Sur les traces de la Cape Epic

Article écrit par Cyril Granier

Il est des courses dont le nom raisonne comme un rêve, si je vous dis Afrique, réserves animalières, nation arc en ciel, Nelson Mandela…
Vous l’aurez compris, nous allons parler de la course extrême du VTT, nommée la Cape Epic.
Mais plutôt que de parler simplement de cette magnifique épreuve, je vais vous la présenter au travers des résultats de l’équipe victorieuse de cette année, composée de Jordan et Sarrou Matthew Beers tous les deux membres du Team Specialized.

Crédit photo : San Clarke / Cape Epic
Crédit photo : San Clarke / Cape Epic

Mais avant de rentrer dans les chiffres de la victoire essayons d’abord de comprendre ce à quoi correspond de prendre le départ de la Cape Epic.

 

Un parcours type de la Cape Epic c’est quoi ?

Chaque année, les organisateurs font évoluer le parcours, en essayant de conserver les mêmes proportions de distance et de dénivelé (D+), le tout dans la région du Western Cap.

Nous sommes sur un format de course VTT un peu spécifique, se composant de 8 étapes successives dont un prologue en ouverture. Cette année par exemple, ledit prologue, se déroula au Cap avec un parcours au pied des magnifiques Table Mountains, sur une distance de 20 km et 600 m de D+.

Les autres étapes, 7 au total, sont un enchainement d’épreuves cross-country marathon, avec une distance moyenne journalière de 84 km et 2015 m de D+. Autant vous dire qu’il va falloir aimer le vtt.

La plus grosse étape de 2021 se déroula dès le 2nd jour, avec 98 km et 1850 m de D+, histoire de se mettre directement dans le bain ou plutôt le grand bain.

 

 

Les athlètes sur la Cape Epic

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Soyons clair, hormis les cadors du VTT marathon, il n’y avait pas le plateau habituel chez les hommes. En temps normal, les vététistes XCO font le déplacement et ces dernières années ont pu concourir des cyclistes comme Schurter et Foster, Fumic, Avancini…

Cette année particulière, avec toutes les contraintes que l’on connait, n’a pas permis d’avoir un plateau aussi dense que d’habitude mais une victoire reste une victoire et une victoire sur la Cape Epic reste grandiose tant par l’effort quelle demande que la gestion nécessaire pour y parvenir.

Côté féminin c’est à peu près le même constat, Specialized a joué le jeu avec une équipe tonitruante, en la présence de Sina Frei et Laura Stigger. Mais il est vrai que la concurrence n’était pas vraiment la car la deuxième équipe terminera à plus de 40 min au classement général final.

 

 

L’analyse globale de la course des vainqueurs

La stratégie de course mise en place par Jordan Sarrou et son coéquipier, peut déjà s’étudier au travers des temps réalisés lors de chaque étape. Pour se faire, je me suis plongé dans les classements étapes après étapes.

Le duo Specialized a finalement joué la différence dès le prologue, où ils ont frappé un grand coup, en mettant leur poursuivants directs, Filippo Colombo sociétaire du team Absolute Absalon et l’Italien Juri Zanotti à 1’39.

Pour moi, il s’agit ici d’un choix judicieux bien que téméraire car avec les qualités physiques de Jordan Sarrou, pur spécialiste de formats courts, il fallait être certain que l’enchainement des jours suivants soit réalisable.

Dès ce jour, leur régularité et leur consistance aux avant-postes leur permettra de demeurer en première position et d’accroitre leur avance au classement général.

En effet, après la 3ème étape ils ont 1’43 d’avance sur les seconds et dès la 4ème étape, qu’ils finissent à la 2ème position (à 43 s de la gagne), ils se détachent et viennent confirmer leur avance avec 6’42 sur le Team Bulls.

Mais comme sur une Cape Epic rien n’est fini avant la ligne d’arrivée franchie et que de nombreux renversements peuvent se produire, il est fort de la part des deux athlètes Specialized d’avoir systématiquement joué placé, pour finir dans les 5 premiers des dernières étapes, toujours à moins de 1’40 de la gagne.

