Chaque été c’est la même chose. On s’interroge sur le gain potentiel apporté par les suiveurs du Tour de France à moto (radio, TV, photographes, etc.). Pourtant cela a déjà été chiffré de façon fiable.

Photo : A.S.O. / Ashley Gruber - Jered Gruber
Photo : A.S.O. / Ashley Gruber - Jered Gruber

Cet article commence par un Tweet de Bert Blocken. Nous vous l’avions présenté dans un précédent article où nous avions traduit ses travaux sur la meilleure position à adopter en descente : Quelle est la meilleure position en descente ?. Bert fait référence pour son travail scientifique sur l’aérodynamique appliqué au cyclisme. Ses publications scientifiques sont très pratiques et ré-appropriables par le terrain. A ce titre, il collabore avec l’équipe Jumbo-Visma et depuis récemment avec le pôle performance de l’équipe Groupama-FDJ. Ses deux équipes cherchant notamment à être le plus précises possible sur l’exercice du contre la montre. Ce début de Tour de France leur a donné raison avec une large victoire pour les hollandais et une place au milieu des favoris pour le team français.

 

Alors ce tweet ?

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Traduction : Bert s’étonne du placement des motos placées derrière Julian Alaphilippe lors de son coup de force à l’approche d’Epernay. Rappelant qu’il avait montré avec ses collaborateurs il y a 3 ans maintenant, des gains aérodynamiques par une réduction jusqu’à 8% de la trainée d’air, lorsque des motos sont placées derrière le coureur cycliste. Il pose donc une question ironique aux organisateurs et à la production, afin de savoir si ce placement est réalisé par intention ou par simple ignorance, car il avait alors alerté l’Union Cycliste Internationale (UCI) sur cet enjeu.

Mais, il s’avère qu’à la veille du grand départ du Tour de France à Bruxelles, ASO, l’organisateur de la course, a convoqué les motards présents sur la course. En effet, quelques jours plus tôt, Bert Blocken publiait une nouvelle étude toujours plus impressionnante, sur l’aide involontaire apportée par les suiveurs, cette fois-ci de devant. En effet, un cycliste précédé de 2m64 par une moto voit sa résistance à l’air diminuée de quasi-moitié (48 %). A 10m, c’est une résistance à l’air abaissée de 23%. À 20 m, elle diminue encore de 15 % permettant un gain de 3,4 secondes par kilomètre. 

 

Dans une situation de contre-la-montre et à une vitesse de 54 km/h, si la moto est située 30 m devant le coureur, Blocken et ses collaborateurs ont démontré un gain de 2,6 secondes par kilomètre. Quand on sait que ces épreuves peuvent parfois se gagner à coups de secondes, très clairement l’équité entre les coureurs et leur suivi médiatique pourra impacter le classement final. 

Pour en revenir à la situation des motos placées derrière les coureurs, l’étude Hollandaise commençait par quelques clichés éloquents :  

 

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Comme sur ses précédentes études, les scientifique de l’université de Eindhoven ont multiplié les essais en tunnel de soufflerie et les simulations informatiques, montrant chaque fois des résultats très proches dans les deux situations.

 

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Ci-dessous, vous retrouvez la réduction de la trainée d’air en pourcentage en ordonnée, en fonction de la distance à laquelle est placée la moto derrière le coureur cycliste (0,25m, 0,5m, 1m, 1,5m, 2m, 2,5m). 

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Et fait intéressant, celle-ci sera encore réduite en fonction du nombre de motos placées sur un front derrière le cycliste.

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La réduction de la traînée d’air du cycliste s’élève donc à 8,7% pour une moto placée 0,25 derrière le cycliste et à 13,9% pour trois motos. 

Concrètement, ces simulations montrent que pour un contre la montre de 50km, si une moto suit un cycliste à 0,5m ; 1m ; 2,5m ; 5m ou 10m, les potentiels gains de temps seraient respectivement de 108,7sec ; 64,2sec ; 20,1sec ; 5,6sec et 1,0sec.

Evidemment, les gains en temps seraient bien inférieurs sur des contre la montre plus courts, mais le pourcentage de gain serait lui du même acabit. Pour un seul km suivi par la moto, les gains seraient de 2,98sec (0,25m) ; 2,17sec (0,5m) ; 1,28sec (1m) ; 0,40sec (2,5m) ; 0,11sec (5m) et 0,002sec (10).

Blocken rappelle qu’il est conscient que la présence des motos suiveuses est indispensable à la médiatisation du cyclisme, mais qu’il est impératif que des règles claires et identiques à chaque course et pour chaque coureur soient fixées et respectées. Ici, pour la moto suiveuse, 10m semble la distance parfaite, 5m, un compromis acceptable.    

 

Devant le cycliste, les motos tendent à essayer de respecter une distance de 20 à 30m. Où les gains sont déjà substantiels comme vu plus tôt. Mais, suivant les faits de course il ne sera pas rare de voir un cycliste très proche d’une moto. Et, pour seulement 10 secondes, si le coureur cycliste est placé 2,5m derrière la moto, ce sera déjà 2 secondes de gagnées !

Placé 2,64 mètres derrière un motard la diminution de la traînée sera de 48%. S’il roule à 54 km/h sans moto, la présence de la moto lui permettra de rouler à environ 67 km/h pour un même effort physiologique. Cela procure un gain de temps de 14,1 secondes toutes les minutes. Cet avantage diminue à mesure que la distance entre le véhicule motorisé et le vélo augmente, mais à une distance de 50 mètres, une réduction de 7% est toujours mesurable. Cela représente un gain de 1,4 seconde par minute à une vitesse de référence de 54 km/h. À des vitesses de référence supérieures à 54 km/h, le gain de temps est encore plus grand, ces derniers étant exponentiels vis-à-vis de la vitesse de déplacement.

 

Distance motard/cycliste Diminution de la trainée d’air Augmentation de la vitesse Gain de temps par minute
0,48m -71% 48,9% 29,3sec
2,64m -48% 23,6% 14,1sec
4,8m -36% 15,6% 9,3sec
10m -23% 8,8% 5,3sec
15m -18% 6,7% 4,0sec
20m -15% 5,4% 3,3sec
30m -12% 4,2% 2,6sec
40m -10% 3,5% 2,1sec
50m -7% 2,4% 1,4sec

 

 

Les gains de temps cités ci-dessus sont calculés et mesurés sans vent de face, de dos ou de travers. Blocken explique : « En cas de vent contraire, les gains de temps sont plus importants, en comparaison à une situation avec vent arrière ou de travers ».

Fred Grappe, directeur de la performance de l’équipe Groupama-FDJ, propose dans différentes chroniques publiés suite à ces études, qu’une « zone libre » soit obligatoire autour du coureur dans laquelle aucun véhicule à moteur ne serait autorisé plus de quelques secondes. 

Compte tenu des classements resserrés des derniers tours de France, il semble en effet clair et nécessaire que cet aspect devra être de plus réglementé afin de laisser les coureurs faire la course, sans être impactés par les éléments motorisés.

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@AUBRYANAEL
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Anaël Aubry
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Anaël Aubry Sport Scientist

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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