Préparation mondial 24h – Partage de séance

Retour sur la préparation du mondial de 24 heures qui se courra du 26 au 27 octobre prochain à Albi. Les français sont actuellement en stage dans la Loire pour finaliser la préparation et les stratégies individuelles.

trail-training

Dans notre dernier article 24h : le mondial approche, nous avons évoqué 2 points cruciaux : le pacing et la nutrition, sous leurs aspects pratiques. 

Aujourd’hui nous vous présentons la séance spécifique d’Erik Clavery, réalisée avec les autres membres de l’équipe de France. Sur le papier, cette séance est très simple : il s’agit de courir pendant 5 heures sur une boucle plate de 1.5 km, de distance identique au mondial, mais avec moins de virages.

Hormis cette particularité, nous sommes dans le spécifique pur puisque les coureurs vont pouvoir tester en conditions réelles leur stratégie de pacing et leur stratégie alimentaire. La durée de 5h est également suffisamment sollicitante pour se projeter dans la course physiquement et mentalement. Elle constitue un stress organique important, même si à ce moment de la préparation, elle doit laisser peu de traces dans les organismes, à condition que l’allure choisie soit en adéquation avec ses capacités physiques.

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Une boucle simple et plate de 1.5 km avec 4 virages

 

Vitesse, fréquences, intensité

Si en trail il est complexe de relier ces 3 paramètres (car la vitesse change très rapidement selon le terrain), c’est bien plus facile à plat puisque la vitesse correspond à une certaine intensité que l’on peut vérifier par les fréquences cardiaques. 

 

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Relevé Suunto des données de la séance pour Erik Clavery

 

Les données brutes (ci-dessus) de la séance d’Erik sont les suivantes : un peu plus de 69 km pour 5h10, avec une moyenne de 13.5 km/h (= 4’26-4’27/km), et une fréquence cardiaque moyenne de 132 pulsations/minute. Examinons ces données à la lumière des objectifs fixés et des données propres à l’athlète. L’objectif était bien de courir à 13.5 km/h de moyenne, mais de réaliser environ 65 km en 5h, car il faut bien tenir compte des ravitaillements qui se font en marche douce. De même, la FC moyenne attendue était de 130 bpm et elle est ici de 132. A ce propos, on observe une dérive cardiaque sur la 2ème partie de la séance, due à une allure de base trop élevée, dépassant fréquemment les 14 km/h. 

 

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Données Suunto des vitesses instantanées. Les décrochages correspondent aux ravitaillements

 

Pourquoi 13.5 km/h ?

 

La question revient fréquemment et elle est essentielle. Pourquoi choisir une vitesse de départ apparemment élevée puisque 24h à 13.5 km/h permettent de couvrir 324 km ? La réponse est multiple. Tout d’abord, compte tenu des ravitaillements, de la fatigue musculaire et centrale, et des phénomènes inflammatoires dus aux chocs excentriques, une course d’ultra endurance ne peut ni doit se courir à une vitesse régulière. Dans le cas d’Erik dont l’objectif ambitieux est d’atteindre les 270 km (11.25 km/h), la vitesse de départ se situe donc à 120% de la vitesse moyenne cible. C’est ce que nous préconisons en ultra trail en termes d’intensité de départ, que l’on peut évaluer au moyen de la fréquence cardiaque de réserve.

Dans le cas précis d’Erik Clavery, nous avons mené des recherches pour confirmer ou infirmer cette hypothèse de départ selon laquelle 13.5 km/h était une vitesse initiale idéale. En sous-intensité, aucun athlète n’est à l’aise. Chacun en a fait l’expérience lors d’une sortie avec des personnes d’un moindre niveau. L’économie de course s’en trouve impactée. Equipé d’un analyseur d’échanges gazeux respiratoires, nous avons balayé les vitesses autour de 13.5 (de 12 à 14, de 0.5 en 0.5) et calculé l’économie de course ainsi que le quotient respiratoire à chaque vitesse. 

