L’Incroyable Kip Keino : Un seigneur sur la piste et dans la vie !

Découvrez l'incroyable histoire du coureur kényan Kipchoge "Kip" Keino.

jeux olympiques 1972 : 1500 mètres / Source : racingpast.ca
jeux olympiques 1972 : 1500 mètres / Source : racingpast.ca

Kipchoge « Kip » Keino est né le 17/01/1940  à Kipsamo, un petit village près des Nandi Hills.

Si Kipchoge Keino n’est pas le premier kenyan médaillé olympique (Kiprugut finira 3 -ème sur 800 m à Tokyo en 1960) ni le premier champion olympique (Temu sur 10 000 m à Mexico en 1968) on peut affirmer sans conteste que Keino est à la fois le premier et le plus grand des coureurs kenyans !

Sa foulée légère, ample, gracile, son attitude combative et téméraire, ses résultats, sa polyvalence pédestre mais surtout son charisme ont fait de Keino le premier ambassadeur de son jeune pays. Keino au fil de ses exploits est devenu la fierté d’une nation qu’il porte au plus profond de lui et qu’il a fait connaître aux quatre coins de la terre.  

 

Keino aura surtout été l’inspirateur de milliers de jeunes kényans qui depuis dominent la planète demi-fond.

Mais Keino n’a pas été qu’un coureur au palmarès faramineux, c’est aussi le symbole de la générosité et du don pour les autres.

La carrière prodigieuse de ce fier guerrier Nandi mérite qu’on s’y attarde.

 

Palmarès

 

Or aux jeux olympiques sur :

  • 1500m en 1968 à Mexico
  • 3000 m steeple en 1972 à Munich

Argent aux jeux Olympiques sur :

  • 5000m en 1968
  • 1500m en 1972.
  • Recordman du monde sur 3000m et 5000m.

Jeux de l’empire britannique et du Commonwealth

  • Or sur le mile et le 3 mile en 1966 (Kingston Jamaïque)
  • Or sur 1500 m et bronze sur 5000 m en 1970 (Edimbourg Ecosse)

Records personnels

440 yard : 49.0

800m : 1:46.41 à Munich en 1972

1500m : 3:34.91 en 1968 à Mexico en 1968

Mile : 3:53.1 à Kisumu Kenya en 1967

2000m : 5:05.2 à Leicester en 1970

3000m : 7:39.6 (record du monde) à Helsingborg en 1965

2 Miles : 8:25.2 à Sydney en 1965

5000m : 13:24.2 (record du monde) à Auckland en 1965  

10 000m :28 :06.4 à Léningrad n 1968

3000m steeple : 8:23.64 à Munich en 1972

 

Les meilleures performances par année de Kipchoge Keino
Age 800 m 1500 m Mile 2000 3000 m 5000 m / 3 miles 10000 m 3000 m steeple
1959 19 04 :38 / 16 :17
1960 20
1961 21
1962 22 4 :07.0 / 13 :46.8
1963 23
1964 24 3 :41.9 4 :01.5 13 :49.4
1965 25 3 :37.6 * 3 :54.2 7 :39.6 13 :24.2
1966 26 3 :36.8 * 3 :53.4 / 8 :29.8 13 :26.6/ 12 :57.4
1967 27 3 :36.7 * 3 :53.1 13 :36.8
1968 28 3 :34.91 3 :55.5 13 :35.8 28 :06.4
1969 29 3 :37.3
1970 30 3 :36.6 5 :05.2 / 8 :25.4 13 :27.6
1971 31 1 :47.0 3 :36.8 3 :54.4 13 :25.8
1972 32 1 :46.41 3 :36.81 3 :59.4 i 28 :48.8 8 :23.64
1973 33 3 :39.63
* temps de passage sur mile

 

Qui est Kipchoge Keino ?

 

Kipchoge est issu de la tribu des Kalenjins qui habitent une région de haute altitude bien arrosée près des montagnes Nandi sur le côté ouest de la vallée du grand Rift. S’ils ne représentent qu’environ 5% de la population kényane les kalenjins sont depuis toujours les principaux fournisseurs de l’équipe kényane de demi-fond et fond avec les kisiis et les kipsigis, dont est issu le premier grand coureur kényan qui a terminé 6ème sur 5000 m de Rome : Nyandika Maiyoro.

A l’origine, tribus guerrières nomades, s’ils vivent maintenant comme des cultivateurs et des éleveurs sédentaires, ils ont gardé l’esprit guerrier et un esprit de combat qui se retrouve en compétition.

Leur morphologie leur donne, grâce à la taille de leur fémur, une longueur de jambe qui favorise l’amplitude de la foulée. Ces qualités font que nombre d’entre eux, dans les années 1960, ont été recrutés par la police.

 

Une enfance peu banale qui force le respect

 

A l’âge de 4 ans, alors qu’il se trouve avec les autres petits bergers pour garder les chèvres dans les collines près de Kapchemoiyvo où sa famille avait déménagé, sa mère décède lors d’un accouchement. Comme il est de tradition au Kenya quand le père est veuf, le fils est envoyé chez ses grands-parents à Kipsamo pour y être élevé. Il va vivre comme tout petit kényan : marchant, courant, jouant dans les champs tout en faisant des corvées pour la ferme. A l’âge de 10 ans, il rejoint la maison de son oncle pour garder seul le troupeau de chèvres. Il ne fréquente pas l’école passant ses journées à surveiller les chèvres.

C’est à cette époque qu’il a surement fait la course la plus rapide de sa vie lorsqu’il s’est retrouvé face à face avec un léopard mangeant une chèvre du troupeau.  

Mais sa vie n’est pas facile dans la brousse, serpents, animaux sauvages… Si la brousse est dangereuse son oncle qui lorsqu’il a trop bu, le bat sévèrement l’est encore plus. Le jeune Keino va parfois dormir dans un arbre pour lui échapper. Il vivra bien d’autres aventures et devra se battre contre une « bête inconnue » : la malaria. Lassé de se faire battre, il va décider de s’enfuir et traverser 30 kilomètres de contrée dangereuse pour rejoindre la maison de son père, le suppliant de l’envoyer à l’école. Son père refuse et le ramène chez son oncle. Il continue de garder les chèvres et d’être battu. Son père se dispute alors avec l’oncle et ramène Kipchoge à la maison. Il tourne autour de l’école tente d’y être accepté.  Mais il n’a pas d’argent et doit retourner à la maison. A 12 ans, son père a enfin trouvé l’argent nécessaire pour payer les frais d’inscription et l’uniforme de l’école et Kip est accepté à la « Kaptumo Intermediaire School ».

Sa ténacité a été récompensée.

Une année plus tard, il participe au cross de l ’école, terminant 4ème en se frottant à des élèves bien plus âgés. Sa récompense sera un morceau de savon. Plus tard, il terminera 2ème d’un 400 m démontrant déjà sa polyvalence. Il aime courir, et est heureux à l’école. Ce fut donc un coup dur lorsqu’ à 16 ans, il a été obligé abandonner l’école faute d’argent.

A l’âge de 16 ans, devenu un Nandi après les rites initiatiques, il est livré à lui-même, construit une hutte et cultive des légumes. Cherchant du travail, il marché 65 kilomètres pour prendre le train pour aller à Fort Ternan, mais sans succès. Il est alors revenu travailler dans une ferme. En rentrant un jour chez lui le week-end il a été attaqué par des voleurs et n’a dû sa vie qu’à ses qualités de coureur.

