Pierre Ambroise Bosse, l’électron libre

Alors que les Championnats d'Europe d'athlétisme débutent le 12 août 2014 à Zurich, le nouveau détenteur du record de France du 800 mètres tenait sa dernière conférence de presse dans les locaux de l'INSEP à Paris.

Pierre-Ambroise Bosse
Pierre-Ambroise Bosse

Qu’on se le dise, Pierre Ambroise Bosse est un coureur atypique, surprenant, spontané, à des années lumières de l’image que peuvent dégager certains sportifs de haut niveau.
Rares sont ils en effet, torse nu, prenant le soleil sur les pelouses de l’INSEP, à quelques minutes de leur conférence de presse. Après avoir enfilé un tee shirt, il se présente finalement devant la quinzaine de journalistes désireux de connaitre son état d’esprit à quelques jours de cette échéance internationale. Paquet de bonbons à l’effigie de Maria Sharapova à la main (la joueuse de tennis russe dont il est un grand admirateur), il salue toutes les personnes présentes et lance déjà quelques blagues à la cantonade.

Mais avec lui, pas de langue de bois ou autres formules préparées à l’avance, le jeune coureur de 22 ans dit ce qu’il pense et l’assume. (voir interview) Et il prend donc la parole pour faire passer un message, quelque peu étonné et agacé de ce qu’il a pu lire dans la presse. On le taxe en effet volontiers d’être un peu trop fêtard mais Pierre Ambroise Bosse souhaite mettre les choses au point : « Je suis jeune et oui, je m’amuse encore en dehors des entraînements et des courses, et heureusement. Mais je suis aussi un professionnel, entouré par une équipe compétente et dont il faut respecter le travail. Alors profitons de ce moment où l’on a des athlètes au top et des performances qui sont rares et respectons nous. » 

Ce besoin de communiquer et de toujours mettre les choses au clair, c’est la marque de fabrique de ce nantais d’origine, qui se définit lui même comme un cérébral. Une volonté de fer qui l’a poussé, après des débuts au club de Gujan-Mestras (Gironde), à déposer une demande pour intégrer l’INSEP, bac S en poche. « On n’intègre pas ce genre de structure aussi tard normalement », confie-t-il, « c’était vraiment important pour moi de venir ici car c’est ce qui se fait de mieux dans le monde en terme d’installations sportives et d’encadrement. » Il est alors âgé de dix huit ans et sa carrière va très rapidement prendre son envol sur les pistes des plus grands stades.
Un apprentissage qui rime pourtant avec douleur car le 800 mètres est une discipline extrêmement exigeante et traumatisante pour le corps humain. « C’est un sport de maso mais j’adore ça » explique le jeune homme. « On dépasse des limites physiologiques et on se bat sans cesse contre la douleur pendant ces deux tours de piste, mais c’est ce que je recherche. Des nouvelles sensations, le dépassement de soi, tu as l’impression que ton corps veut arrêter mais ton cerveau continue et toi aussi, c’est très fort comme expérience et un peu addictif pour être totalement honnête. »

Mais Pierre Ambroise, en ce moment, c’est surtout un nouveau record de France du 800 mètres (1min42s53), établi au meeting Herculis de Monaco le 18 juillet 2014. Une performance qu’il a mis plusieurs jours à réaliser. « Je n’en dormais plus », avoue-t-il volontiers, lui qui s’entraîne depuis peu en fin d’après midi afin d’adapter son rythme biologique à ses entraînements. « Je suis un lève tard et les séances matinales n’étaient pas productives. Bruno (son coach) a donc décidé de modifier les horaires des entraînements et ça me convient beaucoup mieux. » Bruno Gajer, ce coach indispensable au coureur français, qui élabore aussi bien les entraînements que les tactiques de course. Une nécessité pour Pierre-Ambroise Bosse qui n’a pas encore, de son propre aveu, la maturité nécessaire pour gérer tous ces aspects de la course. « Bruno réfléchit pour moi, à 22 ans sans lui je ne suis rien. C’est une vraie barrière psychologique pour un coureur de 800 de passer la barre des 1min43s. Mon coach m’en croyait capable et c’est aussi ce qui m’a poussé à réaliser ce chrono. »

« Je vais à Zurich pour la médaille d’or »

Une barrière largement dépassée par le coureur français qui pense déjà à l’avenir. « Ce chrono c’était un étape à franchir mais je sais que je vaux encore mieux. Et ça passe par une grosse performance à Zurich. » Car c’est bien l’échéance des Championnats d’Europe qui attend le jeune homme afin de confirmer sa montée en puissance et ses chronos, lui qui n’a pour l’instant pas inscrit de titre majeur à son palmarès. Même s’il reste pour l’instant loin de la pression qui entoure un tel événement, Pierre Ambroise Bosse est conscient qu’il n’a pas le droit à l’erreur. « Je ne vais pas le cacher, je vais à Zurich pour ramener la médaille d’or et rien d’autre. Et puis avec tous les athlètes français talentueux qu’on a en ce moment ça créé une émulation positive, on se tire vers le haut. Mais il faut attraper le train en marche parce que si tu veux exister au milieu de tout cela, il faut gagner, tu n’as pas le choix. »

Et pour s’imposer, il a déjà réfléchi à sa tactique et à la course qu’il devra réaliser sur la piste suisse. « Mes cuisses me démangent quand je cours et il me faut des courses rapides. C’est ce que je vais devoir faire si je veux m’imposer car mes adversaires ont tendance à être plus forts sur la fin de course. Si on passe en 53 secondes aux 400 mètres, je sais que ça sera compliqué pour moi. Il faudra que j’aille plus vite »

Une volonté de victoire européenne qui doit en appeler d’autres, les Jeux Olympiques de Rio en 2016 lui trottant déjà dans la tête. « C’est ça la vraie échéance et les JO de Londres m’ont mis l’eau à la bouche. Mais la route pour le Brésil est encore longue… » conclut-il dans un sourire.

2 réaction à cet article

  1. Merci beaucoup pour cette interview;c’est très important de ne pas transformer ce que disent les athlètes…
    Pour ma part, il a raison en tout point lorsque je lis ses réponses à vos questions.
    Je souhaite que Pierre-Ambroise Bosse continue superbement cette magnifique collection de 800m !

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  2. pierre ambroise bosse un haut potentiel qui surprend la france ellequi a préferé les bosseurs intelligents;la france doit reformer son système social

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