Douleurs de jambes pendant et après l’exercice : et s’il s’agissait d’un syndrome de loge ?

3 exemples, les causes et les conséquences ainsi que les traitements possibles, après avoir lu cet article de Jacques Pruvost, médecin du sport, vous saurez tout sur le syndrome de loge.

jambe

Les sportifs sont souvent atteints de pathologies musculaires, tendineuses, articulaires, osseuses, voire neurologiques. Ces blessures déclenchées par la pratique sportive intensive sont à présent répertoriées et bien reconnues par les différents professionnels de santé qui encadrent les sportifs. Mais les coureurs à pied peuvent aussi être atteints par une pathologie très particulière d’origine vasculaire, le « syndrome de loge ». Les symptômes sont le plus souvent trompeurs et la plupart des runners vont parfois en souffrir plusieurs mois, voire plusieurs années, avant que le diagnostic soit enfin évoqué par le médecin du sport. Pour bien faire comprendre la complexité de ce syndrome, nous allons en aborder les signes à travers plusieurs cas de sportifs atteints de douleurs de jambe déclenchées par l’exercice.

Magali, 42 ans, adepte de la marche rapide.

Magali a décidé de reprendre les activités physiques début 2015 pour garder la forme et affiner sa silhouette. Elle pratique la marche rapide deux fois par semaine sur des séances à intensités variées pendant deux heures. Depuis deux mois, elle est très gênée par des sensations de jambes lourdes et dures en deuxième partie de séance. Ces douleurs persistent dans la nuit qui suit la sortie ainsi que le lendemain de l’entrainement. Lors des marches, Magali a remarqué l’apparition de boules de la taille d’une grosse noisette sur la partie latérale de la jambe gauche. En fin d’exercice, les chevilles sont douloureuses, instables et Magali a des difficultés à relever les pieds ce qui la gêne beaucoup dans les montées. Ces douleurs musculaires des deux jambes sont plus importantes lors des sorties sur parcours vallonnés et si les sols sont durs ou bitumeux. Sur les conseils de son médecin traitant, elle vient consulter le médecin du sport pour une tendinopathie de la face antérieure de la cheville gauche découverte à l’échographie

Anne, 30 ans, coureuse à pied licenciée en club d’athlétisme.

Anne consulte le médecin du sport pour des douleurs de jambes avec périostites évoluant depuis plus de six mois. Ces douleurs situées au niveau du tiers moyen des deux tibias sont essentiellement déclenchées par la course à pied mais aussi ressenties à la marche. Ces douleurs sont aggravées par les séances d’entrainement sur la piste, limitent la durée et la fréquence des entrainements, empêchent d’envisager une réelle programmation en vue de compétitions. L’examen clinique retrouve des douleurs « exquises » bien localisées à la pression des faces internes des deux tibias. L’IRM montre une fracture de fatigue des deux tibias. Infirmière libérale, cette sportive n’a pu suspendre son activité professionnelle mais a accepté de ne pas courir pendant trois mois. Elle a repris ensuite l’entrainement mais en diminuant le nombre de séances (deux séances par semaine) et la durée des séances (45 minutes maximum par séance). Anne a arrêté de s’entrainer sur la piste et ne court que sur les chemins. Pourtant, après quatre mois de reprise avec simplement deux séances de 45 minutes par semaine, la sportive vient consulter pour des douleurs au niveau des mollets et de la face externe des deux jambes, avec une prépondérance à droite. Ces douleurs ne surviennent pas pendant l’entrainement mais sont très gênantes le lendemain des séances. Elles sont aggravées par la marche, la descente des escaliers, s’accompagnent d’une sensation d’instabilité de cheville et gênent l’activité professionnelle. Trois jours après une séance de course à pied, l’examen clinique des deux jambes ne retrouve ni douleurs osseuses ni douleurs musculaires.

José, 41 ans, triathlète

José vient de la natation et pratique le triathlon depuis trois ans. Depuis un an, il est très gêné par des douleurs des deux mollets et par des crampes qui surviennent après une heure de course à pied. Ces douleurs l’obligent à diminuer la vitesse de course. José décrit aussi des sensations d’appuis instables lors des sorties longues.  Le port de manchons de contention, les massages ainsi que les étirements des mollets par un kinésithérapeute du sport lui ont permis il y a 4 mois de terminer un marathon en 3 h 35 minutes. Jusqu’à présent ces douleurs musculaires n’apparaissaient pas en natation ou à vélo. Mais José vient consulter le médecin du sport car depuis quelques semaines ces douleurs de jambe sont aussi déclenchées par les sorties à vélo. L’examen clinique des jambes du sportif montrent la présence de signes osseux au niveau des deux tibias évoquant une périostite bilatérale. Les masses musculaires des loges antéro-externes du tibia sont très tendues et douloureuses à la palpation.

