Performances de très haut niveau et précocité sur 1500 mètres : le cas Jakob Ingebrigtsen !

Article rédigé par Jean Claude Vollmer en collaboration avec Anaël AUBRY

L’admiration des journalistes et des fans d’athlétisme qui s’extasient devant les performances du grand talent Jakob Ingebrigtsen (19 ans) est parfaitement justifiée au regard de sa jeune mais déjà brillante carrière.
Ce qui fonde cette admiration et interpelle particulièrement c’est qu’il soit d’origine européenne et non pas originaire d’Afrique, les observateurs du monde de la course ayant pris l’habitude de voir des coureurs originaires du Kenya et d’Ethiopie réaliser des performances de très haut niveau à un âge précoce.

Source : athleticsweekly.com
Source : athleticsweekly.com

Etudions d’un peu plus près le phénomène Jakob Ingebrigtsen.

 

Quelle place occupe J. Ingebritsen dans la hiérarchie mondiale (son palmarès a été publié dans l’article paru sur le site Lepape Info Les Ingebrigtsen : une histoire de frères.

Sur 1500 m : avec 3 :30.16 (record d’Europe juniors) réalisés à Monaco en juillet 2019 il occupe la 37 -ème place au bilan mondial tous temps – MPM TT – (en date du 22 septembre 2019)

Sur 5000 m : avec 13 : 02.03, (record d’Europe) réalisés en Août 2019 à Londres, il occupe la 118 -ème place.

Dans les bilans mondiaux TT sur 1500 m, il n’est précédé en termes de performances  par des juniors que par R. Kwemoi (11 -ème en 3 : 28.81) et R. Biwott (36 -ème avec 3 :30.10) alors que dans les bilans mondiaux TT sur 5000 m, il y a 21 coureurs qui le précèdent. 

 

Quelles performances futures ?

 

Peut-on à partir de ses performances actuelles extrapoler sur des performances futures et lui prédire record du monde et titres planétaires comme certains n’hésitent pas à le faire ?

 

Quelques chiffres 

La moyenne d’âge des 50 meilleurs performers Tous temps sur 1500 m est de : 25,06 ans (écart type 3,40)

Si on supprime de ce bilan les coureurs qui sont encore en activité et qu’on ne garde que les coureurs ayant définitivement terminé leur carrière (ils sont 32 sur 50) on constate que l’âge moyen de ces coureurs est de 26,59 ans (écart type 3,80)

Ces coureurs réalisent leur meilleure performance en moyenne après 10 années (écart type 3,13) de présence dans les bilans des différentes catégories d’âge dont nous avons pu trouver les sources. Car, si les performances dans les catégories jeunes des européens, américains, marocains par exemple sont faciles à trouver il n’en est pas de même pour les jeunes  kenyans ou éthiopiens qui apparaissent souvent pour la première fois dans les bilans en juniors, voir en espoirs alors qu’ils avaient déjà une réelle et intense pratique d’entraînement spécifique depuis leur scolarité. On peut donc aisément rajouter à ces coureurs et sans trop se tromper à minima 3 à 4 années de pratique avant leur première apparition dans les bilans. 

Ce qui porte subjectivement la moyenne de réalisation de la performance de pointe sur 1500 m à environ 13 ans (écart Type 4,3) de présence dans les bilans. 

Jakob Ingebrigtsen a commencé à courir à l’âge de 7 ans, s’entraînant d’après l’auteur de l’article cité en référence avec ardeur, quasi quotidiennement dès l’âge de 11/12 ans. Depuis ses débuts, il a donc déjà 12 ans de pratique dont 7 à 8 années d’entraînement qu’on peut qualifier de très haut niveau.

 

Comparaisons et questions ?

Comparons l’évolution des performances de Jakob avec d’autres talents précoces sur 1500 m.

A quel âge ont-ils réalisé leur meilleure performance absolue ?

Que sont -ils devenus en termes de résultats à haut niveau ?

A quel âge ont-ils terminé leur carrière athlétique ? 

 

Le Tableau suivant présente l’évolution des performances des 10 Meilleurs Performers mondiaux Tous Temps moins de 18 ans (cadets)

 

