Pierre Le Corre : « Je crois beaucoup aux « courses déclic » dans une carrière, mon titre mondial en relais mixte à Montréal en est une. »

Cette saison Pierre Le Corre est irrésistible. Déjà champion du monde de triathlon avec le relais mixte Français à Montréal en juin, vainqueur de l'Ironman 70.3 Les Sables-d'Olonne Vendée et de la Yotta XP en juillet, son mois d'août fut extraordinaire.
Le triathlète Français âgé de 32 ans est devenu vice-champion d'Europe sur le format olympique à Munich (Allemagne) avant d'enchaîner une semaine après avec le titre de champion du monde de triathlon longue distance à Samorin (Slovaquie).
Impressionnant, Pierre Le Corre veut profiter de la fin de son incroyable saison avec encore de belles échéances à venir. Entretien.

Pierre Le Corre champion du monde de triathlon longue distance - Crédit photo : © Activ'images / FFTRI
Pierre Le Corre champion du monde de triathlon longue distance - Crédit photo : © Activ'images / FFTRI

Lepape-info : Pierre, quel enchaînement en une semaine de Munich à Samorin !

Pierre Le Corre : C’est peut-être la meilleure saison de ma carrière en terme de constance, de régularité dans les performances. C’est un bel été, sachant que j’étais déjà en forme en début de saison. J’ai réussi à monter mon niveau d’un cran en faisant une bonne préparation à Font-Romeu et avec le plein de confiance des premiers résultats à Montréal, aux Sables d’Olonne ou sur la Yotta XP à Vichy.

 

 

Lepape-info : Commencons par votre superbe médaille d’argent à Munich de champion d’Europe en format olympique, vous faites partie de l’historique triplé Français (Léo Bergère en or et Dorian Coninx en bronze)  

P.L.C : Pour nous trois c’était incroyable, j’avais déjà gagné le titre européen en individuel il y a 4 ans sur le même format mais ce n’était pas pareil. À Munich d’avoir 3 Français sur le podium c’est énorme, on en a vraiment profité. L’impact fut extraordinaire, le nombre de message que nous avons reçus, le nombre de gens qui nous ont suivi pendant la course c’était fou, on s’est régalé.

 

Pierre Le Corre : « À Munich, sur la boucle de course à pied qui faisait 2,5 km il n’y avait que 200 m où j’arrivais à m’entendre respirer tellement il y avait d’ambiance, cela me choquait parce que je n’arrivais pas à savoir si j’allais vite, si j’étais en sur-régime, je perdais toute notion d’effort. »

 

Lepape-info : Même si c’était une course individuelle, vous aviez une stratégie de course que vous avez parfaitement appliqué 

P.L.C : On a tous les mêmes points forts que ce soit Léo, Dorian ou moi. Nous sommes de bons nageurs mais à vélo on n’arrive pas à faire beaucoup de différence par rapport aux autres. Là cette fois nous avons crée une échappée en essayant de durcir la course, en maintenant certains adversaires à distance. Ensuite on a pu courir à un très haut niveau c’était parfait, on espère pouvoir réaliser cet exploit à nouveau pas précisément en refaisant un triplé mais d’un point de dynamique de course. Le triplé je n’y pensais pas, au départ nous étions chacun focalisé sur sa performance. Le triplé s’est construit au fur et à mesure. À un moment nous n’étions plus que 5, puis 4. Lorsqu’il ne restait plus que le Hongrois Csongor Lehmann avec nous on s’est dit qu’on jouait le podium, nous étions 4 devant dont 3 Français. À l’arrivée quand je termine 2ème derrière Léo, j’espère juste que Dorian derrière termine 3ème et c’est ce qui s’est passé, c’était incroyable.

 

Lepape-info : Quelle image retenez-vous de votre course aux championnats d’Europe à Munich ? 

P.L.C : La foule, l’euphorie qu’il y avait sur cette course. C’est rare d’avoir cette densité de spectateurs au bord de la route sur les épreuves que l’on dispute. C’était déjà arrivé à Lausanne, Hambourg il y a quelques années. À Munich, sur la boucle de course à pied qui faisait 2,5 km il n’y avait que 200 m où j’arrivais à m’entendre respirer tellement il y avait d’ambiance, cela me choquait parce que je n’arrivais pas à savoir si j’allais vite, si j’étais en sur-régime, je perdais toute notion d’effort. Avec la médiatisation, les spectateurs il y avait vraiment du monde derrière nous. Les Allemand sont férus de sport ce n’est pas une surprise.

 

Lepape-info : Ensuite vous avez enchainé seulement une semaine plus tard avec le titre mondial en longue distance en Slovaquie

P.L.C : C’était assez difficile parce qu’il a fallu récupérer de Munich, de l’euphorie qui était retombée. Il fallait rester concentré, digérer les 2 voyages (retour à Montpellier et déplacement en Slovaquie), je suis resté focalisé sur mon objectif de faire au moins un podium. Mon plan était de partir fort en natation, je me suis échappé avec le Sud-Africain Jamie Riddle qui est jeune et qui fait aussi du courte distance et très bon nageur. On s’est relayé tous les deux en faisant des relais de 500 m environ à chaque fois. Ensuite à vélo j’ai fait 15 km tout seul, je me suis fait reprendre par l’Allemand Frédéric Funk, un autre Allemand Florian Angert est parti devant. Je me suis accroché mais je savais que le parcours très plat, très rapide ne me convenait pas par rapport aux Allemands plus « aéro », plus posés, en position contre la montre. Je savais qu’il fallait que je ne sois pas plus à 3 minutes derrière au moment de la dernière transition pour espérer revenir et jouer la gagne. Finalement j’entame la course à pied avec moins d’une minute de retard, en 4 km je reviens sur le leader ensuite c’était plus de la gestion, de maintenir mon avance pour au bout du compte l’emporter. Les Allemands sont de gros rouleurs à vélo sur circuit mais pas considérés comme de très bons coureurs, ma stratégie était de limiter mon retard sur la partie cyclisme.

