« La frontière invisible » de Kilian Jornet

Ses lecteurs et fans avaient découvert ses origines et son approche de la course à pied dans « Courir ou mourir ». En cette fin d’année 2013, Kilian Jornet livre « La frontière invisible » qu’il définit lui-même comme une « introspection ». Une plongée presque philosophique dans la montagne qu’il chérit tant.

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Ceux et celles (s’il y en a) qui l’imaginaient courir sans réfléchir, sans se poser de questions, vont tomber de haut. Très haut. Aussi haut que l’homme monte dans les montagnes. Aussi haut que Kilian Jornet embarque ses lecteurs dans son deuxième livre. A plus de 7 000 mètres d’altitude, dans l’Himalaya, récit tiré de son expérience de l’hiver 2013 avec ses fidèles compagnons et amis Jordi Tosas et Jordi Corominas.

Baptisé « La frontière invisible » en référence aux « nombreuses frontières de la vie qu’il n’est pas toujours facile de cibler » et notamment « aux frontières physiques entre les pays » qu’il dit ne « pas comprendre », cet ouvrage est résolument différent de « Courir ou mourir » publié en 2011. « Ca n’était pas la peine de faire deux fois la même chose », explique le champion. Et puis il y avait ce besoin « d’expliquer les choses qui se passent » dans sa tête, tout ce qu’il a « appris, vécu et senti » en Himalaya. Ce besoin, aussi, de retranscrire les « sentiments » qu’il peut avoir « en montagne ou dans la vie ».

Au final, cela donne un mélange de réalité et de fiction. Pure réalité, dure réalité même, lorsque d’entrée le Catalan revient sur la mort, sous ses yeux, de son ami Stéphane Brosse dans le Mont-Blanc. Suivent alors la culpabilité, la remise en question. « La victoire a perdu ce qui lui donnait un sens lorsque j’ai appris ce que perdre voulait dire. Perdre quelqu’un, c’est perdre le futur, les rêves que vous avez partagés », écrit-il.

Pure réalité aussi, lorsqu’il s’agit de décrire la montagne comme il l’aime et la vit.

Et puis petit à petit la fiction, puisque celui qui a battu le record d’ascension et de descente du Cervin en septembre dernier – « probablement le plus beau souvenir de l’année parce que l’engagement technique était très important » – s’est donné, après les deux premiers chapitres, la liberté de se laisser aller à son imagination. Pas de Jordi Josas et Jordi Corominas dans son récit de l’expédition après Katmandou. Pour les besoins de l’écriture et des histoires inventées, ce sont deux personnages fictifs, Thomas et Alexandre, qui l’accompagnent, .

Un moyen pour Kilian Jornet de ponctuer son récit de réflexions personnelles, et de permettre d’agrémenter le récit d’éléments de vie qui ont pu « se passer avant » ou qui « se passeront peut-être après ».

Mais il le confie lui-même : il s’agit bien là d’une véritable introspection. Presque une mise à nu, tant il se dévoile sur ses peurs, doutes, envies, sources de bonheur. « Je ne cherchais pas la gloire en allant dans la montagne, je fuyais plutôt le succès ». « Je réalise que j’ai toujours pris les grandes décisions par instinct plus que par raison ». « Tomber amoureux de moi voulait dire aussi tomber amoureux de la montagne, et aimer la montagne plusieurs fois est dangereux ». « Vivre sans prendre de risques n’est pas vivre, pour moi en tout cas ». Autant de phrases que le lecteur découvre au fil des pages et qui l’amène à se dire que probablement rien dans ce livre n’est purement fictif. Ou du moins que la frontière entre réalité et fiction est, elle aussi, parfois quasi invisible… 

La frontière invisible
Par Kilian Jornet
Outdoor-editions
192 pages
23€
Publié en novembre 2013
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