Marathon, les blessures les plus fréquentes – Partie 3

Découvrez le troisième extrait du chapitre rédigé par le docteur Jacques Pruvost consacré aux blessures du marathonien, extrait du livre "Objectif Marathon" de notre coach Jean Claude Vollmer.

blessure runner - fotolia

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Douleurs de genou et syndrome de friction de la bandelette ilio-tibiale

 

Comment se manifeste-t’il ? Mieux connu des marathoniens sous le terme de « syndrome de l’essuie-glace », la douleur très intense survient toujours au bout du même temps de course au niveau de la face externe du genou.

Le développement des courses en nature et des trails a largement participé à une meilleure connaissance de cette pathologie le plus souvent déclenchée par la course en descente. Il s’agit d’une blessure souvent très douloureuse pouvant handicaper le coureur pendant des semaines voire des mois.

Quelle prise en charge ? L’imagerie médicale (échographie, IRM) permet de mieux comprendre l’origine des phénomènes douloureux et du processus inflammatoire local : atteinte du tissu vasculaire ou graisseux, modifications de la face profonde de la bandelette ilio-tibiale, bursite, kyste, érosion cartilagineuse ou osseuse du fémur.

Attention, toutes les douleurs de la face externe du genou ne sont pas des syndromes de l’essuie-glace. Les explorations radiologiques vont permettre d’éliminer d’autres pathologies qui occasionnent des symptômes très proches, en premier lieu une lésion du ménisque externe ou bien un mauvais fonctionnement de la rotule. 

Actuellement, le traitement médical associe quatre éléments complémentaires :

  • Eviter la raideur du tenseur du fascia lata, du psoas et du droit antérieur par les étirements bien réalisés. 
  • Eviter la bascule du bassin par le renforcement des muscles fessiers et le travail d’équilibre lombo-pelvien.
  • Corriger les appuis dynamiques par le port de semelles orthopédiques adaptées.
  • Respecter la douleur et un repos sportif conséquent de plusieurs semaines…

 

Il s’agit d’une pathologie très fréquente, notamment chez les femmes, qui peut gâcher le plaisir de courir pendant plusieurs mois. Une pathologie à respecter et à prendre en charge de manière pluridisciplinaire : entraîneur,  médecin, kinésithérapeute, ostéopathe, podologue du sport, préparateur physique, parfois chirurgien. 

 

Le conseil préventif : Pour les coureurs sur route, la pose du pied au sol se partage en trois phases : 

  • 1ère phase : phase d’attaque, ou phase de réception, ou atterrissage,
  • 2nde phase : phase de soutien, ou phase d’équilibre ou de stabilisation,
  • 3ème phase : phase de poussée, ou phase de propulsion et de décollage.                                                                                                                                                                                
  • La phase de soutien est la plus complexe car elle se déroule dans les trois plans de l’espace et est définie par des critères complexes de valgus de l’arrière-pied et d’abduction du médio-pied autrefois décrits sous le terme de pronation. Cette phase de soutien est physiologique, elle permet d’axer la phase de propulsion et donne son efficacité à la foulée. Restez derrière vos collègues d’entraînement et regardez leurs appuis après 60 à 90 minutes de course. Vous pourrez remarquer que le pied d’appui part vers l’intérieur de manière plus ou moins importante. Cette éversion (terme qui doit remplacer la pronation, j’insiste) est, en grande partie, fonction du poids du sportif, de sa vitesse et de sa technique de course. Elle s’aggrave à la fatigue, peut devenir trop importante et être alors responsable de nombreuses blessures du coureur : tendinopathie du tibial postérieur, périostites, douleurs rotuliennes, syndrome de la bandelette ilio-tibiale.
  • Les fabricants de chaussure de running ont cherché depuis longtemps à limiter cette éversion en mettant en place des éléments internes dits anti-pronateurs. La difficulté est de limiter cette éversion sans supprimer son effet physiologique très positif sur le rendement de la foulée. En clair, des éléments anti-pronateurs trop efficaces peuvent avoir des effets négatifs en déclenchant aussi des blessures.
  • Une éversion répétée et trop importante au niveau du pied fait évoluer l’axe de la jambe et de la cuisse et entraine le genou vers l’intérieur. Ce mouvement qui perturbe l’alignement pied- genou-hanche se répercute au niveau du bassin. Celui-ci ne peut plus rester horizontal. (Voire photo/schéma)
  • Comment stabiliser les appuis au sol et prévenir les effets négatifs d’une éversion trop importante ? Le renforcement des différents muscles stabilisateurs du pied, le tibial postérieur, le long fléchisseur de l’hallux et surtout les muscles « intrinséques » situés sous le pied, permet de limiter l’éversion à la fatigue. Pour être totalement efficace, ce « gainage du pied » devrait être systématiquement associé à un renforcement des muscles stabilisateurs des hanches et du bassin.
  • Nous voici revenus à une vision globale de la prévention des blessures par une véritable préparation physique et un renforcement musculaire dont les objectifs sont de stabiliser les articulations dans l’axe de la course. Qui a dit que la course à pied était un sport simple et abordable par tous sur le plan mécanique ? 

 

La rotule du marathonien : une mécanique très fine et fragile qui doit faire face à des contraintes répétées et maximales

 

Attention blessure de surmenage sur deux magnifiques mécanismes de précision.

Comment cela se manifeste t’il ?

Le coureur est gêné par une douleur située au niveau de la face antérieure du genou. Ces douleurs sont aggravées par les sorties d’une durée supérieure à 30-40 minutes, par la montée des côtes ou au contraire la descente des escaliers, sont souvent accompagnées de sensations désagréables d’instabilité, de craquement, de ressaut. Parfois le coureur a du mal à localiser précisément les douleurs mais persiste à « maudire » son genou sensible.

