Fabrice Pancrazi : « La solidarité avec sa passion, c’est un beau mariage. »

Le week-end dernier, Fabrice Pancrazi adepte notamment d'ultra-trail s'est lancé un défi : courir 5 marathons autour de l'étang de Saint-Cucufa à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) au profit de la lutte contre le cancer.
Bien entouré et encouragé par des proches et amis, Fabrice Pancrazi nous raconte ce beau moment de partage pour la bonne cause. Entretien.

Fabrice Pancrazi autour de l'Etang de Saint-Cucufa - Crédit photo : Pierre Fleischmann
Fabrice Pancrazi autour de l'Etang de Saint-Cucufa - Crédit photo : Pierre Fleischmann

Lepape-info : Fabrice, comment s’est déroulé votre défi ? 

Fabrice Pancrazi : C’était une aventure humaine exceptionnelle, sur les 49 heures du défi je n’ai jamais été seul sauf seulement pendant 3 heures. Beaucoup d’amis sportifs m’ont rejoint jour et nuit. J’ai dormi une heure la première nuit et deux la seconde. C’était une vraie chaîne de solidarité avec des proches, de la famille mais aussi des gens que je connaissais pas et qui avaient eu connaissance de mon défi par internet notamment sur Linkedin, j’avais posté une vidéo qui rappelait mes 2 précédents évènements solidaires.

 

Fabrice Pancrazi : « J’ai beaucoup souffert lors des 20 dernières heures en raison de douleurs aux chevilles, je me suis fait une fracture de fatigue. En ultra-trail on a l’habitude de souffrir, on a des mécanismes mentaux pour se dépasser mais bon ce ne fut pas évident, j’ai un peu moins profité du coup. Quand on court et que l’on souffre pour la bonne cause on ne s’écoute pas. »

 

Lepape-info : Ce fut un vrai moment de partage 

F.P : Oui un incroyable moment chargé d’émotion. Avant même le départ lorsque j’ai installé la tente avec Vincent Marc un ami qui m’a accompagné pendant 35 heures à son rythme en marchant et courant, une dame est venue me voir. En découvrant le principe de mon défi elle s’est mise à pleurer, elle m’a prise dans ses bras en m’expliquant qu’elle avait eu un cancer, qu’elle s’en était sortie et qu’elle trouvait ma démarche magnifique. Elle est revenue me voir une dizaine de fois tout au long du week-end. C’est un exemple parmi d’autres.

 

Lepape-info : Physiquement comment avez-vous géré votre effort ? 

F.P : J’ai beaucoup souffert lors des 20 dernières heures en raison de douleurs aux chevilles, je me suis fait une fracture de fatigue. En ultra-trail on a l’habitude de souffrir, on a des mécanismes mentaux pour se dépasser mais bon ce ne fut pas évident, j’ai un peu moins profité du coup. Quand on court et que l’on souffre pour la bonne cause on ne s’écoute pas. Avant le départ mon objectif était de faire 325 tours de l’étang de Saint-Cucufa qui correspond à la distance de 5 marathons. Au final j’ai fait 354 tours soit 230 km, l’équivalent de 5 marathons et demi. Je suis parti le vendredi à midi et je me suis arrêté le dimanche en début d’après-midi. Mon ami Vincent Marc m’a accompagné en grande partie pendant 34h avec des périodes de repos, de son côté en marche nordique. On dormait chacun dans notre voiture garée sur le parking de l’étang de Saint-Cucufa.

 

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Crédit photo : Pierre Fleischmann

 

Lepape-info : C’est un projet que vous avez préparé de longue date ? 

F.P : Cela faisait 3 mois que je travaillais dessus. Ma meilleure amie est décédée d’un cancer il y’a deux ans, je voulais lui rendre hommage ainsi qu’à mon papa qui se bat contre un cancer très grave et ma belle soeur Marine qui s’est fait opérée cette année d’une tumeur au cerveau. Ce défi solidaire me tenait à coeur et je savais qu’il fallait plusieurs ingrédients pour que cela fonctionne. Il fallait que cela soit un défi fou pour interpeller les gens et qu’il fallait faire don de soit. J’ai beau être entraîné, je n’avais jamais couru de ma vie plus de 170 km dans le cadre de mes ultra trails précédents, je n’avais jamais tourné en rond ainsi autour d’un étang. Le deuxième ingrédient était de générer de la solidarité, le principe était de récolter des dons pour la Ligue nationale contre le cancer. L’objectif était de 15 000 euros, nous sommes parvenus à rassembler 11 000 euros en 3 jours, nous avons désormais dépassé les 15 000 euros, la cagnotte reste ouverte.

 

Fabrice Pancrazi : « Le samedi après-midi alors que j’avais mal à la cheville depuis déjà plusieurs heures et que je commençais à ressentir de la fatigue, je me suis assis et les larmes sont arrivées d’un coup. J’ai senti une énorme fatigue physique et mentale. On a beau sourire tout le temps, les gens se disent : « Il est entraîné c’est facile » ce n’est jamais facile, c’est faux. » 

 

Lepape-info : Vous avez évoqué le repos dans votre voiture, comment avez-vous géré les autres paramètres tels que la météo, la monotonie, etc… ?  

