Alexandre Allain : « Avant ma greffe, pour moi faire un pas c’était faire un marathon. »

Ce dimanche c'est le vrai grand retour du marathon de Paris avec le traditionnel départ sur les Champs-Elysées après 2 ans et demi d'absence en raison de la pandémie de coronavirus.
Entre 30 000 et 35 000 participants sont attendus pour cette 44ème édition. Parmi eux Alexandre Allain, âgé de 25 ans, atteint de la mucoviscidose et qui disputera son premier marathon sous les couleurs de l'association Grégory Lemarchal. Entretien.

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Lepape-info : Alexandre, vous vous lancez un superbe défi en prenant le départ du Marathon de Paris ce dimanche

Alexandre Allain : C’est mon troisième défi, l’objectif est d’être sur la ligne d’arrivée parce que cette année le marathon de Paris tombe le même jour que la journée mondiale du don d’organes et de la greffe. En tant que greffé des deux poumons il n’y avait pas mieux pour sensibiliser sur le fait que le don d’organes est un véritable don à la vie.

 

Alexandre Allain : « Ma double greffe est une seconde date de naissance pour moi. Avant la greffe j’avais une capacité respiratoire qui tournait aux alentours des 10%, aujourd’hui en préparant le marathon je suis à 108% de capacité respiratoire. »

 

Lepape-info : Un don à la vie et un message à faire passer également

A.A  : Un message d’espoir à toutes les personnes en attente d’une greffe ou celles et ceux qui sont greffés et dont la convalescence est difficile. J’ai connu cette période qui fut difficile pendant un an après ma double greffe des poumons en 2017, maintenant j’en suis là à m’élancer dimanche sur le marathon de Paris. C’est la preuve que tout le monde peut s’en sortir.

 

Lepape-info : Beau clin d’œil, vous allez disputer ce marathon avec le chirurgien qui a fait votre double greffe 

A.A  : Cela m’a redonné un coup de boost dans ma fin de préparation quand Antoine Mugniot, le chirurgien qui m’a sauvé la vie, m’a contacté et m’a dit qu’il avait toujours rêvé de faire un marathon dans sa vie et qu’il voulait le courir avec moi. 

 

Lepape-info : Cette double greffe a changé radicalement votre vie

A.A  : Ma double greffe est une seconde date de naissance pour moi. Avant la greffe j’avais une capacité respiratoire qui tournait aux alentours des 10%, aujourd’hui en préparant le marathon je suis à 108% de capacité respiratoire. Avant ma greffe pour moi faire un pas c’était faire un marathon, j’étais sous oxygène, le fauteuil roulant était là, j’avais beaucoup de séances de kinésithérapie et de nombreuses hospitalisations. Après la greffe quand les épisodes de rejets ont disparu, j’ai maintenant disons une vie normale. Prendre des médicaments pour que mon corps accepte ce greffon c’est le quotidien, la normalité. La mucoviscidose je l’ai depuis que je suis né. 

 

Lepape-info : Vous allez réaliser l’un de vos rêves dimanche ?

A.A  : Quand j’étais gamin ce n’était pas forcément un rêve de courir un marathon mais cela l’est devenu lorsque je me suis fixé l’objectif de le faire. Ce sera un moment riche en émotions si je vois cette ligne d’arrivée avec de nombreuses pensées dont notamment la personne qui m’a fait don de ses organes. 

 

ALEX 5Lepape-info : Comment vous êtes-vous préparé ? 

A.A  : 3 entraînements par semaine depuis environ 9 mois. J’ai avalé un peu moins de 1000 km pour aller au bout des 42,195 km dimanche. Je voulais me lancer cet objectif de marathon pour avoir une véritable idée sportive du dépassement de soi. Sur mes autres défis j’étais véhiculé par une voiture, un bateau cette fois ce sera à la seule force de mes muscles et de mes jambes et c’est ce que je suis venu chercher.

 

Lepape-info : Quel est l’objectif sur ce marathon de Paris ? 

A.A  : Le premier objectif c’est de le terminer et après si je peux tourner autour des 4h30 ce sera le petite cerise sur le gâteau comme l’on dit. 

 

Lepape-info : C’est un nouveau défi après un road trip en Europe en 2014 à bord d’une R6 et un tour de l’Atlantique à la voile

A.A  : Ces projets me permettent de m’épanouir au quotidien, le tour de l’Atlantique en 2019-2020 m’a même permis de m’en sortir des épisodes de rejets de ma double greffe. Ces défis sont à 50% pour moi c’est personnel et à 50% aussi pour délivrer des messages aux personnes atteintes de la mucoviscidose mais aussi les autres en espérant que chacun puisse trouver des ressemblances et des résonnances dans sa vie au quotidien.

 

Lepape-info : Votre tour de l’Atlantique a duré un an

A.A  : Il consistait à faire des opérations de sensibilisation dans différents territoires et pays qui ont des côtes qui longent l’Atlantique comme le Portugal, l’Espagne, les Canaries, la Martinique, la Guadeloupe. Le premier confinement au printemps 2020 ne nous a pas permis d’en faire plus.

 

Lepape-info : Comment allez-vous porter votre message pendant le marathon dimanche ?

A.A  : J’ai un running flag, j’aurais le plaisir  de porter les couleurs de l’association de Grégory Lemarchal, cela me tenait à cœur de pouvoir mettre en avant cette association, j’aurai une petite équipe autour de moi avec des amis qui vont m’accompagner.

  

Couv souffle d'espoirLepape-info : Vous avez sorti récemment un livre « Un souffle d’espoir » , une autre façon également de transmettre votre message   

A.A  : Le but était de mettre des mots sur mon parcours, mes aventures, ce fut une superbe expérience de véhiculer mes messages d’une autre façon. Je raconte la construction d’un jeune enfant, d’un adolescent avec cette particularité d’avoir la mucoviscidose tout en expliquant la teneur de mes messages d’espoir avec notamment la période de la double greffe qui fut un tournant dans ma vie. 

 

Lepape-info : Quelle est votre source de motivation au quotidien ?

A.A  : Découvrir des expériences qui sur le papier je ne pensais pas connaître oui qui ne semblaient pas à ma portée. Ma greffe a ouvert mon champ de possibilités. Mon leitmotiv le matin quand je me lève c’est de profiter de la vie et de sourire.   

 

Lepape-info : D’autres défis sont prévus après le marathon de Paris ?

A.A  : Oui ils sont en cours de préparation, les nouveaux défis m’animeront toute ma vie. Le prochain aura je pense un petit goût iodé (sourire).

 

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