Ils achèveront cette course à étape avec 8’59 d’avance sur leurs dauphins du team Bulls, composé de Martin Frey et de Simon Stiebjahn.

L’écart semble important mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une course à étape. De plus, si l’on se réfère aux résultats passés, on se rend compte de temps semblables.

Par exemple, en 2019, l’équipe suisse composée de Nino Schurter et Lars Foster s’imposait avec 7’36 d’avance sur le duo de la Cannondale, Fumic et Avancini. Ce même constat se fait les années précédentes également.

 

De plus, en remontant un peu les classements on observe que l’équipe Specialized masculine, fait de la Cape Epic une épreuve incontournable de son calendrier car elle y a pris la 5ème, 1ère, 2ème, 2ème position respectivement en 2019, 2018, 2017 et 2016.

Depuis 2010, cette équipe a toujours répondu présente sur l’épreuve Sud-Africaine en terminant dans les 5 premiers, avec 6 victoires en 10 organisations, ce qui en fait l’équipe la plus titrée à ce jour.

 

 

L’effort global d’un vainqueur de Cape Epic

Allons maintenant plus loin dans l’analyse de la course proposée par Jordan Sarrou. Il est des logiciels libres d’accès qui donnent tout de même des informations intéressantes, lorsque l’on souhaite comprendre l’effort produit.

Pour ne pas le nommer, je suis allé fureter du côté de Strava, où je n’ai malheureusement pas eu accès aux données de FC et de puissance du coureur mais en revanche, on peut y trouver ses vitesses de déplacement ainsi que ses cadences.

 

L’infographie ci-dessous vous résume la Cape Epic de Jordan Sarrou.

 

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Pour les vainqueurs de l’épreuve il faut compter un temps passé sur le vélo de 25h. Autant vous dire que si je devais prendre moi-même le départ et produire ce genre d’effort, le double de temps serait envisageable… Nous ne sommes pas tous égaux face à la nature.

Les coureurs ont parcouru cette année aux environs de 606 km et ont gravi l’équivalent de 3 fois le Mont Blanc.

En termes de dépense énergétique, Jordan Sarrou aurait dépensé de 26 240 kJ, soit l’équivalent de la consommation de 30 hamburgers.

 

 

Décortiquons un peu plus

Rentrons maintenant dans le détail des étapes et des vitesses de déplacement en course.

L’étape la plus rapide, vous vous en doutez, fut le prologue du premier jour remporté par le duo Specialized, en moins de 45 min d’effort et une vitesse moyenne de 27,1 km/h. Autant se le dire également, la Cape Epic n’est pas réputée pour être ultra technique et passe pour une course très roulante.

Mais attention n’allez pas croire que cette vitesse du prologue soit totalement éloignée des autres étapes beaucoup plus longues en durée et distance.

La vitesse moyenne en course de Jordan est de 23,9 km/h, si on exclut la première journée et 24,3 km/h en la conservant…. C’est dire tout de même le niveau du coureur.

 

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Regardez vos dernières moyennes en course et vous comprendrez que la performance réalisée est vraiment très, très impressionnante.

En 2019, Nino Schurter et Lars Foster les vainqueurs de la Cape Epic 2019 sur un parcours de 624 km pour 16650 m de D+ ont mis un peu plus de 26 h ce qui représente une vitesse moyenne aux alentours de 24 km/h.

 

L’étape la plus rapide or prologue, réalisée par le duo, fut l’étape n°4 entre Saronsberg et Slanghoek sur 73 km et 1650 m D+. La moyenne fut de 25,8 km/h. Vous me direz que l’on est loin en distance de la plus longue des étapes et vous aurez raison.

La plus longue étape le 3ème jour (étape 2) entre Ceres et Saronsberg annoncée à 96 km mais faisant au compteur de Jordan 99,2 km pour 2335 m D+. D’après vous à quelle vitesse les Specialized l’ont effectué ? Pas moins que 25,2 km/h…

Je me demande si en vélo de route je serai présentement en mesure de réaliser cela…. J’arrête de ce pas les comparaisons. Ce n’est pas par hasard que l’on bascule de coureur à entraîneur.