Vitesses/données VO2 Cr QR FC % VMA % FCRes VO2 en mlO2/min/kg
12 km/h 36.8 0.184 0.90 115 57 52 Cr en mlO2/m/kg
12.5 37.5 0.180 0.87 117.8 59.5 54 FC en bpm
13 39.5 0.182 0.89 123 61.9 58
13.5 41.4 0.184 0.85 131 64 63
14 42.8 0.183 0.87 135 66.7 67
13.5 43.8 0.195 0.88 134.7 64 67
13 40.7 0.188 0.88 130.3 61.9 63
12.5 37.8 0.181 0.90 128 59.5 62
12 37.8 0.189 0.86 123.8 57 58

Données tests Erik Clavery. Centre hospitalier Universitaire Toulouse. Dr Fabien Pillard

 

2 résultats essentiels ressortent de ces tests : le coût énergétique (donnée indépendante de la vitesse tant que l’on reste en aérobie) d’Erik Clavery est faible. D’après Barnes et Kilding (2015), les données de Cr d’athlètes très entraînés et élites testés à 14 km/h sont respectivement de 0.193 et 0.171 millilitres d’oxygène par mètre et par kg. C’est une donnée essentielle sur la route, car à VO2max égaux, elle influe sur la capacité de performance en course d’endurance. La deuxième remarque, la plus importante, est d’obtenir le plus faible quotient respiratoire pour la vitesse de 13.5 km/h. Pour rappel, le quotient respiratoire est le rapport entre le rejet de dioxyde de carbone et la consommation d’oxygène. Plus cette valeur est basse, plus la part de lipides dans le mélange de carburants (lipides/glucides) dégradés à l’effort est importante, et plus les stocks de glycogène sont épargnés. C’est avec cette valeur du QR que nous pouvons calculer la dépense énergétique en kilojoules par kilomètres en utilisant l’équivalent énergétique en oxygène. 
Les tests d’effort : le quotient respiratoire

En conclusion, c’est à 13.5 km/h qu’Erik est le plus économe. En laboratoire, la FC correspondante est de 131 bpm (la 2ème mesure a été faussée par des épongeages). Ainsi, on peut mettre en relation le % de VMA avec le % de FC réserve. Les 2 correspondent bien à de l’endurance fondamentale sollicitant en douceur la filière aérobie. Sur le terrain, on retrouve cette même FC moyenne même si la dérive observée (à mettre en lien avec la dérive de vitesse) devra être jugulée le jour J.

D’autres paramètres auraient pu être étudiés comme la cadence par exemple. Pour autant, sur une telle épreuve, la fatigue va davantage se manifester par une baisse de l’amplitude de pas que par une baisse de la cadence qui est plutôt invariante. 

En conclusion, ce type de séances permet d’effectuer les derniers réglages avant le jour J. Pour Erik Clavery, elle conforte son choix de vitesse/intensité de départ et valide son protocole alimentaire. Elle permet également une mise en garde : ne pas s’emballer après la première heure de course, quand l’organisme est parfaitement chaud, et conserver une intensité régulière et modérée. Enfin, au sein de l’équipe de France, si Erik reste un outsider en recherche d’expérience mais capable de tout, c’est Stéphane Ruel (268 km et vice-champion d’Europe) qui sera le leader. 

 

 

 

14 réaction à cet article

  1. Bonjour,
    Merci pour ces informations.

    Avant de poser mes questions, je suppose que les tests ont été effectués sur un tapis avec des paliers de 3 minutes, et arrêt de 30s entre chaque palier pour effectuer une prise de sang.
    Et aussi, je suppose que vous avez procédé à une pyramide :
    – d’abord en montant les vitesses par pallier de 12 à 14,
    – puis en redescendant la pyramide en sens inverse.
    C’est bien cela ?
    .
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    Mon groupe facebook « Grp-Nine14-Cap-Fichiers » pour les résultats du championnat du monde à Albi, heure par heure en format excel.

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    • Bonjour Nicolas. Pour ce type d’athlète avec cinétique de VO2 élevé, des paliers de 2min suffisent. L’état stable est même atteint au bout de 30s car l’incrément est faible. Non pas d’arrêt entre les paliers car je n’exploite plus les lactates depuis bien longtemps pour de multiples raisons. Oui pyramide montante et descendante. Cordialement

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  2. Merci Pascal pour votre réponse (je ne réponds que maintenant car pas alerté de votre réponse).
    OK pour les lactates.
    Oui, en ultra, peu d’intérêt.
    .
    Mais, concernant le QR, je ne partage pas le point de vue que 2 minutes suffisent.
    La voie « Lipides » a une sacrée inertie.
    Les experts nous parlaient de 30 à 60 minutes.
    OK, le projet FASTER a montré que ceux qui suivent une alimentation LCHF avaient des inerties plus faibles.
    Donc, je ne suis pas sûr que le QR mesuré toutes les 2 minutes soit bien fiable.
    Non ?

    PS : il semblerait que vous vous soyez basé sur ce QR pour déterminer le 13,5 km/h.
    Pourquoi pas le Cr qui indiquait 12,5 comme meilleure allure ?