Son père, Kipkeino Arap kurgat qui avait gagné quelques courses à l’âge de 45 ans sur 4 et 10 miles avant la naissance de Kipchoge l’encourage à s’entraîner sur une piste rudimentaire aménagée sur leur terrain. Kip participe à sa première course à 16 ans : un 3 mile qu’il terminera à la 5ème place. Il participe à de nombreuses courses seniors en obtenant des places respectables et lors des championnats de district il se lance sur le marathon. Il prend la tête à la mi-course, mais à 5 miles de l’arrivée boit un soda et se retrouve rapidement allongé au sol, trop malade pour continuer.

 

Mais Kip a trouvé son identité dans la course.

Il tente ensuite d’entrer dans la police mais est refusé car trop jeune. Mais comme pour l’école sa ténacité va payer. Un jour alors qu’il traînait devant le local de police, seules 17 recrues sur les 18 attendues sont venues au rendez- vous le jour de leur accueil. Les recruteurs de la police qui le connaissent et savent que c’est un bon athlète, vont l’enrôler. Kip a une demi-heure pour se préparer et partir à Eldoret.

Cette journée a changé sa vie et celle du demi-fond mondial.

 

Kip Keino le policier

 

Recruté par la police, Kip va gagner en confiance et un peu d’argent. Avec sa première paie il achète une bible.  Élève studieux, il va aussi très vite montrer qu’il est le meilleur coureur de sa classe. Sa première compétition sera un cross-country qu’il terminera à la 2ème place derrière son idole le caporal Arere Anentia.

La préparation militaire est rigoureuse avec de l’entraînement physique tous les jours. Il court 3 à 5 fois par semaine et joue au football et au volley-ball les autres jours.

Il participe à quelques courses seulement car il doit participer aux patrouilles dans une période de lutte et de forts troubles pour l’indépendance du pays. En 1959, réalise 4:38 sur le mile et 16:17 sur 3 mile.

Keino a même été membre de la garde rapprochée du leader Mau Mau Jomo Kenyetta qui deviendra en 1964 le premier président du Kenya. Pendant 3 ans, il va faire son travail au sein de l’unité des services généraux de la police. Très vite ses supérieurs ont découvert le talent et Il est affecté à l’école d’entraînement de la police à Kiganjo où il trouve de bonnes conditions d’entraînement et des compétitions. Keino veut se rapprocher de sa famille mais son supérieur refuse car pour la première fois il a un entraînement structuré. Après quelques mois d’entraînement, Keino va pouvoir se frotter à nouveau au plus fameux coureur du Kenya, Arere Adentai. Il va le battre sur 3 mile avant de gagner également le 3000 m steeple. Fort de ses succès, Kip invite son père à assister à une prochaine compétition sur steeple. Hélas il va tomber lors du franchissement de la rivière, terminer 4ème et dégoûté, abandonner la pratique de cette discipline.

Utilisant des entraînements de sprints de son invention, Kip va réaliser 4:17 sur mile et 14:08.9 sur 3 mile lors des championnats kényans. Sélectionné pour les championnats est-africains en Tanzanie, il y bat le record du 3 miles en 13:46.8. Kip devient le meilleur coureur du Kenya.

Puis il va gagner en 13:55.5 le 3 mile de sélection pour les jeux de l’Empire britannique et du Commonwealth qui se déroulent à Perth en 1962.

Encadré par un officier britannique, la préparation que Keino doit suivre ne lui convient pas car négligeant le travail de vitesse dont Kip a besoin. Surentraîné et perclus de douleurs Keino arrête l’entraînement mais en profite pour observer les les athlètes étrangers et se faire ainsi quelques idées sur le travail d’interval training.

A Perth, les résultats ne sont pas bons pour les kenyans.

Sur le mile avec 4:07 Kip ne se qualifie pas pour la finale puis finira 11ème en 13:50 dans un 5000m remporté par Halberg (NZ) en 13:34.15, Clarke (Aus.) en 13:35.92 et Bruce Kidd (Can.) en 13:36.37. Dans cette course les concurrents ont eu un aperçu du « front Runner » qu’est Kip, parti en boulet de canon. Kip possède 100 mètres d’avance à mi-course, avant d’aborder le dernier tour avec 30 mètres d’avance. La, avec un dernier tour en 70 secondes seulement, il se fait dépasser par une dizaine de concurrents.  C’est un échec pour Keino.

Après Perth, Keino se marie, achète un terrain et démarre une ferme avant même de terminer son service de policier.

En 1963, lors de travaux agricoles de déforestation, un bœuf qui remorque des arbres abattus fait un écart et le blesse au genou. Cette douleur va le gêner toute l’année et ce n’est qu’en début de l’année 1964 qu’il pourra de nouveau s’entraîner normalement.

C’est aussi à cette période que Keino a rencontré Mal Whitfield, le triple champion olympique (800m en 1948 et 1952 et 4×400 m en 48) qui travaille alors au service d’information des Etats Unis à Nairobi. Whietfield lui donne des conseils et lui a établi le plan de travail pour son entraînement présenté plus bas.

Si Keino n’a jamais eu d’entraîneur attitré, il a bénéficié durant sa carrière des conseils de John Velzian. Il a également de ceux de Mike Wiggs et Bill Dellinger, des entraîneurs américains réputés. Mais c’est Keino lui-même qui décidait de son entrainement.

 

Entraînement

 

L’année 1964, l’arrivée sur la scène internationale !

Il démarre la saison avec un 13:47.2 sur 3 mile et un 4:06.6 sur mile (record du Kenya) lors des championnats kényans mais ces temps ne répondent pas aux standards de qualification olympique. Il va abaisser son temps à 4:03.3 lors des sélections, toujours insuffisant pour gagner sa place dans l’équipe olympique. 15 jours avant les jeux, grâce à deux lièvres qui l’emmènent jusqu’aux 880 yards en moins de 2’, il va faire 4:01.5 et se qualifier. Mais il ne se fait pas d’illusions car il connait le niveau de ses adversaires

 

Jeux olympiques de Tokyo 1964

 

Pour Keino et ses amis, Tokyo est une véritable aventure. Ils ne connaissent pas grand-chose de leurs adversaires, ils ne maîtrisent pas les tactiques de course. La meilleure tactique pour eux est donc de partir devant, d’attendre que quelqu’un les dépasse et d’essayer de suivre.

A Tokyo, Keino sera le seul coureur à tenter le doublé 1500 m et 5000 m. Cela ne devrait pas lui poser de problème étant donné ses grandes capacités de récupération.

16 octobre : séries du 5000 m : il prend la tête et attend que Clarke le passe pour le suivre. Victoire de Clarke en 13:48.4 devant Keino 13:49.6 un nouveau record du Kenya.

17 octobre : la veille de la finale du 5000 m, séries du 1500. Keino joue les baroudeurs et l’emporte en 3:45.8.

18 octobre : Finale du 5000 m : sous une pluie qu’il n’apprécie pas et sur une piste détrempée et lourde, Keino n’est pas à l’aise dans une course tactique que tous les favoris de Clarke à Jazy, perdent au profit de Schul et Norpoth. Dans cette course qui fit alors pleurer un jeune supporter alsacien de Jazy, Keino termine sur les talons de notre champion national en 13:50. 4 (Jazy 4ème en 13 :49.8).

19 octobre : en demi-finale du 1500 m, il est éliminé d’extrême justesse (5ème). De la 3ème à la 6ème place 4 athlètes finissent en 3:41.9 et c’est la photo finish qui permet à Jean Wadoux de disputer la finale.

Tokyo a permis de découvrir tout le talent et la témérité des coureurs kényans. Kiprugut avec sa 3ème place sur 800 m va ramener une première médaille olympique au Kenya.

Keino observe et écoute les autres coureurs pour améliorer sa manière de s’entraîner.