L’étape roulée la plus lentement fut les 85 km avec 2840 m de D+ dans les environs de Wellington. Ils ont tout de même parcouru cette distance en 21,5 km/h après déjà 5 jours consécutifs de course et plus de 375 km parcourus. Au regard de la météo, 92% d’humidité, 15°C et 13 km/h de vent je présume que le beau temps n’était pas spécialement au rendez-vous…

Ces premières indications nous permettent d’ores et déjà de situer le niveau de ce binôme victorieux de la dernière Cape Epic mais allons voir maintenant au-delà des vitesses moyenne ce qu’il s’est réellement passé.

 

 

Les stratégies de gestion de l’effort

Vous le savez peut-être et si vous ne le savez pas je vous l’apprends, ma spécialisation au cours de ma thèse était sur l’analyse de la performance et la gestion des allures en course.

De ce fait, ma curiosité m’a poussé à me pencher sur cet élément, en décryptant chaque étape de course de 10 km en 10 km, afin d’observer les évolutions de vitesse et de cadence au fil des jours.

 

 

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Ce premier graphique est créé à partir de toutes les vitesses moyennes sur l’ensemble des étapes hormis le prologue.

Pour chacune des étapes, j’ai découpé le parcours de 10 km en 10 km. Lorsque la distance était de 98 km par exemple, le dernier tronçon évalué ne faisait que 8 km au lieu de 10.

J’ai donc fait la moyenne des vitesses de déplacement des 10 premiers kilomètres pour chacune des étapes, des 10 km suivants…. Et ainsi de suite jusqu’à la distance maximale de 99 km.

On observe alors sur le premier graphique une course on forme de « U », signifiant un départ rapide puis une allure qui diminue dans les kilomètres suivants, pour se stabiliser entre le 30ème et le 70ème kilomètre et augmenter en fin de course.

Il est assez étonnant de voir une gestion de l’effort finalement assez proche de celle que j’ai pu entre-apercevoir lors de l’analyse des stratégies d’allure sur des courses de cross-country olympique. L’allure de la courbe de vitesse semble la même à deux exceptions près.

La première concerne le début de course, qui s’effectue généralement à de plus grandes vitesses que la fin de course en coupe du monde VTT-XCO.

Dans le cas de la Cape Epic et du graphique ci-dessus, le départ est certes rapide mais les 20 à 30 derniers kilomètres sont fréquemment roulés à plus vive allure que l’entame de l’étape.

La deuxième différence réside dans le fait que les meilleurs coureurs mondiaux de xco, sont capable d’augmenter leur vitesse de déplacement en fin de course, lors du dernier tour mais cette vitesse en augmentation n’est jamais supérieure au premier ou au second tour. Or ici on constate vraiment une grosse différence entre le début et la fin d’une épreuve.

 

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Ce nouveau graphique résume la gestion de l’allure pour chacune des étapes et comme toujours, j’ai sorti de l’analyse le prologue, même si ce dernier à une tendance semblable. Vous me direz que vous n’y voyez ou ne comprenez pas grand-chose.

On y observe cette tendance générale évoquée au paragraphe précédent mais si l’on est un peu plus attentif, on peut préciser notre analyse.

Lors des étapes 4 (Jaune) et 6 (verte) tout ne s’est pas déroulé comme expliqué auparavant. En effet, on observe une gestion de l’effort en « positive split ». Cela signifie qu’au fil des kilomètres, la vitesse de déplacement à diminuée ce qui est généralement signe ou d’un départ trop rapide ou d’une défaillance physique dans le temps.

Pour avoir la confirmation de cela, il faudrait bien entendu demander au coureur si tel fut le cas mais visiblement ces deux étapes roulées à respectivement 25,8 et 23,3 km/h ont laissé des traces.

