C’est quoi un bon coach ? (2/3)

Dans le monde de l’entraînement, le détail règne en maître. S’il suffisait alors au coach de « peser » ces différents détails pour en appréhender leurs effets sur la performance, cela se saurait. Un jeu d’additions et de soustractions suffirait… Au contraire, l’attitude à adopter vis-à-vis d’un athlète reste difficile à déterminer. Voici le second article d’une série de trois, dont l’idée est d’objectiver/encourager certains principes d’efficacité propres à toute intervention de performance sportive.

Source - Fotolia
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Combien d’athlètes (coachés comme non coachés) (et peut-être vous) sont avides de stratégies d’entraînement mais s’essoufflent rapidement dans leur mise en œuvre, faute de persévérance ? Les exemples ne manquent guère, à commencer par les résolutions de début d’année… Chez le sportif compétitif, les intentions sont ambitieuses, parfois utopiques, et tournent autour du sommeil (se coucher plus tôt), de l’alimentation (utiliser des stratégies nutritionnelles), de la récupération ou encore de la fixation de chrono (mieux gérer sa charge d’entraînement, s’entraîner plus intelligemment). Mais « vouloir » n’est pas toujours « pouvoir » et, alors, la sollicitation d’une personne « du métier » en tant que ressource fiable peut être envisagée. Or, cette démarche peut s’avérer à double-tranchant.

 

Quitte ou double ? C’est l’incidence qu’un coach peut avoir sur un athlète… En effet, souvent sollicités par des athlètes qui veulent « passer aux choses sérieuses », les coaches n’ont malheureusement pas toujours les réponses à leurs besoins. Parfois ils galvanisent, parfois ils inhibent, ce qui mène parfois à la fin de l’entente, rarement à l’abandon de la discipline. Car les clés dont a besoin l’athlète – et que l’athlète sollicite parfois inconsciemment – peuvent dépasser la compétence technique/métier. Car l’athlète peut venir chercher des leviers qui sont d’ordre psychologique. Car ces leviers sont représentés a fortiori par une personne du métier…

 

Cette confiance attribuée d’emblée au coach n’est pas facile à assumer (pour les 2 parties) dans la durée, puisqu’elle suit une dynamique en U : elle est d’abord logiquement concédée par l’athlète (par méconnaissance du coach et reconnaissance de son statut), puis ajustée (en rapport aux bribes d’informations progressivement recueillies sur le coach : sa méthode, son background), et enfin éventuellement renforcée (si les étapes précédentes sont ok). Dans cette chronologie, des incontournables prédisposent toutefois la relation à perdurer dans le temps, au-delà de la compétence technique. Quelles sont ces caractéristiques-clé qui favorisent une entente à long-terme ?

 

La crédibilité : c’est la croyance que l’athlète met dans le coach et qui légitime toutes ses décisions. Aujourd’hui, cette crédibilité est de plus en plus conditionnée (à tort) par le bagage scientifique/académique du coach : si celui-ci n’est pas armé d’un solide modèle théorique appuyé sur de nombreuses études scientifiques, alors sa valeur en pâtit. Car la tendance est à l’hyper-validation expérimentale. L’ironie, c’est qu’un pur scientifique de laboratoire serait censé alors posséder les clés de la performance. Mais on le sait bien, la vérité est ailleurs… Elle est notamment dans le fait que les athlètes sont à l’écoute du coach qui sait de quoi il parle, du coach qui a vécu ce que l’athlète vit, qui ressent ses émotions, connait sa culture, et partage sa philosophie : « the street credibility ». La passion vient d’abord, la qualification arrive ensuite.

 

La fiabilité : tout comme les outils de mesure qu’il utilise (voir partie 1/3 de cette série d’articles), le coach doit s’avérer être une personne fiable. Une personne qui, malgré les aléas, reste un repère. Cette fiabilité résulte tant de sa capacité à échanger (trouver les arguments pour prouver, les mots pour soulager, le discours pour rassurer, les blagues pour désacraliser…) que de sa disponibilité pour ses athlètes. Et oui ! Quel bon coach ferme la porte une fois la séance terminée ?! Aucun. Mais attention, même un bon coach a sa vie privée, et « fiabilité » n’est pas synonyme de « servitude ».

 

L’intimité : elle est à la fois à l’origine et à la conclusion des deux principes précédents et reflète ce que l’on nomme « l’intelligence émotionnelle » du coach. Cette compétence dépasse le langage verbal pour refléter la capacité à lire un athlète : son langage corporel, ses intentions, ses non-dits, ses esquisses, ses temps de réaction, ses décisions… L’intimité se crée à travers l’empathie. Lire son athlète, c’est se donner les moyens de lui apporter des solutions sans le forcer à se manifester. Un coach sans compétence humaine intègrera rarement la vie extra-sportive de l’athlète alors que c’est souvent là que se joue l’intensité d’une relation, et donc sa pérennité. Toutefois, ici encore, une limite sera à rappeler : « intimité » n’est pas synonyme de « dépendance », cette dernière reflétant un manque de maturité affective.

 

Voir en partie 3/3 trois étapes d’une formation personnelle critique.

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