Nos cousin Québécois, du vélo ils en font !

Article écrit par Cyril Granier

Lors des derniers championnats du monde de vtt qui se sont déroulés au Canada dans la province du Québec et plus précisément au Mont Sainte Anne, j’ai eu l’occasion d’agrémenter cette pause outre atlantique de de rencontres avec des acteurs clés du cyclisme québécois. Immersion intégrale dans le cyclisme de nos cousins québécois.

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Trois Rivières, ville paisible d’environ 135 000 âmes, située aux abords du Saint Laurent et à mi-chemin entre Québec et Montréal, abrite une université du même nom au sein de laquelle réside un groupe de chercheurs en sciences du sport qui nous a fait l’honneur de nous ouvrir ses portes afin de comprendre les enjeux de leur métier et l’application pratique de leurs projets de recherche.

L’accueil convivial est bien ce qui caractérise les québécois et plus particulièrement nos 3 acolytes qui autour d’une poutine (Québec oblige) m’ont présenté leur mode de fonctionnement.

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Le L-TIPS, est un laboratoire réunissant physiologie et biomécanique au service de la performance. Il a pour mission de mener des recherches innovantes sur le développement des technologies pour l’analyse des sports et de la performance humaine ; et de mettre à la disposition de la communauté sportive les expertises et les ressources développées. Hourra des chercheurs qui font de la recherche applicable à la communauté sportive dans son entièreté.

Claude Lajoie et Frédéric Domingue tous deux chercheurs à l’Université de Trois Rivières ont uni leurs forces et leurs compétences afin d’apporter leurs connaissances à la relève québécoise cycliste ainsi qu’à certaines structures françaises. 

Même si leur action est très centrée sur l’analyse de la posture sur le vélo, leur action peut toucher les aspects nutritionnels, d’évaluation des capacités physiques, d’entraînement, de gestion d’effort…. Ils décortiquent tous ces éléments points par points pour comprendre quels aspects de la performance peuvent être améliorés où peaufinés chez les futurs champions qui viennent les rencontrer. Accompagnés d’une équipe de 4 autres experts, ils collaborent au suivi et à la découverte des talents canadiens de demain. 

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Je l’évoquais rapidement mais leur action n’est pas centrée que sur le Québec. Si vous avez suivi l’actualité récente de nos équipes cyclistes professionnelles sur route, vous aurez peut-être remarqué leur présence autour notamment de l’équipe ARKEA SAMSIC. On a même pu les apercevoir en compagnie de Frédéric Grappe au sein du Centre d’Optimisation de la Performance Sportive (COPS) de Besançon, lieu où l’équipe cycliste Groupama Fdj a son centre névralgique. 

Autre élément intéressant dans leur quête de transmission du savoir au grand public, le L-TIPS en association avec la FFC propose normalement du 24 au 26 avril prochain (si le COVID-19 nous laisse tranquille) une formation au image5Vélodrome National de St Quentin en Yvelines, sur l’optimisation de la position en cyclisme. Malheureusement ne cherchez pas à vous inscrire, à peine ouverte, cette formation à fait le plein, mais je mets mon petit doigt à couper que d’autres formations de ce type verront bientôt le jour sur notre territoire. 

L-TIPS, laboratoire mobile engagé dans la performance et l’aide au développement des connaissances est une des facettes du cyclisme canadien mais n’est bien entendu pas la seule. Au cours de nos pérégrinations nous avons fait un arrêt supplémentaire à Québec… Oui oui nous nous reconvertissons en guide touristique. Allez suivez nous pour découvrir un autre aspect de ce cyclisme québécois et ça se passe plus précisément au 367 Rue Soumande à Québec.

Quand le GPS nous amène à destination on se dit, « wouaah, est ce que je suis au bon endroit ? » De l’extérieur, le parking d’un centre commercial et enfoncé dans un coin une allée et comme caché une porte desservant l’entrée d’un local discret.

 

Passer la porte de ce shop, c’est se sentir tout de suite dans une ambiance envoutante et bienveillante. Accueilli par un café proposé par Kévin Lynch, l’un des associé, mécano et barista pour l’occasion et pris en main par Bruno Langlois, les responsables de ce « Cartel », on a de suite envie d’en découvrir davantage. 