 

Le Corre 32
Pierre Le Corre sur la plus haute marche du podium des championnats du monde longue distance – Crédit photo : © Activ’images / FFTRI

 

Pierre Le Corre : « J’ai décidé d’arrêter ma collaboration avec Brett Sutton en début d’année, j’ai gardé sa méthode qui est incroyable mais en l’adaptant à moi en étant plus dans mon ressenti, je suis plus mesuré. Sa méthode consiste en beaucoup d’intensité, des séances très dures, répétitives et régulières dans la semaine. Moi je suis plus dans les sensations, si je me sens fatigué je lève le pied, je ne vais pas aller au bout de moi-même comme j’ai pu le faire avec lui. »

 

Lepape-info : La distance longue vous convient mieux que le format olympique ?  

P.L.C : Je suis bon sur des courses de résistance musculaire, des courses au train. Même sur distance olympique je suis meilleur qu’en sprint. Dès que cela devient un peu dur, usant beaucoup ont tendance à s’effondrer alors que moi c’est là où je peux généralement faire la différence. Sur un format un peu plus long c’est exactement ce qu’il se passe.

 

Lepape-info : Votre saison est parfaite, comment l’expliquez-vous ? 

P.L.C : J’ai changé ma méthode de préparation, je me suis entraîné avec Brett Sutton pendant un an et demi. C’était très très dur, je me suis même fait une fracture de fatigue. J’ai décidé d’arrêter ma collaboration avec Brett Sutton en début d’année, j’ai gardé sa méthode qui est incroyable mais en l’adaptant à moi en étant plus dans mon ressenti, je suis plus mesuré. Sa méthode consiste en beaucoup d’intensité, des séances très dures, répétitives et régulières dans la semaine. Moi je suis plus dans les sensations, si je me sens fatigué je lève le pied, je ne vais pas aller au bout de moi-même comme j’ai pu le faire avec lui, je n’arrivais pas à souffler. Il y a eu aussi le déclic de Montréal où j’ai pu faire le relais mixte avec le titre de champion du monde, c’était ma première avec ce relais. Beaucoup de Français avaient déjà eu un titre avec le relais mixte souvent sacré mais moi on ne m’avait jamais donné l’opportunité d’en faire partie et je pensais ne jamais avoir de titre avec le relais dans ma carrière. Le fait d’avoir enfin ma chance avec le relais et de gagner cela m’a libéré, j’étais soulagé et heureux. Je crois beaucoup aux « courses déclic » dans une carrière,  mon titre mondial en relais mixte à Montréal en est une. Depuis cette course je peux faire ce que je veux sans trop me poser de questions, je peux être plus offensif parce que j’ai réussi ma saison et je n’ai plus rien à perdre.

 

Pierre Le Corre : « Le mot d’ordre pour la fin de saison est de continuer sur cette lancée, de prendre du plaisir, j’ai envie de confirmer, de voir sans me mettre de pression, je n’ai plus rien à montrer cette saison. Prendre du plaisir et être libéré me permettra d’être performant. »

 

Lepape-info : Quels enseignements tirez-vous de cette saison pas encore terminée ?  

P.L.C : Je retiens qu’il faut être bien dans sa tête, être heureux dans ce que l’on fait. C’est l’approche que j’essaye d’avoir. Avant je ne me laissais pas le choix, j’étais à 100% concentré sur ce que je faisais. Maintenant je me laisse 5% de marge par exemple si je n’ai pas envie de m’entraîner je vais m’adapter plus facilement. Ces 5% représentent une grande bouffée d’air pour moi et cela change tout. J’ai moins de pression à l’entraînement, je suis plus libéré.

 

Lepape-info : Quels sont vos prochains objectifs ? 

P.L.C : J’ai les étapes du Grand Prix de Triathlon de D1 avec mon club à Quiberon et la finale à Saint-Jean-de-Monts. Quiberon ce sera en Bretagne avec la famille et Saint-Jean-de-Monts ce sera aussi un retour aux sources avec le club des Sables d’Olonne pas loin. Début octobre je retrouve le circuit mondial WTCS avec l’étape de Cagliari, j’aimerai bien être absent de l’étape des Bermudes pour faire les Championnats du monde d’IRONMAN 70.3 à St George (Etats-Unis) le 29 octobre et après la grande finale WTCS à Abu Dhabi.

 

Lepape-info : Vous allez pouvoir tenir jusqu’à la fin de la saison à ce rythme ? 

P.L.C : Généralement je suis très constant pour ce qui est de mes performances mais jusqu’à présent c’était à un niveau inférieur. Avant j’étais toujours bien placé sur les WTCS mais pas suffisamment pour que l’on parle de vous. Sur les longues distances je suis plus mis en valeur parce que je gagne les courses et sur les plus courtes je reste régulier. Je pense que je peux tenir la cadence car sur des rendez-vous comme Munich et Samorin je visais un niveau plancher mais ce n’était pas un pic de forme, c’était plus un plateau de forme. Le mot d’ordre pour la fin de saison est de continuer sur cette lancée, de prendre du plaisir, j’ai envie de confirmer, de voir sans me mettre de pression, je n’ai plus rien à montrer cette saison. Prendre du plaisir et être libéré me permettra d’être performant.

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