    PS2 : en tout cas, Erik a couru de façon incroyable.
    Ne pas craquer après avoir démarré à 13,5 sur +sieurs heures !
    Ca nous dépasse.

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    • Bonjour. En 2 mots, le QR n’est pas mesuré toutes les 2 minutes mais bien en continu, de plus sur une durée d’exercice assez longue. Ensuite, on le moyenne à chaque palier, mais encore une fois, avec l’expertise d’Erik Clavery, sa forte cinétique de VO2 et les faibles incréments de vitesse, le QR était significativement stable pour chaque palier.
      Même si je ne prétends pas être expert en QR (ou RER), l’économie de course reste mon sujet de thèse de doctorat et un domaine dans lequel j’ai largement publié. Cela étant, et je comprends votre questionnement, le tableau de l’article est un résumé de toute l’expérimentation, et comme je le disais toutes les variables sont mesurées en continu, comme à chaque test labo/terrain.

      Répondre
  3. Je vous renvoie également à cet article qui vous montre comment on peut utiliser le Cr avec d’autres athlètes, pratiquant d’autres disciplines (trail montagne)
    http://www.lepape-info.com/entrainement/entrainement-running/entrainement-trail/test-deffort-pour-traileurs/

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  4. Merci Pascal pour votre message.
    Vous avez écrit : « Bonjour. En 2 mots, le QR n’est pas mesuré toutes les 2 minutes mais bien en continu, de plus sur une durée d’exercice assez longue. Ensuite, on le moyenne à chaque palier, mais encore une fois, avec l’expertise d’Erik Clavery, sa forte cinétique de VO2 et les faibles incréments de vitesse, le QR était significativement stable pour chaque palier.
    Même si je ne prétends pas être expert en QR (ou RER), l’économie de course reste mon sujet de thèse de doctorat et un domaine dans lequel j’ai largement publié. Cela étant, et je comprends votre questionnement, le tableau de l’article est un résumé de toute l’expérimentation, et comme je le disais toutes les variables sont mesurées en continu, comme à chaque test labo/terrain »
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    .
    Pour moi, le QR est le quotient respiratoire, le rapport entre le CO² expiré et l’O² inspiré.
    QR = VCO² / VO²
    Il donne une indication sur le substrat utilisé.
    Car il faut plus d’oxygène lorsque les lipides sont utilisés comme substrat.

    Mais comme écrit dans mon message précédent, la filière Lipides a une grosse énergie.
    Si vous avez mesuré le QR sur des paliers de 2 minutes, de mon point de vue, ce n’est pas valable.
    Si vous l’avez mesuré sur des paliers d’au moins 30 mn, là, les résultats seraient exploitables.

    Pour le Cr en mlO2/m/kg, le coût énergétique, je suis entièrement d’accord que 2 minutes suffisent (oui, grosse cinétique de Vo² chez les champions).

    Je suis donc preneur de votre protocole de mesure du QR (quotient respiratoire).
    Je vous en remercie d’avance.

    PS : je vais lire le document http://www.lepape-info.com/entrainement/entrainement-running/entrainement-trail/test-deffort-pour-traileurs/

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  5. Vous avez écrit : « Je vous renvoie également à cet article qui vous montre comment on peut utiliser le Cr avec d’autres athlètes, pratiquant d’autres disciplines (trail montagne)
    http://www.lepape-info.com/entrainement/entrainement-running/entrainement-trail/test-deffort-pour-traileurs/ »
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    Oui, je partage totalement votre approche sur le Cr, coût énergétique.
    Et ça me semble effectivement un élément pertinent pour déterminer l’allure sur 24H, ou il faut aussi être le + économe possible.

    Alors, je reviens à ma grande interrogation.
    Pourquoi avez-vous utilisé le QR (quotient respiratoire) de minimum de 0,80 à 13,5 km/h plutôt que le Cr qui lui était à son minimum de 0,180 à 12,5 km/h pour déterminer l’allure de course initiale d’Erik ?

    PS : étiez-vous à Albi ?
    Dans les tribunes avec le coach ?

