Tension artérielle élevée, faut il continuer à faire du sport ?

L'hypertension artérielle peut-elle se prévenir par la pratique sportive ou celle-ci risque-t-elle d'aggraver le phénomène? Comment s’entraîner et pratiquer une activité sportive en cas d'hypertension? Éléments de réponses avec Jacques Pruvost, médecin du sport et expert lepape-info.

tension artérielle

L’élévation de la tension artérielle au repos et à l’exercice est une maladie cardio-vasculaire très fréquente dont la survenue augmente avec l’âge. Les dangers de l’hypertension artérielle se situent au niveau du cœur, du cerveau et des reins. Ces organes souffrent en permanence des modifications entrainées par une atteinte des vaisseaux qui les irriguent. Dans ce contexte, quelle est la place des activités physiques et sportives chez les pratiquants et les personnes atteintes de maladies cardio-vasculaires ? Nous pouvons l’affirmer d’emblée, les activités sportives pratiquées de manière régulière, raisonnée et raisonnable sont incontournables dans la prévention et la prise en charge d’une hypertension artérielle élevée chez un sportif.

Hypertension artérielle de repos : définition

La définition de l’hypertension artérielle est la même chez le sédentaire et le sportif. La pression artérielle systolique (le chiffre que donnent en premier les médecins lors de la prise de la tension) est considérée comme anormale si elle est supérieure à 140 mm de mercure. La pression diastolique (le chiffre que donnent en second les médecins lors de la prise de la tension) est considérée comme anormale si elle est supérieure à 90 mm de mercure. Si l’on se base sur le chiffre de 140/90, environ 50% de la population française deviendra hypertendue avec l’âge.

Hypertension artérielle à l’effort : définition

Si la définition de l’hypertension au repos décrite plus haut fait l’objet d’un consensus international, la définition d’une hypertension à l’exercice est plus floue. La prise de la tension à l’effort se fait soit lors d’un exercice de pédalage sur bicyclette ergométrique, soit lors d’un exercice de course sur tapis roulant. Pour des raisons pratiques, la tension est plus facile à prendre précisément et régulièrement sur ergocycle que sur tapis. De ce fait, les médecins du sport et les cardiologues préfèrent mettre en place une surveillance tensionnelle à l’exercice sur bicyclette ergométrique. Le critère d’arrêt de l’épreuve d’effort se situe selon les centres et selon les médecins entre 240 et 280 mm de mercure pour la tension systolique. Chez un  sportif âgé de moins de 35-40 ans, une tension artérielle systolique supérieure à 240 mm de mercure à l’exercice est un fort indice prédictif d’hypertension de repos dans les années à venir.

Tension artérielle élevée et facteurs de risque

Cette notion de « facteurs de risque » est très importante car elle va permettre de mieux connaitre l’avenir du sportif hypertendu et de mettre en place une stratégie de prévention. La présence de ces facteurs aggravants permet d’évaluer la gravité de la maladie athéromateuse vasculaire qui est plus ou moins évoluée selon les individus. Le facteur de risque le plus important est sans doute le tabagisme. L’âge est aussi un facteur de risque reconnu : les hommes âgés de plus de 55 ans et les femmes âgées de plus de 65 ans sont à surveiller de manière plus précise. Les médecins accordent beaucoup d’importance aux antécédents familiaux de maladies cardio-vasculaires. La question concernant la survenue éventuelle d’infarctus, d’insuffisance cardiaque ou bien d’accident vasculaire cérébral dans la famille du sportif sera posée systématiquement lors de la consultation. La présence chez le sportif d’un surpoids, d’un périmètre abdominal trop important, d’un diabète ou bien d’une élévation des lipides sanguins (cholestérol, triglycérides) est un argument supplémentaire pour classer ce pratiquant des activités physiques et sportives dans les sujets à risques de maladies cardio-vasculaires.

HTA à l’exercice, quels risques ?

La pratique des activités sportives doit être recommandée chez l’hypertendu. Les bénéfices sur le plan de la santé sont énormes alors que les risques sont très faibles. Du fait des adaptations tensionnelles à l’effort, l’hypertension artérielle n’apparait pas comme une cause directe d’accidents cardiovasculaires lors de la pratique sportive. Mais l’hypertension à l’exercice peut altérer à la longue le muscle cardiaque et favoriser le développement de troubles du rythme cardiaque avec arythmie à l’effort. Elle peut aussi avoir un impact négatif sur les artères coronaires et de là augmenter le risque d’accidents vasculaires myocardiques comme les infarctus.

HTA et pratiques sportives, les sports à risque

Depuis des décennies, les médecins qui suivent les sportifs se sont aperçus que certains sports font plus monter la tension artérielle que d’autres. Une classification internationale, dite classification de Mitchell, permet de mieux repérer les sports à forte composante statique. Ceux-ci sont souvent responsables d’une élévation tensionnelle importante et sont opposés sur ce point aux sports à composante dynamique. Ainsi les sports comme les arts martiaux, l’haltérophilie, la planche à voile, le ski alpin, l’aviron, le canoë-kayak, ou même le cyclisme sont considérés comme des sports à risque pour les hypertendus.