 

 

L’étape 4, fut la plus rapide de la course pour le duo Specialized et ils prendront la 2ème place à 43 s de la gagne.

L’étape 6 s’est déroulée sous la pluie sur un sol rendu certainement moins praticable et modifiant dès lors la stratégie de course notamment en fonction des aptitudes techniques des coureurs mais aussi leur gestion alimentaire et du matériel.

 

J’ai également ajouté sur le graphique en pointillés rouges, la vitesse moyenne et en rose l’écart au-delà duquel la stratégie d’allure employée était rapide (au-dessus de la moyenne et du trait rose) ou lente (en dessous de la moyenne et du trait rose) qu’à l’accoutumée.

Généralement, les phases ou les courbes sont basses, signifient que les athlètes effectuent une montée, ce qui se confirme systématiquement dans l’analyse de l’effort de Jordan. Par contre si l’on regarde la dernière étape (rose fuchsia) on voit que les allures varient peu mais qu’en plus elles demeurent en début de course, en dessous de notre valeur plancher, pour tendre vers la moyenne à mi et fin de course.

 

Trois hypothèses s’offrent à nous pour comprendre cette stratégie, soit le coureur français était épuisé et c’était « sauve qui peut », soit il a dû attendre son co-équipier et il a roulé à sa vitesse, soit ils ont géré leur effort pour suivre le rythme des vainqueurs d’étape sans perdre leur leadership au classement général.

Vous l’aurez compris en observant l’évolution des chronos ainsi que les vitesses de déplacement, on peut en apprendre beaucoup sur la gestion d’un effort de compétition. Mais la chance que nous avons, c’est que les données de cadence sont aussi visibles sur Strava.

J’ai donc fait pour vous une analyse semblable afin de comprendre comment le pédalage se faisait au fil des kilomètres et des étapes de course.

 

 

L’évolution des cadences en course

Regarder l’évolution des stratégies d’allure en course est toujours quelque chose de révélateur mais il en est tout autant pour les cadences employées. En effet, sur des épreuves de longue distance, une fatigue progressive s’installe amenant le sportif dans ses derniers retranchements musculaires. Cela influencera directement le pattern de pédalage et Jordan Sarrou ne fait pas défaut à cela.

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La cadence moyenne du coureur au fil des jours est de 80 revs/min (revs = révolution) avec la plus haute cadence moyenne obtenue au cours du prologue (84 revs/min) et la plus basse sur les étapes 5 et 6. L’étape 5 est celle ou les coureurs ont affronté le plus de dénivelé et l’étape 6, s’est déroulée sur un terrain plus meuble, engendrant des cadences plus faibles.

 

En regardant l’évolution moyenne des cadences de pédalage tous les 10 km sur l’ensemble des étapes (Graphique 3), on s’aperçoit que la valeur au départ et à l’arrivée sont assez semblables proches de 83,5 revs/min. Ceci est souvent lié au fait que les départs et arrivées de courses sont fréquemment sur des chemins sans grandes difficultés et assez roulants, ce qui permet d’avoir une cadence plus élevée.

Il est ensuite intéressant de noter que ces cadences diminuent au fil des kilomètres. On le constate précisément sur ce même graphique, où l’équation de la droite moyenne présente une diminution moyenne de 0,5 revs/min (pente de la droite) tous les 10 kilomètres.

Attention, ici nous tenons compte des valeurs élevées et notamment de la valeur en fin de course, qui est beaucoup plus importante. On passe effectivement de 73,5 revs/min en moyenne entre le 80 et le 90ème kilomètre, pour une cadence aux environs de 83,5 revs/min dans les 10 derniers kilomètres de course.

Si maintenant comme le montre le graphique 4, nous enlevons cette dernière valeur de 83,5 revs/min, considérant que les arrivées sont roulantes et donc différentes du reste de la course, on observe une perte moyenne de 1 revs/min tous les 10 km avec une très bonne corrélation entre le temps et la cadence déployée sur chacune des étapes de cette épreuve.

