Claude Cazes : « Lorsque mon périple de 6 mois sera terminé, je pourrai dire que je suis vraiment un aventurier. »

Plus de 6000 km en marchant le long du Nil, du Burundi à l'Egypte, c'est le défi que s'est lancé Claude Cazes qui a prévu de quitter la France le 30 mars.
L'explorateur Biterrois âgé de 38 ans notamment passé par la Marine nationale et la Légion étrangère va profiter de son long périple d'environ 6 mois pour acheminer des dons de médicaments aux ONG locales à destination de la population. Entretien.

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Lepape-info : Claude, comment vous sentez-vous à l’approche de votre départ ? 

Claude Cazes : Excité, un peu stressé et occupé vu le nombre de choses qui me traversent l’esprit. C’est un projet qui a demandé beaucoup de préparation. Le plus lourd fut l’administratif, il a fallu prendre contact avec des ONG qui font partie de l’aventure. Le but est de leur apporter des médicaments mais elles seront aussi aidées financièrement. Il a fallu voir par où je pouvais passer et si je pouvais le faire afin d’établir une feuille de route.

J’ai du établir énormément de contacts pour avoir le maximum d’informations sur les situations des pays traversés (Burundi, Rwanda, Tanzanie, Ouganda, le Soudan du Sud, le Soudan et l’Égypte), les types d’animaux rencontrés, le climat pour savoir quel moment serait idéal pour partir. Physiquement j’ai suivi un entraînement très rigoureux et intense mais je m’y tenais déjà depuis 2 ans puisque je me préparais à marcher sur l’Antarctique (projet prévu cette année mais reporté à 2022 en raison de la pandémie de coronavirus et de la fermeture des frontières).

 

Claude Cazes : « Il y’aura des difficultés à gérer avec certains animaux avec lesquels je vais devoir être très vigilent et avec 100% de mes capacités. Je me méfie des hippopotames qui ne sont pas sociables et qui peuvent être très agressifs. »

 

Lepape-info : Du coup vous avez décidé d’opter cette année pour l’Afrique 

C.C : À l’annonce de l’annulation de mon aventure au Groënland il y’a un peu moins de 3 mois, j’ai rebondi. J’ai déjà pré-établi 5 années d’expéditions à venir, j’ai réfléchi à celle qui serait la mieux adaptée à la situation actuelle et d’autres aspects. Je me suis dit que depuis le début des années 2000 on entendait presque plus parler des pays Africains qui sont fragiles et dans la nécessité comme s’il n’y avait plus de besoin, ce qui est faux. Ce constat a fait pencher la balance et je souhaite mettre en lumière les pays traversés à l’occasion de mon périple.

 

Lepape-info : Connaissez-vous les pays que vous allez traverser ?  

C.C : Mis à part l’Egypte que je connais par le biais du transit ou du tourisme, ce sera une première. Même si cela reste de la théorie pour le moment, j’ai eu la chance de rentrer en contact avec des personnes qui avaient vu ou entendu mon intention de faire ce défi et qui m’ont donné des informations sur la situation sur place, ces personnes étaient sur place et notamment les pays dans les plus à risques il y’a quelques jours ou quelques semaines. Elles m’ont rassuré.

 

Claude Cazes : « Les 6 ONG situées sur mon chemin recevront chacune de manière symbolique mais significative une partie des médicaments que j’aurais. Au final, mon aide principale est financière grâce à une collecte de fonds ouverte et redistribuée aux ONG pour développer leur propres actions et pour qu’elles puissent aussi acheter des médicaments beaucoup moins chers dans leurs pays que ceux que je vais leur apporter. »      

 

Lepape-info : Quels sont les pays les plus risqués ? De quoi allez-vous devoir vous méfier ? 

C.C : Humainement parlant, le Soudan du sud et le Soudan avec certaines zones dangereuses en raison d’un conflit interne nord-sud, inter-ethniques. Et encore ils ne s’occupent pas des gens qui traversent leur pays, c’est un problème interne entre eux. Le pourcentage de risques est très faible pour qu’il arrive quelque chose à quelqu’un. Les derniers incidents dans ces pays remontent à longtemps. Pour tout ce qui est de la nature, faune, j’ai étudié par internet les types de terrains, il y’aura du montagneux, de la jungle dans une ambiance tropicale avec les gorilles, guépards, jaguars et tous les rampants comme les serpents. Comme disait Mike Horn : « En marchant un peu au sol très fort, les rampants et notamment les serpents s’en vont » puisqu’ils pensent que nous sommes quelque chose de très gros. Il y’aura des difficultés à gérer avec certains animaux avec lesquels je vais devoir être très vigilent et avec 100% de mes capacités. Je me méfie des hippopotames qui ne sont pas sociables et qui peuvent être très agressifs. Le climat tropical sera aussi compliqué, je vais marcher sur de la savane, dans des marécages. Pour éviter de les contourner et de me rallonger la route je vais devoir traverser ces marécages, heureusement j’ai prévu des chaussettes anti-sangsues. Une infection pourrait mettre fin à mon expédition et cela serait vraiment dommage.

 

Lepape-info : Comment allez-vous faire votre « distribution » de médicaments ? 

C.C : Le principe est d’amener des médicaments aux ONG qui ensuite les donneront aux populations selon les  besoins. Si je rencontre des personnes sur mon chemin, je ne me vois pas leur donner directement des médicaments vu que je connais par leurs états de santé ou leur maladies. L’ONG par qui tout a commencé et qui m’a mis en contact avec les autres s’appelle « À portée de mains »  https://www.apm-asso.com/ crée en 2010 par un couple de Français et qui travaille en Afrique et notamment au Burundi. Les 6 ONG situées sur mon chemin recevront chacune de manière symbolique mais significative une partie des médicaments que j’aurais. Au final, mon aide principale est financière grâce à une collecte de fonds ouverte et redistribuée aux ONG pour développer leur propres actions et pour qu’elles puissent aussi acheter des médicaments beaucoup moins chers dans leurs pays que ceux que je vais leur apporter.      

