François d’Haene : « 2014 ? Jamais, je n’aurais imaginé… »

Il a tout gagné, ou presque. Vainqueur de l'Ultra Trail Mt Fuji, de l'UTMB et de la Diagonale des Fous, François d'Haene a dominé de la tête aux pieds la première édition de l'Ultra Trail World Tour 2014. A l'heure du repos, il dresse le bilan de sa saison, évoque son avenir et parle de l'évolution du trail.

Francois D'Haene UTWT 2014

Il n’a rien perdu de son calme et de sa discrétion. Il est toujours aussi humble et évoque avec un calme olympien ses performances dans le monde de l’ultra. François d’Haene est sans vantardise, comme s’il y croyait à peine ou parlait de quelqu’un d’autre. « C‘est dur à imaginer. Déjà gagner deux ultras dans la saison c’est … ouah alors trois… Rien ne m’aurait permis d’imaginer cela. C’est quand même la première fois que je termine trois ultras dans l’année, alors de là, à les gagner… »

Petit retour en arrière. En 2014, François d’Haene attaque l’année fort de sa victoire en 2013 sur le Grand Raid de la Réunion dit la Diagonale des Fous. Epoustouflant du début à la fin, il franchit la ligne après 21h58 d’effort sur un parcours de 164 km et 9 900 mètres de dénivelé positif (lire le compte-rendu). Son premier gros rendez-vous 2014 se fait sur le Mont-Fuji, au Japon. 168 km et 9 000 m de dénivelé positif. En cette fin avril, comme sur le Grand Raid de la Réunion, il mène la course de bout en bout (lire le compte-rendu). Il s’impose ensuite sur le Beaujolais Village Trail (en avril 2014), chez lui.  Ce furent ensuite, les championnats du monde de Sky running sur 80 km à Chamonix. Il termine deuxième derrière l’Espagnol Luis Alberto Hernando (lire le compte-rendu). Il dira alors qu’il n’avait « pas les jambes pour aller chercher son adversaire, tout en espérant une revanche sur l’UTMB ». Entre-temps il s’impose sur l’Ice Trail Tarentaise (juillet 2014) avant d’effectuer quelques semaines plus tard, son retour sur la place de l’Amitié. A Chamonix, personne ne peut contrer le Français. En 2012, il s’était déjà imposé sur une course raccourcie en raison des conditions météos (le compte-rendu) avec une victoire en 10h32mn36s sur un tracé de 100 km et 6 000 m de dénivelé.  « Je dois reconnaître que j’étais déçu de ne pas prendre le départ du vrai UTMB mais ensuite je me suis dit que j’étais là et que j’allais tout donner. C’est ce que j’ai fait avec un réel plaisir, » déclarait-il à l’arrivée.

Mais c’est un tout autre coureur qui se présente en 2014, il est fort, très fort et ses poursuivants, les Espagnols Tofol Castaner Bernat et Iker Karrera Aranburu (qui termineront main dans la main)affirmeront avec admiration : « Devant, François était trop fort, on ne pouvait rien faire. De notre côté, nous avons décidé d’unir nos forces pour ne pas nous faire reprendre, il n’était même pas pensable d’aller le chercher.  »
François d’Haene boucle son parcours en 20h11mn45s à quelques minutes de la barre symbolique des 20h mais en établissant le nouveau temps de référence « Je n’avais pas du tout ça en tête, je ne m’en suis jamais pas préoccupé ». Une déclaration à son image, pas de fanfaronnade, juste du travail bien fait. « Je ne recherche pas les records mais le plaisir. J’ai eu la chance cette année, de commencer très fort avec ma victoire sur le Mont-Fuji, c’était un gros objectif. De fait durant les mois qui ont suivi, je n’avais pas de pression. Ma saison était déjà pleine. Ensuite, il y a eu l’UTMB, où je ne voulais pas trop me fatiguer en vue de la Réunion. Mais voilà, je suis bien, tout se passe comme dans un rêve. En fait, tout s’est merveilleusement déroulé. » (lire le compte rendu)

François D'Haene Grand Raid de la Réunion 2014
François D’Haene sur le Grand Raid de la Réunion 2014

Sur le Grand Raid de la Réunion, l’histoire recommence. Pas de pression. « En début de saison, je m’étais fixé un gros challenge : enchaîner l’UTMB et la Diagonale des Fous, avec juste l’idée de faire ces deux courses du mieux que je pouvais et le mieux placé possible. Au départ de l’UTMB, je n’avais pas trop de pression au vu des courses que j’avais déjà remportées, sur le Grand Raid j’en avais encore moins. Ce fut une immense joie de conclure ma saison à la Réunion car c’est vraiment une course particulière. Avoir la chance d’y briller et d’accéder au titre de champion du World Tour sont deux très beaux cadeaux auxquels j’osais à peine rêver. »

Pour trouver les raisons de ses performances, une petite étude rapide de sa saison, permet de tirer quelques conclusions avec des phases de récupération pleines, une variation des terrains et des pratiques (de la course mais aussi du vélo et des « balades »), un métier qui le passionne, une vie familiale équilibrée et des amis qui l’accompagnent. « Il faut savoir relativiser. Le trail running est avant tout une aventure, il ne faut jamais perdre ça de vue. Ce n’est pas de l’athlétisme, c’est tout autre chose. Il faut penser découverte du paysage et de soi, il faut penser voyage et surtout il faut penser plaisir. Ceci veut aussi dire qu’il faut avoir une vie en dehors du trail. Ce n’est pas un bon repas, une soirée entre amis ou un verre de vin qui va vous nuire et vous empêcher de terminer votre course. Bien sûr, je ne dis pas qu’il ne faut pas s’entraîner mais il faut savoir vivre autre chose et ne pas tout sacrifier pour la course. Je connais des coureurs qui ne font rien d’autre durant les six mois qui précèdent leur course, je ne suis pas sûr du tout que ce soit un gage de réussite. »