Hypertension artérielle et activités sportives, les recommandations des cardiologues

Concernant les examens médicaux préventifs à envisager chez les sportifs à risques cardio-vasculaires, les recommandations des sociétés françaises et européennes de cardiologie sont simples et précises. Chez tous les pratiquants sportifs après 40 ans, qu’ils soient compétiteurs, sportifs de loisirs ou orientés vers le sport-santé, voici les examens qui doivent être pratiqués : un examen clinique complet tous les ans, un électrocardiogramme de repos tous les trois ans (tous les ans si facteurs de risque) et un électrocardiogramme à l’effort tous les cinq ans (tous les 1 à 3 ans si facteurs de risque). Chez les sportifs fumeurs, cette surveillance doit être commencée dés l’âge de 35 ans.

Les activités physiques et sportives (APS) en prévention et en thérapeutique de l’hypertension artérielle

Si les sports à haute composante statique ne sont pas recommandés pour les hypertendus, les sports à faible composante statique comme le golf, le tennis, le tennis de table, la marche nordique, le ski de fond et la course à pied en endurance peuvent être recommandés d’emblée aux sédentaires ou bien aux sportifs victimes d’hypertension artérielle. En fait le sport pratiqué importe moins que l’intensité à laquelle il est pratiqué. Les recommandations internationales insistent sur le fait que, en cas d’hypertension, les activités physiques et sportives doivent être pratiquées en priorité à intensité modérée, c’est-à-dire à une fréquence cardiaque située entre 50 et 70 % de la fréquence cardiaque maximale.

Hypertension artérielle chez le sportif : effets de l’âge ou bien erreurs d’entraînement ?

La découverte chez le médecin d’une tension artérielle élevée chez un sportif de plus de 40 ans à l’occasion d’un examen clinique systématique est fréquente. Cette découverte fortuite doit enclencher une consultation cardiologique et une “batterie” d’examens complémentaires : électrocardiogramme de repos, électrocardiogramme d’effort avec profil tensionnel, éventuellement échocardiographie. Selon les résultats des différents examens, un traitement adapté sera proposé au sportif. La survenue d’une hypertension chez un sportif est aussi un moment privilégié pour revoir l’entrainement et ces notions d’intensité. Bien souvent,  quadragénaires et quinquagénaires oublient qu’ils prennent de l’âge et fonctionnent sur des intensités trop élevées. Par exemple, avec un objectif préventif, il sera toujours intéressant de diminuer la durée, la fréquence et l’intensité des séances de VMA, de puissance et de musculation.

Les traitements de l’hypertendu sportif

Le sportif en est rarement conscient, le développement d’une hypertension artérielle a pour effet direct de limiter ses aptitudes et ses performances. Pour les médecins, il s’agit d’un argument important pour justifier la mise en place d’un traitement permanent. Les objectifs thérapeutiques sont simples : obtenir une tension artérielle de repos inférieure à 140/90. Cardiologues ou médecins traitants vont pouvoir choisir un médicament adapté parmi les nombreuses familles thérapeutiques qui permettent de prendre en charge efficacement l’hypertension. Seule la famille des diurétiques figure sur la liste des substances interdites par l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) et ne doit pas être prescrite chez les sportifs compétiteurs quel que soit leur niveau. Les médecins vont aussi essayer de ne pas prescrire les substances qui risquent de limiter les performances aérobies comme la famille des bétabloquants. Le sportif qui débutera un traitement devra adapter son entrainement avec un maximum de sécurité. En cas de sortie longue par exemple, les sensations de fatigue et les risques d’hypotension seront réels en début de traitement. En quelques semaines, l’hypertendu sportif saura adapter traitement avec entrainement et aura souvent la surprise de voir sa condition physique s’améliorer.

Tension artérielle élevée chez un sportif, les quatre messages du médecin du sport

1 – La survenue d’une tension artérielle élevée est très fréquente chez les sportifs qui prennent de l’âge. A partir de 35-40 ans, les examens médicaux systématiques permettent de repérer les sportifs à risque d’hypertension et de maladies cardio-vasculaires.

2 – La pratique des activités physiques et sportives est le meilleur traitement préventif des différentes maladies cardio-vasculaires et de l’hypertension artérielle en particulier. En l’absence de véritable contrindication cardiologique, la pratique sportive ne doit surtout pas être arrêtée mais seulement modifiée.

3 – En cas de survenue d’une hypertension chez un coureur à pied ou chez un cycliste, l’entrainement devrait être revu. La fréquence cardiaque n’est pas un reflet fiable et direct de la tension artérielle à l’exercice. Le port régulier d’un cardiofréquencemètre permet cependant au sportif de ne pas sous estimer sa fréquence cardiaque et de rester dans les zones cibles recommandées  Les séances à intensité élevée ou très élevée devraient être largement réduites en fréquence et en durée. Les séances longues à intensité modérée doivent être privilégiées.

4 – La mise en place de traitements médicaux qui vont lutter contre l’hypertension ne doit surtout pas effrayer les sportifs. Non seulement ces traitements vont les aider à poursuivre les activités sportives pendant de belles années, mais il est très probable que leur condition physique déclinera moins rapidement puisque cœur, reins et cerveau seront protégés par les thérapeutiques anti-hypertensives

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