Nicolas Navarro : « Je n’avais jamais pris autant de risques sur un marathon en partant vite et en touchant mes limites. »

Le marathon de Séville (Espagne) fut ce dimanche propice aux bons chronos pour les Français. Benjamin Choquert, Duncan Perrillat et Mélody Julien ont amélioré leurs records respectifs.
Idem pour Hassan Chahdi et Nicolas Navarro respectivement 11e et 13e en 2h08'19'' et 2h08'30'' qui ont réalisé au passage les minima pour les Championnats du monde d'Eugene (Etats-Unis) prévus au mois de juillet.
Nicolas Navarro devenu 6ème meilleur marathonien Français de tous les temps se confie sur son premier chrono sous les 2h09. Entretien.

Nicolas Navarro 13ème du marathon de Séville en 2h08'30
Nicolas Navarro 13ème du marathon de Séville en 2h08'30

Lepape-info : Nicolas, racontez-nous votre marathon à Séville   

Nicolas Navarro : Je suis parti avec Hassan Chahdi, on était dans le « groupe 2 » où l’Espagnol Ayad Lamdassem a établi un nouveau record d’Espagne, il y avait un lièvre qui devait nous emmener jusqu’au 30ème kilomètre sur des bases de 3’00 au kilomètre donc du coup exactement sur les bases du record de France. Ce fut plutôt régulier malgré un départ peu un peu rapide, au début on était vraiment collé au groupe de tête. Cela s’est calmé vers le 10ème kilomètre, on a réussi à prendre notre rythme.

 

J’avais vraiment des super sensations au semi j’étais super frais puis à partir du 30ème j’ai commencé à avoir les jambes et au 32ème j’ai eu deux barres dans les quadriceps, les 10 derniers kilomètres ont été très très durs.

 

Nicolas Navarro : « Avec une préparation complète j’ai hâte de voir ce que cela peut donner sur le prochain marathon qui sera celui de Munich (Allemagne) lors des championnats d’Europe au mois d’août. »

 

Lepape-info : Au semi vous passez avec Hassan sur les bases du record de France, c’était prévu ?  

N.N : Je ne pensais pas forcément au record de France mais vu les sensations j’étais en confiance pour un très gros chrono. Au final je bats mon record, je suis forcement content. C’était prévu j’avais vu que le groupe de derrière (groupe 3) avec son lièvre partait sur des bases de 1h04’45 au semi donc j’ai compris que je me retrouverai dans le groupe 2 vu le chrono que je visais. Au lieu de passer en 1h03’15 au semi, 1h03’30 m’aurait parfaitement convenu mais bon il faut savoir s’adapter aux conditions de course.

 

Lepape-info : Qu’est ce qui vous passe dans la tête lorsque vous sentez les douleurs aux quadriceps au 32ème kilomètre ? Vous avez peur que tout s’écroule ? 

N.N : Lorsque je suis lâché par le groupe et que je n’arrive plus à suivre le rythme, je me suis dit que cela allait être compliqué de terminer, je me suis posé la question si j’allais pouvoir finir. J’ai terminé comme j’ai pu j’ai trouvé un rythme pas trop lent non plus. Hassan qui avait cédé 2 kilomètres avant moi m’a repris au 38ème, cela m’a bien aidé, il a mieux géré sa fin de course, au 40ème il a repris les devants, on était à la limite de la rupture, je n’arrivais plus à le suivre mais j’ai pu arriver.

 

Lepape-info : Quels enseignements retenez-vous de ce marathon ? 

N.N : Je ne retiens que du positif parce que je n’avais jamais pris autant de risques sur un marathon en partant vite et en touchant mes limites. Vu la préparation assez courte que j’ai pu faire, pas vraiment complète en n’ayant commencé que début janvier, je n’en tire que du positif. Ma blessure m’avait contraint à renoncer au marathon de Valence (Espagne) en décembre dernier, j’ai repris après les fêtes, je suis parti au Kenya pendant 4 semaines pour relancer tout cela. Avec une préparation complète j’ai hâte de voir ce que cela peut donner sur le prochain marathon qui sera celui de Munich (Allemagne) lors des championnats d’Europe au mois d’août.

