Élise Vantyghem : « Je suis aventurière mais plus tête brulée comme avant. »

Une traversée à vélo du Nord au Sud-Ouest de la France, 1700 km au total : voilà la belle balade que s'est offerte Élise Vantyghem en ce début d'année.
Un défi improvisé à la dernière minute pour cette aventurière qui aspire à toujours plus de liberté et de grands espaces. Cette nouvelle philosophie de vie adoptée depuis quelques temps lui convient à merveille. Entretien.

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Lepape-info : Élise, quelle est la genèse de cette traversée à vélo ?  

Élise Vantyghem : Encore en congé sabbatique, je suis revenue il y a peu des États-Unis que j’ai traversé à pied. Après les fêtes de fin d’année, j’avais encore un peu de temps devant moi : j’ai alors décidé de récupérer mon vélo qui s’ennuyait dans la maison familiale de Marquise (Pas-de-Calais) et de faire mes valises ! Mon objectif premier était de rejoindre Madrid, lieu de résidence de ma petite sœur. Le point de départ ? Le Nord (entre Calais et Boulogne-sur-Mer) pour une arrivée finale à Hendaye soit 1700 km d’un itinéraire biscornu (rires).

 

Élise Vantyghem : « En réalité, j’étais clairement en mal d’aventures après plusieurs mois d’une grande traversée à pied des Etats-Unis. J’ai fait au plus simple : sans un budget extensible, j’ai pris ce vélo acheté en juin 2020 après un accident dans les Pyrénées. »

 

Lepape-info : Pourquoi s’être arrêtée à Hendaye, si près de l’Espagne ?

E.V : Parce que c’était la frontière. Et parce que c’était également la fin de la véloroute côté Français. Il en existe de belles et notamment l’Eurovéloroute 1 qui relie Roscoff en Bretagne à Hendaye au Pays-basque. Ces voies sont assez bien faites et tranchent avec certaines pistes dans nos pays voisins. La qualité des pistes est un des facteurs qui a précipité la fin de l’aventure. Dans le même temps, ma sœur avait en plus quitté Madrid… Sur le trajet en tout cas, le peu de fréquentation rendait la progression agréable. Il faut dire que ces pistes cyclables sont, d’après l’avis des locaux, nettement plus utilisées l’été par les touristes qui voguent de plage en plage. Et vu la connexion entre les zones de baignade de la côte Atlantique, on comprend aisément pourquoi de nombreux cyclotouristes débarquent pendant les vacances !

 

Lepape-info : 1700 km c’est plutôt bien pour quelque chose d’improvisé ! 

E.V : En réalité, j’étais clairement en mal d’aventures après plusieurs mois d’une grande traversée à pied des Etats-Unis. J’ai fait au plus simple : sans un budget extensible, j’ai pris ce vélo acheté en juin 2020 après un accident dans les Pyrénées. Sans pouvoir courir, le vélo s’avère devenir le substitut parfait ! C’est dans cette même période que j’ai beaucoup entendu parler de la Vélomaritime qui relie Dunkerque à Roscoff et qui reconnecte la Vélodyssée vers le Sud. En téléchargeant les GPX des tracés sur mon compteur GPS, l’aventure se dessinait : je savais parfaitement comment calibrer et gérer les étapes. Par ailleurs – mois de janvier oblige – dormir  « en dur » devenait logique rendant ainsi les risques assez mesurés.

 

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Lepape-info : Quel parcours avez-vous emprunté ? 

E.V : Boulogne-sur-Mer, Fécamp, Etretat, Deauville, Caen. De là, descente tout droit sans faire le tour de la Bretagne par la côte pour rejoindre Laval puis Angers. Ensuite, j’ai récupéré la Loire à vélo jusqu’à Nantes pour rejoindre la Vélodyssée qui longe la côte. Pornic, Les Sables d’Olonne, la Tranche-sur-Mer, la Rochelle, Lacanau, Hossegor puis Biarritz et, enfin Hendaye en passant par Bayonne.

