Julien Rancon, l’éternel junior

Il est des coureurs discrets et peu médiatisés qui constituent pourtant la légende de notre sport. Julien Rancon fait partie de ceux-là. A 38 ans, il possède l’un des plus beaux palmarès de l’athlétisme français, et sa longévité devrait être source d’inspiration pour les jeunes générations de coureurs, quelle que soit la discipline choisie. Voici son palmarès, sa vision et ses conseils.

Crédit photo : Peignée verticale – HOKA
Crédit photo : Peignée verticale – HOKA

La carrière de Julien en quelques lignes

 

Age : 38 ans

Club : EA Grenoble 38

Team : Hoka One One

Profession : Coach sportif

Formation : Master STAPS « ingénierie de l’entrainement sportif »

Nombre de sélections en EDF montagne : 26

Nombre de sélections en EDF trail : 3 (avec le mondial de trail au Portugal le 8 juin)
+ 1 sélection sur semi-marathon (Espoir)

Age première sélection : 19 ans

Nombre de titres nationaux : 7 individuels (8 fois 2ème et 4 fois 3ème en sénior) – 16 titres par équipe

Meilleure place Europe de montagne : 3ème

Meilleure place mondial de montagne : 10ème (2 fois)

Perf 10 km : 30’15 », semi-marathon : 1h05’53 à Paris, marathon : 2h20’47 à Paris sur sa première tentative.

 

Objectifs 2019
Mondiaux de Trail – Courses des Golden Trail series (Marathon Mont Blanc, Dolomites, Sierre Zinal) – Championnat du Monde de course en montagne

 

Précisons que Julien entraîne de nombreux athlètes élites, dont actuellement la jeune Clémentine Geoffray qui a intégré l’équipe de France de montagne et l’équipe de France de trail. Pour mieux comprendre les raisons de son incroyable longévité à ce niveau, nous lui avons demandé sa vision de la discipline. A 38 ans, Julien poursuit sa progression sur la route comme dans les montagnes.

 

Quelle est ta vision actuelle de la course à pied nature : montagne, trail, skyrunning ? et sur son évolution ?

 

Depuis mes débuts, la course nature a beaucoup évolué dans beaucoup de domaines mais dans tous les cas, cela reste de la course à pied sur sentiers. Cela existe depuis très longtemps, on a simplement mis des mots là-dessus avec des variantes (pas forcément toujours bien marquées). Le nombre de courses a considérablement augmenté ces 20 dernières années et la tendance à l’allongement des distances a également suivi. Dans les années 90, le long commençait au-dessus de la distance du semi-marathon, maintenant le curseur s’est déplacé bien au-delà de la distance marathon. Cette multiplication d’épreuves en tout genre, avec des formats très variés a permis une forte démocratisation de la course nature, il y en a pour tous les goûts et cela est une très bonne chose car cela permet à chacun d’y trouver son compte. Mais d’un autre côté, cela a peut-être aussi contribué à un peu trop banaliser les longues distances et les gros dénivelés qui ne restent pas quelque chose d’anodin malgré tout. On le voit de plus en plus aujourd’hui avec un nombre de blessures de surcharge très conséquent.
Le niveau sportif a aussi globalement augmenté, les coureurs se sont de plus en plus spécialisés. L’entrainement a aussi beaucoup évolué par rapport à de simples petites adaptations d’un entrainement sur route que l’on retrouvait aux balbutiements. Ceci a largement contribué à une meilleure maîtrise des facteurs de performance et donc à la démocratisation de nouvelles méthodes d’entrainement plus efficientes.
D’un autre côté, on est malgré tout passé d’une pratique tournée vers la performance à une pratique beaucoup plus loisir aujourd’hui. Une pratique loisir dans les mots mais qui est paradoxalement souvent abordée avec une démarche de plus en plus pointue (au niveau technologique comme dans les moyens d’entrainement).

La médiatisation a également beaucoup progressé mais est restée très centrée sur les challenges un peu particuliers, des aventures, des défis… plus que sur la performance. On a souvent vendu du rêve à une masse de coureurs importante plutôt qu’une médiatisation classique comme dans la majorité des sports avec la mise en avant du haut-niveau.
Cela reste un milieu très dirigé par le côté commercial, on le voit bien à travers la multiplication des circuits qui rendent la  discipline peu lisible pour le grand public et qui divise l’élite. Et ceci n’est pas uniquement dû au manque de compétences et de propositions du système institutionnel. Il faudra, je pense à terme faire attention aux différentes dérives qui vont avec.

 

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Crédit photo : Peignée verticale – HOKA

 

Quels sont tes conseils pour les jeunes qui débutent dans la discipline, afin de durer ?


A mon sens, la clé c’est d’avoir une pratique raisonnée et raisonnable


Raisonnée dans le sens où il y a des grands principes physiologiques à respecter en ayant une vision à moyen et long terme. La société actuelle est une société d’image et la course à pied ne fait pas exception. On veut souvent tout de suite ce que l’on voit mais la formation d’un coureur est longue et nécessite de l’abnégation. Pour atteindre l’optimisation de son potentiel, il faut à la fois du temps et surtout respecter les grands principes de formation. La progressivité en est le principe primordial à mon sens. Tout comme le fait que l’on développe ses qualités motrices et de puissance dans les catégories jeunes. 
Raisonnable dans le sens où comme dans beaucoup de domaines ce sont les excès et le « toujours plus » qui sont néfastes: les excès de pratique en termes de volume ou d’intensité, mais aussi le fait de négliger les temps de récupération, d’assimilation et de régénération. La progression passe aussi par des phases où son niveau baisse quand on se régénère, mais si on a compris que c’est pour mieux remonter derrière on a fait une part de la bonne démarche.

Garder une vie sociale « normale » en dehors de sa pratique est aussi un élément important pour durer. L’équilibre de vie est primordial !

Une autre clé de la longévité c’est aussi une pratique variée et polyvalente. Variée car rester enfermé dans un carcan restreint n’est pas durable à mon sens. Rompre la monotonie, s’ouvrir vers d’autres horizons, sortir de sa zone de confort… sont les meilleurs moyens d’appréhender durablement sa propre pratique.  Et la polyvalence permet d’élargir à la fois sa vision de pratique et son champ de compétence.

Et enfin, ce qui permet de durer c’est la flamme qui est en soi: le plaisir et la passion, les deux seules raisons indispensable de la pratique!

 

Retrouvez Julien sur son site : https://www.julien-rancon.com/

 

 

 

 

1 réaction à cet article

  1. Très belle article sur Julien Rancon /// intéressant .. Merci

    r Julien R

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