« Attention à ne pas dénaturer notre discipline »

Des déclarations qui l’amènent à parler de l’évolution du trail running et de sa médiatisation. « Je ne dis pas que ce n’est pas bien mais il ne faut pas que chaque mètre du parcours soit filmé et que les parcours deviennent des boucles. Il est important de garder en mémoire les raisons de la naissance et du succès du trail. Les coureurs, quel que soit leur niveau, sont venus pour sortir du chrono et de la route, pour découvrir des paysages, savourer une ambiance et un parcours, partir à l’aventure. Je me répète mais c’est ça et uniquement ça le trail. En 7/8 ans, le trail a énormément évolué, c’est bien, mais attention à ne pas dénaturer notre discipline. »

Un avertissement qui conduit François d’Haene à parler de l’équipement, des règlements de plus en plus longs et des coureurs qui n’ont peut-être pas le niveau, « pas encore« , pour s’aligner sur de telles épreuves. « Je ne dis pas qu’il ne faut pas de matériel obligatoire, loin de là. Mais il faut responsabiliser les concurrents. Je serais pour une liste de base comme la couverture de survie, le sifflet, le portable, l’eau et la ration alimentaire mais ensuite ce devrait être plutôt du matériel conseillé. Ainsi, chacun serait responsable de ses actes. Il ne devrait venir à l’idée de personne de s’élancer en montagne sans gants ni coupe-vent…. Je constate souvent que les coureurs ne connaissant même pas la règle des trois couches et vont enfiler une sous couche mouillée, ce qui ne sert à rien. Je sais bien que certains seraient capables de partir au péril de leur vie mais il faut éduquer et éduquer encore sans pour autant materner car du coup, vous avez bon nombre de concurrents qui ne savent pas utiliser la moitié de ce qu’il y a dans leur sac à dos. Alors à quoi bon? Mais il est bien évident qu’un Japonais qui vient faire l’UTMB doit être guidé car il ne connait pas les conditions climatiques, d’où la notion de matériel conseillé. »

Aux coureurs donc de se poser les bonnes questions quant à leur équipement mais aussi leur niveau et leur préparation. « Pourquoi partir sur un ultra et être tellement juste que dès la première barrière horaire c’est la fin de la course ? Pourquoi ne pas franchir les étapes une par une ? L’ultra n’est pas une condition obligatoire pour être un traileur. C’est une distance parmi tant d’autres et il est préférable de se faire plaisir sur ces distances moindres et de garder le plaisir. Il faut aussi acquérir de l’expérience avant d’allonger les distances afin de conserver de beaux souvenirs, plutôt que d’être détruit. »

Des mots qui illustrent la volonté du Français de s’impliquer de plus en plus. il a ainsi apprécié que l’Ultra Trail World Tour sonde les coureurs après cette première année de compétition (un sondage qu’il avait suggéré) et aimerait s’investir encore plus dans la discipline afin d’accompagner son évolution. Il sera évidemment présent en 2015 au devant des pelotons mais sans avoir encore établi son programme. « Je réfléchis. Je veux prendre mon temps et surtout faire des choses qui me tiennent vraiment à coeur. C’est ma première motivation. Ainsi, il est sûr que je serai au départ d’une course aux Etats-Unis. Je me suis inscrit sur deux épreuves, la Western et la HardRock afin d’être sûr de pouvoir prendre au moins le départ d’une des deux. Ce sont des courses que je veux faire une fois dans ma vie ».

Mais les USA ne seront pas les seuls défis du vigneron. Il en a plein dans la tête et rêve des Andes, de l’Himalaya, d’aventures entre amis et/ou en famille. Il a aussi des idées de records mais ne veut en aucun cas les vivre en solo. Il souhaite « avant tout partager« . Et parfois accompagner. Comme sur certaines de ses courses où après avoir gagné, au coeur de la nuit, il va chercher son père qui est encore sur les chemins afin de lui assurer son ravitaillement et l’encourager.

Le 24 décembre 2014, il fêtera ses 29 ans tandis qu’un deuxième enfant est attendu trois jours plus tard, aux alentours du 27. Histoire de s’offrir un magnifique cadeau pour clore royalement cette année 2014. En attendant 2015 et de nouvelles aventures.

Quelques photos 

6 réaction à cet article

  1. Très bel état d’esprit de la part d’un grand champion

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  2. Il a raison, faisons surtout attention de ne pas dénaturer notre sport

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  3. Il a raison, faisons attention de ne pas dénaturer notre sport. Convivialité, découverte des paysages et plaisir en sont les bases

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  4.  » Le trail running est avant tout une aventure, il ne faut jamais perdre ça de vue. Ce n’est pas de l’athlétisme, c’est tout autre chose. »

    pourtant la course a pied c’est belle et bien de l’athletisme

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    • Oui mais ce n’est pas de la course à pied. Ca en fait parti mais le trail ne vient pas de la course à pied mais des sports de montagne

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  5. Donc si trail = course a pied = athletisme

    ou trail = sport de montagne donc traileur pas coureur a pied

    ps course a pied en montagne = epreuve d’athletisme avec championnat gerer par federation d’athletisme

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