Olivier Gui : « Les tensions s’aplanissent, une équipe est en train de se construire. »

Les 25 et 26 janvier dernier, le temps d'un week-end, les meilleurs marathoniens Français du moment étaient réunis à Dourdan (Essonne). L'occasion de faire un point à 6 mois des Jeux Olympiques de Tokyo mais aussi d'échanger pour apaiser le climat tendu. Un rassemblement notamment à l'initiative d'Olivier Gui, le directeur technique national adjoint chargé du running. Entretien.

Photo de famille du rassemblement hors-stade à Dourdan les 25 et 26 janvier.
Photo de famille du rassemblement hors-stade à Dourdan les 25 et 26 janvier.

Lepape-info : Olivier, en quoi consistait ce rassemblement des meilleurs marathoniens Français ? 

Olivier Gui : Après l’année tempétueuse connue par la Fédération Française d’athlétisme avec le fond et le hors-stade (Clémence Calvin suspendue, Ophélie Claude-Boxberger contrôlée positive à l’EPO, Morhad Amdouni soupçonné de dopage par la chaîne de TV allemande ARD) nous avions besoin de leur parler, de leur expliquer un nouveau type de fonctionnement, qu’on ne pouvait pas aller en stage n’importe où et n’importe comment. Nous voulons aider des athlètes comme Morhad Amdouni à s’organiser un peu mieux. L’idée était aussi de se dire comme ils se fracassent tous les uns les autres via les réseaux sociaux, mettons-les tous dans la même pièce et faisons en sorte qu’ils se parlent. L’occasion était aussi idéale pour leur présenter le nouveau staff en charge de la course sur route.

 

Lepape-info : Qu’en-est il sorti ?  

O.G : Tous ceux qui avaient été invités à l’exception de Benjamin Malaty, papa depuis peu, ont répondu présent. À commencer par les 4 marathoniens qui ont réalisé le niveau de performance requis pour les Jeux Olympiques de Tokyo à savoir Morhad Amdouni, Hassan Chahdi, Nicolas Navarro et Benjamin Choquert. Florian Carvalho en stage était absent mais son coach était là. Felix Bour, Emmanuel Roudolff-Lévisse et Yohan Durand étaient également présents. Tout le monde est reparti ravi de ce qu’il s’était passé. L’ambiance fut très saine. Il y’a eu des explications entre eux, ils se sont même mis d’accord pour effectuer une séance d’entraînement tous ensemble malgré des projets de séance personnels différents initialement.

 

Olivier Gui : « Nous voulons éviter les comportements individuels de celles ou ceux qui partent en stage un peu n’importe où. » 

 

Lepape-info : Qu’entendez-vous par « ils se sont expliqués entre eux » ? 

O.G : Il y’a eu des temps d’échanges collectif en notre présence, entre nous tous. Il y’a eu des questions plus directes par rapport à Morhad Amdouni et les accusations de dopage de la chaîne de télévision allemande ARD dont il a fait l’objet. Les réponses ont été toutes aussi directes. Nous avons le sentiment que les tensions s’aplanissent, qu’une équipe est en train de se construire. Pour preuve, Morhad, Hassan, Nicolas et Benjamin seront aux Championnats du Monde de semi-marathon le 29 mars à Gdynia (Pologne). Je ne dis pas que tout est réglé mais cela va dans le bon sens.

 

Lepape-info : Quel est le programme des mois à venir ?  

O.G : Avec Christelle Daunay (championne d’Europe 2014 de marathon) qui a rejoint l’équipe encadrante, on n’a pas présenté cela comme un projet marathon mais plutôt comme une nouvelle dynamique. En vue des Jeux Olympiques de Tokyo, nous allons soumettre le 10 février des noms avec un argumentaire sportif au CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français) qui au final décidera quels seront les 3 marathoniens retenus pour les Jeux. Les Mondiaux de semi-marathon seront intéressants car ils nous permettront aussi de se rendre compte de la forme de chacun.

 

Lepape-info : 4 marathoniens Français ont fait les minima, il n’y a que 3 places pour les Jeux …  

O.G : Nous allons prendre en compte pour notre liste à soumettre les 3 meilleurs chronos réalisés par Morhad Amdouni, Hassan Chahdi et Nicolas Navarro. Benjamin Choquert qui a réalisé le 4ème chrono sera considéré aussi longtemps qu’on le pourra comme remplaçant. Chacun sait qu’une préparation marathon peut être perturbée par des blessures. À noter que chez les filles, la Kenyane Susan Jeptooo Kipsang, naturalisée Française en novembre dernier, a réalisé le 27 janvier les minima lors du Marathon de Marrakech en 2h28’48. Elle est du coup la seule marathonienne Française a avoir atteint le niveau de performance requis pour les Jeux Olympiques de Tokyo.