1965 : les Records du Monde

Le monde athlétique découvre un athlète qui fait jeu égal avec Ron Clarke et Michel Jazy. Structurant son entraînement, devenu plus intense avec parfois 2 séances d’interval training par jourcentré sur de répétitions de 200 m, 400 m et 800 m, et bénéficiant maintenant de quelques facilités, c’est un Keino tout neuf qui va aller aux quatre coins du monde se frotter aux meilleurs.

Son doublé mile en 4:05.5 et 3 mile en 13:53 aux championnats du Kenya laisse prévoir une belle forme. Mais c’est lors du célèbre 5000 m du 30 juin à Helsinki qu’il va se révéler à la face du monde. A la lutte avec Jazy, qui l’emporte dans le dernier tour avec un nouveau record d’Europe en 13:27.6 Keino réalise 13 :28.2. Quelques jours plus tard à Turku, il dépose Clarke dans les 300 derniers mètres pour s’imposer en 13:26.2 à 4 dixièmes du record du monde de Clarke. Le 6 juillet, à nouveau contre Clarke sur 5000 m il va de nouveau le dominer mais se méprend sur la distance, s’arrête après la ligne des 4827 m (le 3 mile) pour repartir mais trop tard Clarke a passé la ligne des 5000 m en 13:26.4. Keino aurait pu sans sa méprise, probablement, battre le record du monde.

Mais en ce début d’été 1965, Keino a donné un sacré aperçu de tout son talent.

Aux Jeux Africains à Brazzaville il gagne sur 1500 m et 5000 m, puis revient en Europe pour dominer Gaston Roelants, le champion olympique du 3000 m steeple en 13:29 contre 13:45.8 puis le 27 août il va effacer le record du monde du 3000 m en 7:39.6, abaissant de 6 secondes le record de l’allemand de l’Est Siegfried Valentin et ce pour sa première tentative. (Les temps tour par tour : 62, 62 .5, 61, 62, 63 et un dernier tour en 60.1 et un dernier 200 m en 29).

Une star, abordable sympathique et toujours souriante (victoire ou défaite) est née.

Insatiable, Il va poursuivre avec une victoire à Londres sur le mile en 3:54.2 à 6 dixièmes du record de Jazy grâce à un dernier tour en 56 battant Josef Odlozil, Alan Simpson, Jurgen May et devient ainsi le premier non blanc à courir le mile suis la barrière mythique des 4’ !

Keino court et apporte joie primaire, flamboyance et puissance. En fonceur, il change la vision de la course sur mile où au lieu d’attendre le dernier 400 m Keino court vite sur le 2ème tour. Toujours habillé avec sa veste verte et coiffé de sa casquette orange (souvenir de Tokyo), Keino est du pain béni pour les journalistes et le public. Aux journalistes qui lui demandent ses secrets, Keino répond en souriant : 

" Il n’y a rien de spécial chez moi. Il y en aura bientôt beaucoup au Kenya qui seront aussi bons que moi "

Il ne pensait pas si bien dire.

Après son mile Keino repart au Kenya sans croiser à nouveau le fer avec un Jazy en grande forme, détenteur du record du monde du mile et du 2 miles.

De retour au Kenya Keino est accueilli en héro et une rue est baptisée Keino à Mombasa en reconnaissance au prestige qu’il apporte au Kenya.

Après une petite période de repos, Keino s’envole pour les antipodes courant toujours avec sa casquette orange à l’envers qu’il enlève lorsqu’il lance le sprint final, un rituel qui enthousiasme les spectateurs qui attendent ce moment de la course.

Le 30 novembre, à Auckland, Keino efface Ron Clarke avec un Nouveau Record du Monde en 13:24.2. Clarke le félicite et lui donne rendez-vous à Melbourne. Avant cela Keino participe à 3 courses de mile (battu 2 fois par Jürgen May) puis un 2 mile en 8:25.6. Il est prêt pour l’affrontement avec Clarke. Il va l’emporter en 13:40.6 contre 13:47.2 après avoir été lâché en début de course car il n’a pas pu s’échauffer.

La saison 1965 est maintenant terminée. Keino s’affirme comme un des meilleurs coureurs au monde.

1966 : beaucoup de victoires à travers le monde mais 2 défaites face à Jim Ryun

Début 1966, Kino va participer à une tournée de meetings indoor aux USA. Courir en salle plait à Keino qui est une véritable attraction outre atlantique.

Keino va voler de succès en succès en 1966, battant les meilleurs. S’il dispose de qualités physiques exceptionnelles il possède aussi un don, celui de dominer psychologiquement ses adversaires, une personnalité forte qui s’impose à ses adversaires. Sa capacité à partir vite, d’attendre et de déposer ses adversaires avec une accélération brutale font peur à ses adversaires créant une situation de stress pour eux car ils ne savent pas comment il va se comporter.

Surnommé la « gazelle kenyane » ou « le caporal volant du Kenya » Keino impressionne visuellement. Après une défaite sur le mile à Los Angeles, il va rentrer pour se reposer et préparer les jeux du Commonwealth. Après un mois de coupure, sa première pause en 1 an ½, il reprend l’entrainement en cherche à travailler sa fin de course.

Entraînement dans la période mars 1966 :

Keino a modifié son entraînement et suit un planning de ce type

Lundi 4 X440 yards en 55/58 avec une récupération trot 440 yards entre les répétitions

Mercredi : 6 à 8 x440 yards en 55/ 58 sec avec une récupération de 440 yards entre les répétitions

Vendredi : 4 x 880 yards entre 1 :53 et 1 : 58 avec une récupération de 5’ entre les répétitions

Tous ces séances se concluaient par un travail de vitesse : 2 x 220 yards, 2 x 150 yards, 1 x50 yard.

Chaque matin de ces séances, il courait 6 miles environ (10 kilomètres)

Un premier test l’attend en mai contre le nouveau prodige américain, Jim Ryun. Alors qu’il ne sent pas prêt, les officiels kényans le contraignent d’y aller, il va perdre sur 2 mile, battu par Ryun qui le dépose dans un sprint ravageur qui étonne Keino.

De retour en Europe il va courir en Allemagne et en Allemagne de l’est et se faire battre par Harald Noropoth et Jurgen May. Devenu copain avec May, il l’invite avec d’autres coureurs à venir au Kenya participer à un premier meeting international jumelé avec les championnats nationaux.

Préparé scientifiquement May est arrivé 24 h avant la course pour diminuer les effets de l’altitude. C’est lors de cette course que les européens vont découvrir les effets de l’altitude qu’ils rencontreront à Mexico. May finira 3ème de la course en faisant un malaise après l’arrivée et le néo-zélandais Bill Baillie, qui a pris un tour sur le 3 mile, pour la première fois de sa vie, avouera qu’il avait envie de se coucher et d’attendre la mort.

Keino vainqueur en 4:00.9 et 13:35.2 montre qu’il est en forme pour les jeux du Commonwealth qui se dérouleront à Kingston en Jamaïque.

Lors de ces jeux, sur 3 mile, Keino malin, ne va pas suivre le train initial imposé par Kerry O’ Brien, l’australien futur recordman du monde du 3000 steeple. Il va sagement rester derrière Clarke pour le battre au sprint avec un nouveau record du Commonwealth en 12:57.4. Trois jours plus tard il remporte sa série du mile en 3:57.4 puis 2 jours plus tard l’emporter en 3:57.4 avec à chaque fois un nouveau record du Commonwealth.

Sur le trajet de retour, il va s’arrêter à Londres et remporter un mile en 3:53.4, le 2ème mile le plus rapide de l’histoire, avec une demi ligne droite d’avance. Quand on pense que Keino ne se considère pas comme un miler !