16 ans 17 ans 18 ans 19 ans 20 ans 21 ans 22 ans 23 ans 24 ans 25 ans 26 ans 27 ans 28 ans 29 ans 30 ans 31 ans 32 ans
N.K. Kemboi Ken. 3:33.72 3:36.13 3:35.05 3:35.47 3:31.52 3:37.25 3:42.52 Fin de carrière
B.M. Ali Bah. 3:33.86 3:34.30 3:31.49 3:33.06 3:32.10 3:34.98 3:38.61 3:35.40 3:38.89 3:43.67
  1. Driouch 
Mar. 3:42.25 3:34.43 3:33.69 3:43.22 3:47.18 3:43.71 ?
  1. Chirchir
Ken. 3:44.02 3:35.16 3:34.53 3:30.24 3:31.17 3:30.60 3:40.33 3:38.70 3:35.57 3:40.35
  1. Iguider
Mar. 3:35.53 3:35.63 3:32.68 3:32.75 3:31.88 3:31.47 3:34.25 3:31.60 3:33.99 3:33.29 3:29.83 3:28.79 3:31.40 3:34.99 3:31.59 3:31.64
G.Barusei Ken. 3:35.54 3:33.39 3:37.05 3:38.20 3:40.43 3:42.68 3:47.74 ?
I.K. Songok Ken. 3:35.55 3:34.20 3:31.54 3:30.99 3:31.72 3:31.85 3:36.41 3:53.69 ?
B.M. Esho Ken. 3:44.84 3:35.80 3:40.11 3:39.26 3:40.86 3:41.08 3:39.40 3:41.93 3:47.01 3:51.02
H.C.Ngetich Ken. 3:36.15 3:35.87 3:41.61 3:35.40 3:32.97 3:36.91 3:37.23 3:36.68 ?
  1. Taki
Ken. 3:36.38 3:39.15 3:36.07 3:35.83 3:34.57 ?

 

Ces cadets prodiges (entre 3 :33.72 et 3 :36.38 - à 16 ans pour Taki -) ont tous sauf pour l’un d’entre eux (Esho- record en cadet 1 ) fait mieux ultérieurement que leur performance réalisée en cadets.

Si certains comme C. Chirchir (3 :30.24) ou Songok (3 :30.99) figurent à de belles positions dans le classement mondial TT, il est à noter qu’ils ont réalisé ces performances très jeunes, 19 ans pour Chirchir et 20 ans pour Songok et sans faire mieux par la suite.

Si l’on retire les athlètes encore en activité (Iguider, Ngetich, Taki), la moyenne d’âge de réalisation de leur meilleure performance est de 19 ans avec un écart type de 1,35. Parallèlement on peut noter que ces athlètes ont une durée de carrière très courte et que leur fin de carrière se situe en moyenne à 23,7 ans (écart type) c’est-à-dire à un âge où la grande majorité des coureurs n’a pas encore atteint leur performance de pointe.

Parmi ces 10 prodiges, seul Iguider (Mar.) a eu une carrière classique, longue réalisant une performance de classe mondiale à 28 ans après une carrière en dents de scie mais avec un podium olympique en 2012 à l’âge de 26 ans, aucun des autres coureurs n’ayant accédé à des podiums  mondiaux. Un seul autre coureur , M. Ali a atteint une finale olympique (7ème) à Pékin en 2008 sur 1500 m et une finale mondiale (7ème) à Helsinki en 2005 sur 800 m.

On constate néanmoins à la lecture de ce tableau que Jakob Ingebrigtsen n’y figure pas n’ayant réalisé que 3 :39.94 en cadets. Pour mettre en perspective, on peut comparer la performance de Jakob avec les performances (dans la mesure où ils ont déjà commencé leur carrière) des meilleurs français sur 1500 m

 

Cadets 1 ère année :

 

Jakob : 3 :42.44. 

Les français : Chebili 3 :57.45, Chouki 3 :59.0, Tahri 4 :00.87, Carvalho 4 :02.21, Baala 4 :08.1

Les européens : Farah 3 :55.78, Cram 4 :07.20, Coe 4 :05.90, Ovett 4 :10.70 à 15 ans

Et 3 :50.7 pour Morcecli

 

Cadets 2 -ème année : 

 

Jakob : 3 :39.94

Les français : Baala 3 :48.74, Chouki 3 :49.80, Tahri 3 :53.89, Carvalho 3 :51.41, Thiebaut 3 :58.3 Bosch 4 :06.48, 

Les européens : Estevez 3 :42.36, Cram 3 :47.7, Farah 3 :49.60, Silva 3 :50.09 ,  Coe 3 :55.0, Ovett 4 :01.50

Et 3 :53.1 pour Morceli

 

Le Tableau suivant présente l’évolution des performances des 10 Meilleurs Performers mondiaux Tous Temps des moins de 20 ans (juniors) :

 

  1. Kwemoi
Ken 3:45.39 3:28.81 3:30.43 3:30.49 3:30.89 3:33.99  ?
  1. Biwott
Ken 3:43.81 3:36.77 3:43.91 3:30.10 3:33.05 3:34.30 3:47.70 3:53.65 Fin de carrière
  1. ingebritsen
Nor. 3:42.44 3:39.92 3:31.18 3:30.16 ?
  1. Chirchir
Ken 3:44.02 3:35.16 3:34.53 3:30.24 3:31.17 3:30.60 3:40.33 3:38.7 3:35.57 3:40.35
  1. Wendimu
Eth. 3:31.13 3:37.0 3:41.24 3:39.67 3:34.67 3:46.26 3:37.23
  1. Kipchirchir
Ken 3:32.95 3:31.42 3:30.46 3:30.82 3:31.36 3:31.58 3:32.16 3:39.22
B.M. Ali Bah. 3:33.86 3:34.30 3:31.49 3:33.06 3:32.10 3:34.98 3:38.61 3:35.40 3:38.89 3:43.67
G.M. Manangoi Ken 3:42.35 3:35.53 3:31.49 ?
I.K. Songok Ken. 3:35.55 3:34.20 3:31.54 3:30.99 3:31.72 3:31.85 3:36.41 3:53.69 ?
  1. Tefera
Eth. 3:33.78 3:31.63 3:31.39 ?

