Dominique Chauvelier : « Des courses annulées ou qui vont l’être disparaîtront. »

Dominique Chauvelier est toujours aussi passionné par la course à pied et plus que jamais impliqué. L'ancien quadruple champion de France de marathon et médaillé de bronze lors des Championnats d'Europe 1990 à Split, maintenant âgé de 63 ans, reste une référence et continue de prendre du plaisir notamment à travers son activité de coaching. "Chauchau" comme on le surnomme dans le milieu s'est confié sur la période actuelle particulière et sur l'avenir du running impacté par la pandémie de Covid-19. Entretien.

CHAUVELIER OK

Lepape-info : Dominique, comment avez-vous vécu le confinement ? 

Dominique Chauvelier : J’ai envie de dire presque très bien. J’habite dans une maison, j’ai un jardin, il y’a un parc à 450 m de chez moi avec un chemin de halage où je peux courir. Parfois je dépassais un peu le kilomètre réglementaire mais sans exagérer non plus. En fin de matinée, je faisais mes 10-12 kilomètres environ 5 fois par semaine avec du fractionné dedans, ensuite je déjeunais avant une petite sieste. Je vivais quasiment comme si j’étais en stage. En plus j’ai un sauna, un home-traîner, je suis vraiment privilégié. Avec mon club (Run And Freedom) je donnais un entraînement à faire par internet, chacun faisait ce qu’il voulait. Sportivement je l’ai plutôt bien vécu. Au niveau de mon business avec ma société Endurance Événement où je suis réclamé tous les week-end (animation, conférences etc …) tout a été réduit à néant provisoirement avec l’annulation des courses. Pourtant en début d’année, en janvier et février j’avais eu beaucoup de sollicitations notamment celle du groupe hôtelier Paris Inn Group qui inaugurait un hôtel 5 étoiles à Porto et qui m’avait demandé de préparer 80 personnes au marathon de Porto prévu en novembre. Après la disparition du voyagiste Thomas Cook, j’avais été contacté par des personnes de Sports Tours International qui m’avaient demandé si je voulais continuer à accompagner des coureurs sur les grands marathons internationaux. Avec le confinement tout est tombé à l’eau mais bon je ne suis pas à plaindre.

 

Dominique Chauvelier : « C’était marrant, pendant le confinement par moments, j’avais l’impression d’être dans les années 1970 avec des gars pas du tout habitués qui couraient avec une paire de tennis, un survêtement en coton et une chemisette polo, je l’ai vu à coté de chez moi ! » 

 

Lepape-info : Le confinement a contribué à l’apparition des courses virtuelles, qu’en pensez-vous ?   

D.C : L’une des premières qui était sur un format de 3 km fut lancée par Pascal Thiriot (organisateur de Nice-Cannes), les gars de mon club ont joué le jeu, on était à peu près une soixantaine. Après Samuel Bonaudo m’a dit: « On organise un 3 km pour les Coureurs ont du coeur  » c’était sympa on a fait un challenge interne au club avec nos temps, nos classements. Ensuite il m’a recontacté, d’autres l’ont fait également j’ai arrêté de répondre aux sollicitations. Une fois, deux fois ok ça va mais après trop c’est trop, j’en suis un peu revenu. Je suis de l’ancienne génération quand je vois les coureurs avec notamment l’application Strava qui mesurent leurs parcours d’entraînement c’est dans l’air du temps mais je constate que les gens au final ont besoin de se retrouver, de partager. Au début je me suis dit la course virtuelle c’est une bonne idée si cela se trouve c’est l’avenir de la course à pied et puis je suis revenu à mon idée de départ que les gens ont envie de courir ensemble, se raconter leur course en buvant une bière après. Je ne pense pas que les courses virtuelles soient l’avenir.

 

Lepape-info : Du coup, quel est l’avenir de la course à pied en ces temps difficiles ? 