De retour au Kenya, ses supérieurs lui octroient des vacances qu’il passe dans sa ferme auprès des siens. Quand il rejoint l’académie de police, une invitation pour une rencontre contre Jim Ryun au Coliseum de Los Angeles l’attend. Il décline car il vient juste de reprendre l’entrainement mais un mile couru à Nyeri (au-dessus de 1800 mètres) en 3:55.2 le décider à y aller.

C’est leur première confrontation sur 1500 m.  Après un premier tour en 60.9, Keino prend la tête pour un tour en 56, le temps de passage au 1200 m est de 2:39.2 avec Kip qui mène, confiant et solide, lorsque Jim Ryun, lance une accélération foudroyante et s’envole pour un dernier tour en 53.9.

Le temps final : 3:33.1, nouveau record du monde, Herb Elliott est effacé de 2, 6 secondes. Keino va faire un bon 3:37.2 un nouveau record d’Afrique mais reste sans solution devant la vitesse de Ryun.  Le lendemain, il va battre Clarke sur 5000 m en 13:36.8.

Keino est contrarié d’avoir dû affronter Ryun sans être prêt à 100% pour répondre au zèle des officiels kenyans.

Une revanche a lieu quelques jours plus tard sur un mile. Keino change de tactique et laisse Ryun mener. Keino l’attaque dans la ligne opposée mais Ryun répond facilement et emporte la 2ème manche avec un dernier 400 en 53.8. 2ème défaite devant Ryun. Quand Keino mène il perd, quand il suit il perd. Il ne semble pas y avoir de solution pour battre l’américain.

Mais Keino qui cherche en permanence comment améliorer son entrainement réfléchit à de nouvelles voies pour battre son jeune rival.  Lors d’un meeting au Kenya il s’aligne sur 4 distances et remporte le mile (3:58) le 880 yard en 1:49, le 3 miles (14:06) et un relais 4x 1 mile.  Après cela, il va retourner à Londres et l’emporter sur un mile en 3:53.8 avec un premier 400 m en 56. Il va inviter l’Anglais Simpson pour un meeting à Kisumu 1000 mètres d’altitude. Courir contre les meilleurs a aidé Keino et il veut donner aux jeunes kenyans la chance de courir contre des étrangers. Sur une piste bombée (je rappelle que les pistes au Kenya sont loin de valoir nos belles cendrées de l’époque), Keino va réaliser son meilleur chrono sur mile en 3:53.1 et doubler sur 5000 m en 13:31.6

1967 et 1968 : Tout pour les Jeux + Semaine type de Keino

La préparation des Jeux de Mexico, Keino y a pensé dès 1967. Il ne sait pas encore sur quelles distances il va s’aligner, mais il sait que pour avoir la médaille il lui faut battre Jim Ryun. Pour éviter le trop plein de courses comme les années précédentes, Keino a décliné de nombreuses invitations en Europe se consacrant à l’entraînement pour être prêt pour les jeux en Octobre.

Il commence à faire du fractionné plus long et plus de travail en côtes.

Une semaine type de Keino :

Au total son volume hebdomadaire est estimé entre 150-170 kilomètres.

Lundi :

Matin : 45’ allure facile

  • Midi : 1 heure course
  • Soir : 10 x 440 yards en 63 avec une récupération de 2 ‘ trot
  • A midi : 10 x 400 m 62.5 secondes avec 2 minutes récupération.

Mardi :

  • Matin :  45 minutes allure facile
  • Midi : 1 heure course.
  • Soir : 6 x 800 m en 2 :09 / 2 :10, avec 3-5 minutes récupération.

Mercredi :

  • Matin :  45 minutes allure facile
  • Midi : 1 heure course.
  • A midi : Intervalles de sprint courts des répétitions de 200 m. Un exemple de séance typique : 24 x 200 m avec une dernière répétition en 22 secondes.  

Jeudi :

  • Matin :  45 minutes joug allure facile
  • Midi : 1 heure course.
  • A midi : répétitions de sprint sur 90 mètres, séance de vitesse pure.

Vendredi :

  • Matin :  45minutes allure facile
  • Midi : 1 heure course.
  • A Midi : séance de vitesse.  4 X 80 m sprints avec une récupération de 300 m de course dynamique.

Samedi :

  • 13 à 15 kilomètres facile, allure de récupération.

Dimanche :

Repos

1968 : L’année des Jeux olympiques

Premier problème pour Keino. Quelles distances choisir aux jeux ? Car Keino n’a que l’embarras du choix.

Au printemps, il ne participe qu’à une course en Côte d’Ivoire et débute sa saison le 1er juin, il court un 6 mile à Nyeri au Kenya en 28:39, une semaine plus tard un mile à Nairobi en 4:01.9 puis impressionne par une double victoire, le même jour, sur 3 mile en 13:43.8 et 28:51.8 sur 6 mile !

La forme est là mais paradoxalement sa tournée européenne est moins brillante, elle débute par une défaite contre Ron Clarke sur 5000 m à Oslo après avoir souffert de violentes douleurs d’estomac à trois tours de l’arrivée. Le lendemain sur 10 000 m, il est à nouveau pris de douleurs et, malade, termine à la 3ème place en 28:51.6 loin de Clarke et Temu.

Keino doute de ses choix futurs. Car il perd encore sur 1500m le 17 juillet face à un quasi-inconnu, l’américain John Maso – dont le meilleur temps est 3:39 .4-  puis s’incline à nouveau le lendemain face à Clarke. Ne voulant pas changer le calendrier initial, il réussit (leur avion ayant pris feu n’a pas décollé) à se rendre en voiture à Moscou pour y disputer un 5000 m qu’il gagne en 13:36.2 avec des … chaussures à pointes trop grandes car il s’était fait voler son sac lors de l’échauffement. Le lendemain, il termine les pieds en feu, à l’agonie à la 2ème place sur 10 000 m en 28:06.4 (ce chrono accomplit dans ses conditions incroyables restera son meilleur chrono sur 10000 m). Seuls Clarke et Jürgen Haase ont fait mieux sur la distance, mais les Jeux ont lieu à Mexico… à 2200 mètres d’altitude.

S’il choisit de courir le 10 000 m à Mexico, il sera le favori.

Mais son programme de compétitions n’est pas terminé, deux jours après Moscou, il court un mile en 4:02.4 puis retourne au Kenya et y gagne un 10 000 m en 28:52.2. Impressionnant.

En août, il gagne les championnats du Kenya sur 3 mile puis les championnats d’Afrique de l’Est. Quelle énergie !

Sa dernière course avant les Jeux sera un mile le 31 août à Kisumu en 3:55.5 en terminant les 1200 derniers mètres en 2:54.3.

Il a un mois d’entraînement devant lui avant de partir pour les Jeux olympiques.

Il se prépare consciencieusement pour être au top aux jeux olympiques. Dans un camp d’entrainement de préparation aux Jo près des Thompson’s Fall à 2500 m d’altitude, il s’entraîne dur sur la célèbre « Agony Hill » une montée très raide. Il s’entraîne jusqu’à 3 fois par jour et quand il s’envole pour Mexico, Keino sait qu’il n’a jamais été dans une forme pareille.

Keino se sent prêt. Et à Mexico il veut tout faire : 1500 m, 5000 m, 10000 m.