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Lorsque que l’on regarde maintenant l’analyse des cadences étapes après étapes, on voit bien la tendance générale à la perte de cadence au fil des kilomètre, avec un regain en fin de course.

Seule exception, l’étape 4, qui est la seule ou la cadence baisse jusqu’à l’arrivée. Rappelez-vous, l’étape 4 est celle ou Jordan et Matthew ont pris la 2ème position à 43s des vainqueurs et ont roulé à quasiment 26 km/h de moyenne durant 70 km. Ils ont peut-être tenté le tout pour le tout, afin de creuser l’écart sur les équipes poursuivantes, qu’ils relègueront à 1’10 environ.

On constate également, que les étapes 5 et 6 encore elles ressortent avec des valeurs de cadence inférieures à la moyenne et ce dès le 40ème kilomètre.

Une chose me fait sourire en regardant ces informations car vous le voyez comme moi c’est vraiment au bout de 40 km que la pente moyenne de la relation entre le temps et la cadence change…

On va se livrer à un petit calcul…

Sachant que le coureur en question roule à 24 km/h de moyenne et qu’il voit sont pattern de pédalage évoluer à partir de 40 km d’effort, pouvez-vous me dire combien de temps de course cela représente ?

Je vous refais le calcul (v=d/t pour les vieux souvenirs) soit 1h40 de course environ. Cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Ne sommes-nous pas très proche des formats de courses olympiques sur lesquelles Jordan Sarrou Brille actuellement ? Comme si ces habiletés de pédalage étaient programmées pour un temps donné et passé ce délai la qualité de « pied » ou peut plutôt de recrutement musculaire commence à se détériorer doucement.

 

Vous l’aurez compris, ces analyses permettent de mieux comprendre l’effort produit par le coureur de chez Specialized et de cerner ce qu’il en est si vous souhaitez un jour, non pas rivaliser avec Jordan Sarrou mais plutôt dans un premier temps, participer à une telle épreuve.

Mais dites-vous bien qu’un tel choix ne s’improvise pas et qu’il va falloir pour cela passer un peu de temps à l’entraînement.

 

 

Et vous, la Cape Epic ça vous tente ? (la préparation)

Comme je l’évoquais précédemment, pas d’improvisation pour une Cape Epic, elle doit se préparer tant au niveau de l’entraînement, que des stratégies alimentaires et hydriques. L’objectif de cette partie est de faire simplement un point, de vous livrer quelques recommandations si ce défi vous motive.

 

Premier point et non sans importance, connaitre les bases de la mécanique car il est souvent nécessaire de devoir réparer à minima une crevaison sur ce genre d’épreuve.

 

Tenir la distance : il s’agit d’une course marathon mais qui plus est, à étape comme nous l’avons analysé. Il vous faudra être capable d’enchainer les journées de course avec la fatigue qui s’ajoute au fil des journées…

 

La tenue de vélo : Pensez bien à un élément fondamental en vélo, j’ai nommé, votre postérieur. C’est le moment de choisir un cuissard adapté à ce genre d’enchainement et qui vous procure du confort peu importe les heures de selle accumulées. Il faudra donc un équipement d’une grande qualité mais également en quantité suffisante, pour repartir avec des vêtements en état pour les étapes suivantes. Donc un conseil testez différents modèle ou différentes marques de cuissards au cours de votre préparation et débarquez sur l’épreuve avec des tenues que vous connaissez et qui ne vous provoquent aucun dérangement ou irritations.

 

La position sur le vélo : habituellement en vtt xco ou sur des sorties loisirs, les vététistes ne font que peu de cas de leur position, pensant que le fait de beaucoup bouger sur le vélo en changeant de positions leur évite pas mal de désagrément. Je coupe de suite court à cela, une mauvaise position reste une mauvaise position, peu importe ce que vous faites quand vous roulez. Mais si vous vous lancez sur des courses marathon à étape, le moindre petit grain de sable peut avoir des conséquences importantes. Imaginez une cale mal réglée, qui provoque une légère inflammation du tendon rotulien mais qui s’estompe ou disparait complètement habituellement le lendemain d’une sortie. Sur une Cape Epic, la sortie du lendemain va au moins durer 4 à 5h… Ce n’est pas non plus de la petite balade en termes d’intensité.