 

Ces coureurs présentent en junior des performances exceptionnelles. A ce stade, pour les athlètes ayant terminé leur carrière, on note peu de résultats notables dans les grands championnats internationaux ( J.O., championnats du monde ). On a toujours M. Ali (double finaliste) alors que Chirchir C, lui aussi déjà présent dans les bilans cadet n’a pas fait mieux que 4ème aux championnats du monde indoor. On trouve Kiphirchir en finale du 1500 des championnats du monde 2005 (7ème). Seul Tefera S. est monté sur la plus haute marche d’un podium mondial,lors du 1500m des championnats du monde indoor 2018. Téféra qui s’est également distingué cet hiver en battant le record du monde indoor du 1500 m ( 3 :31.04 record détenu jusque-là par Hicham El Guerrouj en 3 :31.28.

Mais le meilleur est peut-être à venir ! En effet 5 de ces juniors sont présents sur 1500m aux championnats du monde de Doha. Jakob bien sûr qui se présente avec la 2 -ème performance mondiale des engagés, S. Tefera avec le 7ème temps, E. Manangoi avec le 8 -ème et plus surprenant le revenant R. Kwemoi engagé avec un temps en 2019 de 3 :33.99, 5 ans après son temps canon de 3 :28.81 et T. Taki avec 3 :34.57 (3 :36.38 il y a 4 ans en cadet 1). Ces engagements kenyans sont assez surprenants quand on connaît la densité kenyane.

Pour bien situer la performance de Jakob dans la catégorie juniors nous allons la comparer à quelques chronos de référence des meilleurs français et européens sur 1500 m.

 

En junior 1 : 

 

Jakob 3 :31.18

Les français : Baala 3 :43.50, Chouki 3 :43.67, Carvalho 3 :45.53, Tahri 3 :45.64, Bosch 3 :57.28, Thiebaut 3 :53.6, Dubus 3 :57.6,  

Les européens : Estevez 3 :39.28, Cram 3 :40.09, Ovett 3 : 44.80, Farah 3 :46.1, Silva 3 :47.32.

 

En junior 2 : 

 

Jakob 3 :30.16

Les français : Chouki 3 :42.02, Tahri 3 :42.43, Bala :3 :45.34, Carvalho 3 :41.45, Dubus 3 :50.2 

Thiebaut 3 :50.3, Bosch 3 :52.58,  

Les européens : Estevez 3 :35.51, Silva 3 :40.09, Cram 3 :42.5, Coe 3 : 45.20, Farah 3 :47.78, Ovett 3 :46.20. 

On peut voir que les chronos de ces « performants précoces » ont un standard de performance bien éloigné de celui des meilleurs français et européens qui pour la plupart n’ont découvert la course à pied et la compétition que bien plus tardivement (entre 14 et 16 ans et même plus tard ) sans pour autant être dès lors entrés dans ce qu’on appelle un véritable processus d’entraînement alors que Jakob s’y astreignait déjà avec sérieux, rigueur, de manière rationnelle et quasi scientifique depuis quelques années.

En regardant l’évolution de la carrière du plus grand coureur de tous les temps sur 1500 m, H. El Guerrouj et de son alter égo français M. Baala on constate une nette différence dans leur courbe de développement. 

 

Tableau d’évolution des performances d4Hicham El Guerrouj et de Mehdi Baala

 

AGE 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33
  1. E.G
4 :01.0 3 :51.0 3 :46.79 3 :33.61 3 :31.16 3 :29.05 3 :28.91 3 :26.0 3 :27.65 3 :27.31 3 :26.12 3 :26.89 3 :28.40 3 :27.64
M.B. 4 :08.1 3 :48.74 3 :43.50 3 :45.34 3 :41.86 3 :34.83 3 :32.03 3 :31.97 3 :32.03 3 :28.98 3 :31.25 3 :30.80 3 :32.01 3 :31.01 3 :32.0 3 :30.96 3 :34.59 3 :33.69

 

Hicham et Mehdi ont démarré pratiquement au même âge et ont certes été bons en juniors mais sans être exceptionnels alors que Jakob présente comme tous les top 10 cadets et top 10 juniors une courbe de développement qu’on pourrait caractériser de type accéléré.