Mais quand il arrive au Mexique, il ressent à nouveau ces horribles douleurs à l’estomac. Il doit passer des radios à l’hôpital mais au lieu d’aller, il se concentre sur le triplé qu’il veut enter. Au départ du 10 000 m, le 13 octobre il sait pourtant qu’il n’est pas au mieux car 2 jours avant, il a été ravagé par la douleur. Keino apprend plus tard qu'il souffrait d’une infection de la vésicule biliaire. Mais comme la douleur s’est un peu estompée, Keino prend le départ.

13 octobre : 1 ère course 10 000 m. Alors qu’il se trouve avec les leaders et qu’il s’apprête à faire jouer sa vitesse il est soudainement saisi par ses mystérieuses et insupportables douleurs. Il ralentit, monte sur la pelouse et s’écroule. Mais quand les brancardiers s’approchent, il se remet debout et comme un animal blessé et effrayé, il repart dans un sprint fou, sur la piste, inutile alors qu’il est disqualifié.

C’est son compatriote N. Temu qui gagne et qui devient le premier Champion Olympique kényan.

A l’arrivée, une scène révèle la profondeur d’âme de Keino.

Fou de joie de la victoire de son ami, il sera le premier à le célébrer, le soulève, le porte en triomphe. Kipchoge Keino, lui le favori contraint à l’abandon, a déjà oublié sa propre détresse et se réjouit de la victoire de son compatriote. Quelle classe !

Malgré son état de santé mais au vu des faibles prestations des coureurs de plaine, il est le favori du 5000 m à condition que son estomac le laisse tranquille. Les experts n’y croient pas mais c’est oublier son incroyable énergie et son courage. Les médecins lui déconseillent de courir. Il n’en a cure et enchaîne par la suite.

15 octobre : Séries du 5000 m : 1er en 14:28.4

17 Octobre : Finale du 5000 m 2ème 14:05.2

Des concurrents de grande valeur, Clarke, Gammoudi, Wadoux, son compatriote Temu. Keino traine au fond du peloton puis se rapproche de la tête de la course. A la cloche il est dans la foulée de Gammoudi et de son compatriote Temu. Gammoudi accélère dans ligne opposée, repousse l’attaque de Temu. Dans le virage Gammoudi décroche Temu mais Keino revient sur lui à l’entrée du virage et l’attaque, passe légèrement devant et semble en mesure de l’emporter avant que Gammoudi ne se lance dans un sprint rageur et battre Keino de peu : deux dixièmes. Keino apparaît déçu.

Avec tous les efforts déjà fournis et vu son état de santé, il semble peu probable que Keino puisse battre un Ryun en forme et reposé.

18 octobre : séries du 1500 m : 1er 3:46.9

19 octobre :1/2 finale du 1500 m : 2ème 3:51.3

Keino souffre toujours de crampes d’estomac. L’entraîneur en chef Charles Mukora et le chef de la délégation kenyane disent à Keino que compte tenu de circonstances il n’est pas obligé de courir. Le journaliste Noronha raconte :

« Kip leur a dit qu’il préférait mourir sur la piste pour son pays que d’être sur un lit d’Hôpital »

 Fin de la discussion. Keino réfléchit à la stratégie à employer pour battre Ryun. Il sait qu’il n’aucun chance de le battre au sprint.

Il n’y a donc qu’une option.

20 octobre : Une finale d’anthologie !  Qui va l’emporter ? Ryun invaincu depuis 1965 ou Keino qui n’a jamais battu Ryun mais est le favori en altitude.

Keino va-t-il trouver la force pour battre son adversaire au finish redoutable ?

La stratégie de Keino apparait clairement au coup de feu. Il veut mettre d’emblée de la distance entre lui et Ryun. Jipcho qui n’a pas de chance personnelle se sacrifie pour son leader et mène un train d’enfer pour passer aux 400 m en 55.9. Norpoth va le suivre, stratégie qu’il va payer sur la fin, alors que Keino en queue de peloton les 100 premiers se replace progressivement pour être derrière Jipcho et Norpoth au 400 m. Peu avant les 700 m, Keino attaque et prend le large, il creuse très vite un écart de 15 mètres sur Jim Ryun qui ne peut suivre un train aussi démentiel sans se mettre en danger. Jim Ryun accélère bien les 400 derniers mais Keino maintient l’écart. Keino a 30 mètres d’avance et en garde 20 m à l’entrée de la ligne droite.

Il va l’emporter en 3:34.91 Record Olympique

Un record qui ne sera battu qu’en 1984 à Los Angeles par S. Coe. Derrière lui, Jim Ryun 2ème en 3:37.8 et l’allemand Bodo Tümmler 3ème en 3 :39. Les temps réalisés par Jim Ryun et Tümmler sont excellents et valent largement les temps qu’ils ont réalisé en plaine.

Le bonheur de Keino en ce 20 octobre sera complet car il va apprendre la naissance de sa 3ème fille en jour de victoire qui s’appellera… Olympia.

Cette victoire est une victoire pour toute l’Afrique.  Keino a ouvert une porte que des milliers de coureurs des hauts plateaux vont emprunter.

A son retour au Kenya, il est fêté en héro national avec tous ses compatriotes médaillés et en récompense est promu inspecteur chef de la police.

Qu’aurait réalisé Keino à Mexico sans cette infection de la vésicule biliaire qui l’a fortement handicapé ? Il est plus que probable qu’il aurait gagné les 3 courses. Mais on ne réécrit pas l’histoire.

1969 : Un petit break

Keino s’offre un petit break tout l’hiver 1968 et pense même parfois à arrêter la course. 1969 sera donc une année de semi-repos, très allégée en termes de compétitions mais il va toutefois rester invaincu continuant à attirer les foules, venues voir ce coureur qui a montré tant de courage à Mexico. Il va gagner le 1500 m aux championnats d’Afrique de l’Est à Kampala ainsi que le 5000 mètre.

Sa meilleure performance au Kenya sera un 1500 m 3:38.4 à Nyuri.

En fin de saison, il va courir un 1500 m à South Lake Tahoe aux Etats Unis à 1900 m altitude. Sans réelle opposition, il va réaliser le temps incroyable de 3:37.3 avec une course à la Keino (59.6 – 56.3 – 57.1 et un dernier 300 en 44.3.

En 1970 : Retour aux affaires !

Si les jeux du Commonwealth Edimbourg où il a prévu de courir sur 1500 et 5000 m sont l’objectif principal de la saison, Keino n’en continue pas moins de courir (beaucoup) à travers le monde commençant son périple avec 2 courses indoor aux USA  puis 2 courses de 1500 m au Kenya avant de partir en Nouvelle Zélande en mars où il va d’abord s’incliner face à Dick Quax puis 4 jours plus tard doubler 1500 m et 5000 m puis retourner en Afrique pour plusieurs victoires dont un 1500 m rapide à Abidjan en Côte d’Ivoire (3:37.5). Il va encore retourner aux US où dans un 1500 m tactique, il va s’incliner face au jeune et talentueux Marty Liquori.

Il va préparer l’échéance principale par un 2 mile à Londres le 5 juillet en 8:29.0. Aux Jeux, il va remporter sa série du 1500 m le 18 juillet. La finale du 22 juillet va être dynamitée dès le départ par Dick Quax qui passe en 42.6 au 300 m, puis Keino prend la tête et passe au 400 m en 57.9 et 1:55 au 800 m. Il enchaîne avec un 3ème 400 m en 57.3 (2:52.3 au 1200 m). Quax lui offre une belle opposition, restant à sa hauteur jusqu’au dernier virage. Keino l’emporte en 3:36.6 devant Quax 3:38.1 et Foster 3:40.6.