Ou encore, imaginez une selle trop étroite. Résultat, irritation au niveau des ischions. Pensez-vous que la crème pour peau de chamois suffira le lendemain ? et le surlendemain quand vous repartirez pour 80 km…. ? Votre peau pourrait être à vif.

Donc avant de se lancer dans ce genre de défi on passe faire un tour dans un cabinet d’étude posturale.

 

Le programme de courses : Comme on le dit, « Rome ne s’est pas faite en un jour ». Il en va de même pour vous et vos capacités physiques. Il faudra forcément en passer par des courses marathon au fil de l’année et s’essayer sur des épreuves marathons de plusieurs étapes. Vous allez pouvoir au cours de l’année monter crescendo dans la difficulté des épreuves, en vous attaquant à des marathons sur une seule journée, puis des épreuves de 2 jours, pourquoi pas une épreuves de 3 à 4 jours avec de courtes distance et enfin un premier vrai test sur une Swiss Epic par exemple.

Peu d’épreuves existent en France mais on pourrait citer la Transmaurienne, la Pyr Epic, la Transpyr, l’Alps Epic, la Transvésubienne, la Ventoux Xtreme MTB, l’Ultra Raide de la meije, le Roc Laissagais, La MB Race….

Vous allez également trouver d’autres épreuves aux frontières de la France, comme des courses à étapes en Espagne telles que la Volcat ou la Mediterranean Epic, ou encore la Swiss Epic et la Andorra MTB. Vous n’avez plus qu’à construire votre calendrier de course.

 

Apprendre à se connaitre et à maitriser ses émotions : Comme pour les traileurs longue distance, il va falloir appréhender la gestion de l’effort et savoir se gérer dans les moments d’euphorie, comme dans les passages à vide. La longue distance ça se travaille mentalement, il n’y a aucun doute. Savoir relativiser, savoir tirer parti d’une situation difficile… et du coup pour la Cape Epic s’assurer d’être un binôme complémentaire. Si vous n’êtes pas capable de supporter votre camarade ou de vous supporter vous-même plus de deux jours d’affiler, dans des situations de fatigue importante, les relations peuvent vite se tendre.

 

La technique : Les mauvaises langues diront que la Cape Epic est une course où très peu de difficultés techniques sont rencontrées. Attention toutefois car gérer sa technique après 50, 60 voire 100 km de course n’est pas tout à fait pareil que franchir une difficulté dans une compétition de 25 km….

Un conseil, travaillez votre technique… c’est primordial pour s’économiser le plus possible dans les descentes, et d’éviter toute fatigue complémentaire et parasite qui viendrait dégrader votre pilotage ou votre lucidité, engendrant au passage des erreurs avec les conséquences que l’on sait.

 

L’entraînement : il va être en lien avec ma remarque sur le choix des compétitions préalables. Vous devez avoir la capacité d’enchainer les jours de course et donc d’entraînement. Si votre habitude est de faire 3 à 5 séances par semaine mais de vous laisser systématiquement du temps de récupération…

La Cape Epic va véritablement devenir épique pour vous et certainement pas très agréable au final. Donc à l’entraînement, on enchaine les jours, notamment les weekends, avec si vous le pouvez de grandes sorties. Pourquoi pas 4 à 6h de route avec du dénivelé le samedi dans les cols et enchainer le lendemain par 4h de vtt sur un parcours ludique et plutôt roulant. Mais il faudra à un moment enchainer encore davantage les jours d’entraînement pour que vous soyez apte ensuite à déjà simplement apprécier l’épreuve et non pas la subir.

On ne décide pas sur un coup de tête ,de se présenter au départ d’une telle épreuve et je pense qu’un gros passif en entraînement est important si l’on souhaite pouvoir répondre présent le jour J.

Mais comme pour les études posturales, je ne saurai trop vous recommander de foncer voir un entraîneur qui vous accompagnera dans ce projet.

