Tatoués : Attention à la surchauffe

Le culte du corps tel qu'il s'est développé depuis 30 ans a sacralisé les courbes de l'athlète, magnifié son accoutrement, son style et son attitude. Aujourd'hui, là où l'attirail matériel ne suffit plus à le distinguer, ses tatouages participent directement de son identité. Il n'est plus rare de voir ces emblèmes agrémenter l’image des athlètes, tout type de sport confondu. Mais alors que leur corps devient source d’affichage, qu'en est-il des effets de ces tatouages sur le fonctionnement "normal" de l'organisme.

Sporty tattoo woman with fitness tracker sports watch

Les résultats d’un groupe de travail américain ont récemment démontré que la surface tatouée du corps pouvait poser des problèmes de thermorégulation à l’athlète. Autrement dit, ce dernier, lorsqu’il est tatoué, se retrouverait plus facilement en situation de surchauffe à l’exercice qu’un athlète non tatoué, en raison d’un débit sudoral limité. En effet, en mesurant la quantité de sueur écoulée au niveau des zones tatouées, le constat s’est avéré frappant : moitié moins de sueur produite à la surface de la peau. Et qui dit moins de sueur dit aussi moindre évaporation. Or, on sait bien que dans les sports d’endurance notamment, la capacité de l’athlète à dissiper la chaleur qu’il produit est un facteur de performance (à tel point qu’on entraîne même le corps à suer davantage, en l’acclimatant, voir article ici). En clair, les tatouages prédisposent l’athlète à la surchauffe, et supposent donc de celui-ci qu’il se prépare en conséquence, notamment pour des épreuves sous forte chaleur.

 

Un second constat mérite d’être relevé étant donné qu’il implique un risque qui dépasse le cadre des activités d’endurance : la perte en sels minéraux exacerbée chez les tatoués (1,5 fois plus). En effet, alors que la moindre sudation liée aux tatouages peut entraîner un impact variable selon les athlètes, la perte d’électrolytes a des implications plurielles, ce qui élargit son champ d’action. Ces implications vont de la qualité de la contraction musculaire (moindre puissance) à l’équilibre hydrique du corps (fluctuation des niveaux d’eau dans l’organisme) en passant par la bonne transmission nerveuse de la commande motrice (dégradation du geste). Ces multiples effets augmentent donc le risque d’une baisse de performance – bien que ce risque est censé s’atténuer lors des semaines post-tatouage via l’habituation du corps à sa nouvelle « contrainte ».

 

Chez les athlètes tatoués, il s’agit donc d’être conscient de ces effets pour s’y adapter (et la valeur de la recommandation est proportionnelle à la taille du tatouage). Logiquement, les principales solutions sont les 2 suivantes.

  • D’abord, à moyen-terme, le tatoué aura intérêt à apprendre à son corps à transpirer plus qu’à l’habitude. De façon saine, cela s’obtient aisément en s’exposant tous les 1-2 jours à des environnements chauds (sauna, hammam, bain chaud, exercice habillé). Typiquement, les glandes sudorales étant intensément et répétitivement stimulées, elles augmentent progressivement leur débit avec des effets constatables après 7-10j. Conséquence : la température interne du tatoué s’élève moins vite que d’habitude car sa sueur s’évapore et refroidit la peau.
  • Ensuite, à court-terme, l’athlète devra prioriser les boissons riches en électrolytes (Vichy, Saint-Yorre) ou les boissons d’efforts pour compenser ses pertes en sodium, potassium, zinc et chlorure. À cet égard, les recommandations précises ne sont pas encore établies mais il ne paraît pas judicieux d’augmenter drastiquement ses apports minéraux bien que ces pertes d’électrolytes s’avèrent être 1,5 fois plus importantes que chez un non-tatoué.

 

Cyril Schmit

 

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