D.C : D’ici quelques temps quand cela sera possible, faire une grande course comme le Marathon de Paris ou autre oui une fois dans l’année, mais je pense que les gens vont plus se recentrer sur des courses près de chez eux entre bandes de copains, découvrir des épreuves à proximité mais on finira par revenir aux grandes courses parce que beaucoup aiment ce genre de défi. Pendant un an cela va être difficile, même si c’est possible sur certaines courses pas annulées certains coureurs ne veulent plus s’inscrire par peur de l’incertitude sur la tenue de l’événement, un remboursement éventuel, si les organisateurs n’ont pas assez d’inscrits pour atteindre le seuil de rentabilité ce n’est plus viable pour organiser la course, c’est un effet domino, la dynamique est dans le mauvais sens. Il faut rassurer les gens, nous verrons bien lors de la première grande course qui aura lieu si c’est une réussite ou pas. Si dans une course de 10.000 participants, les gens partent par vagues de 300 cela ne va pas être évident. Des courses annulées ou qui vont l’être disparaîtront parce que financièrement certains organisateurs vont perdre leurs sponsors qui eux aussi ont des problèmes d’argent. Ceux qui sont à plaindre aussi sont les coureurs élites performants, s’il y’a moins de courses, moins de primes pour les meilleurs. 2021 sera une année difficile.

 

Lepape-info : De nombreuses personnes se sont mises à la course à pied pendant le confinement 

D.C : Oui c’était marrant, pendant le confinement par moments, j’avais l’impression d’être dans les années 1970 avec des gars pas du tout habitués qui couraient avec une paire de tennis, un survêtement en coton et une chemisette polo je l’ai vu à coté de chez moi !  J’ai un ami qui tient un magasin de sport, il a vendu plus de 150 paires de chaussures au début du déconfinement. Dans le lot de ceux ou celles qui se sont lancés ou remis à la course à pied, il y’a peut-être 50% des gens qui vont continuer, cela va faire une nouvelle clientèle, c’est une bonne chose, c’est le sport santé. Ces personnes seront tentées, attirées par les grandes courses  mais cela va faire de plus en plus de monde en 5 heures sur marathon, on va revenir en arrière mais tant mieux tant que cela fait marcher le business du sport. Nous ne sommes plus du tout dans la performance, déjà on l’était de moins en moins avec des chronos en dessous de 3 heures sur marathon en baisse mais cela ne va pas s’arranger. Ces nouveaux venus auront peut-être besoin de conseils, de coaching, il y’aura peut-être de nouveaux métiers.

 

Lepape-info : Que vous inspire la période inédite que nous vivons ? 

D.C : Une remise en cause … provisoire parce que j’ai peur que l’on reparte comme avant. Le confinement a permis de prendre le temps de faire des choses, de communiquer davantage avec ses proches, ma mère que je voyais rarement je suis allé la voir 4 dimanches de suite. On a pris conscience de certaines choses, nos réseaux sociaux sont tellement virtuels on est tous champions du monde de quelque chose cette période nous a ramené à des valeurs. Le décès en raison du coronavirus de Jean-Marc Fresnel (organisateur de Paris-Versailles) m’a foutu un coup comme l’on dit, je l’avais vu encore au village du semi-marathon de Paris la veille de la course (le 29 février) lorsqu’on a appris le report du semi. Je le voyais 5 à 6 fois par an, c’était un pote de sport, c’est très triste et cela fait réfléchir. On va continuer d’avancer en essayant de se dire qu’il y’a encore de bons moments à vivre, restons optimistes.         

 

1 réaction à cet article

  1. Le confinement m a amené à reprendre le … trotting ! Après un arrêt de plus de dix ans, je m étais mis à courir après avoir négocié plusieurs années avec Chauchau pour qu il m amené des potes sur les 20km du Mans j ai fait plusieurs classiques françaises au rythme de 6’ au km (!) mais j ai fait ! Dont le marathon de Paris 4h12 > 6’ du 2e au 42e km ( géré par un ami à vélo à l’époque). Je crois avoir été un de ceux qui ont pensé « meneurs d’allure » chauchau l à concrétisé ; today j ai un projet, local, mais je ne l’emmenerai Qu’avec l assistance conseil de chauchau …, à voir di ce lien est efficace ..,,

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