Des histoires cliniques variées

Ces trois cas cliniques montrent bien que les sportifs ont chacun une histoire qui peut être   très différente. Cependant, certains points communs se retrouvent toujours : douleurs musculaires au niveau des jambes à l’effort et après l’effort à la course ou à la marche rapide, aggravation des symptômes avec le temps d’exercice, inefficacité des traitements habituels  (étirements, rééducation, semelles orthopédiques, boosters), antécédents de périostite ou de fracture de fatigue, description par le sportif de hernies musculaires apparaissant lors de l’exercice  habituels, tendinopathies des muscles releveurs du pied, sensation d’instabilité de cheville lors des sorties longues. Les signes qui accompagnent le syndrome de loge sont donc nombreux et peu caractéristiques de la pathologie. Pour ces raisons, le diagnostic est souvent suspecté par le médecin du sport plusieurs mois, voire plusieurs années, après le début des douleurs.

Des explications mieux comprises actuellement

Les muscles des jambes fonctionnent dans trois loges différentes séparées par des cloisons fibreuses et osseuses peu extensibles : la loge antéro-externe, la loge postérieure profonde et la loge postérieure superficielle. A l’exercice, le volume du contenu musculaire et vasculaire des loges augmente mais les aponévroses qui entourent les muscles ne sont pas assez souples pour s’adapter à cette augmentation de volume de leur contenu. Les éléments musculaires, vasculaires et nerveux qui circulent dans ces loges sont alors comprimés et expriment leur souffrance par les douleurs et les symptômes parfaitement décrits par les coureurs à pied.

Les explorations vasculaires à l’exercice sont incontournables

Les explorations vasculaires de repos (échodoppler, artériographie) sont toujours normales. L’échodoppler dynamique sur tapis roulant et surtout la prise des pressions à l’exercice dans les différentes loges musculaires sont incontournables. Ces examens très spécifiques sont effectués dans les services hospitaliers de chirurgie vasculaire ou dans les cliniques du sport par des professionnels spécialisés. Ces médecins bénéficient d’un matériel adapté et ont développé des compétences dans le domaine très particulier des syndromes de loge. La prise des pressions intramusculaires (PIM) est réalisée après la pause de cathéters dans les trois loges de chaque jambe. Ces pressions sont analysées en position assise, en position debout, a l’exercice sur tapis roulant, puis 10 minutes après l’arrêt de l’effort.

Le traitement est chirurgical

Si les examens sont concordants avec la clinique et montrent des résultats positifs avec une augmentation anormale des pressions dans les différentes loges musculaires, le traitement chirurgical doit être envisagé. Ce geste chirurgical est très lourd puisque la technique recommandée par W.Turnipseed, leader internationalement reconnu de la chirurgie des syndromes de loge à l’effort, associe trois niveaux d’intervention : une ouverture étendue des trois cloisons fibreuses de la jambe, une libération complète de tous les éléments pouvant comprimer les artères et les veines situées derrière le genou, une section du muscle plantaire grêle. Il s’agit donc d’une chirurgie importante suivie d’un arrêt de travail de plusieurs semaines et d’un arrêt sportif de plusieurs mois. Cette chirurgie laisse souvent des cicatrices cutanées peu esthétiques chez les femmes.

Syndrome de loge à l’exercice, les conseils du médecin du sport

Le syndrome de loge est une pathologie mal connue pourtant fréquente chez les coureurs.

– Les douleurs musculaires de jambes à l’exercice ou après l’exercice sont les premiers signes et ne doivent pas être confondues avec de simples courbatures.

– l’association de douleurs musculaires de jambes et de périostites à répétition ou difficiles à soigner doit inciter le coureur à consulter un médecin du sport.

– Les massages et les étirements bien conduits peuvent améliorer en partie la symptomatologie. Les traitements médicaux ou podologiques habituels sont sans efficacité durable sur les phénomènes douloureux.

– Les cyclistes et les nageurs sont très rarement atteints lors de leur pratique sportive exclusive. Mais tout peut changer lorsqu’ils se mettent à pratiquer la course à pied…

– Pour des raisons biomécaniques, vasculaires et hormonales, les femmes sont deux fois plus atteintes que les hommes.

– Le seul traitement efficace est chirurgical. Arrêter la course à pied ou se faire opérer : il va falloir choisir !

1 réaction à cet article

  1. bonjour
    la chirurgie proposée dans votre article n’est plus pratiqué depuis de nombreuses années.
    Dans les cas de syndromes de loges d’effort nécessitant une intervention, 2 techniques seront utilisées :
    – l’injection de toxine botulique au niveau des 6 muscles participant au relevé de pieds (releveur du gros orteils, des autres orteils, jambier, …).
    – et en cas d’échecs alors il sera réalisé une aponévrotomie par couteau chirurgical sous endoscopie. Cela nécessitera 2 incisions de 4 à 5 centimètres. Certains chirurgiens peuvent même la réaliser sous endoscope rigide après avoir saturé l’espace entre le muscle et l’aponévrose en eau afin de créer un espace. Cette technique n’est pas très répandue mais à l’avantage de ne nécessiter que 2 incisions de 2 centimètres.

    L’aponévrotomie à ciel ouvert est toujours utilisé aujourd’hui mais elle n’est réservé que pour les syndromes de loges AIGUS qui font suites à une lésion sévère du muscle (par exemple après une fracture). Il s’agit dans ce cas la d’un syndrome de Wolkmann et il s’agira dans ce cas la d’une chirurgie bien plus lourde.

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