 

L’alimentation et l’hydratation en course : Elle se travaille à l’entraînement mais sur ce genre d’épreuve dites-vous qu’en plus de l’effort et des pertes hydriques et minérales, vous risquez de rencontrer la chaleur, qui va amplifier les phénomènes de perte. Testez, testez, et testez à l’entraînement vos produits énergétiques, afin de comprendre comment vous les tolérez et jusqu’à quelle quantité vous pouvez aller.

Généralement pour des efforts de type xco compris ente 1h20 et 1h45, on recommande de prendre 30 à 40 g de glucides / h de course. Dans le cas d’efforts plus long mais également plus répétés comme une course marathon à étapes, on va plutôt opter pour des quantités pouvant aller jusqu’à 100g /h de glucides. Là ce n’est vraiment pas pareil pour vos intestins et il est vraiment primordial et je me répète de tester ce genre de chose à l’entraînement. Comment savoir ce dont vous auriez besoin ? Vos montres d’entraînement vous aident à le savoir, l’important est de connaitre votre dépense énergétique moyenne à l’effort. Si vous connaissez le nombre de kilocalories ou de kilo joules dépensées en moyenne sur un effort marathon, vous aurez une idée des quantités d’aliments que vous devez ingérer.

Pour ce faire, je vous invite à vous rapprocher d’un entraîneur, qui vous guidera et vous accompagnera dans la détermination de vos protocoles alimentaires et hydriques à l’effort. Si votre entraîneur ne s’en sent pas capable, foncez voir une ou un diététicien du sport et spécialisé dans les sports d’endurance. Petite astuce généralement l’organisation propose des produits énergétiques tout au long des parcours et peut même moyennant un supplément se rendre dans les zones de ravitaillement avec vos propres produits énergétiques.

 

La récupération : Elle va de pair avec l’entrainement. Je le répète tout le temps mais sans récupération pas de progression à l’entraînement et pas de performance en course. La récupération est primordiale sur ce genre d’épreuve car sans elle difficile d’enchainer le lendemain. Plusieurs choses sont possibles quand on parle de récupération mais les deux premières sont de s’assurer de refaire ses réserves énergétiques et cela doit se faire dès la ligne d’arrivée franchie. On prend sa boisson de récupération et on pense à compenser les pertes hydriques et minérales. Attention toutefois de ne pas vous ruer sur vos boissons et de boire 1L dans les 10 min qui suivent l’arrivée, vous risqueriez d’avoir des soucis gastriques… Oubliez aussi la bière car sans compter qu’elle va participer à l’accentuation de votre déshydratation, elle va également ralentir votre récupération énergétique et musculaire. Le repas qui suivra sera aussi primordial afin de recharger les batteries en glucides ainsi qu’en protéines.

Enfin le grand oublié, le sommeil, apprenez à vous coucher avant 22h car c’est entre 22h et 1h du matin, que le corps met en place tous les processus de récupération. Ensuite pensez aux oyens classiques comme les chaussettes de récupérations, l’électrostimulation, les massages, les bottes compressives…Tout élément est bon à utiliser afin de pouvoir repartir au combat le lendemain.

 

Après cette longue lecture j’espère vous avoir donné envie de tenter l’aventure de la plus grande course de vtt au monde. Mais retenez que ce genre d’épreuve afin d’être vécue le mieux possible, se prépare longtemps en amont et ce sur différents aspects que j’ai détaillé.

Êtes-vous en mesure de rivaliser avec Jordan Sarrou, je vous le souhaite mais si déjà vous mettez en pratique les conseils dispensés et que vous faites les choses méthodiquement et progressivement vous atteindrez très certainement votre objectif.

D’ici là, roulez bien et l’on se retrouve dans un prochain article.

 

Cyril GRANIER

Docteur en sciences du sport

Entraîneur Cyclisme

Bike Fitter, Level 2 IBFI

www.cgperformance.fr

Facebook : @CyrilGranierPerformance

Instagram : cyrilgranierperformance

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