F.P : Toutes les 3 heures, je changeais de sens de rotation pour changer de « paysage ». Je fonctionnais par tranche de 3 heures où dans chacune je m’étais donné comme objectif de faire 16 km. Je courais et / ou marchais pendant 2h40 donc cela me laissait 20 minutes de repos pour me ravitailler. Sur le parcours, j’alternais donc une partie où je courais, une où je marchais et ainsi de suite. J’ai couru un tiers du temps et les 2 autres tiers je marchais très rapidement. Pour ce qui est de la météo, j’avais du très bon matériel et notamment des vêtements fournis par la marque Uglow, j’avais tout prévu contre les intempéries (plusieurs paires de chaussures, des surpantalons etc…). La gestion de l’alimentation fut cruciale. Fort de mon expérience j’ai désormais un protocole, je courais avec mon sac d’ultra trail avec 1 litre et demi de boisson isotonique et je buvais 3 gorgées toutes les 10 minutes, je mangeais plutôt du salé.

 

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Crédit photo : Pierre Fleischmann

 

Lepape-info : Etes-vous passé par différentes émotions ? 

F.P : Le samedi après-midi, alors que j’avais mal à la cheville depuis déjà plusieurs heures et que je commençais à ressentir de la fatigue, je me suis assis et les larmes sont arrivées d’un coup. J’ai senti une énorme fatigue physique et mentale. On a beau sourire tout le temps, les gens se disent : « Il est entraîné c’est facile » ce n’est jamais facile, c’est faux. J’étais dans le dur, impensable d’abandonner surtout lorsque l’on court pour une cause. J’avais plein d’amis qui étaient présents et je leur ai demandé de me laisser un peu tranquille. On a des cycles où vous êtes euphorique et d’autres où vous êtes au fond du trou. L’ayant déjà vécu je sais qu’il faut passer ces moments avant de remonter la pente. Je me suis isolé avec des écouteurs et je suis reparti courir, je me suis ressourcé, j’ai serré les dents en gérant mon effort comme je pouvais avec la douleur que j’avais à la cheville. Une demi-heure après, j’avais retrouvé le moral, j’avais mon épouse et mes enfants à mes côtés et cette période très très dure est passée.

 

Lepape-info : Ce difficile moment vous a rappelé des souvenirs ?  

F.P : Oui une fois lors de la Diagonale des Fous à la Réunion j’étais parti en déshydratation totale, je tremblais de tout mon corps. C’était lors de la 2ème nuit (j’avais dormi au total 2 heures et demi en 3 nuits) j’arrivais à la mi-course sans dormir, je suis arrivé à un ravitaillement et là le trou noir. Cela faisait 10 heures que je n’arrivais plus à m’alimenter, rien ne passait. Il pleuvait, je tapais aux vitres des voitures à proximité du parcours en espérant que quelqu’un me propose de dormir un peu dans l’une de ses voitures mais tous les véhicules étaient pleins sauf un qui a pu m’accueillir. Dans ce moment très compliqué j’ai pensé à mon papa, à ma famille avec cette phrase : « Je ne veux pas vivre avec mes rêves, je veux vivre mes rêves. » Une phrase que je me disais déjà un an avant de faire la Diagonale des Fous. Après un court repos, je suis ressorti de la voiture en me disant je vais tomber, j’ai marché tant bien que mal protégé par un sac poubelle qui me tenait au chaud. Le jour s’est levé, le physique a repris le dessus, allez savoir pourquoi. Une vraie partie de ping-pong entre le mental et le physique. Je me suis remis à boire, à manger, à courir et j’ai fini cette course de fous ! J’ai compris ce jour-là qu’on a un trésor enfoui au fond de nous et qu’il faut aller le chercher, il ne faut pas s’inquiéter le jour finit par se lever.

 

Lepape-info : Pour en revenir à votre défi de 5 marathons, n’avez-vous pas eu peur d’aller trop loin physiquement ? 

F.P : On est tous à la recherche du point de rupture et il ne faut pas le dépasser. Comme j’avais déjà atteint l’objectif de 5 marathons, on a vu sur les prévisions météo qu’il allait pleuvoir je boitais les dernières heures, je n’arrivais quasiment plus à courir les 3 dernières heures, j’ai écourté le défi de 3 heures pour ne pas mettre en péril mon intégrité physique parce que j’ai des courses à la rentrée que je dois préparer cet été. L’objectif avait été rempli, je voulais un beau finish et je l’ai eu cette arrivée main dans la main avec notamment le mari de mon amie décédée, ses enfants sans oublier mon copain du défi Vincent Marc qui m’a accompagné.

 

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Crédit photo : Pierre Fleischmann

 

Lepape-info : Vous aviez déjà fait 2 autres défis par le passé ? 

F.P : J’ai eu cette idée d’associer ma passion avec les causes solidaires lors du 1er confinement. J’avais fait un ultra trail chez moi au profit de l’AP-HP. J’avais fait 170 km pendant 2 jours – 2 nuits dans mon allée qui fait 85 m de long avec 700 aller-retours avec 100 000 marches (1 220 fois l’aller-retour de mon grenier à ma cave). Je voulais me battre auprès des soignants et j’ai compris qu’on pouvait faire quelque chose de sa passion. Ensuite j’ai fait un ultra trail sur un tapis roulant en septembre dernier contre la mucoviscidose, j’avais réussi à générer 10 000 euros de dons. J’avais mis un deuxième tapis à côté de moi pour que des amis m’accompagnent par moments dans mon défi.

 

Lepape-info : Que retenez-vous de ce week-end ? 

F.P : Je retiens que la vie est belle parce que nous avons constitué une chaîne de solidarité et que c’est important pour toujours avancer. Il faut continuer ces initiatives. Faire cela avec un ami en particulier c’était une force supplémentaire sous le signe de l’amitié. La solidarité avec sa passion, c’est un beau mariage. Les retours notamment de la Ligue nationale contre le cancer sont très bons, c’est un vrai bonheur d’avoir réalisé ce défi.

 

Lien pour la cagnotte et versement de dons : https://lnkd.in/gWC9nFM

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