Jakob a très clairement de l’avance, beaucoup d’avance mais rien, absolument rien ne peut garantir que cette avance va continuer à croître, à se maintenir, ou qu’il va, vision pessimiste mais réaliste entrer dans une phase de régression transitoire, puis reprendre sa progression ou que son niveau de performance va s’arrêter au niveau atteint. 

Au niveau de la maturation biologique on peut être confronté à 3 types de développement biologique : un développement retardé, un développement dit normal ou un développement accéléré. C’est pour cette raison qu’il ne faut jamais accorder trop d’importance aux performances et résultats dans les catégories jeunes, car cet état de maturation biologique fait que dans la catégorie d’âge des 15 ans,nous pouvons rencontrer des individus qui démarrent à peine leur puberté, et certains qui sont déjà des adultes.

Sur le plan des performances, Jakob a globalement 3 ans d’avance. Il a réalisé en cadet 1 (16ans), ce que réalisent les meilleurs européens en juniors 2 (19 ans). A l’âge de 16 ans, il a participé à la finale du 1500m des championnats du monde juniors en 2016 terminant 8 -ème en 3 :51.09 d’une course dans laquelle le français Baptiste Mischler (alors 19 ans) finit 4ème en 3 :49.52.

 

Comment expliquer cette précocité ?

 

Dans l’article cité, l’auteur L.I. Tjelta nous indique que Jakob a eu une pratique physique assez conséquente dès son plus jeune âge (7 ans) et qu’il s’entraîne spécifiquement et de manière conséquente depuis l’âge de 12 ans et cela quotidiennement. Cette révélation a de quoi faire frémir tous les éducateurs et toutes les « plans cadre » de formation des fédérations et des pratiques usuellement admises dans les sports à dominante énergétique. 

Ce type d’approche est rare en Europe et inédit en France.  

Jakob a donc suivi un entraînement, important en termes de fréquence, élevé en termes de volume, (kilométrage), rigoureux, spécifique et très bien construit. Suivre un tel entraînement poussé à un âge où la plupart de nos coureurs français n’ont pas encore croisé le chemin du stade sort de l’ordinaire. 

En suivant, gamin, ses frères à l’entraînement, les imitant, tiré vers le haut par ces derniers, puis très vite capable de les matcher lui-même aux entraînements, il est entré tôt dans un véritable processus d’accès au haut niveau, alors que par exemple à 15 ans lorsque Jakob court déjà le 1500 m en 3 :48.37, Mehdi Baala ne savait même pas encore qu’il allait un jour fouler la piste du stade de Hautepierre ! 

La comparaison de l’évolution des carrières de Jakob, Hicham El Guerrouj et Mehdi Baala, en dehors de l’âge auquel ils ont débuté, présente néanmoins quelques points communs intéressants. 

En effet, aussi bien Hicham que Mehdi ont eux aussi suivi un entraînement conséquent une fois démarrée leur carrière athlétique. 

Lors d’un entretien personnel pour évoquer sa carrière sportive, Hicham (première performance officielle en cadet 1 sur 1500 m en 4 :01.0) m’a relaté son début de carrière. Après une course locale il s’est inscrit dans le club de sa ville de Berkane, en minime, ou il a rencontré un entraîneur passionné mais très exigeant. Dès sa première année, il s’est entraîné de manière intensive, quasi quotidiennement, suivant les seniors dans leurs sorties d’entraînement. Et ceux qui ont pu voir à l’époque Mehdi à l’entraînement en cadets ont pu observer qu’il ne chômait pas non plus. 

Au-delà du cas que nous analysons, on trouve aussi bien chez Jakob que chez Hicham et Mehdi quelques points communs dans leur réussite, points qui sont des conditions indispensables mais non suffisantes pour arriver à un haut niveau.

  • Un talent évident qui s’exprime dès le début du processus d’entraînement (cet élément est plus difficile à cerner chez Jakob chez qui le facteur entraînement pèse lourd)
  • Un patrimoine génétique favorable incontestable (le frère de Mehdi est devenu champion de France de marathon et son père qui s’est mis tardivement à la course à pied sur route a obtenu des résultats surprenants, le frère d’Hicham a été un bon coureur de 1500 m)
  • Un environnement positif avec un soutien familial sans faille et permanent 
  • Une structure (cellule familiale pour Jakob, centre d’entraînement national à Rabat et Ifrane pour Hicham, club et structure pôle pour Mehdi) et un environnement naturel permettant un entraînement varié et de qualité 
  • Un entraîneur compétent, disponible et fortement impliqué dans le projet (le père pour Jakob, A. Kada pour Hicham et J.M. Dirringer pour Mehdi) 
  • Une volonté de réussir et de s’imposer au plus haut niveau 
  • Courir : une passion, un plaisir, la compétition l’expression de leur envie d’être le meilleur
  • Une approche professionnelle et une vie tournée et centrée sur la pratique de leur discipline
  • La fixation d’objectifs élevés 
  • Une détestation de la défaite 
  • Un engagement quotidien, constant dans la durée jour après jour, semaine après semaine, année après année
  • Une grande confiance dans leurs capacités 
  • Un entraînement conséquent et à haute intensité dès le début (certes commencé à des âges différents) de leur carrière athlétique
  • Une capacité à se faire mal et repousser le seuil de souffrance (voir la vidéo de Jakob lors d’une course en montagne en 2017 où il finit épuisé, à moitié évanoui)
  • Une solidité, une robustesse physique qui permettent d’encaisser de lourdes charges de travail
  • Peu de blessures 
  • Un (des) saut(s) qualitatif(s) du niveau de performance une fois débuté le processus d’entraînement donc une entrainable (l’effet que produisent les charges de travail et donc l’adaptation à celles-ci) élevée.

