Cyclisme : Présentation des championnats du Monde

Article écrit par Quentin Guillon

Le Français Julian Alaphilippe sera l’un des grands favoris des championnats du Monde de cyclisme, qui se déroulent ce dimanche 29 septembre en Angleterre. La course, historiquement longue, s’annonce indécise et passionnante.

Source : ledicodusport.fr
Source : ledicodusport.fr

285 kilomètres, c’est une distance plus jamais vue aux championnats du Monde depuis 40 ans. La longueur du tracé se rapproche de Milan San-Remo (291) mais elle n’en n’épouse pas les contours : pas grand-chose ne se joue dans les trois premiers quarts de la classique italienne. Dimanche, il en sera tout autrement. 

Les coureurs s’élanceront de Leeds pour une première longue boucle de 180 kilomètres dans le Nord de l’Angleterre, très similaire à la première étape du Tour 2014, au cœur de ce Yorkshire casse-patte et des côtes de Cray (1,6 km à 7,1 %), Buttertubs (4,5 km à 6,8 %) et Griton Moor (3 km à 6,6 %). « La première partie est plutôt compliquée, avec des petites routes et des montées pentues – pas de grosses -, mais ce n’est pas facile » a expliqué au site spécialisé Cyclingsnews le Belge Yves Lampaert. Ensuite, le tracé ondule autour d’Harrogate, avec un circuit de quatorze kilomètres à parcourir sept fois. 

 

 

Un parcours « dangereux et très technique »

 

« Je ne pense pas que cette boucle convienne pour un Mondial. C’est dangereux et très technique » a regretté le Belge Jan Bakelants. Son compatriote Tim Wellens souligne que le parcours « n’est très impressionnant du point de vue du dénivelé et de l’altitude. Mais c’est beaucoup plus dur que sur le papier. Sur le circuit, le rendement de la route ainsi que les deux descentes suivis de deux virages délicats où il sera difficile d’arriver vite sans chuter, signifient que vous êtes tout le temps en train d’accélérer et de freiner. Etre tout le temps bien placé sera la clé. Il faudra avoir beaucoup de chance. Si c’est mouillé, la course sera beaucoup, beaucoup plus dure ».

On est en Angleterre, et la pluie est, of course, annoncée. L’an dernier, l’édition autrichienne à Innsbruck, très montagneuse, s’adressait aux grimpeurs et aux puncheurs capables de passer les cols. Cette année, l’absence de vraies difficultés promet une édition plus ouverte, même si de grands favoris se dégagent. 

 

 

Van Der Poel, prénom Adri

 

Van der Poel, voilà le nom qui revient sur toutes les lèvres. A 24 ans, Mathieu Van Der Poel (Corendon-Circus) n’est plus présenté comme le fils d’Adri (vainqueur du Tour des Flandres 1986) et petit-fils de Raymond Poulidor. Il est Mathieu, simplement, double champion du Monde de cyclo-cross (2015 et 2019), impressionnant vainqueur de l’Amstel Gold Race (265 km) -après avoir profité du marquage entre Fuglsang et Alaphilippe-, 4e du Tour des Flandres pour sa première participation, tout récent vainqueur du général du Tour de Grande Bretagne –plus trois étapes dans la besace. 

Le week-end dernier lors de la Primus Classic en Belgique, il avait dynamité la course dans la principale difficulté –le champion olympique Van Avermaet et le triple champion du Monde Peter Sagan n’avaient pu tenir sa roue- avant de s’enquiller 100 bornes supplémentaires pour rallier son hôtel. 

Peter Sagan (Bora-Hansgrohe), justement. Le Slovaque, titré en 2015, 2016 et 2017, avait vu sa série stoppée l’an passé –le parcours ne lui seyait pas. Moins dominateur cette saison, il a toutefois glané un 7e maillot vert sur le Tour de France –et une victoire d’étape. Serat-il le premier coureur de l’histoire à remporter quatre titres mondiaux ?

 

 

« J’aurais de la fraîcheur » dit Alaphilippe 

 

Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) aimerait glaner son premier, lui qui en fut tout proche il y a deux ans à Bergen, et l’an dernier en Autriche. Le Français, 27 ans, est l’auteur d’une année déroutante, vainqueur des Strade Bianche, de Milan San-Remo, de la Flèche Wallonne (entre autres), avant de muer en grimpeur sur le Tour de France où, à trois jours de Paris, il avait encore le maillot jaune sur les épaules. Dans la foulée du Tour, Alaphilippe a refusé les lucratifs critériums (sauf un) pour couper avant de remettre en selle pour les championnats du Monde, son troisième pic de forme de l’année. En 2018, il avait choisi de préparer le Mondial en enchaînant les courses à étape (vainqueur du Tour de Grande-Bretagne puis de Slovaquie). Qui ne se souvient pas de cette incroyable image, ce trio tricolore –Pinot et Bardet plaçant sur orbite Alaphilippe- en tête dans l’ultime bosse, très sévère, en Autriche ? 

