Performant mais imparfait : comment réapprendre le bon geste ?

Article consacré aux entraîneurs

Une volée de questions se lève spontanément chez le coach qui porte un œil intéressé au langage corporel de son athlète. Parmi elles, la problématique d’ « Analysis paralysis » est peut-être la plus subtile. Subtile, car elle fait référence à la fameuse conscientisation handicapante de la technique que le sportif peut manifester dans les moments importants – qui peuvent autant être ceux d’un shoot à ne pas manquer que d’une course à maîtriser.

Source - Fotolia
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Peu importe le domaine, cette subtilité résulte toujours des mécanismes conscients et inconscients qui entrent en jeu dans la réalisation du geste. Une machinerie singulière que l’athlète veut gouverner, que le coach veut saisir, et que des principes théoriques expliquent.

En tout cas dans ses grandes lignes, car qui dit machinerie dit aussi interactions et comme si cela ne suffisait pas, cette problématique est aussi soumise à des facteurs d’influence :

- la fatigabilité de l’athlète

- son niveau de stress

- son degré de conscientisation initiale du geste.

 

Alors, quand la motricité de l’athlète est passée au crible de l’expertise visuelle du coach – ou de l’athlète vigilant et perfectionniste – la prise de décision d’un travail technique peut se poser. L’athlète consciencieux amorce alors une phase censée construire de nouveaux patterns gestuels au sein de son bassin de schémas moteurs existants. C’est par exemple le cas quand vous apprenez une toute nouvelle gamme d’athlétisme (même si on ne construit en réalité jamais totalement à partir de…rien). Très bien, mais qu’en est-il lorsque la technique apprise par le passé s’avère performante mais présente subrepticement les symptômes d’une sous-rentabilité ? Quoi faire, en d’autres termes, quand aujourd’hui est bon mais que demain pourrait promettre à la fois performance et régularité ? Ainsi, en sus des problématiques de contrôle moteur de départ, de nouvelles questions se posent à qui veut envisager une « refonte gestuelle ». Ce geste reflète-t-il son style ou exprime-t-il plutôt une carence technique ? Représente-t-il une ressource ou un obstacle aux contraintes de la compétition ? Et les autres systèmes physiologiques, souffriraient-ils d’un remaniement ?

 

Lorsqu’il s’agit de déconstruire la motricité pour espérer gagner mieux, le rapport coûts/bénéfices peut en effet faire douter. Malheureusement, ni le coach ni l’athlète n’ont de garantie sur un retour au meilleur niveau. Personne ne saurait dire précisément, en effet, le temps que cela prendrait car les phases de découragement, voire de décrochage, pourraient avoir raison de l’athlète. Quant aux regards des autres et aux coûts financiers liés au changement, ils ne pèsent généralement pas favorablement dans la balance.

 

Pourtant, certains grands champions en sont déjà revenus et témoignent à leur manière de l’espoir (et du travail) qui doivent accompagner l’athlète dans cette entreprise. Tiger Woods par exemple. Plus jeune vainqueur de l’histoire du Grand Chelem en 1997 (décrochant simultanément le record du parcours et celui du plus grand écart avec le second golfeur) et, au lendemain de cette victoire, indéfectible à l’idée de remanier com-plè-te-ment son swing ! Suivront alors deux saisons sans éclats pendant lesquelles les 700 balles qu’il frappe quotidiennement l’aident à reconstruire son geste de zéro. Ceci avant de bouleverser à nouveau l’histoire du golf.

 

Aujourd’hui, face à ces incertitudes, face à ces doutes d’un retour à la performance, la psychologie du sport peut faciliter le process. Son utilité est encore questionnée, mais la constance des résultats post-intervention crédibilise son approche de jour en jour (au-delà de démarches scientifiques pourtant robustes). Alors, quelles sont aujourd’hui les recommandations d’intervention en matière de régulation motrice durable ? Selon Carson & Collins (JASP, 2016), coaches comme athlètes devraient adopter un plan en 5 phases. Dans ce plan, la communication est clé, l’expertise conseillée et la patience recommandée.

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  1. Phase d’analyse, dont l’enjeu est double :

> Objectiver la problématique. Utiliser pour cela une grille d’analyse structurée afin d’apporter la preuve du problème. Des vidéos, supports de compétitions… peuvent aider. Mais si l’athlète en a déjà conscience, c’est l’idéal.

> S’assurer de l’intention de l’athlète de changer. Pour cela, communiquer ! En partant spécifiquement des représentations de l’athlète si le changement est fin (sinon rompre avec ses représentations).

 

  1. Phase de conscientisation du problème

> Dé-automatiser la technique apprise.

Par des entraînements de type ‘contraste’ (hyper-concentration sur la nouvelle technique), l’alternance motrice droite / gauche, les repères visuels et auditifs (ex : rythme), la verbalisation sur des vidéos ou des modèles-types, une réflexion sur les principes d’efficacité (ex : biomécanique) …

 

  1. Phase d’ajustement

> Modifier l’ancienne technique.

En laissant du temps à l’athlète, en le confrontant à des problèmes à résoudre, en adaptant ses repères à mesure qu’il change de coordination (vers plus de repères internes). La dimension affective est importante ici pour la persistance dans l’action alors que le niveau de performance est variable. Filmer l’athlète pour montrer les patterns à conserver / changer pour encourager le progrès.

 

  1. Phase de ré-automatisation

> Internaliser le changement à un niveau subconscient.

Laisser l’athlète pratiquer en gardant un œil distant mais attentif aux indices macroscopiques : rythme adopté, humeur manifestée, sentiment de facilité, régularité, … Continuer à filmer l’athlète et à l’encourager. Mettre l’accent sur le travail de simulation mentale pour progressivement recontextualiser le geste en conditions réelles.

 

  1. Phase de regain de confiance

> Accroître l’assurance de l’athlète.

Par des situations contrôlées de mise sous pression (challenge ponctuel, pression sociale, simulation de compétitions…) en s’assurant que la charge émotionnelle permet l’instauration de la nouvelle technique. Communiquer avec l’athlète avant de programmer une compétition pour ne pas bâcler le processus.

 

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