 

Alors quel avenir pour Jakob ?

 

Il s’est incontestablement construit une énorme base aérobie (avec des kilométrages hebdomadaires élevés depuis de nombreuses années (140 à 160 km dès la catégorie juniors) à l’image des coureurs africains. 

Son point faible semble être son manque de vitesse si on compare son meilleur temps 1 :49.4 avec la moyenne des 50 meilleurs performers TT sur 1500 m qui est de 1 :45.5. Un élément peut pondérer cette observation, c’est qu’il n’a pas couru de 800 m depuis 2017. 

Il faut cependant observer qu’en 2017, il a terminé 2 -ème de la finale B des championnats de Norvège sur 400 m en 51.03, ce qui est une performance très modeste, 1 semaine après son meilleur temps sur 800 m en 1 :49.40 dans une course annexe à Zürich et que durant les années 2015 – 2016, il a participé à presque autant de 800 m que de 1500 m.

A cela, on peut constater que ses frères présentent les mêmes profils de performance, sachant qu’ils ont subi un entrainement similaire. 

S’il a une caisse énorme, vitesse de base et capacité lactique pourtant nécessaires pour faire des chronos nettement inférieurs à 3 :30.0 semblent lui faire défaut. 

Certains faits de course sont significatifs de ce déficit : il a parfois du mal à suivre les trains rapides en début de course et ses fins de course rapides ne sont pas à mettre au titre d’une importante vitesse, mais d’une plus grande réserve liée à sa base aérobie. Et quand il  suit les allures de début de course, il se fait souvent battre au sprint.

Son registre de course (ses performances sur les différentes distances) le rapproche plus d’un profil 1500 m/5000 m que du profil 1500 m/ 800 m.

En ce qui concerne le contenu de ses entraînements, il est à noter une différence par rapport à ce qui est généralement connu des top athlètes de 1500 m/5000m. 

Si l’on se réfère à la charge d’entraînement globale, le père -entraîneur Gjert propose donc un entraînement de type « polarisé » qui s’appuiera sur un fort volume global, de travail aérobie. On trouve donc avec des kilométrages compris autour de 150km/semaine, toute l’année hors période de compétitions importantes, ce qui est important pour des coureurs participant à des distances inférieures à 10 000 m. Ces distances demandent en contrepartie des entraînements à fort impact d’une part, et d’autre part des séances spécifiques avec un volume moins important. 

La part de l’entraînement supérieur ou égal au seuil anaérobie représente chez Jakob et ses frères environ 25% du volume total de travail, pour en contrepartie environ 75% du temps d’entraînement passé sous le seuil anaérobie. C’est une répartition avec un travail physiologiquement intense assez important, mais qui reste dans les standards de ce que l’on peut retrouver chez la majorité des sportifs de très haut-niveau dans les sports à dominante énergétique (entre 15% et 25% du volume d’entraînement à des allures supérieures au seuil anaérobie).

Jakob a donc un entraînement important en volume, mais également en intensité. Il reste dans des standards connus, autant pour le kilométrage que pour l’intensité, mais pour les deux dans la fourchette haute, ce constat va dans le sens d’une marge de progression que nous supposons comme limitée pour l’avenir.

Si l’on zoome sur ce que qui est réellement connu du contenu  de ces entraînements intenses au travers d’articles scientifiques, d’ interviews des frères et du père ou de la série télévisée qui leur est consacrée à la télévision norvégienne, on a la confirmation qu’une majorité de l’entraînement annuel se situe autour des deux seuils. Clairement, Gjert s’attache à construire une « caisse » à ses fils que l’on retrouve chez eux en cross, dans la capacité à enchaîner les courses, à en récupérer et à bien les terminer…sans pour autant avoir la capacité à soutenir des départs rapides ou à fournir d’importants changements de rythmes lorsque l’allure est déjà soutenue.

