Mesurer la performance et les écarts hommes-femmes en trail

La reconnaissance définitive du trail comme une discipline sportive à part entière et non comme une activité athlétique marginale passera entre autres par l’identification des performances. En effet, sur la route ou la piste, le chrono permet de classer objectivement les performances et de différencier les femmes des hommes. En trail mais également en course de montagne, il faut bien reconnaître qu’il est très complexe d’identifier la valeur d’une performance, et la multiplication des épreuves tout comme la faible participation féminine – comparativement à la course sur route – compliquent davantage les choses.

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Un outil simple : l’écart en pourcentages

 

Pourtant, nous avions déjà évoqué cette problématique dans un précédent article : Hommes vs Femme : c’est qui le plus fort ?, et nous avions montré les différences entre le marathon de Paris et l’UTMB® au regard de la participation (nombre total de participants, répartition H-F) et de l’écart de temps en pourcentages. Si sur marathon par exemple, les écarts H-F sont relativement stables autour des 15%, ce n’est pas le cas en trail où les écarts sont très variables d’une année sur l’autre selon la qualité et la densité des participations masculines et féminines. En 2015, 2016 et 2017, les écarts H-F sont respectivement de 19.4 ; 14.8 et 35.6 %.

Cela peut démontrer notamment deux choses : la spécificité de l’ultra trail avec la multiplication des facteurs d’abandons, la densité encore faible du peloton élite chez les hommes mais surtout chez les femmes.

A but de comparaison, voici ci-dessous (schéma 1), les différences en pourcentages pour les records mondiaux de l’athlétisme du 100m au marathon. On remarque des résultats proches. Le plus faible écart, celui du 100m, est dû à l’enregistrement d’un record certainement usurpé, celui du 100m femmes en 10’49. Sinon, les écarts se situent tous entre 9 et 11%.

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Ainsi, on peut émettre l’hypothèse qu’une élite féminine se dessinera en trail lorsque les écarts avec les hommes se rapprocheront de ces chiffres. Aux derniers championnats de France de la discipline, l’écart H-F sur trail long était de 21.2 %, et de 13.3% sur trail court. Mais au-delà des écarts entre le 1er H et la 1ère F, il faut également s’intéresser à la densité de performance H et F.

 

Où sont les femmes ?

 

Pour la densité de performance, on mesure l’écart entre la 1ère et la 10ème performance pour chaque sexe. Il faudrait bien entendu multiplier les épreuves mais le championnat de France est à présent reconnu et nous donne des informations intéressantes :

Entre le 1er et le 10ème athlète sur trail long, l’écart en % est de 11.3% chez les hommes et de 26.6% chez les femmes.

Entre le 1er et le 10ème athlète sur trail court, l’écart est de 6 % chez les hommes et de 15.3% chez les femmes.

(Par comparaison, sur le marathon de Paris 2016, épreuve internationale, les écarts sont de 4% chez les hommes et 8.7% chez les femmes.)

Ainsi, le peloton féminin est moins fourni et la densité de performance est également moindre. On observe également depuis plusieurs années des différences de densité de performances entre le trail court et le trail long. Les explications sont nombreuses : difficulté à cumuler les trails longs, intérêt à disputer d’autres épreuves comme celles de la fin de l’été à Chamonix, élite mixte sur course de montagne et trail court …

Il est clair également que la croissance exponentielle du nombre de compétitions, et que la multiplication des courses au sein d’une même épreuve, ne vont pas dans le sens de la concentration des élites masculines et féminines sur les mêmes épreuves de référence. C’est d’autant plus vrai chez les femmes qui ne représentent qu’une faible partie des coureurs sur le long et surtout sur l’ultra. Cela freine la constitution et la définition même d’une élite dans notre discipline, et donc sa reconnaissance dans le monde du sport.

 

Une valeur physiologique

 

Pour autant, les écarts en pourcentage donnent une idée de la constitution ou non d’une élite dans la discipline, et permet de comparer les individus et les épreuves. Mais cela ne permet pas de comparer un athlète spécialiste de la route avec un athlète spécialiste du trail. Il y a encore une dizaine d’années, on prenait comme étalon les facteurs de performance aérobies bien documentés sur la route que sont le VO2max, l’endurance et le coût énergétique, et l’on affirmait la supériorité indiscutable des premiers sur les seconds. Oui mais les valeurs physiologiques des élites du trail sont encore mal répertoriées et de plus les recherches récentes montrent que le modèle de performance valable sur la route ne l’est pas dans la montagne. Par exemple, l’importance d’un coût énergétique faible de la locomotion n’est pas démontrée en trail, certainement en lien avec une nécessité de force et d’endurance de force. On ne compare pas les coureurs de 1500m avec ceux du marathon, pourquoi comparer ceux du marathon avec ceux du trail, même si nous avons affaire à 3 disciplines à dominante aérobie ?

Ainsi, il faudra définir la qualité d’un traileur au moyen d’une nouvelle grille de référence avec une multitude de paramètres. Il y aura certes des facteurs cardiovasculaires mais aussi des facteurs mentaux, stratégiques, techniques et énergétiques (déplétion et réplétion des réserves, qualité de l’écosystème intestinal).

Il reste donc beaucoup à faire pour caractériser les élites et les niveaux moindres dans le monde du trail.

La semaine prochaine, nous examinerons du point de vue de la physiologie les différences fondamentales entre hommes et femmes.

 

 

 

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