30. L’an passé, j’avais couru en 9’45 mais je n’ai pas eu de course où j’ai pu m’exprimer correctement. Cet hiver m’a rassuré sur le fait que je me rapproche des chronos qualificatifs pour les JO sur 3000 m steeple.

 

Lepape-info : Quel est votre objectif lors des Championnats d’Europe en salle à Toruń ? 

A.F : Je vise une place en finale. Je suis sur la fin d’une grosse saison hivernale avec 5 compétitions à la suite , c’est une bonne expérience d’une certaine continuité sur toute une saison, j’espère être toujours dans la même forme. Toutes les courses de cet hiver m’ont donné entière satisfaction donc j’y vais avec beaucoup de confiance en moi. Je suis la 9e meilleure performeuse européenne de l’hiver (NDLR : et aussi la 5ème meilleure performeuse française de tous les temps sur la distance). Il y’a la Néerlandaise Sifan Hassan (double championne du monde 1500 m / 10 000 m à Doha en 2019) qui est à part mais je pense que les autres peuvent toutes se battre pour les 2 autres places sur le podium, je ne l’écarte pas.

 

Lepape-info : C’est un moment important à 6 mois des Jeux Olympiques  

A.F : Nous avons eu une année dernière compliquée avec la pandémie, c’est le premier grand championnat depuis un an. En 2020, je m’étais qualifiée pour les Mondiaux de semi-marathon prévus initialement en mars mais reportés en octobre. J’avais finalement fait le choix de ne pas y participer préférant partir en stage avec l’équipe de France de demi-fond pendant 3 semaines à Font-Romeu parce que je savais que ce serait une expérience qui m’apporterait énormément pour l’athlète que je voulais devenir en 2021. Ce fut dur de renoncer à ma première sélection en équipe de France de semi-marathon. Après ce n’était pas mon grand objectif car j’avais dans l’idée de briller cette année en salle sur 3000 m et en plein air sur 3000 m steeple l’été prochain.

 

Lepape-info : Que vous a apporté ce stage ?  

A.F : Il n’y a pas eu de grosse compétition tout de suite après, je n’ai pas pu me tester face à d’autres athlètes. Je ne sais pas ce que ce stage m’a apporté réellement au niveau performance sur les mois de novembre et décembre qui ont suivi. Ce fut une super expérience avec les membres de la Fédération Française et les athlètes présents (du 800 m au 5 000 m). Cela nous a permis de nous tirer vers le haut, de travailler ensemble pendant 3 semaines entre athlètes de même niveau. Nous sommes tous et toutes un peu esseulés dans notre préparation en fonction de là où l’on vit. Ce fut très enrichissant et bénéfique dans ma préparation parce que cela a permis de créer des liens. Nous sommes restés en contact après, c’est une expérience que j’ai hâte de renouveler.

 

Alice Finot : « Il faut savoir où sont les priorités, l’athlétisme demande beaucoup d’investissement. Je sais où je mets mon énergie. Mon travail d’ingénieure est aussi très important mais quand j’ai des priorités sportives j’en parle avec mes responsables et on arrive à trouver un compromis. » 

 

Lepape-info : Une bonne expérience comme votre vie que vous partagez entre votre carrière d’athlète et votre activité professionnelle  

A.F : Je vis en Espagne précisément à Vigo, je suis ingénieure commerciale dans le secteur automobile pour le CTAG (Centre Technologique de l’Automobile de Galice), prestataire pour PSA, depuis 2015. Au début, je travaillais à temps plein entre 8 et 10 heures par jour mais c’était compliqué de gérer l’enchaînement avec les entraînements. En 2019, j’ai réduit mon temps de travail à 60% afin de concilier mon activité, mes séances et surtout mes temps de repos que je négligeais jusque-là. J’ai réussi à trouver un équilibre.

 

Lepape-info : Comment êtes-vous arrivée à trouver ce bon équilibre ?  

A.F : Il faut savoir où sont les priorités, l’athlétisme demande beaucoup d’investissement. Je sais où je mets mon énergie. Mon travail d’ingénieure est aussi très important mais quand j’ai des priorités sportives j’en parle avec mes responsables et on arrive à trouver un compromis. J’ai une stabilité, je ne me déplace pas pour mon travail comme cela pourrait être le cas si j’étais étudiante et que j’avais des stages dans le cadre de mes études. J’ai repris l’athlétisme en 2015 après une pause de 5 ans due justement à mes études.       

