Le désentraînement, un mal pour un bien ?

Nous avons déjà évoqué la problématique du désentraînement en maintes occasions :

- Lors de la période d’affûtage (réduction des charges d’entraînement dans l’attente d’une surcompensation)

- Lors des périodes de coupures annuelles ou de récupération post-course (arrêt total ou partiel des charges d’entraînement)

- Lors des périodes de blessures (arrêt total ou pratique d’activités croisées non traumatiques).

Female athlete resting and relaxing after workout. Woman lying down on grass. Healthy lifestyle and happiness concept

Le désentraînement est donc une « déshabituation » aux efforts propres à son activité, sur les plans musculaires, cardio-vasculaires, enzymatiques… ; une désadaptation progressive aux niveaux central et périphérique.

Avant d’entrevoir l’ensemble des modifications générées par un arrêt substantiel, intéressons-nous au métabolisme des glucides et des lipides, les 2 composés énergétiques dégradés au cours des efforts dits en endurance. 

 

 

Quelques jours suffisent

 

Le changement des activités enzymatiques du métabolisme oxydatif est rapide. Après une semaine de désentraînement, il faudra 4 semaines d’entraînement pour retrouver le niveau initial, et davantage si la coupure est plus longue. On observe le même phénomène pour les transporteurs GLUT 4 et MCT 1. 

 

Le transporteur de glucose (GLUT4) est une protéine dont le rôle essentiel est le transport du glucose du plasma au muscle et au tissu adipeux. 

Le MCT1 est un MonoCarboxylate transporteur qui catalyse le transport des monocarboxylates comme le L-lactate, le pyruvate et les corps cétoniques à travers la membrane plasmique. 

 

Ainsi, la diminution progressive du nombre de ces transporteurs réduit la fourniture énergétique, quantitativement et qualitativement. 

Parallèlement, le VO2max et la capillarisation diminuent plus lentement. De même, la capacité mitochondriale de synthèse de l’ATP (la seule source énergétique directement utilisable par le muscle) est réduite d’1/4 suite à un désentraînement de 3 semaines. De plus, ces diminutions d’activités enzymatiques sont davantage localisées dans les fibres de type I (les fibres oxydatives, particulièrement endurantes). 

Concernant les enzymes glycolytiques, seule la lactate déshydrogénase (LDH) varie et voit sa concentration augmenter.

 

Les lactates déshydrogénases (LDH) sont des enzymes qui catalysent la conversion du pyruvate en lactate et vice-versa. Elles interviennent donc dans le métabolisme des glucides. 

 

La combinaison de ces transformations a pour effet d’abaisser le seuil lactique (ou seuil anaérobie) ; Ainsi, pour une même intensité d’effort, l’athlète produit et accumule plus de lactate sanguin. (Costill, D. L., Fink, W. J., Hargreaves, M., King, D. S., Thomas, R., & Fielding, R. (1985). Metabolic characteristics of skeletal muscle during detraining from competitive swimming. Medicine and science in sports and exercise)

 

Du côté des lipides, le constat est le même. Si on s’intéresse aux adipocytes, cellules qui stockent les graisses et forment le tissu adipeux, leur taille augmente. Un retour à l’état initial, après 3 semaines de désentraînement, est généralement observé en 1 mois. Chez le rat, un désentraînement de 7 jours provoque une augmentation de 90% des dépôts graisseux rétro-péritonéaux (le péritoine étant la membrane qui entoure les viscères et les maintient en place). (Laye MJ, Thyfault JP, Stump CS, Booth FW (2007) Inactivity induces increases in abdominal fat. J Appl Physiol)

 

Ainsi, le métabolisme des glucides et des lipides est fortement perturbé par le désentraînement, et cela dans un laps de temps assez court. L’ensemble des modifications est résumé dans le tableau ci-dessous.

image2

Les effets du désentraînement en endurance

 

 

Arrêt total ou service minimum ?

 

D’un point de vue biochimique, il ne faudrait jamais s’arrêter puisque quelques jours suffisent à la désadaptation et donc à la baisse de la capacité de performance. De même, les physiothérapeutes préconisent à présent le maintien d’un stress mécanique minimal pour éviter les blessures de reprise. Pour autant, cela est contraire au concept de périodisation de l’entraînement qui prévoit des phases de repos pour la récupération mais aussi la régénération, processus dont l’inertie est plus grande. C’est donc avec l’ensemble de ces données qu’il faut composer pour établir une stratégie individuelle en fonction de son calendrier de compétitions, de ses charges socio-professionnelles et de ses sensations. La fatigue centrale est bien entendu à prendre en compte, et notamment la restauration de la balance sympatho-vagale et des secrétions hormonales associées. 

Ainsi le désentraînement lié aux périodes de récupération est un mal nécessaire dans la préservation de son intégrité physique et dans la préparation des performances futures. Pour en limiter les effets négatifs, on peut toutefois privilégier une reprise douce et croisée après 5 à 10 jours de repos total dans le cas d’un trail long ou d’un ultra trail. 

 

Réagissez