On parle souvent de la chaleur et de ses effets en course, mais qu'en est-il de l'humidité? Cyril Schmit, chercheur et expert lepape-info, vous expose les connaissances dans ce domaine.

humidité

Courir dans un climat de 10°C et de 30°C, ça n’a rien à voir, vous le savez. Et, aujourd’hui, tellement d’études se sont intéressées à l’effet de la chaleur sur la performance en endurance que l’on prédit à ~0,5% le déficit de performance pour chaque 1°C de température ambiante au-delà de 10°C. A l’inverse, les effets du pourcentage d’humidité reste moins étudiés.

En mai 2016, une étude est parue dans le journal scientifique Temperature et alerte sur les risques d’un taux d’humidité élevé dans l’environnement. Typique lorsqu’il s’arrête de pleuvoir et que la course va démarrer ! Spécifiquement, cette étude proposait à 11 coureurs entraînés de réaliser à cinq reprises une épreuve de vitesses incrémentées jusqu’à épuisement ; cette épreuve était toujours effectuée après avoir couru 60 minutes sur tapis à une allure correspondant à 70% de la consommation maximale d’oxygène. On avait donc : 60 min à intensité fixe + épreuve maximale de temps-limite. La subtilité venait en fait des cinq ambiances thermiques installées au cours des cinq conditions. En effet, était toujours maintenue une température de 31°C, mais celle-ci était associée à une humidité relative de 23%, 43%, 52%, 61% ou 71%. Résultat des courses sur le temps-limite :

HumiditéOn le voit, les auteurs ont reporté une baisse continue du temps à l’épuisement à mesure que le taux d’hygrométrie présent dans l’environnement était élevé – alors que les conditions avaient bel et bien étaient réalisées dans un ordre complètement aléatoire pour chaque sujet.

De façon intéressante, aucune différence de débit sudorale n’était reportée entre les cinq conditions lors des 60 minutes à intensité fixe. Les participants transpiraient en effet autant d’une session à l’autre (possiblement en raison d’un débit de sueur maximal atteint). A l’inverse, les températures cutanée et interne étaient plus élevées en présence de forts taux d’humidité (conditions 61% et 71%) et conduisaient à une élévation de la fréquence cardiaque à l’effort (entre +11 et +18 battements par minute) comparativement à la condition 23%. Autrement dit, la nécessité pour le cœur d’approvisionner en sang tant les muscles (pour courir) que la peau (pour tenter de se refroidir) augmentait son travail. Ces données étaient renforcées par les sensations d’inconfort et de pénibilité accrues à l’effort, reportées par les participants dans les conditions 61% et 71%.

De façon intéressante, ces données témoignent aussi de l’effet combiné exercice-environnement sur la performance, en suggérant que la « zone de confort » de l’organisme n’est pas contrariée tant que le stress cumulé de ces deux facteurs reste tolérable (comme c’est le cas dans les conditions 23% et 43%). A l’inverse, lorsque les conditions ambiantes viennent exacerber la réponse physiologique déjà induite par l’exercice (comme c’est le cas en élevant progressivement l’humidité ambiante), cette zone de prescription devient alors une zone de dérive physiologique, en accentuant les contraintes thermorégulatoires, cardiovasculaires et perceptives.

Ensemble, ces résultats rappellent tout l’enjeu de préparation à des courses susceptibles de se dérouler en ambiance chaude et humide – car exacerbant la dérive physiologique – non seulement pour des aspects inhérents à la performance, mais surtout pour des aspects de santé. Les états d’hyperthermie mal préparés conduisent en effet généralement à des vomissements, coups de chaleur, malaises et autres comportements fréquemment recensés dans ce type d’événement.

Cyril SCHMIT & @AUBRYANAEL

 

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