Les séances spécifiques ne semblent travaillées qu’en période compétitive estivale et à un niveau proche des allures de courses, avec peu de temps de récupération. La dominante de ses entraînements sera donc à nouveau aérobie, bien qu’à un niveau d’intensité important. Il faut se rappeler que sur 1500m, près des trois quarts de la fourniture d’énergie se fera au travers de la filière aérobie… mais en prenant en compte la moyenne de l’épreuve (évidemment conditionné aux allures de course et profil de l’athlète). Les filières anaérobies, la qualité de pied, la vitesse de base (qui peut s’exprimer par le meilleur temps sur 100 m lancés), les qualités neuromusculaires permettront au coureur de disposer d’une marge au-delà de ses qualités aérobies lui permettant de s’économiser, ne pas subir un départ rapide, pouvoir modifier son allure de course, encaisser les changements de rythme et finir fort. 

Le 1500m, comme le 800m sont des puzzles où l’entraîneur devra faire de son coureur un coureur le plus complet possible, tout en s’adaptant à ses caractéristiques.   

Courir 3 :30-3 :31 pour les 3 frères en s’appuyant autant sur l’aspect aérobie est impressionnant et démontre son importance sur la distance. C’est aussi la preuve que cela leur donne une forte résistance à la charge et augmente leur entraînabilité.

Si comme je le répète souvent « l’aérobie libère la vitesse » chez Jakob et ses frères c’est comme s’il manquait quand même une pièce essentielle au puzzle. Pour prendre une image: pensez au vieux diesel lorsqu’il fallait démarrer au feu vert ou relancer. Les autres qualités dont nous avons parlé précédemment doivent permettre de démarrer de façon puissante en attendant que le système principal (l’aérobie) se mettra en route pour arriver à plein régime. 

Mais, même lancé à 130 km/h sur l’autoroute, il faudra pouvoir posséder un turbo puissant, réactif, efficace et le moins énergivore pour dépasser tout en étant déjà à un rythme de croisière élevé. Tel le   est la difficulté sur 1500 m. 

Certains coureurs pourraient prendre le chemin à l’extrême inverse et ne travailler que les filières anaérobies, la qualité de pied, la vitesse de base et les qualités musculaires, mais à part partir vite, ils ces qualités ne leur servent en rien pour la suite de la course, ne supportant aucun allure de train élevée et surtout seraient de manière concomitante, très certainement assez peu robustes à la charge, donc peu entraînables, ce qui sera préjudiciable à très haut niveau.

Car la base aérobie a aussi de magnifique, que plus elle sera forte, plus elle pourra permettre de répéter les séances de haute intensité à l’entraînement.

Les frères et encore plus précisément Jakob, présentent donc certes un profil exceptionnel pour l’Europe, mais qui en l’état semble pour l’instant limité par leur entraînement et la biomécanique de course pour rejoindre leurs glorieux ainés : Mo Farah, Medhi Baala, Steeve Cram ou encore Sebastian Coe.   

 

Jakob et le nombre de compétitions annuelles

 

Jakob court relativement beaucoup. Depuis ses 15 ans il participe en moyenne a une vingtaine de compétitions (du 800 m au 5000 m en passant par le steeple) n’hésitant pas à doubler ou parfois même tripler lors de compétitions internationales.

En 2015, il participe à 21 compétitions : 8 x 800 m dont 2 indoor, 10 x 1500 m, 1 x 2000 m, 2 x 3000 m dont 1 indoor.

En 2016, il participe à 22 compétitions : 9 x 800 m, 10 x 1500 m, 1 x 3000 m et 1 x 5000 m

En 2017, il participe à 27 compétitions : 1 x 400 m, 5 x 800 dont 2 indoor, 9 x 1500 m dont 1 indoor, 2 x mile, 2 x 3000 m dont 1 indoor, 3 x 5000 m, 5 x 3000 steeple. C’est en 2017 qu’il fait ses premiers pas dans les grands meetings internationaux et tente le triplé (1500 m, 5000 m, 3000 m steeple) mais il échoue en raison d’une chute sur la distance où il était grand favori.

En 2018, il participe à 20 compétitions : 1 x 800 m indoor, 16 x 1500 m dont 3 indoor, 1 mile, 1 x 3000 m indoor et 2 x 5000 m. Il tente le doublé 1500 m – 5000 m aux championnats du monde juniors (2 -ème sur 1500 m battu par Manangoi E.et 3 ème sur 5000 m battu par 2 kenyans, Pingua et Mburu mais devançant S. Barega le grand favori) et le réussit 1 mois plus tard aux championnats d’Europe à Berlin (double vainqueur donc). 

Jakob fait partie des coureurs prenant souvent le départ de courses, à l’opposé de la plupart des coureurs contemporains qui ne s’alignent qu’avec parcimonie (10 à 12 fois) mais il faut savoir qu’il est très loin des standards de certaines époques (les années 60- 80) où la participation à une quarantaine et même plus de compétitions par année était monnaie courante. 