 

Élise Vantyghem : « Je suis partie sur un coup de tête : je n’avais aucune notion de mécanique ni même la faculté de changer une roue. J’avais évidemment le matériel avec moi mais sans la moindre idée des manipulations. » 

 

Lepape-info : Un parcours plutôt « sympa », non ?

E.V : Très agréable plutôt ! Même si la pluie et le brouillard ont parfois joué les trouble-fêtes, de belles journées baignées d’un romantique soleil d’hiver ont aussi jalonné le parcours. D’ailleurs, celui-ci reste vraiment accessible : peu difficile, il devient carrément plat à Caen. Sur la première moitié du trajet, le long de la côte présente quelques pentes plus fortes mais rien d’insurmontable. Le niveau de vélo requis n’est clairement pas exceptionnel d’autant que la découpe des étapes peut facilement se faire en fonction de la forme du moment !

 

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Lepape-info : Combien de temps a duré votre traversée du Nord au Sud ? 

E.V : J’ai fait les 1700 km en 18 jours. Certains jours étaient des demi-étapes : de Royan au Verdon par exemple où le ferry en grève a prolongé d’une nuit mon séjour dans la ville (40 km effectués au lieu des 120 prévus). En moyenne, j’effectuais environ 100 kms par jour avec des horaires clairement à la carte, sans pression. Départ 9-10h pour une fin d’étape généralement vers 16-17h. Certains jours étaient plus longs du fait de crevaison ou des petites pauses nécessaires malgré le froid : quelques photos pour immortaliser l’instant et des arrêts pour admirer les villages ! Dans tous les cas, je savais dès le matin où j’allais m’arrêter et ce, 3 jours à l’avance. Je logeais la plupart du temps chez l’habitant ou dans des Airbnb pour un plus grand confort et retrouver la chaleur perdue au fil de la journée. C’est aussi l’occasion de faire des belles rencontres !

 

Lepape-info : Quels moments forts retenez-vous de cette aventure ? 

E.V : Comme évoqué, je suis partie sur un coup de tête sans aucune notion de mécanique. Au début du trajet, la pluie était omniprésente mais je restais confiante : je n’avais encore jamais crevé ! Dès le 2ème jour pourtant, trempée jusqu’aux os malgré mon équipement, une première crevaison est apparue après une pause photo ! Ni une ni deux, direction Youtube pour apprendre l’opération seule via des tutos. Sans succès. Désespérée, j’ai alors appelé en dernier recours un magasin de vélo à plus de 40 minutes de là. Nous étions le 3 janvier : j’avais l’air bête en expliquant qu’en tant qu’itinérante, je ne pouvais ni rentrer chez moi, ni réparer la roue. Le gérant, bien qu’interloqué, a gentiment fermé son magasin 1h plus tôt pour venir me dépanner. Etant presque en hypothermie à ce moment, je remercie encore chaleureusement cette personne pour le service : un moment gravé dans ma mémoire !

 

Lepape-info : Une autre anecdote, un moment plus… sympathique ?

E.V : De temps en temps je logeais chez l’habitant. Un jour à Lacanau, une personne en télétravail m’accueillait : à la fin de sa journée de travail, nous avons sympathisé et sommes allé admirer le coucher de soleil avant de visiter Lacanau et… prendre l’apéro ! Le lendemain matin, il m’a accompagnée sur les 15 premiers kilomètres du périple, un moment de partage très agréable qui tranche dans ce voyage relativement solitaire.

 

Lepape-info : Existait-il une appréhension avant de faire ces 1700 km seule ?

E.V : En fait, étant donné que je revenais d’un voyage en autonomie complète – le Pacific Crest Trail (PCT) un grand chemin de randonnée de 4250 km de l’Ouest du Canada au Mexique – je m’étais familiarisée avec l’itinérance. Mes seules vraies interrogations concernaient la partie mécanique du cycle, n’ayant aucune réelle notion. Les aléas restaient toutefois faibles : les véloroutes françaises sont bien balisées et proches de voies de communication rassurantes comme le train. De quoi arriver quand même à destination en cas de pépins ! De ce point de vue, cette expérience m’a beaucoup enseigné.