 

Alice Finot : « Je ne laisse pas les émotions en général prendre le dessus, c’est très réfléchi à l’avance. Après chaque course il y’a beaucoup d’émotion mais pas avant. Je suis compétitrice, j’aime me surprendre moi-même, je suis curieuse de savoir jusqu’où je suis capable d’aller. La médaille est importante mais mon objectif principal c’est de faire toujours mieux. »

 

Lepape-info : En 2015, vous aviez 24 ans, qu’est-ce qui vous a poussé à reprendre l’athlétisme ?  

A.F : J’ai toujours fait beaucoup de sport lorsque j’étais adolescente j’ai touché à tout. J’avais de bons résultats en athlétisme sans vraiment beaucoup m’entraîner, sans m’impliquer comme je le fais aujourd’hui. On m’avait souvent dit que j’avais des qualités mais elles n’avaient jamais été exploitées. En 2015, je me suis lancée un pari en faisant un semi-marathon lors d’un échange que je faisais à Taïwan dans le cadre de mes études. Avec mes amis sur place on a participé à la course et j’ai gagné dans ma catégorie en 1h41 alors que l’année dernière je valais 1h13. Ce n’est pas la même chose lorsque l’on s’applique (rires). Cela m’a motivé, j’ai repris dans un club à mon retour en France puis après en Espagne. J’ai fait des courses sur route c’est ce qui me plaisait le plus au début et puis finalement j’avais des qualités de vitesse, j’aimais bien la piste. De saison en saison, mon niveau s’est amélioré jusqu’à se rendre compte  qu’il y’avait quelque chose à faire. J’ai fait des concessions, en devenant de plus en plus sérieuse et en actionnant de nouveaux leviers, j’ai vu que je progressais. On se prend au jeu et après on se dit où sont nos limites ? C’est super !  Ma sélection en équipe de France j’ai envie d’en profiter au maximum !

 

Lepape-info : Profiter au maximum en attendant et en espérant forcément être aux Jeux Olympiques l’été prochain ?  

A.F : Les Jeux Olympiques, j’y crois si je fais une bonne préparation. Ma crainte ce sont les blessures, le niveau de performance requis à 9’30 sur 3000 m steeple est totalement atteignable. Il va falloir prendre un peu de repos après la saison hivernale et repartir de plus belle pour l’été.    

 

Lepape-info : Vous avez 30 ans, c’est une vraie force pour vous notamment sur le plan mental ? 

A.F : Je pense que j’ai une intelligence de course et plus de sang-froid que certaines de mes concurrentes, j’ai plus de recul face à certains évènements. À mon avis, mon âge est un atout, une force et cela me permet de mieux courir, plus intelligemment. Les ingénieur(e)s nous sommes formaté(e)s avec un esprit assez cartésien, rigoureux. Je l’applique dans mon quotidien tout est chronométré, organisé, je contrôle tout. Je ne laisse pas les émotions en général prendre le dessus, c’est très réfléchi à l’avance. Après chaque course il y’a beaucoup d’émotion mais pas avant. Je suis compétitrice, j’aime me surprendre moi-même, je suis curieuse de savoir jusqu’où je suis capable d’aller. La médaille est importante mais mon objectif principal c’est de faire toujours mieux.

 

Lepape-info : Actuellement, dans quel état d’esprit vous sentez-vous dans votre vie quotidienne ?   

A.F : Je suis en phase avec moi-même et avec mes envies, je me sens équilibrée entre le sport et mon travail. Cela fait de moi une personne qui sait où elle va, avec de bons piliers, des certitudes aussi.

 

 

Championnats d’Europe en salle d’athlétisme à Toruń (Pologne) du 4 au 7 mars 

Séries du 3 000 m dames le jeudi 4 mars à partir de 19h30

Finale du 3 000 m dames le vendredi 5 mars à 21h

 

 

2 réaction à cet article

  1. Ayant eu le plaisir de faire partie des professeurs d’Alice quand elle était élève ingénieur, j’atteste que déjà elle était sidérante et extraordinaire ; mais il s’agissait de ses études et de son comportement ; ce comportement l’amène aujourd’hui à ces exploits. Je ne me souviens pas d’une jeune fille vantarde et je trouve son activité actuelle tout à fait remarquable et exemplaire.

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