Il fait preuve d’un grand courage car avant la compétition, Keino avait reçu une lettre anonyme le menaçant d’être tué s’il prenait le départ du 5000 m. La logique aurait voulu qu’il renonce mais Keino veut gagner l’or pour le Kenya, malgré le risque qu’il encourt. Il finira 3ème en 13:27.6 battu par le britannique Ian Stewart (13:22.85) et Ian Mc Cafferty l’écossais (13:23.34).

Toujours d’attaque, Keino va gagner un mile à Dublin le 10 août puis retourner en Afrique pour remporter 1500 m et 5000 m des championnats d’Afrique de l’Est. Il revient ensuite en Europe pour gagner un 2 mile en 8:25.4 et 3 jours plus tard un mile en 4:05 avant d’établir le meilleur temps mondial sur 2000m en 5:05.2.

Keino est en tête des bilans mondiaux 2000 m, 2 miles.

En 1970 les contenus de son plan d’entraînement ont encore évolué

Keino faisait le mercredi, vendredi et samedi des répétitions de 200 m, 300 m, 400 m ou 600 m à des allures de course plus rapides que l’allure de course spécifique. S’il était fatigué il ne faisait que 3 à 6 répétitions et s’il se sentait en forme 12 répétitions.

Les matins de ces jours d’entraînement, il faisait des sorties de 5 /10 miles sur route (de 8 à 17 kilomètres)

1971 : les 3ème Jeux Olympiques dans le viseur (victoires et défaites)

Malgré qu’il soit l’homme à battre sur 1500 m ou sur le mile, Keino continue de mettre le feu sur les pistes à travers le monde, gagnant souvent mais perdant aussi quelquefois de manière étonnante. Ainsi de Pointe à Pitre (fin mars-début avril) où il aligne 2 victoires sur un mile et un 1500 m à Tel Aviv en mai avec une défaite sans gloire en 3:45 derrière le suédois Högber.

Le 23 juin il court un 1500 m en 3:36.9 et quelques jours plus tard un 800 m en 1:47.0 (record personnel). Le 30 juin, il s’incline sur 5000 m face à Jean Wadoux en 13:30.4 et le lendemain c’est Pekka Vasal qui le surprend en 3:38.6 contre 3:39.2. Qu’à cela ne tienne, le lendemain, il s’impose en 3:38.1 puis 4 jours plus tard sur le mile en 3:54.4.

Après un break, Keino capitaine de la 1ère équipe africaine qui va affronter les USA s’impose facilement lors du match en 3:37.5 (55.3, 1 :55.9, 2 :52) puis de retour à Nairobi, il va perdre contre Mungai sur 1500 (3:46.8 contre 3:46.8) puis signer un magnifique retour lors des championnats du Kenya avec son meilleur temps de l’année sur 1500 m en 3:36.8.

Liquori mène les bilans sur 1500 m devant Francesco Arese(Ita.) en 3:36.3 et Keino en 3:36.8, alors que Keino est en tête des bilans sur le mile en 3:54.4 devant Liquori 3:54.6 et le revenant Jim Ryun 3:54.8.

Keino est toujours aussi brillant.

Jeux Olympiques de 1972 : Keino se lance sur le 3000m steeple

Kip Keino qui veut doubler 1500 m et 5000 m ne sait pas que les finales olympiques sur 1500 m et 5000 m se déroulent le même jour avec 25 minutes d’intervalle. Quand il l’apprend il est trop tard pour demander un changement de programme au CIO.

A 32 ans, Keino continue à traverser les océans. Il commence par une tournée indoor aux Etats Unis enchaînant 3 courses victorieuses en une semaine avant de s’incliner au sprint contre Jim Ryun dans un temps moyen (4:07.3 contre 4:06.8)

Keino retourne au Kenya pour s’entraîner 3 mois puis part au Japon se tester sur un 10 000 m en 28:48, puis un 3000 m steeple en 8:30.

4 jours plus tard il réalise 8:35.2 et le même jour gagne un 800 m en 1:48.5 et un 1500 en 3 :45.8. De retour au Kenya, il va courir un 1500 m dans la torpeur de Mombasa en 3:36.8.

La condition physique est là : il faut maintenant choisir les distances qu’il va courir à Munich avec une préférence pour le 1500 m, distance où il a un titre à défendre.

Jeux olympiques de 1972

 

Keino se lance sur 3000 m steeple, une nouvelle épreuve pour lui sur le plan international. Une distance qu’il n’a abordé que 5 fois, avec une piètre technique de franchissement, Keino avouant lui-même « qu’il passe les barrières comme un cheval ! »

3000 m steeple :

Séries : 2ème en 8:27.6

Finale : 1er en 8:23.6 - Record Olympique – devant Jipcho (Ken.) 8:24.6 et Kantanen (Fin.) 8:24.8

Les temps de passage : 800 m : 2:18 – 2:54.43 au 1000 m, 1200 m en 3:28, 1500 m en 4:22, 2000 m en 5:44.8. Keino, dont ce n’était que le 6ème steeple et qui est de son propre aveu un mauvais technicien du franchissement pose les pieds sur les barrières. Il attaque à 600 m de l’arrivée. Avec un dernier kilomètre en 2:38.9 et un dernier 400 m, malgré un franchissement catastrophique de la dernière rivière, en 61.8.  Du gâteau pour celui qui est de très loin le meilleur sur 3000 m plat. Sur la base de ce qu’on a pu observer, nul doute que Keino en travaillant un peu le franchissement des barrières et le de la rivière aurait pu abaisser de plusieurs secondes le record du monde du 3000 m steeple.

1500 mètres :

Séries le 8 septembre : 7 séries 4 qualifiés par série et les 2 meilleurs temps

Keino retrouve Jim Ryun dans la 4ème série l’ordinateur a pris comme référence le temps de Ryun sur le mile (3:52. 8) comme son temps de 1500 m ce qui fait qu’il se retrouve dans la même série que Keino !

Jim Ryun est en forme, il a couru à l’entraînement 2 fois 800 mètres en 1:51 avec 3’ de récupération.

Mais Ryun en voulant passer entre 2 adversaires va trébucher, tomber sur la lice et se faire mal à la hanche. Le temps de se relever, le peloton est à 80 mètres. Ryun tente l’impossible mais quand il réalise que son rêve s’envole, il ralentit et passe la ligne en 3:51.1. Il ne sera pas repêché

Keino finira 1er de la série en 3:40.0 et sera le premier à chercher à consoler Jim Ryun, pourtant inconsolable

Demi-finale le 9 septembre : 3 demi-finales avec 3 qualifiés par demi-finale et le meilleur qualifié au temps.

Keino est dans la 2ème demi-finale.

C’est l’éthiopien Regassa qui mène avec un 1er tour en 64.2 puis un passage au 800 m en 2:05.5 et 3:01. 2 au 1200 m. Keino suit Regassa puis passe. Un dernier 400 m en 53.5. Keino est 1er en 3:41.2

Finale le 10 septembre : c’est le britannique Foster qui mène le 1er 400 m (61.4), Keino traîne en queue de peloton puis se lance et prend la tête aux 700 mètres passant la ligne en 2:01.4 aux 800 m. Suivi par le néo-zélandais Dixon (vainqueur de la 2ème demi-finale en 3:37.91), Pekka Vasala le finlandais et Mike Boit le deuxième Kenyan. Keino accélère dans la ligne droite opposée, il est suivi par Vasala. Keino a considérablement durci la course avec un 3ème 400 m en 55.1, il pousse jusqu’aux 1200 m atteints en 2:46.5 puis continue avec Vasala dans sa foulée et Boit qui a passé Dixon. A l’entrée de la ligne droite Vasala se porte à la hauteur de Keino, ils sont épaule contre épaule, magnifique mimétisme puis Vasala va lâcher progressivement Keino dans les 40 derniers mètres après un magnifique duel. (Mettre lien web).