 

Lepape-info : Morhad Amdouni soupçonné de dopage par ARD est celui qui a réalisé le meilleur chrono. Cela n’a pas crée des tensions vis à vis des autres sachant qu’il n’y a que 3 places pour 4 ?      

O.G : On n’a pas senti cela. Morhad Amdouni a été soupçonné mais il y’a aussi des rumeurs autour de Nicolas Navarro, la discipline est surexposée ainsi. Pour Morhad il n’y a pas d’enquête de l’OCLAESP (Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique) et rien à l’AFLD (Agence française de lutte contre le dopage) ce sont eux qui nous l’ont dit. Rien non plus au sujet de Nicolas Navarro, il est à jour de son suivi longitudinal. À notre niveau, nous les considérons tous les deux comme des athlètes en préparation des Jeux Olympiques. Le reste  qu’on peut lire sur les réseaux sociaux ce sont des soupçons, on ne peut pas empêcher les gens de se faire leur opinion mais de notre côté les institutions nous disent qu’il n’y a rien. À partir du moment où ils remplissent les critères de sélection tout va bien.

 

Olivier Gui : « Une athlète comme Liv Westphal peut représenter l’avenir de la discipline peut-être même sur marathon d’ici 2024. »

 

Lepape-info : D’autres rassemblements sont-ils prévus d’ici les Jeux Olympiques ?  

O.G : La Fédération Française d’Athlétisme organise un stage multidisciplinaire à Potchefstroom (Afrique du Sud), Morhad Amdouni, Nicolas Navarro et Benjamin Choquert y seront ainsi que Susan Jeptooo Kipsang. Hassan Chahdi sera sur l’Île de la Réunion où il s’est déjà entraîné récemment dans des conditions météo chaudes et humides. Il a construit sa logique là-dessus et va s’en tenir à cela. Ils se rapprochent de la Fédération et c’est bien, nous voulons éviter les comportements individuels de celles ou ceux qui partent en stage un peu n’importe où. Les entraîneurs travaillent sur une planification que l’on a vu, que l’on valide et que l’on cautionne. Il y’aura également un stage de prévu à Font-Romeu en juillet. Les initiatives individuelles seront toujours encadrées par un entraîneur que l’on a validé.

 

Lepape-info : À Dourdan, il y’avait les meilleurs marathoniens Français du moment et de quoi faire une équipe, chez les filles cela reste compliqué au plus haut niveau.  

O.G : On essaye de comprendre ce qu’il se passe. Chez les filles, il n’y a pas les résultats qu’elles attendent elles-mêmes. Une athlète comme Liv Westphal peut représenter l’avenir de la discipline peut-être même sur marathon d’ici 2024. Mais il ne faut pas que tout repose sur une fille donc nous comptons sur l’expérience, la connaissance de Christelle Daunay pour qu’elle se penche sur la dynamique féminine et trouver ce qu’il ne fonctionne pas. Dans le même temps, nous allons peut-être faire des résultats croisés car nous avons des résultats formidables en Trail et en course en montagne chez les filles. Lors des derniers Mondiaux de Trail et de course en montagne, 100% des médailles ont été remportées par les féminines. Nous avons d’un côté les filles sur les Trails longs et course en montagne qui sont performantes même plus que les garçons lors des courses sur route. Nous avons des athlètes toutes très engagées dans leur pratique avec une vie professionnelle à côté. Je compte beaucoup sur la dynamique collective que l’on va mettre en place et faire tomber peut-être quelques croyances. Il faut arrêter de croire que les filles sont moins fortes, pour moi il y’a du potentiel. Il faut que l’on soit là pour les encourager, les accompagner. Il peut y avoir des passerelles d’une discipline à l’autre.

 

Lepape-info : Paris 2024 peut être une vraie source de motivation … 

O.G : L’effet Jeux Olympiques est indéniable et il est temps que l’on s’y mette vraiment. Sur nos disciplines il n’y a que le 10.000 m et le marathon qui sont olympiques. Il faut que nous arrivions à faire émerger au moins une équipe pour 2024, un collectif qui fonctionne bien ensemble avec une belle densité. Compte-tenu du niveau mondial, décrocher une médaille serait extraordinaire mais je raisonne plus en terme de dynamique en visant plus loin et les Jeux Olympiques 2028 de Los Angeles. Notre plan doit s’inscrire dans la durée, c’est impossible à court terme.

 

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