Course à pied, ambiance chaude et troubles intestinaux

Le coureur à pied est connu pour être particulièrement exposé aux troubles gastro-intestinaux (TGI). Ceci, notamment pour des raisons d’impacts répétés au sol et de moindre perfusion sanguine de l’intestin.
Quid de l’effet supplémentaire de la chaleur ambiante connue elle aussi pour altérer la perfusion sanguine et des stratégies de prévention ?

Source - Fotolia
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À observer les statistiques, et sans même encore s’intéresser à l’effet de la chaleur, la volonté de mieux comprendre les causes des TGI en course à pied tombe sous le sens.

En effet, pas moins de 60% des coureurs souffrent de TGI lors d’épreuves d’endurance.

De façon plus précise, la survenue de TGI s’observe notamment lors de courses longues de ≥2 heures, à intensité modérée (≥60% de VO2max) et en environnement chaud.

 

 

Les coureurs qui en souffrent se retrouvent en déficit d’apport énergétique, impactant au minimum la performance et imposant jusqu’à l’abandon de l’épreuve.

Et alors que les conditions de course propices au TGI sont relativement identifiées, aucune étude avant celles discutées ci-dessous n’avait exploré les mécanismes sous-jacents – c’est-à-dire les indices de « l’intégrité » gastro-intestinale – et les stratégies de prévention qui s’y rapportent (c’est à dire les moyens de réduction de l’hyperthermie et les moyens de prévention de l’hypoperfusion splanchnique)

 

Pour étudier cela, une chercheuse australienne et son équipe ont regroupé à plusieurs reprises des coureurs à pied amateurs, hommes et femmes, en situation d’effort : 2 heures à 60% de VO2max dans conditions ambiantes différentes et avec des apports nutritionnels variables.

  1. À travers cette démarche, l’intention était tout d’abord de comparer les TGI à 22°C vs. 30°C vs. 35°C pour objectiver l’effet de la chaleur sur cette fameuse intégrité intestinale (soit 2 études réalisées)
  2. Ensuite, c’est le type d’apport ingéré qui a été au centre des préoccupations : l’efficacité de l’ingestion d’eau froide (pour combattre l’hyperthermie) et de glucides ou protéines (pour limiter l’hypoperfusion intestinale) a été étudiée afin de prévenir les TGI (soit 2 autres études)

 

En termes de mesures réalisées, l’équipe n’a pas eu froid aux yeux : des échantillons de sang, d’urine et de selles (avant et après effort) étaient systématiquement relevés pour évaluer l’intégrité GI (via la perméabilité de l’intestin grêle, les lésions épithéliales, et son degré d’inflammation) et le niveau d’endotoxémie du corps dans son ensemble (c’est-à-dire un reflet de l’état inflammatoire global).

 

Les résultats sont globalement en accord avec ce que l’on pourrait supposer. D’abord, par rapport à une course à 22°C, les environnements à 30°C et 35°C ont effectivement augmenté les lésions aux parois intestinales et les TGI (sans toutefois affecter le niveau d’inflammation intestinale).

Ensuite, les TGI étaient plus importants et durables à 35°C qu’à 30°C, indiquant donc que quelques degrés suffisent à faire une différence, notamment chez les coureurs les plus sensibles à la chaleur.

Dans l’ensemble, l’équipe a mis en évidence une corrélation claire entre l’augmentation de la température rectale des coureurs et la présence de symptômes GI.

Autrement dit, l’hyperthermie est vraisemblablement une cause en tant que telle de perturbations GI – indépendamment d’autres facteurs, comme les impacts liés à la course.

 

Pour limiter le risque de survenue de ces TGI sous 35°C, l’ingestion d’une eau à 0°C et à 7°C n’a pas été la meilleure solution – quand bien même on aurait supposé que son effet réfrigérant contrebalancerait celui de la chaleur.

En fait, si elle a effectivement permis d’atténuer la hausse de température interne, l’eau froide n’a montré qu’un faible intérêt pour réduire les lésions aux parois intestinales et les TGI par rapport à une eau à 22°C.

 

En revanche, les apports en glucides et en protéines ont carrément supprimé les lésions de l’épithélium intestinal et réduit la perméabilité de l’intestin, comparé à l’ingestion d’eau. Un atout supplémentaire donc, pour ceux qui n’y voyaient qu’un intérêt énergétique.

Par ailleurs, les glucides ont également augmenté les anticorps anti-endotoxines – un bon point en plus – tandis que les protéines ont, elles, augmenté le risque et la gravité des TGI par rapport à l’eau et aux glucides – un point négatif.

 

Que retenir d’un point de vue pratique ?

  1. Tout d’abord, il est bon de garder à l’esprit le lien entre chaleur ambiante, course de longue durée, hyperthermie du corps et lésions des parois intestinales chez des coureurs amateurs, hommes comme femmes.
  1. Ensuite, la stratégie la plus efficace pour préserver l’intégrité GI lors de ces conditions chaudes s’est avérée être la consommation de glucides, et ce de façon régulière (~15g toutes les 20 minutes).
  1. Enfin, combinée aux glucides, une consommation régulière d’eau à une température comprise entre 0°C et 7°C peut être une stratégie supplémentaire pour réduire l’effort de thermorégulation du corps, soutenir l’intégrité GI et limiter les TGI.
  1. Au-delà de ces points, une problématique majeure du coureur est celle du repas réalisé avant l’effort : son absorption recèle des enjeux énergétiques et de perfusion sanguine, et est donc intimement lié aux TGI. Alors que l’évidence voudrait éloigner le repas autant que possible de l’effort (surtout si celui-ci a lieu en condition chaude), sa proximité avec la séance pourrait a contrario s’avérer devenir une stratégie d’entraînement intestinale.

 

Source : Snipe, BJSM 2019

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