Jakob a ainsi enchainé durant la saison 2018/2019 : cross – victoire aux Europe en décembre, championnats du monde en mars, indoor et piste avec une fin de saison qui va se terminer début octobre avec les championnats du monde de Doha. Cette propension à courir souvent et la répétition de courses en grands championnats risquent peut-être de peser à l’avenir et amener au-delà de l’usure physique, une usure mentale car les compétitions nécessitent un engagement mental fort et de nombreux déplacement (transports, sommeil souvent moins qualitatif, nourriture parfois inadaptée). 

A court terme, ses résultats et performances lors des championnats du monde de Doha seront particulièrement intéressantes à analyser. Engagé sur 1500 m et 5000 m, même si Jakob est un habitué des doublés ou même triplés lors des championnats, la donne sera différente à Doha avec 3 tours sur 1500 m et 2 tours sur 5000 m avec une concurrence bien plus forte qu’à des championnats du monde  juniors ou des championnats d’Europe (2 tours sur 1500 m et finale directe sur 5000 m) ceci d’autant plus qu’il ne bénéficiera pas de l’effet de surprise puisque jouant déjà dans la cours des grands depuis 2 années.

A plus long terme, il sera d’ailleurs intéressant de voir comment il va réagir à la défaite ou à un enchainement de défaites car habitué à gagner depuis son plus jeune âge ou à jouer les tous premiers rôles, comment va-t-il gérer une situation de stagnation ou même une régression. 

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Et ses 2 frères ?

 

Henrik : avec de premiers résultats tangibles dès cadet 1, il a également été un performer précoce avec ses 3 :38.61 en junior. 2 ans plus tard il sera champion d’Europe et 5 -ème en finale aux JO. Sa courbe sur 1500 m montre une régression constante de son niveau sur 1500 m depuis son record en 2014 (3 :31.46, 10 ans après ses débuts) et que sa meilleure distance est maintenant le 5000 m.  On peut néanmoins penser qu’il est en fin de carrière car il lui sera difficile d’aller beaucoup plus vite sur 5000 m en ayant perdu sa capacité à courir vite sur 1500 m et en étant déjà sur le plan du volume du travail à 160 km/sem. Passer à 180 km/sem ne sera pas d’un grand bénéfice, pour quelqu’un ayant toujours connu un certain volume récurrent et surtout manquant de vitesse de base, lui-même reconnaissant que son entraîneur de père a particulièrement insisté sur les qualités aérobies de base avec un travail d’intensité au seuil durant ses années de formation et en début de carrière sénior.

Filip :  c’est celui des 3 frères qui est entré le plus tardivement dans le processus d’entraînement. Il ne présente pas de performances exceptionnelles dans les catégories jeunes. Il fait un saut qualitatif impressionnant à l’âge de 23 ans passant de 3 :42.32 (22ans) à 3 :32.43 (23 ans) comme le fera son petit frère mais lui à l’âge de 18 ans avec un saut chronométrique quasi identique passant de 3 :39.92 à 3 :31.18. Sa meilleure performance 3 :30.01, Filip l’a réalisé en 2018, lui aussi 10 années après ses débuts en compétition et lui aussi semble vouloir monter sur la distance supérieure. 

On constate, au-delà des rythmes de progression individuels, beaucoup de similitudes chez les 3 frères car ayant suivi quasiment le même type d’entraînement, ils présentent le même profil. 

Et dans ce profil, il manque la case vitesse. Problème de prédispositions génétiques (la typologie des fibres musculaires dont ils disposent) ou orientations d’entraînement ? 

Les trois frères présentent des niveaux de performance sur 800 m (Henrik 1 :48.09, Filip 1 :47.79, Jakob 1 :49.4) très modestes. 

Ils  ont réalisé leurs performances sur 1500 m avec un entraînement à forte dominante aérobie, un important volume de travail en termes de kilométrage et il me semble que  dans ce domaine, qu’ils ne soient pas loin d’avoir atteint des seuils – limites rédhibitoires quand on a morphotype tel que le leur : Henrik 1,80 m et 69 kg, Filip 1,87 et 75 kg, Jakob 1,81 et 67 kg, très loin des standards des coureurs de 5000 /10000 m  qui possèdent un physique ( rapport taille /poids) plus adapté (Mo Farah : 1m75 et 58kg, Haile Gebreselassie 1m64 et 54kg, Kenenisa Bekele 1m63 et 53kg, Eliud Kipchoge 1m67 et 57kg), ainsi au vu de leurs gabarits on peut supposer que la distance limite pour eux risque d’être le 5000 mètres. 

Il est à noter par ailleurs que les frères Ingebritsen ne sont pas de mon point de vue des modèles techniques avec cette foulée légère, aérienne et ample qui caractérise les plus beaux coureurs de demi-fond. Ainsi Jakob court avec un déséquilibre vers l’avant du haut du corps relativement marqué.