 

Lepape-info : Pendant 6 mois comment allez-vous assurer votre survie ?  

C.C : Je me suis fixé comme objectif de marcher 37 km quotidiennement pendant 180 jours. Pour assurer mon ravitaillement en eau, j’aurais avec le Nil toujours un cours d’eau à proximité, je pars bien sûr avec des filtreurs d’eau. Concernant la nourriture, je ne vais pas faire cette expédition en autonomie totale même si je compte bien essayer de mettre en pratique mes années d’expérience au sein de la Légion étrangère où l’on apprend beaucoup en terme de survie pour tenter de chasser (notamment des petits rongeurs pris avec des pièges), pêcher (principale source d’approvisionnement) et cueillir au quotidien. Je vais tout de même prendre une réserve de secours avec un kilo de riz, un kilo de larves séchées et certainement un kilo de fruits secs. Pour me reposer j’aurais une bâche pour me faire un toit, dans certains endroits où l’ambiance sera tropicale j’aurais un hamac pour être surélevé, en hauteur afin d’éviter certains animaux à 4 pattes et les rampants. Globalement avec tout ce dont j’ai besoin y compris les médicaments je pars avec un chargement de 20 kilos que je vais transporter avec ce que l’on appelle une remorque de randonnée qui est un sac sur une structure en aluminium avec des roues en bas du sac et des anses en haut pour être attaché sur un harnais.

 

Lepape-info : C’est votre première expédition humanitaire ? 

C.C : Oui d’une aussi grosse ampleur. C’est la première fois que je vais partir aussi longtemps. Au départ j’avais envie de prendre une balise GPS pour signaler mon positionnement mais pour des raisons de sécurité j’ai préféré y renoncer pour éviter que n’importe qui puisse me repérer avec mes médicaments. Du coup j’aurais un téléphone satellite qui permettra de garder contact avec ma famille et mes proches avec un bouton d’alarme qui enverra ma position à toutes les personnes si besoin.

 

Lepape-info : Quel regard porte votre famille notamment votre fille de 9 ans et votre fils de 6 ans sur votre aventure ? 

C.C : Les premiers mots qui sortent de la bouche de mes enfants notamment de ma fille sont : « Oui c’est difficile de voir partir son papa pendant longtemps mais il va distribuer des médicaments à des gens qui en ont besoin. » Il y’a la compréhension mais aussi le manque qui va s’installer au fil du temps c’est pour cela que le téléphone satellite va être un moyen très important de communiquer même si je pense l’utiliser qu’une fois par semaine une à deux minutes à chaque fois pour leur dire que tout va bien.

 

Claude Cazes
Claude Cazes dans le désert Namibien en 2020

 

Lepape-info : Vous vous considérez comme un aventurier ? 

C.C : J’ai quitté il y’a un peu moins de 2 ans mon activité professionnelle dans le recyclage de métaux pour me consacrer pleinement à l’aventure, aux expéditions. À ce jour que ce soit ma famille ou moi-même on ne réalise pas trop et même si je l’ai écrit sur les réseaux sociaux j’en aurais conscience une fois mon objectif atteint. Lorsque mon périple de 6 mois sera terminé, je pourrai dire que je suis vraiment un aventurier et que je ne prétends plus vouloir en être un.    

 

Lepape-info : Comment vous vous définissez alors ?  

C.C : Je suis un grand enfant, toute ma vie je me suis toujours écouté. Je ne suis pas du genre à me dire tiens ce serait bien que je fasse cela un jour mais je me dis plutôt ce serait bien que je fasse ceci maintenant et quand ce moment arrive je mets tout en oeuvre pour y arriver sur le moment parce que je me dis que cela ne sert à rien de reporter à plus tard ce que l’on a envie de faire puisqu’on ne sait pas de quoi sera fait demain.

 

Lepape-info : Vous avez déjà fait une aventure un peu folle il n’y a pas si longtemps ? 

C.C : Oui mais c’était beaucoup plus court, l’an passé j’étais parti en Namibie pour une tentative de record du monde en marchant dans le désert Namibien sans manger ni boire pendant 42 km. Cela peut paraître très peu en distance mais en plein désert avec des températures au-delà des 40-45 °C et un taux d’humidité quasi nul, on est en survie totale. Je suis parti trop vite au début, je n’ai pas pu arriver au bout, j’ai du m’arrêter après 33,8 km. C’était d’une telle intensité que j’ai failli y laisser ma vie malgré la petite équipe qui était autour de moi pour m’assister.

 

Lepape-info : Quel message avez-vous envie de faire passer ? 

C.C : Comme je vous l’ai dit ce qui m’a motivé dans un premier temps c’était de pouvoir mettre la lumière sur ces pays Africains dans le besoin, il ne faut pas les oublier, il faut les aider encore et toujours parce qu’ils n’ont pas de robinet pour avoir de l’eau, ils n’ont pas de pharmacie à proximité, ils n’ont pas d’interrupteur sur lequel appuyer pour avoir de l’électricité. L’autre message s’adresse aux générations futures et à toutes les personnes qui ont envie de faire quelque chose de très fort, de très important : « Quand on y croit fort et que l’on y met toutes ses forces on y arrive vraiment ». C’est ce que je vais tenter de faire en allant au bout de mon aventure et en revenant.

 

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