Vasala en 3:36.33 bat Keino 3:36.81 et Dixon 3:37.46.

Dernier 300 m : 40.3, dernier 400 m : 53.6, dernier 500 m : 1:07.3, dernier 800 m : 1:48.9. Vasala plus rapide que Keino avait couru un 800 m en 1:44.5 quelques jours avant le début des Jeux.

Comme révélée plus tard, la recette des finlandais durant cette décennie dorée pour le demi-fond finlandais ne venait pas que des vertus du lait de renne.

1973 : La fin de sa carrière

Keino participe, fin janvier, à la 2ème édition des Jeux Africains qui se déroulent à Lagos au Nigéria. Il va finir 2ème du 1500 m (3:39.23) derrière un futur grand du 1500 m, le tanzanien Filbert Bayi, futur recordman du monde qui l’emporte en 3:37.23. Il va ensuite rejoindre tout comme Jim Ryun, l’éphémère troupe professionnelle de O’hara aux Etats Unis, une expérience qui va tourner court.

Keino, plus intéressé par sa vie familiale au Kenya, ne va courir que quelques compétitions indoor avec un meilleur temps de 4:00.6 sur mile.

Années 64/65 : Le plan de base établi par Mel Whitfield

L’entraînement présenté dans le remarquable ouvrage de Toni Nett : « Modernes Training weltbester Mittel-und Langstreckler «, Bartels et Wernitz KG (1966) est tiré de l’article de Meloyn Waltman du numéro 51/1965 d’Athletics weekly.

On retrouve aussi des informations, issues du livre de Fred Wilt « How they Train », seconde édition 1973 (vol.1 middle distances) Track and Field News et du remarquable ouvrage « Running with the Legends » de Michael Sandrock, éditions Human Kinetics 1996 

 

Ce plan hebdomadaire synthétise le type de travail réalisé durant la saison 1965.

Keino ne s’entraînait jamais le dimanche et réalisait l’ensemble de ses séances difficiles les jours de semaine. L’entraînement durant la semaine est constitué de courses longues faciles et de séances de vitesse intensives. Il suit la même routine la plupart de l’année et ne fait que lever le pied avant les compétitions pour gagner de la fraîcheur.

Keino réalise jusqu’à 5 sessions de piste par semaine en combinant jusqu’à 3 séquences d’entraînement par jour. Il utilise le week-end pour bien récupérer avant la prochaine semaine d’entraînement difficile. Le week-end de récupération était une partie vitale de l’entraînement du kenyan, lui permettant d’assimiler les semaines d’entraînement écoulées avant d’entamer un nouveau cycle de travail.

A noter que Keino ne s’entraîne pas l’hiver ou saison des pluies.

Le contenu des séances peut paraître particulièrement léger pour des standards modernes mais il faut garder à l’esprit qu’il était instructeur de préparation physique et qu’il en activité constante dans la journée.

Et faut-il le rappeler, on se trouve à Nairobi et l’entraînement se déroule à 2000 m.

Chaque séance est précédée d’un échauffement de 15’ et chaque séance est suivie d’un retour au calme de 5’ à 10’de trot.

Lundi :

  • Matin : 3 miles (5 kilomètres) en montées et descentes sur un parcours vallonné.
  • Midi : 4 x440 y en 53/55
  • Soir :  travail d’intervalle sur des 330 yards en 45/46 secondes

Mardi :

  • Matin : 2,5 miles (4 kilomètres) sur route suivies de sprints courts et un retour au calme
  • Soir :  6 à 8 x 440 y en 53/58 avec une récupération de 3‘ trot

Vendredi :

  • Matin : 2,5 miles (4 kilomètres) avec chaussures lourdes (type rangers) sur un parcours difficile
  • Midi : 4,5 miles (7 kilomètres)
  • Soir : 1 heure de sprints sur 175 yards (150 m) en 20/25 secondes (Vitesse sur 100 m : 12.5 à 15.6 sec.) dont si possible, 5 à 6 répétitions à pleine vitesse

S’il avait du temps de disponible, il rajoutait (soit le mercredi ou le jeudi) 1 x par semaine : 4 x ¾ mile (1200 m) a l’allure 1500 m avec 5 minutes de récupération.

Les autres jours, Keino court de 6 à 8 miles (10 à 14,5 kilomètres) le matin pour travailler son rythme de course (un travail technique de la foulée)

2 fois par semaine il fait aussi une longue marche rapide avec des chaussures lourdes et en survêtement.

Son poids de forme est de 65 kg pour 1,76 m

 

Un nouveau challenge

 

Après s’être retiré des pistes, Keino, véritable héros national, a acquis une ferme qu’il va très vite, aux côtés de sa femme Phyliis et de ses six enfants transformer en orphelinat, « The Kip Keino Children’s home » accueillant d’abord quelques d’enfants du voisinage pour arriver jusqu’à 90 orphelins.

Keino dira :

« Nous leur avons donné un foyer, de l’amour et de l’éducation. Beaucoup de ceux qui sont arrivés orphelins sont allés à l’Université, certains sont maintenant docteurs et quand je les vois vivre après leur propre famille, je me sens heureux »

Keino va réaliser le rêve de sa vie en 2000 avec la création de la « Kip Keino School » financée par des fondations. Cette école accueille 300 enfants de 6 à 13 ans.

Le 13 mai 2010 le président du CIO, Jacques Rogge inaugure l’école secondaire qui a été ouverte.

Kip Keino n’a jamais oublié ce que l’école et les valeurs de la compétition ont pu lui apporter.

 

 

Sa carrière post athlète dans le sport

 

Entraîneur en chef de l’équipe kényane aux Jeux olympiques de Montréal (1976) que le Kenya va malheureusement boycotter et aux Jeux de los Angeles (84). L’absence lors de 2 jeux olympiques (Montréal 1976 et Moscou 1980) va retarder le développement de l’athlétisme kényan et porter préjudice à de nombreux athlètes de grand talent qui n’auront pu accéder au titre suprême.

Entraîneur en chef aux Jeux du Commonwealth 1982, en 1987 lors des championnats du monde 1987 puis chef de délégation aux jeux du Commonwealth en 1994 et aux jeux d’Atlanta 1996.

Membre du CIO en tant que président du CNO du Kenya de 2000 à 2010 puis membre honoraire

 

Distinctions

 

Docteur Honoris causa ès lettres, Université d’Egerton

Docteur Honoris causa ès droit, Université de Bristol

Médaille du mérite, ordre du « Burning Spear », ordre olympique 2011

Keino sera le premier à être honoré par les Lauriers olympiques en 2016. Cette récompense créée par le CIO vise à honorer une personnalité pour sa :

« Contribution remarquable à la vision, à l’idéal ou aux valeurs de l’olympisme dans le domaine de la culture, du développement ou de la paix par le sport ».

C’est la définition même de ce grand monsieur : Kipchoge Keino.

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Commentaires sur sa carrière et son entraînement

 

 

Keino est un coureur polyvalent, devenu au fil des années peut être plus performant sur les courtes distances. A ses débuts, il dispose comme tous les kényans de cet extraordinaire fond physique dont disposent tous les kényans en raison de leur mode de vie. Son passage à l’armée et la pratique intensive de la préparation militaire lui ont donné une excellente condition physique.

Keino est un coureur offensif, mais qui pouvait surprendre ses adversaires en changeant de tactique avec soit un 1er tour rapide, 2ème ou 3ème ou encore capable de suivre et de placer une attaque grâce à une belle accélération progressive et un bon finish.