Vélo Cartel puisque c’est ainsi que se nomme ce lieu est avant tout un repère de comparses, un point de rendez-vous d’où émane une communauté de pratiquants et pratiquantes du cyclisme sous toutes ses formes.

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Un coté café, un côté magasin de vélo et d’équipements cyclistes, une salle d’entraînement et des vestiaires, tout est fait pour se sentir à l’aise et avoir envie de pratiquer. Assis sur une table à écrire ces premières lignes j’entends au loin de la musique, de la bonne musique, enfin celle que j’aime entendre et qui colle si bien à ce lieu. Au son de the Killers, Artic Monkeys ou encore the Strokes…  se côtoient de grandes marques de vélo telles que « Katusha » à « Pas normal » en passant par « Café du cycliste ». Ce shop d’une nouvelle ère mise tout sur la simplicité, le perfectionnisme et le contentement des clients. 

Bruno, Kévin et leur équipe de cyclistes vous conseillent au mieux le temps de basculer vers votre programme d’entraînement. En effet, Vélo Cartel n’est pas seulement un magasin, c’est aussi un centre d’entrainement comme nous en avons rarement vue. Nous connaissons en France le « rpm » ou le « spinning » qui est pratiqué dans les salles de remise en forme… avec du matériel parfois peu séduisant et adapté et des cours qui n’ont pas forcément grand-chose à voir avec du cyclisme. 

Oubliez totalement cela, ici nous évoluons dans autre chose, à un niveau de perfectionnement tout autre ou le plaisir, la technologie et le suivi particulier priment.

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Les cours dispensés peuvent être collectifs ou individualisés mais chose rare dans les cours collectifs, tout est basé sur vos propres capacités physiques qui sont évaluées au début du programme d’entraînement et les séances ajustées systématiquement lorsque les progrès se manifestent.

Leur méthode, un logiciel d’entraînement comme nous en connaissons plein à l’heure actuelle, du type Zwift, Rouvy…. Qui permet de créer des séances d’entraînement sur mesure.

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Des rouleaux installés, des home-trainer connectés, le tout permettant à chacun de voir si l’objectif fixé est atteint en temps réel. Oubliez les notions de PMA, FTP ou autres concepts franco américains. Ici on parle de CP5, 1, 8, 20….. Cela ne vous dit peut-être rien, pas d’inquiétude peu d’entraîneurs cyclistes aujourd’hui utilisent cette méthode de prescription de l’entraînement appelée Puissance Critique et nous n’allons pas aller plus loin que cela pour le moment dans les explications de ce concept (à retrouver dans un prochain article). 

Les entraînements proposés se font sur des cycles de travail de 3 semaines et une semaine de récupération et durent jusqu’à 6 – 7 mois…et oui n’oublions pas que nos cousins québécois ont de la neige tôt dans la saison et ces conditions demeurent longtemps, parfois jusqu’au mois d’avril/mai… Difficile de rouler dans la neige ou le froid.

Bruno ancien coureur professionnel et entraîneur cycliste encadre et teste chaque séance avant qu’elles soient proposées aux clients. Les entraîneurs « freelance » qui collaborent avec lui, doivent également tester les efforts que les clients feront par la suite. La clientèle de ce lieu peut être vous, moi, le commun des mortels cyclistes aussi bien que des équipes professionnelles comme nous le voyons sur les photos qui accompagnent ce texte.

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Ce « Vélo Cartel », loin d’être un repère de bandits est avant tout un lieu de rassemblement de passionnés de vélo, qui ne cherchent qu’à progresser ensemble autour de moments conviviaux. Verrons-nous arriver ce genre de structure en France dans les prochaines années ? Il est fort à parier que oui car même si les conditions climatiques ne sont pas celles de nos cousins québécois, certains centres d’entraînements cyclistes commencent à utiliser les mêmes outils et proposent une approche assez semblable, donc armez vous de patience et croisons les doigts.

 

Je ne pouvais finir cette découverte du Québec sans marquer un arrêt pour rencontrer une personne qui est la pierre angulaire du cyclisme dans cette région. Chercheur en sciences du sport, conférencier exceptionnel, bloggeur avide de conseils éclairés, passionné de cyclisme et pratiquant, rencontrer quelqu’un du calibre de Guy Thibault est quelque chose d’extraordinaire quand on est entraîneur et sport scientist. Mais être reçu par une personne qui vous accueille avec gentillesse et qui vous fait découvrir son lieu de travail et vous le présente avec passion et enthousiasme est une chose inoubliable. 