 

Lepape-info : Comme apprendre à réparer une roue crevée…

E.V : J’ai beaucoup de mal à apprendre si je ne suis pas confrontée au problème. Quand j’ai crevé la première fois, on est venu m’aider via un cours en accéléré. La 2ème fois j’ai pu réparer seule, la troisième également : maintenant, je maitrise ! Bien sûr, d’autres ennuis mécaniques auraient pu arriver notamment au niveau des freins hydrauliques, et là, impossible de bricoler en tant que novice. La chaine aussi : certains aventuriers partent avec une chaine de rechange. Personnellement, je n’y voyais pas d’intérêt ne sachant pas la changer…

 

Élise Vantyghem : « Je suis passé d’un travail de bureau dans une société de conseil parisienne à vivre dans une tente pendant 4 mois et demi en me lavant une fois/semaine. Ce grand changement était volontaire et pour le coup, ma vie passée ne m’intéresse plus. »

 

Lepape-info : Vos aventures à pied et à vélo donnent-ils le ton d’un nouveau virage dans votre vie, vous la citadine ?

E.V : En réalité, j’ai été épanouie à Paris. Je le suis davantage désormais. Je ressens le besoin de prendre mes jambes ou mon vélo, y compris sur un coup de tête, et partir à l’aventure au-delà de la Vallée de Chevreuse. Les grands espaces représentent désormais un besoin presque vital. Je suis passé d’un travail de bureau dans une société de conseil parisienne à vivre dans une tente pendant 4 mois et demi en me lavant une fois/semaine. Ce grand changement était volontaire et pour le coup, ma vie passée ne m’intéresse plus.

 

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Lepape-info : Quel est le programme dans les semaines à venir ? 

E.V : J’ai pris un congé sabbatique de 8 mois avec l’idée principale de faire ce projet aux États-Unis. Ce voyage à vélo marquait un entre-deux. Je vais temporairement reprendre mon activité dans le but de repartir cet été aux États-Unis pour terminer le PCT. Il y a effectivement toute une partie en Californie que je n’ai pu effectuer du fait des incendies et des fumées toxiques. C’est cette partie que je souhaite terminer pour enfin valider toutes les étapes officielles du PCT ! Ce sera chose faite après ma démission.

 

Élise Vantyghem : « Depuis quelques mois, j’ai redéfini mes envies. Les nouveaux projets sont une sorte de carburant qui me font avancer. Avant j’étais de nature très anxieuse : depuis que je vis ce genre d’aventure, j’aborde les choses de façon philosophique et plus sereine. » 

 

Lepape-info : Votre plan de vie futur sera de plus en plus axé sur l’aventure tout en travaillant d’une autre façon ?

E.V : Beaucoup de gens vivent une première grande aventure comme le PCT qui bouleverse littéralement leur vie. Je pense que la majorité d’entre-nous se demande comment concilier une passion et un métier décent pour vivre. Dans cette optique, je pense que des options existent telles que des jobs saisonniers ou des postes en télétravail qui permettent de vivre de façon plus nomade. Être plus proche de la nature marque pour moi le début d’un cycle vertueux compatible avec la pratique de la randonnée et du bikepacking.

 

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Lepape-info : Vivre au contact de la nature, ça change toute la philosophie de vie.   

E.V : Depuis quelques mois, j’ai redéfini mes envies. Les nouveaux projets sont une sorte de carburant qui me font avancer. Avant j’étais de nature très anxieuse : depuis que je vis ce genre d’aventure, j’aborde les choses de façon philosophique et plus sereine. C’est quand même plus apaisant de rester concentrer sur l’essentiel et le moment présent… Non ?

 

Lepape-info : Vous vous sentez l’âme aventurière ?

E.V : Je suis audacieuse, certes, mais loin d’être « tête brulée ».  Quand j’entreprends une expédition, je sais à minima l’engagement requis et évite tant bien que mal d’éviter les erreurs du passé (notamment une grosse chute dans les Pyrénées en étant mal équipée). En plus d’écouter mes intuitions, je me renseigne un maximum : mon équipement de vélo, par exemple, a été choisi consciencieusement en fonction de la météo afin de ne souffrir ni du froid ni de la pluie. Désormais, je suis une aventurière… sage !

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