Quelle prise en charge ?

L’examen clinique est simple car il est facile de reproduire la douleur que le sportif ou la sportive reconnaîtra de suite. Si elles sont incontournables, les radiographies standards seront souvent insuffisantes pour établir un diagnostic précis. Il faudra alors envisager une échographie, une IRM ou un arthro-scanner pour localiser les éventuelles atteintes cartilagineuses situées soit au niveau de la face postérieure de la rotule, soit sur la face antérieure du fémur.

Les soins médicaux sont prioritaires en luttant contre la douleur par les massages, la mésothérapie voire l’acupuncture. La rééducation consiste à assouplir, renforcer, rééquilibrer les muscles autour de la rotule et du genou. La visco-supplémentation par injections intra-articulaires devra parfois être envisagée pour permettre de soulager le marathonien.

Le conseil préventif : S’étirer c’est bien, mais s’étirer efficacement et consciencieusement c’est toujours mieux… Les étirements actifs et passifs des muscles des chaînes postérieures (lombaires, fessiers, ischio-jambiers, triceps sural) sont très souvent peu ou mal réalisés par les coureurs à pied. Pour toutes les blessures du genou, un travail harmonieux des muscles qui stabilisent le genou et des muscles qui stabilisent le bassin, ainsi qu’un travail régulier des appuis, sont des éléments essentiels dans le traitement et la prévention de blessures parfois très longues à soigner.

 

Douleurs de la face interne du genou, ménisque et cartilage 

 

Comment cela se manifeste ? Douleurs, gonflements, raideurs, craquements, sont les signes habituels d’une atteinte articulaire à ce niveau. Ces signes évoquent le plus souvent des phénomènes d’usure méniscale ou d’arthrose.

Les douleurs de la face interne du genou sont le plus souvent en relation avec une atteinte de l’interface articulaire, le cartilage et le ménisque interne qui se situent entre le fémur et le tibia. Les ménisques sont des cartilages fibreux et mobiles qui ont un triple rôle : ils participent à l’amortissement des impacts entre tibia et fémur, à l’alignement entre fémur et tibia, et à la stabilité dans les rotations du fémur sur le tibia. Les ménisques sont hyper-sollicités chez les sportifs et finissent par s’user. On utilise dans ce cas le terme de dégénérescence méniscale. Chez les sportifs, l’arthrose est dite « secondaire » car le cartilage est normal mais son usure est en relation directe avec une surcharge d’activités physiques et des pressions répétées trop importantes.

En cas de consultation pour des douleurs internes du genou, la question qui se pose immédiatement est la suivante : quelle est la lésion  anatomique qui fait souffrir ? Si le sportif est jeune, il est probablement atteint d’une lésion méniscale isolée. Mais si le marathonien a plus de 35 ans, s’agit-il d’une simple usure avec dégénérescence méniscale ou est-il gêné à la fois par une lésion méniscale et par une atteinte du cartilage avec arthrose ? Chez les quadragénaires malheureusement, les atteintes méniscales et les atteintes du cartilage sont associées dans 70 à 90% des cas.

Quelle prise en charge ? L’échographie est d’emblée l’examen de choix car elle permet de bien visualiser le ménisque interne et le cartilage donc de faire un bilan précis des lésions méniscales et arthrosiques.

En cas de lésion méniscale importante, elle permet d’infiltrer très précisément les produits cicatrisants au niveau de la zone atteinte, soit dans le ménisque lui-même, soit à la jonction entre le ménisque et la capsule douloureuse. 

En cas de signes d’arthrose prédominants, les infiltrations de visco-supplémentation peuvent être envisagées lorsque le genou est moins douloureux et qu’il n’existe aucun épanchement de synovie dans l’articulation. Le repos sportif est donc fortement recommandé en évitant pendant plusieurs semaines les sports avec impacts au sol. Les sports moins « arthrogènes », c’est-à-dire moins traumatisants pour l’os et les cartilages, comme le vélo, la natation, l’elliptique permettent d’entretenir la condition physique et la mobilité articulaire.

Envisager un acte chirurgical sur une articulation est toujours une prise de risque pour le sportif et son avenir mécanique. Par exemple, la complication essentielle d’une exploration intra-articulaire par arthroscopie est de déclencher des phénomènes arthrosiques rapidement. Ainsi le sportif traité au départ pour une simple lésion méniscale peut se retrouver réellement handicapé dans les années qui suivent par des douleurs en relation avec une véritable arthrose du genou. La chirurgie étant pratiquement toujours « arthrogène », les bénéfices et les risques pour une arthroscopie sur lésion méniscale chez un sportif de plus de 40 ans doivent donc être longuement mis en balance. Actuellement, les recommandations internationales conseillent l’arthroscopie uniquement dans le cas d’un fragment méniscal instable.

Le conseil préventif : Revenons aux rôles mécaniques des ménisques : amortissement, alignement, stabilité. Trois fonctions essentielles qui vont se dégrader avec l’âge et avec la pratique sportive. Ménager ses genoux pour courir longtemps, c’est épargner ses ménisques en adoptant un comportement responsable : ne pas abuser des compétitions et des sorties longues en les programmant avec précaution, savoir repérer les signes de fatigue et savoir se ménager des périodes de récupération, éviter les mouvements dangereux de flexion brutale ou répétée du genou (attention au bricolage et au jardinage), être vigilant lors des mouvements de rotation ou de torsion sur un genou, éviter les exercices agressifs comme les squats complets et les fentes sautées.

 

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À suivre…

 

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