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  6. Bon ce sera ma dernière réponse car je vous ai déjà tout expliqué. Tout d’abord, je sais ce qu’est un QR, je vous remercie !! Ensuite, la filière lipidique a certes une inertie plus grande que celle des glucides mais elle est tout de même rapidement engagée, et ce paramètre ne rentre pas du tout en compte dans un protocole avec échauffement et des intensités basses et progressives.
    Ensuite je vous REPETE que le QR (ou RER) est mesuré en CONTINU puisque VO2 et VCO2 sont mesurés en continu !!! et qu’une stabilité est obtenue à chaque palier.
    Ensuite, il ne faut pas plus d’oxygène lorsque les lipides sont utilisés mais c’est simplement le fait que l’équivalent énergétique des glucides et des lipides est différent (il ne faut pas prendre le problème à l’envers). Donc on commence par calculer des Cr en mlO2 puis on les traduit en Kj en fonction du QR et donc de l’intensité de l’exercice qui détermine la part de glucides/lipides utilisée comme carburant. Pour chaque QR entre 0.85 et 1 par exemple, nous connaissons la quantité d’énergie produite.
    Par conséquent, le problème n’est pas que vous soyez d’accord ou non avec ce protocole mais plutôt que vos connaissances soient mises en perspective avec la réalité et soient moins partielles.
    Bonne journée

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  7. Ne nous énervons pas.

    Oui mes connaissances sont partielles (je sais que je ne sais pas grand chose).
    Mais je fais des recherches physiologiques autour de la Cap depuis 20 ans.
    Et je les applique.

    J’ai bien compris que vos mesures sont en continu.
    Mais 2 minutes semblent très peu pour arriver à une stabilité pour le QR.

    A moins que le test soit précédé par une période de 30 minutes à allure lente.
    Et là, ça change tout.
    C’est ce que je fais lorsque je procède au test de Faure : relever les FC par palier, sur des paliers de 5 minutes.
    Je commence par 30 minutes d’allure en endurance lente.

    Avec mes excuses.
    Cordialement.

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  8. Ne me répondez pas.
    Juste un constat sur vos chiffres.

    Palier QR
    12 km/h 0.90
    12.5 0.87
    13 0.89
    13.5 0.85
    14 0.87
    13.5 0.88
    13 0.88
    12.5 0.90
    12 0.86

    Mais je constate que le QR au premier palier 12 km/h est le plus haut de tous les paliers.
    Ça met en évidence l’inertie de la filière lipides, même chez un champion de l’ultra.

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  9. je constate que vous n’avez toujours pas compris et c’est bien dommage. mais ceci est un article et pas un cours de physio. je vous engage à mettre à jour vos connaissances, au lieu de vouloir me donner des cours de physiologie ainsi que des cours de médecine au Dr Fabien Pillard que vous avez rencontré à Albi.
    je suis bien le coach d’Erik et je suis docteur et chercheur en physiologie de l’exercice, et je recherche toujours la vérité pour chaque athlète. Vous avez la chance de tout savoir, tant mieux pour vous, restons en là.

    Répondre
  10. Vous avez écrit : « je constate que vous n’avez toujours pas compris « .
    ————————
    Mais qu’est-ce que je n’ai pas compris ?
    Dites-le moi en 2 phrases.
    Normalement, je devrais comprendre.

    Oui, j’ai des points de vue ou des convictions.
    Et des fois je les exprime.
    Pour le partage.
    Je suis absolument ouvert à tous les autres points de vue.

    Répondre
  11. Lu dans l’article http://www.lepape-info.com/entrainement/entrainement-running/entrainement-trail/test-deffort-pour-traileurs / : « Pour calculer les Cr, on doit atteindre un état stable de la consommation d’oxygène (VO2) »
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    Je comprends notre différence de point concernant le QR.
    Je ne suis tout simplement pas d’accord avec cette phrase.

    Oui, une Vo² stable est une condition nécessaire pour mesurer le QR.
    MAIS PAS SUFFISANTE.

    Il faut aussi que la filière LIPIDES ait atteint son niveau stable.
    La voie lipides met un certain temps, plutôt mesuré en dizaines de minutes, pour atteindre son niveau nominal à une allure donnée.

    Si vous avez des chiffres prouvant l’inverse, je suis preneur de ces éléments.

    Respectueusement,

    Répondre
  12. Lu dans l’article http://www.lepape-info.com/entrainement/entrainement-running/entrainement-trail/test-deffort-pour-traileurs / : « Pour calculer les Cr, on doit atteindre un état stable de la consommation d’oxygène (VO2) »
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    Je me rends compte que dans ce passage, j’ai mal lu et j’ai pris Cr pour Qr.
    .
    N’empêche que pour mesurer le QR, la voie Lipides doit s’être stabilisée.
    Sur le projet Faster, pour des coureurs ultra Elites, sur des tests de 3H à 65% de leur VMA, la voie Lipides n’a cessé de progresser.

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