Mais, usé, le Français avait coincé, 8e au final. « J’aurais la fraîcheur qui m’a peut-être manqué l’an dernier à Innsbruck. J’ai appris de cette expérience » a souligné Alaphilippe, qui a choisi cette fois-ci de privilégier l’entraînement, tout en prenant des repères au Grand Prix de Québec (7e), puis de Montréal (13e). Dimanche, il pourra compter sur une équipe de France qui lui sera 100% dédiée, et sera notamment entouré de ses coéquipiers Rémi Cavagna et Florian Sénéchal, alors que le sociétaire d’Ag2r La Mondiale Benoît Cosnefroy, en grande forme, devrait l’accompagner très loin.

 

 

La Belgique a-t-elle la clé ?

 

Si Van der Poel, Sagan et Alaphilippe sont les noms qui reviennent le plus souvent, il reste une pléiade d’autres favoris. L’équipe belge pourrait bien détenir la clé de la course, fort d’une formation très solide et composée, a priori, autour de deux leaders, Philippe Gilbert, et Greg Van Avermaet (CCC). Le premier marche très fort. Très déçu de ne pas avoir été sélectionné sur le Tour de France, il s’est remobilisé pour ce Mondial. Vainqueur cette année de Paris-Roubaix, à 37 ans, il s’est préparé sur la Vuelta où il a remporté deux étapes…comme en 2012, année de son titre à Valkenburg. Si course de mouvement il y a, attention aux coups qui partent à 70 bornes de l’arrivée…

Quant à Van Avermaet, le champion olympique 2016 est à la recherche d’un premier titre Mondial. Lui aussi est en forme, en atteste son succès à Montréal, où il a réglé groupe d’une vingtaine de coureurs, deux jours après avoir pris la deuxième place à Québec. 

La Belgique, c’est aussi l’ahurissant prodige Remco Evenepoel. A 19 ans, il est devenu le plus jeune vainqueur d’une épreuve World Tour, en août dernier lors de la Classica San Sebastian. Double champion du Monde junior (contre la montre et course en ligne) en 2018, il est depuis directement passé chez les pros, à la Deceuninck-Quick Step, et vient de prouver sa grande forme sur le contre-la-montre mardi, où il s’est adjugé la médaille d’argent. « Je mets mes ambitions personnelles de côté, j’ai envie d’aider un compatriote à décrocher le titre mondial. Non je ne suis pas un leader ici. Philippe (Gilbert) et Greg (Van Avermaet) sont les deux chefs de file et je n’ai aucune ambition personnelle » a-t-il assuré à la RTBF. 

 

 

Valverde, toujours présent…

 

11 succès en 2017, 14 en 2018 ; 5 cette année : Alejandro Valverde (Movistar) ressentirait-il (enfin) le poids des ans sur ses gambettes affûtées ? Attention à l’Ibérique renaissant, tenant du titre et très en vue sur la Vuelta (2e) alors que l’affaire Puerto, pour laquelle il a été suspendu deux ans, vient tout juste de se boucler – les noms de onze sportifs impliqués n’ont pas été divulgués. À trente-neuf ans, le Murcian brûle d’envie de devenir le plus vieux champion du monde de l’histoire (Zoetemelk, 38 ans, 8 mois et 29 jours en 1985), un an après son sacre d’Innsbruck.

 

Michael Mattews (Team Sunweb) fait aussi partie des favoris en puissance. Très régulier lors du rendez-vous plantétaire (3e en 2017, 4e en 2016, 2e en 2015), il a montré sa forme en s’imposant à Québec, et aura une équipe entière pour l’accompagner. « Parfois, il faut être prêt à perdre la course pour la gagner. Souvent, j’avais peur de perdre la course, et c’est pourquoi je me suis classé deuxième. Je ferai tout ce que je peux mais à la fin, le destin est le destin » a-t-il expliqué à Cyclingnews. 

 

Le Danois Jakob Fuglsang (Astana), principal adversaire d’Alaphilippe l’hiver dernier, des Strade Bianche à Liège-Bastogne-Liège qu’il avait outrageusement dominé, fait aussi partie des prétendnts. Il s’est préparé sur la Vuelta, où il remporté deux étapes.

Parmi les outsiders figurent également le Kazakh Alexey Lutsenko (Astana), l’Italien Matteo Trentin (Mitchelton-Scott), l’Irlandais Sam Benett (Bora-Hansgrohe), voire le Britannique Ben Swift (Ineos), qui évoluera à domicile. 

 

 

Chez les femmes, les Néerlandaises en force

 

L’épreuve féminine se dispute samedi sur un total de 149 kilomètres avec une première boucle de 107 km qui précède le circuit final de 14 km autour d’Harrogate à parcourir à trois reprises. 

Les Néerlandaises présentent pléthore de candidates au titre mondial, avec la championne sortante Anna van der Breggen ; la triple championne du Monde Marianne Vos, qui a enquillé 16 succès cette année ; Annemiek van Vleuten, victorieuse du Giro, de Liège-Bastogne-Liège et des Strade Bianche , Chantal Blaak, qui fut elle-aussi championne du Monde, sans oublier Amy Pieters, championne d’Europe en titre ! L’Italienne Elisa Longo Borghini et la championne du Monde 2015 Lizzie Deignan, qui évolue sur ses routes, seront leurs principales adversaires. Côté français, les meilleures chances reposent sur Aude Biannic et Audrey Cordon-Ragot

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