Keino n’a jamais eu d’entraîneur attitré mais a su observer les autres coureurs puis de se construire sa propre méthode en l’ajustant au fil des années.

2 choses sont à noter :

  • Keino court beaucoup mais pas plus que ses adversaires. Dans les années 60/70, et jusque dans les années 80, il était courant de faire jusqu’à 30 compétitions et plus par année (cross, indoor, outdoor). Ainsi en 1965, Michel Jazy a participé à … 57 courses. Mais contrairement aux compétitions de demi-fond de la fin du 20ème début du 21ème siècle, ils ne recherchaient pas systématiquement le chrono et certaines courses étaient prises comme des courses de préparation.
  • Sa structure de la semaine est intéressante avec un gros bloc de travail concentré sur 5 jours et 2 jours de régénération en fin de semaine. On a l’indispensable alternance charge et récupération. Keino, comme le font encore maintenant de nombreux kényans s’offre aussi une belle plage de plusieurs semaines de récupération à la fin de la saison pour permettre à l’organisme de se régénérer.  

Keino avait probablement une excellente faculté de récupération, pour preuve le nombre de doublés ou triplés la même journée.

Au niveau de l’entraînement lui-même, Keino croise et conjugue un travail aérobie avec un travail d’intervalle training pratiqué à l’époque par les américains et les européens mais avec un nombre de répétitions limité, une récupération assez longue qui permet un travail qualitatif. Keino ne négligeait pas le travail de vitesse et les changements de rythme.

Presque exclusivement basé sur l’interval-training en début de carrière avec parfois 5 sessions par semaine, Keino a progressivement augmenté le volume de ses sorties aérobies (influence de la méthode Lydiard probablement suite à ses échanges avec ses adversaires).

Keino suit donc un entraînement qu’on peut appeler moderne car jumelant astucieusement travail aérobie et rythme

On ne connait pas les allures des footings de Keino mais il devait parfaitement maîtriser les sujets en étant à l’écoute de ses sensations et gérer les allures en fonction de son état de fatigue.

Comme Keino le disait : « il court parce qu’il aime courir » et cela se voit dans son comportement en course et son plaisir de courir quelle que soit la distance.

 

Que valent les 3 :34.91 de Keino en 1968 à Mexico ?

 

 

Il faut tout d’abord rappeler que le stade olympique de Mexico se trouve à une altitude de 2240 mètres.

Mexico a été le théâtre de si fabuleux exploits avec le saut de Bob Beamon, le record sur 400 m de Lee Evans, le 200m de Tommie Smith, le 100 m de Jim Hines, la découverte du sauteur qui va révolutionner la hauteur Dick Fosbury, le record de Ralph Doubell sur 800 m, le fantastique concours de triple saut et la quatrième victoire d’Al Oerter au disque que le chrono de Keino sur 1500 m n’a pas été apprécié à sa juste valeur.

Essayons de faire parler les chiffres.

Quelle a été la perte de temps des coureurs occasionnée par l’altitude de Mexico.

Le tableau suivant présente les performances des 7 coureurs classés derrière Keino lors de la finale de Mexico ainsi que leurs meilleurs temps en plaine. Les pertes de temps sont parfois énormes ( Il faut rappeler que c’est leur 3ème course sur 1500 m).  Si l’on retient la différence moyenne qui est de 5 secondes et que l’on la pondère légèrement une perte de l’ordre de 4 secondes peut être retenue.

Si Keino avait couru son 1500 m du 20 octobre au niveau de la plaine un temps de l’ordre de 3:31.0 aurait été envisageable.

Mexico
  1. Performance en 1968 ou antérieure
Différence
Keino 3 :34.91 3 :34.91 0
Ryun 3 :37.89 3 :33.1 4,7
Tümmler 3 :39.08 3 :36.5 2,58
Norpoth 3 :42.57 3 :39.7 2,87
Whetton 3 :43.90 3 :39.9 4
Boxberger 3 :46.65 3 :40.8 5,85
Szordykowski 3 :46.69 3 :39.2 7, 5
Odlozil 3 :48.69 3 :37.6 11,09
Perte Mexico 5,2

 

Quel est le gain de temps obtenu par les kenyans qui ont l’habitude de courir à l’altitude de Nairobi quand ils descendent courir en plaine ?

Le tableau suivant présente les meilleures performances réalisées à Nairobi et en plaine :

Meilleure performance à Nairobi Meilleure Performance absolue Différence Année de réalisation
Kwemoi 3 :30.89 3 :28.81 2,08 2017
Cheruyot 3 :31.05 3 :29.10 1,95 2017
Kiplagat 3 :31.39 3 :27.64 3,75 2013
Manangoi 3 :32.03 3 :28.80 3,23 2017
Kiprop 3 :32.26 3 :26.69 5,57 2011
Kipchirchir Komen 3 :32.47 3 :29.02 3,45 2011
Rotich 3 :33.1 3 :29.91 3,1 1998
Kibowen 3 :33.3 3 :30.18 3,15 1998
Keitany 3 :33.59 3 :30.20 3,39 2009
Moyenne 3 :32.22 3 :28.93 3.30

 

Le gain moyen est de 3.30 entre les performances réalisées en altitude à Nairobi et la plaine.

A noter que le 7ème performer en altitude Soget Justus, un jeune coureur de 18 ans qui a une performance de 3:32.97 ne possède pas de performance en plaine. Il sera intéressant de la suivre dès cette saison car l’on devrait si on applique la règle des 3 secondes de gagner, le retrouver très largement sous les 3:30.

En observant le bilan et les années de réalisation de ces performances en altitude on constate tout d’abord

  • Que seuls 20 athlètes ont fait mieux depuis les 3:34.91 de Keino et que le premier à le faire a été un autre géant kenyan, le steepleur Moses Kiptanui (6 records du monde sur steeple, 3000 m et 5000 m) qui a réalisé 3:34.0 à Nairobi en 1992 !
  • Que ce n’est que très récemment (2011, 2013, 2017) et dans des courses avec une pléiade de coureurs de très haut au départ qu’on a commencé à courir vite en altitude

Quand on pense qu’il a fallu attendre 24 ans pour voir un athlète aussi talentueux que Kiptanui faire aussi bien que Keino montre bien le niveau de la performance de Keino

Il faut ici rappeler qu’il y une nette différence entre l’altitude de Nairobi (1800 m) et celle de Mexico (2240 m) et que les conditions de course à Mexico sont donc bien plus dures que celles de Nairobi.

On peut donc affirmer au vu de l’analyse de ces chiffres que Keino, avec sa course de Mexico dans des conditions de plaine, aurait pu être en dessous des 3:31.0. Pour rappel en 1968, le record du monde du 1500 m est à 3:33.1 (Jim Ryun) et que le premier à descendre sous les 3:31 sera le britannique Steve Ovett en 3:30.77, le 4 septembre 1983 à Rieti.

Ce qu’a réalisé Keino à Mexico était tout simplement phénoménal.

 

 

Epilogue.

 

 

Kipchoge Keino est un athlète que j’admire beaucoup car il a enchanté ma jeunesse. Trente ans plus tard, j’ai eu la chance inouïe, d’être assis à ses côtés à la même table, à l’occasion d’un banquet de l’IAAF à Budapest. J’ai pu échanger plusieurs heures sur sa carrière, sa vie, son école, l’athlétisme, l’argent, les meetings… Je l’ai écouté et regardé, avec mes yeux d’adolescent qui voyaient l’immense champion qui m’avait fait tant vibrer pendant 2 olympiades, alors qu’à mes côtés, il n’y avait qu’un sage, un homme humble et discret.

Pour toute votre œuvre, Monsieur Keino, un grand merci.

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