Guy Thibault est le directeur du service scientifique de l’Institut National du Sport du Québec basé à Montréal. Pour contextualiser, cela correspond à notre INSEP français. Autant vous dire que l’on se situe ici dans le saint des saints du sport de haut niveau québécois. Imaginez en plus que l’INSQ fait partie du réseau des instituts de sport olympique et paralympique du Canada qui se compose de centres du même type dans chacune des provinces du pays.

La contribution de l’INSQ dans le cyclisme est « détournée » puisqu’aucun espace d’entraînement spécifique n’y est dédié mais les athlètes peuvent y venir pour ce qui concerne la préparation physique, la récupération, l’alimentation, l’évaluation physique…. Les différents services cités sont là pour l’athlète et l’aider dans sa recherche de médailles. Autre point ou l’INS et son représentant sont impliqués, concerne les projets de développement et de recherche de la fédération québécoise de cyclisme qui a su à la fois s’entourer de l’INS et de ses chercheurs mais fait également appel à des chercheurs comme Claude Lajoie ou Frédérique Domingue du L-TIPS. Il y a ici une véritable synergie autour du projet de performance cycliste, ne reste plus pour eux qu’à concrétiser tout le travail déjà amorcer.

N’oublions pas non plus la contribution propre de Guy Thibault vis-à-vis du cyclisme. Il est en effet l’auteur de plusieurs livres sur l’entraînement tels que « Sports d’endurance entraînement & performance », « Entraînement cardio : sports d’endurance et performance » ou encore « En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer ». Si ces livres ne vous disent rien pour le moment, allez vite vous les procurer car ils sont une source intarissable de renseignements pour le sportif qui souhaite prendre en mains sont entraînement ou même l’entraîneur expérimenté. 

Que retrouve-t-on dans ces ouvrages ? Entre autres, la fameuse méthode d’entraînement par intervalle baptisée EPI et son schéma, qui permet de proposer de manière claire et synthétique un grand nombre de séances. 

Chaque courbe de couleur représente une intensité d’effort allant de 85 % à 110% PMA. On peut également voir apparaitre en ordonnée le nombre de répétitions à réaliser et en abscisse la durée des fractions d’effort. 

Il suffit alors pour développer sa puissance aérobie de choisir l’une des nombreuses séances proposées et modélisées par les points sur les courbes. 

Par exemple prenons le point « C » présent sur la courbe bleu correspondant à une intensité d’effort de 85% PMA. Chaque intervalle d’effort devra durer 2’30 et le modèle propose d’exécuter 16 répétitions. Reportez vous maintenant dans le tableau juste au-dessus de la courbe et l’on peut voir apparaitre que les 16 répétitions d’effort peuvent se répartir en 3 séries de 5 à 6 répétitions avec 2 min de récupération entre les répétitions et 5 min entre les séries.

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L’avantage du modèle est qu’il peut d’un simple coup d’œil vous permettre de réaliser un grand nombre de séances que vous pouvez faire évoluer en touchant à l’intensité, au nombre de répétitions que vous souhaitez faire, ou à la durée de l’effort que vous êtes prêt(e) à maintenir. Un sacré outil qui vous aidera à planifier vos entraînements.

Je vous invite également à aller faire un tour sur son site internet www.nature-humaine.ca qui vous apportera des informations pertinentes sur l’entrainement.

 

Vous l’aurez compris ces rencontres furent riches d’enseignements et d’échanges à la fois sur ce qui se fait de plus haut niveau en cyclisme au Canada mais également sur ce qu’une structure privée est capable de mettre en place pour monsieur et madame tout le monde. Ce n’est peut-être pas si étonnant que cela de retrouver à l’heure actuelle les cyclistes canadiens et canadiennes au plus haut niveau international dans bien des disciplines cyclistes et les personnes que nous avons croisé ne sont certainement pas étrangères à cela.


Cyril GRANIER

Docteur en sciences du sport (PhD)

Société CG PERFORMANCE

www.cgperformance.fr

Facebook : @CyrilGranierPerformance

Instagram : cyrilgranierperformance

 

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