 

En conclusion 

 

Jakob présente à ce stade un manque certain de vitesse et n’est probablement pas très loin d’avoir développé les limites supérieures de son système aérobie. Rien ne permet d’affirmer que Jakob va encore avoir une grande marge de progression sur le plan chronométrique sur 1500 m. Cette hypothèse, que d’autres ne partageront pas, n’enlève rien à son mérite et au caractère exceptionnel de ses performances actuelles. 

A mon sens, Jakob est plus coureur de 5000 m que de 1500 m, mais il va trouver sur cette distance des adversaires, certes moins forts que lui sur 1500 m mais avec un potentiel aérobie et des caractéristiques physiques plus adaptées. 

On ne peut jamais écrire l’histoire en avance et la sienne dans tous les cas montre le chemin du possible dans le domaine de l’entrainement. 

 

Et les suspicions de dopage ? 

 

Toute performance exceptionnelle suscite bien évidemment des questionnements, légitimes ou non. L’arrivée quasi simultanée d’athlètes (Warholm, Moen, Ingebritsen) ou triathlètes norvégiens dans des disciplines énergétiques interroge nécessairement. Ski de fond, demi-fond, marathon, triathlon sont des disciplines proches du point de vue de la méthodologie d’entraînement et on sait que le suivi scientifique est particulièrement prégnant en Norvège (quel sportif français réalise quotidiennement des prises de lactate).

Les sportifs des pays nordiques (le froid serait responsable du nombre élevé d’asthmatiques dans les disciplines d’endurance) présentent souvent des AUT (Autorisation à Usage Thérapeutique), mais nous ignorons si Jakob en a une. Ce que je sais, c’est que j’ai vu Henrik, dans la petite tribune du stade d’échauffement du meeting de Paris, utiliser avec masque sur le visage, un inhalateur, Ventoline, oxygénothérapie… nul ne le saura mais le fait est là. 

 

Tableau d’évolution des performances de Jakob Ingebritsen

 

Année AGE 800 m 1500 m Mile 2000 m 3000m 5000 m 3000 ST
MP     3:31.18 3:52.28     13:17.06 8:26.81
2012 12   4:21.98          
2013 13 2:04.09 4:15.87          
2014 14 2:05.02 4:05.49   5:42.07      
2015 15 1:52.60 3:48.37   5:24.41 8:25.90    
2016 16 1:51.07 3:42.44     8:22.25 14:38.67  
2017 17 1:49.4 3:39.92 3:56.29   8:00.01 13:35.84 8:26.81
2018 18   3:31.18 3:52.28   7:56.74 13:17.06  
2019 19   3:30.16 3:51.3   7:51.2 i 13:02.03  

 

Tableau d’évolution des performances de H. Ingebritsen

 

Année AGE 800 m 1500 m Mile 3000m 5000 M 2000 /3000 ST 10 KM 
MP   1:48.09 3:31.46 3:50.72 7:42.19 13:16.97 8:52.56 28:41.0
2004 13   4:30.36          
2005 14 2:04.56 4:22.48          
2006 15 1:58.89 4:04.16          
2007 16 1:54.26 3:54.08   8:25.77      
2008 17 1:52.51 3:50.63   8:17.96   5:53.27  
2009 18 1:51.34 3:44.53   8:08.69   5:41.03/8:52.56  
2010 19 1:50.84 3:38.61   7:58.15      
2011 20 1:54.72 3:39.50 4:02.18        
2012 21 1:48.60 3:35.43 3:54.28        
2013 22 1:48.25 3:33.95 3:54.53 7:42.19 14:19.39    
2014 23 1:48.09 3:31.46 3:50.72 8:16.0      
2015 24 1:49.12 3:32.85 3:53.43 7:46.59 13:27.10    
2016 25   3:34.57 3:53.19 7:54.32 13:40.86    
2017 26 1:49.88 3:38.96 3:53.79        
2018 27   3:35.61 3:58.46 7:42.72 13:16.97   28:41:00
2019 28   3:40.23   7:36.85 13:15.38    

 

Tableau d’évolution des performances de F. Ingebritsen 

 

Année AGE 800 m 1500 m Mile 1000 m 3000m 5000 M 2000 /3000 ST 10 KM 
MP   1:47.79 3:30.01 3:50.72 2:16.95 7:42.19 13:16.97 8:52.56 28:47.0
2008 15   4:14.68            
2009 16   4:08.67            
2010 17 1:57.65              
2011 18 1:50.81 3:55.56     8:21.68   6:15.20  
2012 19 1:50.52 3:44.04     8:39.81   5:46.15  
2013 20 1:48.53 3:38.76            
2014 21 1:49.50 3:40.48     8:28.88      
2015 22   3:42.32            
2016 23 1:47.79 3:32.43 3:55.02 2:16.95 7:49.70      
2017 24 1:47.94 3:32.48 3:53.23          
2018 25 1:48.13 3:30.01 3:57.97     13:30.48   28:47:00
2019 26 1:48.45 3:30.83 3:49.60     13:11.75    

 

 

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