Printemps : sportifs, méfiez-vous des allergies !

Les beaux jours arrivent, souvent synonymes d’envie de courir décuplée. Mais qui dit printemps, dit aussi risques d’allergies. Explications avec le docteur Jacques Pruvost, médecin du sport.

allergies

Les diverses allergies sont fréquentes avec une prévalence, c’est-à-dire un pourcentage de Français adultes atteints, d’environ 7 à 8 % pour l’asthme, 25 à 30 % pour la rhinite allergique et de 10 % pour l’eczéma dans la population générale. Les allergiques qui pratiquent le sport peuvent souffrir de ces trois symptômes à la fois ou bien n’être gênés que par la rhinite allergique qui est le symptôme le plus fréquent. Le sport, pour des raisons que nous allons analyser, peut déclencher ou révéler des asthmes d’exercice chez des pratiquants qui n’ont jamais souffert d’asthme au repos. Enfin, peuvent aussi survenir de véritables crises allergiques induites par l’exercice physique dites « anaphylaxies d’effort » associant asthme et urticaire diffus. Pour toutes ces raisons, les sportifs peuvent être atteints de symptômes allergiques qu’il faut savoir anticiper et traiter.

La fréquence des symptômes allergiques chez les sportifs varie en fonction de plusieurs paramètres : type de sport, intensité de pratique et conditions environnementales :

  • le sport pratiqué : les sportifs pratiquant les sports d’endurance comme le cyclisme, la natation, la course à pied ou le ski de fond ont un risque élevé d’asthme ou d’allergies.
  • le niveau de pratique : plusieurs enquêtes ont montré que la prévalence de l’asthme et des allergies était plus élevée chez les sportifs de compétition que dans la population générale.
  • la durée de la pratique : le risque d’asthme est deux fois plus important chez les sportifs qui s’entraînent plus de vingt heures par semaine que chez ceux qui s’entraînent moins de dix heures par semaine.
  • l’exposition au froid est un facteur de risque supplémentaire, pour les skieurs de fond mais aussi pour les patineurs artistiques et de vitesse.
  • l’exposition à des irritants comme le chlore des piscines : la fréquence de l’asthme chez les nageurs est démontrée par toutes les études qui pointent le doigt sur le rôle déclenchant de l’inhalation massive et répétée de dérivés du chlore lors des entraînements en piscine.
  • l’exposition à la pollution : le risque de développer un asthme est trois fois plus important pour les enfants qui ont une activité physique régulière dans les grandes villes où la concentration en ozone est élevée par rapport à ceux qui pratiquent le sport dans des zones non polluées.
  • l’exposition répétée à des allergènes de l’environnement : les sportifs pratiquant en plein air inspirent de grands volumes d’air (jusqu’à 200 litres par minute dans les efforts intensifs) ce qui provoque l’inhalation de quantités importantes d’allergènes, notamment les graminées, présents dans l’atmosphère. 

Quels sports faut-il interdire chez les asthmatiques ?

Printemps 2014 = printemps à risque

Les risques de déclencher des symptômes « atopiques » (eczéma, rhinite, asthme) dans les semaines à venir sont grands puisque les différents pollens de graminées habituellement présents dans l’environnement lors de tous les printemps s’associent actuellement à une pollution très importante dans la plupart des grandes agglomérations. Les autorités de santé recommandent d’ailleurs d’éviter de l’exercice physique en ville. Le port de masques, comme ceux qu’utilisent les professionnels de santé par exemple, est une excellente idée préventive.

Faut-il interdire certains sports aux jeunes sportifs qui ont des signes d’asthme ou d’allergie ?

Le seul sport réellement interdit est la plongée aquatique avec scaphandre autonome. Les sports collectifs, qui demandent des efforts brefs et intenses mais laissent la possibilité de périodes de récupération, déclencheront a priori moins de phénomènes allergiques que les sports d’endurance. Mais ce n’est qu’un principe et, comme toujours en pathologie, tout est question de susceptibilité individuelle. Certains sportifs asthmatiques seront moins gênés lors de la pratique de sports d’endurance à intensité modérée que lors de sports collectifs ou d’efforts de sprint. En fait c’est au sportif asthmatique de rechercher les sports qui lui conviennent le mieux et d’adapter sa pratique. 

Végétaux et allergies de contact

Pour être complet dans les relations entre sport et allergie, nous devons mettre en garde les sportifs sur les « anaphylaxies » induites par les contacts avec les végétaux lors de l’exercice physique. Chez les sportifs ayant des antécédents d’allergie aux pollens, le contact direct avec certaines plantes comme le gazon, les feuilles d’ivraie ou autres graminées peuvent initier de très fortes crises d’allergies. Ces allergies sont favorisées par l’association de l’exercice, de la chaleur et de la sueur. Les contacts de la peau saine ou légèrement abrasée avec les tiges de graminées céréalières ou fourragères (courses dans les hautes herbes ou en forêt par exemple) vont déclencher l’allergie. La réaction peut être simplement locale avec un équivalent de brûlures cutanées qui vont persister quelques jours. Mais la réaction peut être générale et donner lieu à des symptômes impressionnants avec urticaire d’effort et gêne respiratoire très violente devant parfois conduire à une hospitalisation en urgence. 

Quels traitements préventifs pour les allergiques ?

Différentes stratégies thérapeutiques sont actuellement bien codifiées et permettent aux sportifs allergiques ou asthmatiques de pratiquer leurs sports préférés. En premier lieu le traitement devrait associer les antihistaminiques et les antileucotriènes qui sont efficaces et recommandés par voie orale pendant les périodes d’allergie. Le traitement de fond de l’asthme associe, par voie inhalée, les béta2-mimétiques (salbutamol, formotérol, salmétérol) et les corticoïdes. Selon le code mondial antidopage, ces traitements ne sont pas interdits pour les compétiteurs à condition de respecter les doses recommandées par les fabricants.

Les gouttes nasales contenant des corticoïdes sont efficaces pour les rhinites allergiques et ne sont pas interdites par le code mondial antidopage.

Pour les sportifs atteints d’eczéma ou de dermatose allergique, les soins locaux reposent sur les pommades à visée hydratantes et les corticoïdes locaux.

Si une désensibilisation spécifique doit être envisagée chez un allergologue, son intérêt sera de permettre au sportif de réduire les autres traitements.

Pour les sportifs qui se savent allergiques aux graminées, il est raisonnable de ne pas prendre le risque de courir dans les herbes ou au contact des plantes et des arbustes qui pourraient déclencher de fortes crises. Attention donc lors des entraînements en nature !

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