 

Lepape-info : L’objectif est donc ce marathon de Munich et du coup comme l’on pouvait s’en douter pas de participation aux Mondiaux d’Eugene aux Etats-Unis en juillet 

N.N : Au départ du marathon de Séville je ne pensais même pas à Eugene, quoi qu’il arrive on s’était dit avec mon entraîneur que l’on allait privilégier le marathon des championnats d’Europe. On a plus à jouer individuellement et surtout collectivement avec une grosse équipe de France et une belle densité on l’a encore montré à Séville.

 

Nicolas Navarro : « Il y a un groupe de plus en plus homogène qui se forme. On voit que lorsqu’il y a des confrontations directes comme ce fut le cas à Séville cela nous pousse à améliorer nos chronos, cela s’était déjà produit ainsi à Valence en 2020 et 2019. C’est une concurrence saine qui nous pousse vers le haut. »

 

Lepape-info : Quel est le programme d’ici le mois d’août ?  

N.N : Place cette semaine déjà à un peu de récupération. Lundi prochain je repars au Kenya pour 3 semaines je vais y aller avec ma copine qui court aussi et qui ne connait pas le Kenya. Je vais pouvoir y refaire du foncier, j’aimerai bien faire un semi rapide au début du mois de mai en France ou en Europe pour travailler la vitesse et améliorer mon record. Ensuite ce sera la préparation marathon.

 

Lepape-info : Vous êtes déjà beaucoup de Français à avoir réalisé les minima pour le championnat d’Europe à Munich 

N.N : Oui en plus de moi, il y’a Hassan Chahdi, Yohan Durand, Benjamin Choquert, Emmanuel Levisse, Florian Carvalho, Duncan Perrillat. Nous sommes 7 à avoir couru récemment en moins de 2h14’30. Il n’y aura que 6 places de disponibles (3 + 3 avec le classement de la Coupe d’Europe par équipes) sachant que j’étais prioritaire après ma 12ème place aux Jeux olympiques de Tokyo (Japon).     

 

Lepape-info : Quel regard portez-vous sur cette densité sur marathon en France chez les messieurs qui fait que tout le monde ne pourra pas aller à Munich ?   

N.N : C’est un vrai qu’il y a un groupe de plus en plus homogène qui se forme. On voit que lorsqu’il y a des confrontations directes comme ce fut le cas à Séville cela nous pousse à améliorer nos chronos cela s’était déjà produit ainsi à Valence en 2020 et 2019. C’est une concurrence saine qui nous pousse vers le haut c’est bien. C’est plus complique chez les filles mais avec Mélody Julien qui a amélioré son record près des 2h30 à Séville alors qu’elle est très jeune (22 ans) et qu’elle se lance sur marathon j’espère que cela va donner des idées à d’autres Françaises pour qu’elles passent sur marathon e que l’on ait 2 équipes hommes et femmes pour les Jeux de Paris en 2024.     

 

Lepape-info : Votre 12ème place (1er Français) au marathon olympique à Tokyo vous a servi de déclic ? 

N.N : Oui cela m’a donné de la confiance, quand je vois que j’ai battu certains marathoniens qui ont déjà réalisé de gros chronos avec de beaux palmarès cela fait gagner en maturité, en expérience. Cela m’a un peu décomplexé, à Séville il n’y avait pas d’enjeu de minima ou de place en particulier c’était là où je pouvais prendre des risques, cela permet de voir ses limites pour la suite.

 

Lepape-info : Un rassemblement du collectif Français est prévu ? 

N.N : On vient de recevoir un mail pour nous informer d’un rassemblement d’une semaine à Saint-Jean-de-Monts (Vendée) à la fin du mois de mars, un stage est prévu à Font-Romeu (Pyrénées-Orientales) en mai sachant que la liste des sélectionnés sera connue le 10 avril après les marathons de Paris et Rotterdam.

 

Lepape-info : Une médaille individuelle à Munich, vous y pensez ?  

N.N : Oui même s’il y a énormément de densité au niveau Européen, on l’a vu encore à Séville avec le record d’Espagne établi par Ayad Lamdassem (5ème aux Jeux olympiques), il ne sort pas de nulle part, ce sera une course d’un jour, je ne me fixe pas de limite pour le jour J.

 

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