« Ta séance commence quand ça fait mal »

Article écrit par Cyril Schmit

Presque inscrite dans la philosophie controversée du NO PAIN, NO GAIN, l’idée que le travail ne paye que lorsque l’on sort de notre zone de confort peut être challengée. Effectivement, toute performance (quelle qu’elle soit : contre soi, contre l’autre, etc.) suppose l’inconfort ; mais l’inconfort du corps n’entraîne pas toujours la performance… Dans ce jeu de rebond, quels arguments peuvent peser en faveur / contre l’idée que « la séance ne commence que quand ça fait mal » ?

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C’est vrai

Un 1er point fort qui sous-tend la validité de cette idée est liée à la plasticité de notre corps : il se déforme à mesure qu’on le stress, précisément là où on le stress (au cœur, aux muscles, au système digestif, etc.) et à hauteur de la dose de stress. Confortable dans son état de repos dit d’ « homéostasie », il nous envoie donc des signaux interprétés comme pénibles et douloureux lorsqu’un changement s’opère ou que la fatigue s’installe un peu trop. C’est donc bien quand ces signaux se multiplient que notre corps se transforme vraiment et que nous progressons : la séance commence véritablement.

 

C’est faux 

Si l’on applique la logique du point précédent de façon systématique à l’entraînement, ce dernier se transforme inéluctablement en chemin de croix. Chaque séance devient une épreuve, une lutte contre soi-même pour toujours vaincre. Cette démarche, en plus d’être démotivante d’emblée de par ses corrélats de souffrance et de monotonie, risque de surcroît de faire glisser le sportif vers un état de fatigue accumulée. En un mot, se dépasser : oui, mais pas tous les jours. Certaines séances doivent donc rester des séances sans douleur, des séances plaisir.

 

C’est vrai

Si l’on poursuit dans cette logique, on en arrive alors à se demander quand forcer et quand relâcher. C’est une interrogation qui renvoie aux signes d’apparition du surmenage. Sur ce point, nous pouvons retenir qu’en l’absence de troubles quelconques du corps (musculaire, tendineux, articulaires), un effort ressenti comme légèrement supérieur par rapport à d’habitude sera intéressant alors qu’un effort ressenti comme largement supérieur sera signe d’alerte. Ainsi, pour une intensité d’entraînement donnée, le fait d’avoir peu dormi, moins mangé, accumulé du travail, géré la maison… pourra s’avérer comme une ressource pour endurer mentalement une contrainte inhabituelle (mais raisonnable) sans implication néfaste pour le corps. Dès le début de la séance c’est plus dur, et pourtant c’est utile.

 

C’est faux 

La subtilité du « ça fait mal » est probablement le point sur lequel tout le débat peut donc se poser, comme vous l’avez perçu au point précédent. Car en complément, il est indispensable de souligner qu’une douleur importante – qu’elle soit post-blessure ou apparue progressivement – devra marquer l’arrêt de la séance au risque d’exagérer le phénomène de douleur sans effet ultérieur positif (surcompensation). Autrement dit, s’auto-convaincre que la séance commence dès lors que sa tendinite / son entorse / sa périostite se réveille, c’est saboter les bases d’un retour sain à l’entraînement. Lorsqu’elle est donc « physique » et « marquée », la douleur doit devenir sujette à une analyse approfondie.

 

C’est donc plutôt vrai !

Dans ce contexte, la réalité prend souvent le pas sur la rationalité et il est alors pertinent de rappeler que notre corps s’adapte finalement mieux qu’on ne le présage. En effet, dès lors que la règle de progressivité de l’entraînement est respectée (correctement dictée par notre ressenti pendant la séance), on constate vite les effets de gains de force, d’endurance, de moindre fatigue mentale, etc. qu’apporte l’entraînement sans pourtant avoir planifié méthodiquement ces améliorations. Ainsi, avec un peu de fatigue récurrente, « tout vient à point à qui sait attendre » – ce qui reflète d’ailleurs l’importance de commencer à s’entraîner tôt avec son objectif. À l’inverse, les profils perfectionnistes, impulsifs ou obsessionnels pourraient eux se trouver plus exposés que nécessaire aux risques évoqués plus haut.

 

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